‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 99 sur 126 · COOPÉRATION DE L*ARMÉE RUSSE · texte numérisé non relu

COOPÉRATION DE L*ARMÉE RUSSE

comme autant de crimes, nos conceptions comme autant d'erreurs, et nos vues comme des folies coupables.

«Vai du courage ; je crois en avoir montré beaucoup dans le cours des derniers neuf mois, car il en faut certes pour se cbar(;cr ainsi que je Tai £ait, et avec une pleine connaissance de cîiuse, d'autant de responsabilités; mais je n'ai rien dans mon âme qui ressemble à de l'illusion. Je sais apprécier tout le bien qui vient d'être fait; ce bien est immense, parce qu'il a mis à découvert une foule de vérités; une fentasmagorie comme peut-être jamais le monde n^en avait offert une pareille est détruite ; le charme est rompu. — Eh bien, tout reste à faire.

C'est nous qui occuperons les places fortes du Novarais et Alexandrie. L'Empereur Alexandre répugne à s'en charger, et ses motifs sont puissants. Je vous les détaillerai de vive voix; notre public me taxera de nouveau de folie ou de bêtise, d'être fâché de devoir nous charger de cette ingrate besogne, laquelle à ses yeux sera un monument de gloire ! C'est que le public ne sait ce qu'il dit, car il ignore ce qui est. Les finances feront un profit, car les garnisons au delà du Tessin seront à la charge des Sardes, malgré qu'elles pourront compter comme autant de forces en Lombardie qui devraient rester à la nôtre. N'importe; la chose est un mal positif, et il faudra bien du savoir-faire pour ne pas la voir tourner en un mal actif pour l'Europe entière.

Je suppose que ce sera vers la mi*mai que l'Empereur sera de retour à Vienne. Ce qui nous retient encore ici, ce sont les arrangements à prendre avec les deux Rois de Sardaigne.

Il faut faire remonter sur le trône le Roi qui a abdiqué. II faut décider promptement l'affaire, sans quoi le Piémont ira de nouveau à vau-l'eau ; nous gagnons ici sur les distances plus de cinq jours, et cinq jours sont beaucoup dans les temps de révolution et de troubles.

Vincent et Pozzo arriveront ici incessamment ; nous les renvoyons à Paris, car on ne peut pas abandonner ce pays à la sottise de son Gouvernement, à la fois le plus faible et le plus mal disposé.

500 RECLEIL DE DOCUMENTS (1818-1822).

Je viens de vous faire une véritable profession de foi. C'est que je n'aime pas, mon cher comte, que vous voyiez autrement que moi une situation qui doit décider de la vie ou de la mort de la Monarchie.

Je suis, au reste, bien fatigué de ma besogne, et il m'en va aujourd'hui comme à un général qui se sent le besoin du repos , dans le moment où le public sort du sien pour juger des opérations.

Ce 22 avril.

Le courrier allait partir, quand j'ai reçu votre lettre du

18 avril. Je vais y répondre en peu de mots, mon cher comte,

car, pour en couler à fond le contenu, il me faudrait quelques

' heures de conversation, et certes je ne pourrais pas les

employer plus utilement.

Le résultat de notre entretien , qui ne sera qu'un examen des situations effectives, réelles et telles qu'elles me sont connues ; telles qu'ici seul il est possible de les juger, vu l'impossibilité morale et matérielle que , hors d'ici , — et je vais plus loin, — que hors d'un cercle de quatre ou cinq personnes elles puissent être connues et même comprises, — ce résultat, dis-je, vous fera juger des positions tout différemment que vous ne pouvez le faire aujourd'hui.

Je me bornerai à vous mettre au fait des vérités suivantes :

1** Jamais il n'a été question de faire stationner un seul soldat russe dans la Monarchie autrichienne.

2" La Russie ne nous mène pas; c'est nous qui menons l'Empereur Alexandre, par plusieurs raisons toutes simples. Il a le besoin d'être conseillé ; or il a perdu tous ses conseillers. Gapo d'Istria est regardé par lui comme un chef de carbonari. Il se méfie de son armée, de ses ministres, de sa noblesse, de son peuple. Or, dans cette situation on ne mène pas.

3* La France et l'Angleterre, loin d'être bien ensemble, sont dans ja plus complète méfiance l'une de l'autre. L'Angleterre est complètement à nous. Ne jugez pas l'Angleterre sur rien de ce que vous dit lord Stewart : tout ce qu'il dit est

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