‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 90 sur 123 · LE CABINET ANGLAIS ET L AUTRICHE · texte numérisé non relu

LE CABINET ANGLAIS ET L AUTRICHE

franche de ma part une preuve nouvelle du grand intérêt que nous attachons à la plus prompte fin de la partie, si compromettante pour la cause générale, que la Russie joue aujourd'hui, pour ainsi dire, sous Tëgide de ses alliés. Une ère nouvelle devra suivre les prochains arrangements entre les puissances en guerre, et si je regarde \e présent comme perdu, je dois avec d'autant plus de zèle fixer mes pensées sur Yavenir, — et c'est à l'effet de préparer les chances d'un meilleur ordre de choses entre T Autriche et l'Angleterre que je crois ne pouvoir me dispenser d'entrer dans quelques détails.

Je commencerai par expliquer à M. le duc de Wellington quelle est notre position.

On a assez généralement pris l'habitude de régler ses vues sur celles qui sont tracées par les journalistes et par les pamphlétaires. En représentant l'Autriche comme se trouvant placée sous le poids d'embarras financiers et administratifs inextricables, et son armée comme anéantie, la faction a su ce qu'elle faisait ; elle a voulu arriver à détourner les regards de l'Europe d'une puissance que les temps et les événements ne sont point parvenus à faire dévier de sa ligne politique, et le nombre des gens crédules est immense. L'esprit de saine critique est éteint, et le fait que la calomnie s'attaque à un adversaire vivant n'est point entré dans les calculs de ces hommes crédules.

L'Autriche, mon prince, n'est point éteinte : nous sommes pleins de vie et de vigueur ; nos embarras ne se trouvent pas à l'intérieur; nos peuples n'ont pas besoin d'être excités, leur juste indignation a plutôt besoin d'être tempérée par la sagesse du Gouvernement; notre armée, enfin, est ce qu'elle a toujours été, et si les plus graves considérations nous ont forcés à mettre en panne, nous ne serons jamais retenus par la difficulté matérielle de déployer les forces dont nous avons besoin pour assurer notre propre sûreté et pour prêter du secours à ceux qui auraient besoin de notre appui. Ce n'est pas à une époque sans exemple dans les fastes de l'histoire, où trois grandes puissances se sont unies par un lien commun, malgré •

les vues qui les divisent sur Tobjet même de leur union, que nous aurions pu trouver utile d'augmenter les alarnoes et les méfiances en nous mettant en mouvement.

L'Autriche est une puissance centrale ; elle a besoin, par conséquent, de couvrir Tun ou l'autre de ses flancs ; et ce n'est pas quand la Russie, la France et la Grande-Bretagne se trouvent unies, que rAutriche peut se mouvoir sans d'imminents risques pour elle et pour le sort du corps social tout entier.

Mais cet état de choses va forcément trouver sa fin, et c'est à préparer et à consolider un meilleur avenir que devront se vouer tous nos soins. Que M. le duc de Wellington soit donc tranquille sur notre existence intérieure et en particulier sur la situation de notre armée. Notre système militaire n'est pas enclin aux parades et à ce qui n'est que du jeu ; ce qui n'en est pas ne s'en trouve que mieux renforcé.

Mais, mon prince, plus nous avons le sentiment de notre force, celui de la grande modération qui caractérise l'Empereur notre auguste Maftre et celui de l'importance du retour à un système de confiance entière entre notre Cour et celle de Londres, plus devons-nous regretter Tembarras journalier qu'oppose à l'établissement de cette confiance l'organisation encore existante du département des affaires étrangères en Angleterre. Je fiais à cet égard un appela la conscience même de Votre Altesse. Dans quels rapports l'ambassadeur de l'Empereur se trouve-t-il placé avec le principal secrétaire d'État, et en nous portant sur un autre terrain, à quelle nullité absolue ne condamne-t-on pas l'ambassadeur de Sa Majesté Britannique près de notre Cour! Les moments, certes, sont d'une gravité extrême, et lord Cowley se trouve sans directions sous Tadmiiiistration bienveillante de M. le duc de Wellington, tout comme il l'était sous l'administration, hostile envers nous, de ses derniers prédécesseurs.

Veuillez, mon prince, ne pas cacher à Sa Grâce combien il est nécessaire et urgent que les choses soient changées à l'égard d'un point aussi important. Je n'ai aucun secret pour le premier ministre, et aucune confiance dans celui qui devrait lai servir de premier intermédiaire avec l'Europe. La marche

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