‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 97 sur 123 · SUITE DES EFFORTS EN FAVEUR DE LA PAIX · texte numérisé non relu

SUITE DES EFFORTS EN FAVEUR DE LA PAIX

CONTINUATION DES EFFORTS FAITS POUR AMENER LA PAIX. 902. Metternich à Esterhazy, à Londres (E. D.), Vienne, le 14- septembre 1828.

802 Les nouvelles du théâtre de la g^uerre continuent à prouver T insuffisance des moyens que les Russes ont déployés au début de la campagne. Des renforts que j'ai quelque peine à évaluera cinquante mille combattants doivent, à l^heure qu'il est, avoir rejoint le corps d'armée quMls sont destinés à appuyer. Ces renforts se composent de vingt mille hommes de la garde et d'à peu près trente mille hommes de troupes de ligne sous le général Scherbatow. Les premiers se rendent devant Varna ; les seconds , dans les Principautés et au blocus des places sur le Danube, ainsi qu'au siège de Silistrie. C'est bien peu de monde pour remplir tant d'objets

Aussi chaque jour devra-t-il augmenter les embarras des puissances, de celles liées par le traité de Londres comme de celles qui lui sont restées étrangères. Une marche des afiaires aussi directement opposée à l'attente de tous les partis doit nécessairement conduire aux complications les plus singulières. Je ne crois pas que l'histoire offre un second exemple d'un désappointement pareil à celui que la sérieuse résistance des Turcs doit faire éprouver tant à la Cour qu'au public en Russie. Le Cabinet devra songer à un changement de plan , et ce plan devra être fortement conçu , car Taffaire qu'il s'agit de sauver est en elle-même très-grave.

Aussi, bien des dispositions arrêtées naguère opt- elles été changées. La flotte russe dans laMéditerranée jettera le masque, et elle opérera hostilement ; il en sera de même en toute chose.

Que fera la France dans ce revirement? Je ne suis pas embarrassé de le prédire. Elle continuera à faire agir son expédition dans la direction de l'alliance des trois Cours, aussi longtemps qu'elle aura devant elle les Égyptiens. Elle inclinera beaucoup à devenir l'auxiliaire de la Russie le jour où le Cabinet français sera sommé de prêter à la première de ces

puissances un secours plus actif. Ma prévision qu'au quartier général russe Texpédition française serait accueillie comine une diversion favorable aux opérations de la guerre, n'a point tardé à se vérifier. Je désire bien vivement que, dans un prochain avenir, celle que je forme sur Tattitude politique de la France dans la guerre russo-turque n'ait pas le même sort.

Il est des vérités qui, vu leur évidence, ne peuvent demeurer cachées en aucun Heu. Je regarde comme des vérités pareilles les dangers suivants , savoir :

\^ Que les calculs de la Russie ayant entièrement porté à feux, elle se verra forcée, dans le cas où la paix ne fierait point signée entre elle et la Porte à la fin de la présente campagne , de développer à l'ouverture d'une nouvelle campagne toutes les ressources de l'Empire. Dès lors elle changera également la base de l'action qu'elle a avouée jusqu'ici.

2* Que les méraes causes qui pourront pousser Sa Majesté Impériale de Russie à d'aussi fiàcheuses extrémités, engageront le Sultan à ne point entrer dans des arrangements qui auraient pour résultat de céder à Vennetni avoué ce qu'il n'a point su acquérir à la pointe de l'épée , et de concéder aux ennemis amis ce qu'au péril de son existence il n'a cessé de leur refuser.

3* Que la France, engagée matériellement dans la lutte ^ ne s'en retirera plus, quand même l'objet avoué de ses efforts serait atteint. Ayant une fois pris poste en Morée, le Gouvernement français succombera à la tentation de dicter à la Porte la double loi de la libération des Grecs et de la paix avec la Russie.

En admettant, mon prince, que ces résultats possibles se présentent également à la prévoyance du Cabinet britannique , il me semble que je remplis un devoir envers nous-mêmes et envers l'Europe entière en vous chargeant d'entrer avec lord Aberdeen dans de franches explications sur les besoins que peut créer une position des choses singulièrement dangereuse pour le repos général.

Nos soins les plus assidus ne cessent d'être dirigés vers le seul point oit notre action morale puisse encore remplacer tant d'autres influences éteintes. Nous ne perdons ni une cir-

Page 1