COOPÉRATION DE L'ARMÉE RUSSE
faux» II VOUS aura fièrement nié la marche d'un corps russe en Piémont; eh bien, son Cabinet le demande à cor et à cri, car il voit juste, et il connaft les complications, impossibles à calculer, qui devront naître entre T Autriche et la France du fait d'une occupation autrichienne.
La France est à la lëie de tous les mouvements révolutionnaires de T Europe, et il serait difficile de dire qui fait plus de mal et qui se permet plus d'intrig^ues, ou du Gouvernement, ou des jacobins. Le premier comme les seconds veulent que l'Europe soit révolutionnée. Le ministère vise à Tintroduction de la Charte française dans tous les États de second ordre ; il espère par là se consolider chez lui. Les libéraux veulent la constitution anarchique de 1791 , pour culbuter en France la dynastie. La révolution du Piémont a été ainsi le résultat des travaux à la fois uniformes et diverg^ents du Cabinet et des libéraux français.
4" Le Piémont ne peut pas se soutenir trois mois sans une force étrangère. Là révolution n'est nulle pdrt plus menaçante que dans toute l'Italie. Un coup important vient de lui être porté ; quelques douzaines de ses chefs se sont enfuis. Mais la révolution est toujours là, prête à éclater de nouveau, et sans une marche prodigieusement ferme et prudente, nous verrons se renouveler Tautomne prochain toutes les scènes que nous venons de traverser. Ne croyons pas que tout soit fini, il n'y a qu'une grande déroute ; la différence est immense.
Savez-vous le véritable, le seul motif pour lequel TEin- |)ereur Alexandre répugne de voir un corps d'armée, fut-il de dix mille hommes, stationner hors de ses frontières? C'est qu'il est convaincu que ce corps passerait à l'ennemi, tant le travail libéral des braves gens dont ce Prince s'était entouré a libéralisé cette même armée. Avec une conscience pareille, on n'est guère conquérant !
Tout ce que je vous dis ici est vrai et de toute vérité. Tout calcul qui part de bases différentes est erroné. Je réponds de tous les faits, et l'avenir ne justifiera peut-être que trop l'exactitude de mes informations et de mes calculs.
Que faut-il &ire quand on marche au milieu des ténèbres
et du chaos? Allumer un flambeau, et marcher droit et ferme à sa lueur! Ne vous fiez pas à d'autres lumières; elles sont placées exprès pour vous perdre , ou ce sont des incendies que Ton vous dit n'être que des feux de joie.
Quelques heures de conversation vous apprendraient plus que vingt pages. La seule justice que je vous demande en attendant, c'est de vous arrêter aux faits démontrés, et nos succès matériels sont un fait. Je ne vous parle pas encore de succès moraux, car ceux-ci restent à attendre, et ils sont bien plus difficiles à atteindre que les succès matériels.
552. — Metternich à TEmpereur Alexandre (Mémoire), Laybach, le 6 mai iSSi. — 553. Metternich aux envoyés d'Autriche près les Cours étrangères (Dépêche-circulaire), Laybach, le 12 mai 1821. — 554. Déclaration da 12 mai 1821 (Annexe du n» 553).
552. Au moment de la séparation des Monarques et de leurs Cabinets, qu'il me soit permis de déposer entre les mams de Votre Majesté Impériale un mot de reconnaissance et d'hommage. De reconnaissance, Sire, car vous la mév'itez^ non de ma part, non de celle de TAutriche, mais de celle de la société tout entière.
Vous devez me rendre la justice que j'ai depuis longtemps discerné le mal qui s'est démasqué dans le cours des derniers temps avec une intensité redoutable. Vous devez de même,
* A Laybach étaient réunis, en fait de Souverains : les Empereurs d'Autriche et de Russie et le Roi de Naples; en fait de diplomates : Metternich, Vincent, Gentz, pour l'Autriche; Nessclrode, Capo d'Istria, Pozzo di Ror{»o, pour la Russie; Hardenberg et Bernstorff, pour la Prusse; de la Ferronnays, Carnman et Blacas, pour la France; les lords Clanwilliam, Stewart et sir Robert Gordon, pour l'Angleterre. Lorsque les trois puissances du ^îord eurent décidé fju'il y avait lieu d'intervenir à main armée dans les affaires de Naples, les envoyés français et anglais cessèrent de prendre part aux conférences.
{Note de r Éditeur,)
RÉSULTATS DU CONGRÈS DE LAYBACH (18âl). 503
Sire, reconnattre que si j'ai connu le mal, je n'ai pas désespéré (lu remède. Ce remède a opéré; il se nomme Tunion morale intime entre Votre Majesté Impériale et ses augustes alliés, libres encore de leurs actions. Le mérite, Sire, vous appartient, car votre situation était plus libre et certes moins rapprochée du danger que celle des autres Monarques. Votre Majesté Impériale a fait un bien immense; sa conscience doit le lui dire, c'est la seule récompense que puisse ambitionner tout homme de bien ; c'est la seule qui puisse atteindre l'homme placé par la Providence au-dessus des autres hommes.
Il n'est qu'un hommage que je puisse trouver digne de Votre Majesté Impériale.
Placé ainsi que je le suis vis-à-vis de l'Empereur mon ^laître et de Votre Majesté Impériale, de graves devoirs pèsent sur moi.
Le premier et peut-être le plus difficile à remplir, c'est celui de rechercher et de trouver la vérité. Le jour où j'aurais perdu la confiance dans mes propres calculs, je me regarderais comme coupable aux yeux de mon Mattre et à ceux de Votre Majesté Impériale.
Mon hommage , Sire , doit se borner à vous dire toute ma pensée.
La société était perdue sans ressource, sans les mesures qui ont été prises dans le cours des derniers mois. Ces mesures n'eussent point arrêté sa chute, si elles n'avaient été appuyées sur les principes les plus corrects.
Tel ayant été le cas, Taurore d'un avenir meilleur commence à poindre. Le jour succédera, si nous continuons à marcher sur la ligne sur laquelle nous nous trouvons placés. Un seul principe faussé, et nous rentrerons dans la nuit, puis le chaos succédera à cette nuit.
Deux moyens existent pour que nous continuions à maintenir notre ligne. Je n'en connais pas un troisième.
Une confiance réciproque et illimitée;
Vne entente franche sur les bases de notre marche.
Otte confiance, Sire, est ce que l'esprit a le plus de peine à saisir.
Elle eût été et elle serait à jamais une difficulté insurmontable, si la Providence n'avait créé deux Souverains tels que Votre Majesté Impériale et l'Empereur François. Vous vous connaissez, et on ne se connaît jamais que quand on s'est bien compris.
Afin d'établir l'accord le plus entier sur la marche dans l'avenir le plus prochain et à la fois le plus décisif pour le sort de l'Europe , il faut le fonder sur des principes clairs, précis , aussi simples que possible, et régler leur application sur des engagements réciproques non moins clairs et précis. De grandes distances vont nous séparer; il feut remédier à cet inconvénient.
Je vais poser les principes et indiquer les engagements h prendre.