‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 106 sur 126 · MENÉES RÉVOLUTIONNAIRES DANS LE PIÉMONT · texte numérisé non relu

MENÉES RÉVOLUTIONNAIRES DANS LE PIÉMONT

Fenêtres, la foule poussait, en rhonncur de Votre Majesté, un hourra tout aussi bruyant que celui dont elle saluait le Roi; le lloi restait indifférent au premier, mais au second, sa voix dominait toujours celle de la foule.

Le comte de Bernstorff n'a pas pu venir ici. Gomme il m'est impossible de le rencontrer sur mon passage et que je n'ai aucune raison de préférer rentrer par TÂlIemagne du Nord, je me diripe sur Francfort; celte route est meilleure, et mon voyage ne se trouvera allongé que de quelques heures. Je profilerai de Toccasion pour m'arréter à Gassel et voir le Prince Électeur, pour rendre visite au duc de Nassau, m'entretcnir avec son ministre ainsi qu'avec celui de Darmstadt, et mettre mainte affaire en bonne voie pour la prochaine session de la Diète. Une fois à Biebricli, j'irai passer vingt-quatre heures au Johannisberg, et le 12 novembre je serai rendu à Vienne. Kn suivant l'autre itinéraire, je serais arrivé à Vienne le 0, mais je ne vois pas d'inconvénient réel à ce léger retard.

Metternich, m. ;>.

Je prends bonne note de ce que vous me mandez.

François, w. p.

r.\nTICIPATI0X DU PRIXGE DE C.\niGXAX AUX MENDIES RÉVOLUTIOXXAinES

DAXâ LE PIÉMOXT.

557. Metternich ù Zicby (à Bediii) et l\ Lebzcllcrn (a Saint-Péteribour^)

(E. D.), Vienne, le 0 décembre 1821.

557. Le ministère de Sa Majesté doit être informe que le Gouvernement provisoire eu Piémont s'était occupé de rass(Miibler avec soin des données exactes sur la part que M. le prince de Garignan est soupçonné d'avoir prise h la révolution de ce pays; que le résultat de cette enquête doit avoir élé très-

défavorable au prince, qui se trouve, dît-on, gravement compromis par les dépositions de plusieurs ofBciers rebelles ; mais qu'il n'existe cependant contre lui aucune preuve matérielle assez positive pour pouvoir le faire juger et condamner légalement. Ces données m'ont été conRrméej à mon retour de Hanovre par M. le baron de Binder, qui se trouve ici en congé. Les conversations que j'ai eues avec cet envoyé, en ne me laissant aucun doute à cet égard, m'ont en même temps permis d'entrevoir assez clairement que le Itoî Cbarles-Félix, qui parait convaincu de la culpabilité de M. le prince de Carignan, n'a point encore renoncé à l'idée de l'écarter de la succession au trône, qu'il voudrait assurer au prince son fils par une pragmatique sanction. Je crains même, je l'avoue, par la manière dont M. le baron de Binder s'est expliqué vis-à-vis de moi en me faisant part du projet qu'on prête à cet égard à Sa Majesté Sarde, que cet envoyé, lorsqu'on lui en a parlé confidentiellement à Turin, ait hésité à se prononcer contre le projet aussi catégoriquement qu'il aurait dû le faire. Ce qui peut causer, au reste, en lui cette hésitation, c'est la persuasion générale dans laquelle sont k Turin les individus les plus dévoués au Roi cl à la cause monarchique, que M. te prince de Garignan n'est point resté étrangère la révolution de sonpavs; qu'il y a élé entraîné par quelques jeunes militaires ambitieux qui ont voulu jouer un rôle sous son nom; que, manquaut entièrement de caractère et d'énergie, il n'a su ni les contenir ni les diriger, et qu'il a fini par se compromeltre vis-à-vis de tous les partis.

II est certain que lorsque l'héritier présomptif du trône a eu la faiblesse de se laisser entraîner à jouer un rôle aussi compromettant pour sa personne et pour sou pays, il est permis aux amis de la Monarchie de redouter le moment où la Providence l'appetleraà régner; on conçoit la crainte presque générale qu'ils doivent éprouver en pensant que M. le prince de Cariguan, lorsqu'il montera sur le trône, deviendra vraisemblablement le jouet des factions et des partis, et que sonrégnr sera probablement l'époque de nouveaux troubles inténears. Cette opinion peut n'éire pas dénuée de fondement, et ij est

MENÉES RÉVOLUTIONNAIRES DANS LE PIÉMONT (l82l). 5^*:

effectivement difficile de dissimuler que l'avènement de M. le prince de Carignan à la couronne, après le rôle qu'il a joué dans la dernière révolution, peut inspirer de justes motifs d'inquiétude. Mais tout en ne nous faisant aucune illusion à cet égard, nous ne trouvons point dans la crainte fondée d'un mal possible, peut-être même vraisemblable, une raison plausible de s'écarter des principes que les Souverains alliés ont constamment professés, en se permettant de préjuger une question aussi délicate que l'est celle de priver M. le prince de Carignan de ses droits à la succession au trône, lorsque surtout il n'existe contre lui aucune preuve matérielle de culpabilité, et que par consé(]uent il ne peut être jugé légalement. Il me semble même que les Souverains alliés n'en ont ni le droit ni le pouvoir, et qu'en se l'arrogeant, ils donneraient un exemple aussi dangereux que contraire à leurs principes. Telle est du moins notre opinion sur cette question importante, et comme nous mettons du prix à ce qu'elle soit connue du ministère de Sa Majesté, Votre Excellence est invitée à donner lecture de la présente dépêche à M. le ministre des affaires étrangères *.

* Nous renvoyons le lecteur aux lettres antérieures sur la révolution pieiiiontaide (n^ 548-550}. Le prince de Carignan profila de son séjour forcé hors dti ritalie pour se réhabiliter aux yeux des Souverains en prenant (Kirt à Tcxpédition militaire entreprise par la France et commandée par le duc d'Angoulème (1823). A la prise du Trocadéro, qui fut le fait d'armes le plus saillant de la campagne, il paya si bien de sa personne que sa bravoure lui valut l'avantage de se réconcilier avec le Roi Charles-Félix. Mous appelons aussi l'attention du lecteur sur un document postérieur, dû à la ]>lumc du chancelier d'État, qui se trouve dans le tome IV de cet ouvrage, et qui contient des données trét-intéressantet sur le prince de Carignan et sur ses rapports avec le prince de Metteroich anssi bien qu'avec le Roi Charles-Félix^ qui régnait alors. (Note de VÉditeur,)

528 BFXUEIL DE DOCUMENTS (I8l8-18i2).

Page 1