‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 96 sur 123 · ENTRETIEN AVEC LE PRINCE GUILLAUME · texte numérisé non relu

ENTRETIEN AVEC LE PRINCE GUILLAUME

vëritable enBaintiiiage chez le jeune Monarque et dans ses jeunes alentours, excité et fomenté parla faiblesse extrême du Cabinet et par le mauvais jeu de quelques esprits brouillons.

La guerre sérieuse a été regardée comme ne pouvant pas avoir lieu. Comment ces Turcs si misérables, décelant à chaque pas leur faiblesse et leur peur par leur propension à endurer tous les outrages, oseraient-ils accepter la guerre avec la Russie? Des plénipotentiaires turcs devaient dès lors se présenter immanquablement aux premières étapes de marche de Tannée russe.

L'Empereur a été de bonne foi dans son éloignement pour des conquêtes matérielles. Il n'a voulu que baser l'avenir de son règne sur un coup d^éclat et assurer en même temps aux débouchés du commerce de son Empire une liberté entière.

Interpellé par moi sur les difBcultés matérielles qui devaient s'opposer à la possibilité d'atteindre ce but, le Prince Guillaume m'assura ne point connaître d'une manière précise les moyens prévus par TEmpereur, mais qu'il croyait ne pas se tromper en les cherchant dans les deux conditions suivantes : démolition de toutes les places fortes turques sur le Danube , ainsi que des châteaux du Bosphore et des Dardanelles.

Sur mon observation que l'existence de l'Empire ottoman , liée comme celle de tout autre Etat aux moyens d'assurer son indépendance, pourrait bien se trouver menacée par l'exécution d'un pareil plan, qui, par cela même, pourrait rencontrer une forte opposition de la part de la Porte , et à la réussite duquel les puissances commerçantes dans le Levant pourraient aussi trouver de leur côté de grandes difficultés à coopérer, le Prince me répondit sans hésitation « qu'il ne jugeait pas la chose de même; que la Porte avait mérité un châtiment, et qu'il ne fallait pas l'écouter; que , quant aux puissances maritimes, elles n'auraient rien de raisonnable à opposer au plan, vu qu'il n'entrait en aucune manière dans les idées de l'Empereur de gêner le commerce, mais qu'il désirait au contraire le libérer de toutes les entraves possibles » .

Le Prince avoue que les faits n'ont jusqu'à présent point répondu à l'attente, mais que celle-ci sera sans doute cou-

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roDnée de plus de succès dans une campagne prochaine. Il admet 9 d'un autre côté, que cette position des choses offre des risques graves pour la conservation de la paix de l'Europe , et que, par conséquent, les puissances devraient tâcher de |)révenir la nécessité de la reprise de la guerre.

Nos rapports de Saint-Pétersbourg ne nous permettent pas de mettre en doute que la guerre y est impopulaire dans toutes les classes de la société. Il en est de même dans les provinces, et qui plus est, à l'armée. Vous vous souviendrez, mon Prince , que telle a été notre opinion, dans un temps où TEurope entière a cru voir dans un élan national et militaire russe un grand embarras pour le maintien de la paix. La guerre est Tœuvre d'un petit nombre d^individus, parmi lesquels les ambassadeurs russes à Liondres et à Paris ont joué un rôle principal. II peut nous être permis de regretter qu'en aucun lieu on n'ait tenu compte de la connaissance toute naturelle que nous devons avoir plus particulièrement de l'esprit public dans les États qui sont limitrophes des nôtres, ainsi que de la somme des moyens que ces mêmes États déploient, comme de ceux qu'ils sont à même de déployer.

L'Empereur Nicolas a quitté Odessa le 1'^ de ce mois à bord d'un vaisseau. Le Corps diplomatique devait suivre Sa Majesté. Il parait que lord Heytesbury seul s'est décidé à prolonger son séjour. L'Impératrice devait quitter également sous peu cette ville, et après avoir (ait la tournée de la Grimée, elle comptait être de retour à Saint-Pétersbourg vers la fin du présent mois.

Il est hors de doute qu'un coup quelconque va être frappé, peu après le retour de l'Empereur à l'armée

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