‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 118 sur 126 · III · texte numérisé non relu

III

quelconque à suivre Tinvitation que doit lui avoir adressée sir Charles Bagot.

C'est la Russie qui a fait précéder Tentente proposée par mon mémorandum du 19 avril par une démarche directe à Constantinople. II est nécessaire de séparer les périodes et de se dire que, plus dans celle qui aujourd'hui se trouve être la première il y aura de terrain gagné pour le rapprochement entre la Russie et la Porte, moins il en restera de réserve à la seconde période; il serait impossible de ne pas reconnaître dans ce fait un avantage immense pour la cause de la pacification véritable et définitive, et de grandes facilités dans la seconde période de la négociation pour l'attitude collective comme pour celle isolée des Cabinets alliés.

Nous formons en conséquence les vœux les plus ardents pour que vous parveniez à Constantinople à faire le plus et dans le moindre délai possible. Si le Divan calcule bien ses propres intérêts, il devra partager nos vœux sous ce rapport. C'est principalement i\ lord Strangford qu'il appartient de le lui faire sentir.

Si la Porte devait insister pour que les relations diplomatiques fussent rétablies le plus vite possible, ce serait à vous deux de faire valoir à Saint-Pétersbourg les avantages qui devraient résulter, dans l'intérêt même de la pacification intérieure de l'Empire ottoman, de la condescendance de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies à cet égard.

Le jour où il est démontré que la Russie ne veut pas soutenir par la force des armes les prétentions exagérées des Grecs, il doit importer à celte puissance de diminuer pour le moins le nombre des victimes que cause la durée de la révolte. Le Cabinet de Saint-Pétersbourg convient que son franc parler est l'une des armes les plus puissantes pour opérer la soumission de ses coreligionnaires. Il doit donc raisonnablement chercher à se placer dans une attitude qui puisse lui permettre de se servir de cette arme. Ce n'est pas nous qui pouvons donner ce conseil, tandis que, de la part des représentants des deux Cours à Constantinople, il est simple et naturel. Vous êtes, ainsi que lord Strangford, à même de

VOUS expliquer vis-à-vis du Cabinet de Russie selon les impressions que vous recevez sur les lieux où vous venez d'être chargé par la Russie elle-même de fisiire valoir les moyens de conciliation, tandis que notre attitude doit porter et se concentrer sur bien d'autres côtés de la question.

Je me réserve, Monsieur le comte, de faire suivre la présente expédition par une autre, dès que j'aurai pris connaissance des plus prochaines communications de Saint-Pétersbourg. Je crois, en attendant, avoir donné à Votre Excellence toute la latitude nécessaire pour qu'elle puisse avancer dans la nouvelle direction qui vient d'être donnée aux affaires.

Un soin que je ne saurais trop vous recommander, c'est de combiner toutes vos démarches avant tout avec lord Strangford, de manière que les rôles soient distribués de nouveau entre vous avec le même succès qu'auparavant. Je range sur une même ligne d'intécét le soin que vous entreteniez tous les deux les meilleurs rapports avec MM. les représentants de France et de Prusse, de manière que non-seulement la Porte, mais aussi les Cabinets de ces deux pays, ne puissent douter que s'il y a de la différence dans le plus ou le moins d'activité des rôles de MM. les ambassadeurs et envoyés à Constantinople, il n'en existe aucune ni dans les principes que professent les Cours alliées, ni dans les déterminations et les vœux des Monarques. C'est dans la démonstration de ce grand et bel accord que devra se trouver à la fois un moyen puissant d^action sur le Divan, et un moyen non moins puissant pour l'Empereur de Russie de pouvoir donner un libre essor aux principes qui servent de base et de guide à ses déterminations personnelles

— J'invite Votre Excellence à communiquer la présente dépêche et ses annexes , sans aucune réserve , à M. l'ambassadeur d'Angleterre.

Metternich à rEmperciir François (Rapport), Vienne, le 13 juin 1822.

62S. M. de Tatistscheff a à remettre à Votre Majesté une lettre autographe de l'Empereur Alexandre. Je lui ai promis

d'en informer Votre Majesté aussitôt après son arrivée ici ; car je ne doute pas qu'EIle ne dai{jne le recevoir encore demain. Je lui ai dit en même temps que Theure qu'il conviendrait peut-être à Votre Majesté de fixer, serait probablement une heure de Taprès-midi.

Il attend les Ordres de Votre Majesté ; je vous prie donc , Sire, de daigner les lui faire parvenir par le grand chambellan.

J'ai lu la copie de la lettre de l'Empereur. Cet écrit est tout à fait satisfaisant, ainsi que toute l'expédition, sur laquelle je ne manquerai pas de venir demain faire personnellement mon rapport à Votre Majesté.

Je prie Votre Majesté de dire à M. de Tatistscheff qu'Elle a déjà été instruite par moi, mais d^une manière sommaire, de Tétat actuel des choses, et qu'ElIe m'a commandé de venir demain lui rendre un compte plus détaillé de ce qui a été fait.

Que Votre Majesté daigne ajouter qu'Elle sait combien lui, Tatistscheff, a personnellement contribué h amener cette situation favorable ; qu'Elle a toujours été convaincue que l'Empereur Alexandre ne veut que le bien en toutes choses, mais que sa situation est difficile; qu'il se prépare une gloire immortelle par le parti qu'il a pris; qu'il doit tout à fait compter sur Votre Majesté comme sur son meilleur, son plus sûr ami ; que tel est votre vœu dans cette circonstance comme dans toutes les autres.

En même temps, Tatistscheff désire que Votre Majesté lui dise formellement qu'Elle compte fermement sur l'Empereur Alexandre pour le commencement de septembre , qu'Elle voit dans cette entrevue le salut dans le présent et dans l'avenir, et qu'Elle considère le fait de la réunion des Souverains comme le couronnement de l'édifice.

Je lui ai parlé du changement à faire dans le choix du lieu. Il partage entièrement cette idée. La raison pour laquelle il désire que Votre Majesté lui parle Elle-même de la réunion , c'est que l'Empereur Alexandre se sent fort par Votre Majesté et qu'il prendra aussitôt sa décision, queCapo d'Istria voudrait empêcher.

Metternich, m. p.

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