‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 120 sur 126 · ENTENTE DE L'AUTRICHE AVEC L*ANGLETERIIE · texte numérisé non relu

ENTENTE DE L'AUTRICHE AVEC L*ANGLETERIIE

ENTENTE DE l'aUTRICHE AVEC l'aNGLETERRE BANS LA QUESTION d'oRIENT.

628. Mettemicli à lord Strangford, ambaflsadeur d'Angleterre à Conslan-

tinople (Lettre), Vienne, le 31 juillet 1828.

6&8. Milord, la lettre que vous avez bien voulu m adresser le 25 juin* m'est parvenue si peu de temps avant le départ de la poste ordinaire poui* Gonstantinople , qu'il ne m'eût pas été possible d'y répondre par cette occasion. Cette lettre offre d'ailleurs tant d'intérêt, elle embrasse des questions si importantes et traitées d'une manière si lumineuse, que j'ai été bien aise de pouvoir en méditer le contenu avant de m'expliquer envers Votre Excellence. Ce retard même lui prouvera la valeur que j'attache à ses communications.

Afin de nous comprendre, Milord, il me semble nécessaire que nous nous reportions à l'époque où vous avez rédigé votre lettre.

L'invitation du chevalier Bagot et de M. de Lebzeltern était parvenue à Votre Excellence ainsi qu'à M. le comte de Lutzow. Les offices portant cette invitation devaient vous avoir prouvé, non-seulement que les dispositions pacifiques de Sa Majesté Impériale l'Empereur de Russie se maintenaient invariablement sur une ligne analogue au grand caractère de ce Souverain , mais que le désir d'avancer l'arrangement d'une affaire difficile et pénible à tant d'égards avait déterminé l'Empereur à déclarer l'évacuation des Principautés comme suffisante pour entamer le plus tôt possible une négociation avec la Porte préparant le rétablissement de ses relations avec la Russie.

D'un autre côté, M. l'intemonce a fait part à Votre Excellence de mes dépêches du 3 juin. Elles renfermaient le mémorandum du 19 avril (n* 618) , et prévenaient Votre Excellence

* Elle a été publiée dans la Sécession des Grecs, par Prokescli, 1853 > t. m, p. 368. {Note de CÈditeur.)

que M. de TatistsebefF avait emporté ce travail à Saint-Pétersbourg pour le soumettre à son auguste Souverain.

Au moment de la rédaction de ces dépêches, j'avais déjà acquis la certitude que Sa Majesté Impériale agréait ce travail et qu*ElIe nous enverrait de nouveau le même négociateur, chargé de se réunir en conférence avec MM. les ministres des Cours alliées à Vienne, afin d'aviser, par un échange de vues et de conseils, aux moyens de mettre en action les principes posés entre M. de TatistschefFet moi pendant le premier séjour de ce ministre.

Plus tard, Votre Excellence aura appris l'arrivée de M. de TatistschefF à Vienne, et Touverture des conférences confidentielles établies ici entre les ministres des cinq Cours.

Je dois à ces conférences l'avantage de pouvoir puiser dans les explications mêmes qui y ont lieu, les éléments de la réponse que j'ai à vous faire, Milord. En plaçant les principaux objets dans le même ordre que vous avez suivi dans votre lettre, je tâcherai de vous exposer avec autant de précision qu'il me sera possible mon sentiment sur les questions que vous avez traitées.

La première est l'évacuation des Principautés. Vos remarques sur cet important objet sont aussi judicieuses que vraies ; elles ne prêtent à aucune objection, je les adopte dans toute leur étendue. Rien ne pourrait excuser la Porte si elle ne procédait pas à cette évacuation de bonne foi , sans tergiversation et sans retard. J'admets tout ce que vous dites, Milord, des embarras nombreux qui, dans la situation critique du Gouvernement turc, peuvent entraver Texécution de cette mesure; mais tout doit céder à la nécessité de remplir un engagement formel tel que la Porte Ta pris envers les ministres des Cours alliées dans les termes les plus clairs et les plus positifs. Cet engagement, plus d'une fois renouvelé et confirmé à la suite de vos différentes représentations, vous a placé, Milord, dans une position si forte , il vous fournit tant de moyens de droit et tant de latitude d'action, que vous serez parfaitement justifié en pressant sans relâche Taccomplissement d'une mesure qui doit précéder toutes nos opérations ultérieures.

ENTENTE DE L'ArTRICHE AVEC I.'ANCLETEnRE (1823). 601

Les communications directes de Saint-Pétersbourg vous auront instruit que ce n'est pas à l'exécution immédiate et coraptèle des quatre pointa de l'ultimatum russe, — points admis en principe par le Grand Seigneur, — mais au simple lait de l'évacuation des Principautés, que Sa Majesié Impériale a lié l'offre de l'envoi d'un plénipotentiaire de sa pari. Il me semble que la plus grande preuve de modération que l'Empereur Alexandre pouvait donner h la Porte et à ses alliés était de n'insister que sur cette clause , en vue d'aplanir toutes les dilKcullés que les événements de l'année dernière ont t'ait nnllre entre les deux puissances. La Porte e-l, par conséquent, plus que jamais tenue de réaliser une mesure qui, d'ailleurs, ne lui impose aucun sacrîHce réel, qui au contraire, si elle n'était pas exigée par les puissances conformément aux stipulations des traités, lui serait dictée par son propre intérêt et par celui de ses sujets.

Je suis également d'accord avec Votre Excellence sur l'inconvénient qu'il y aurait eu à insister sur l'eavoî de plénipotentiaires de la part de la Porte avant d'avoir des renseignements positifs sur l'article de l'évacuation. La nomination même des hospodars, en la su|ipo5ant définitivement décrétée, ue compenserait pas la non-exécution ou l'exécution imparfaite île cet article. Vous aurez, vu, Milord,par plusieurs des dernières explications du Cabinet de Russie, que Sa Majesté Impériale, en admettant qu'il pût y avoir des difficultés pour le choix des hommes à appeler au Gouvernement d'un pays, ne reconnaissait pas dans ces difficultés un motif valable ni pour cont^ Duer à infliger à ce pays les souffrances et les ravages qui pèsent sur les Principautés, ni pour ajourner l'exécution de« traités.

Je me flatte toutefois, Milord, que grâce à vos soins et à votre persévérance, soutenue par l'activité de MM. vos collègues, l'évacuation aura fait des progrès réels dans rintervalle qui s'est écoulé depuis le départ de votre lettre, et qu'elle arrivera incessamment à son terme iinal. Si, dans ce cas, vous aviez jugé à propos d'aborder la question de la négociation sur laquelle je vais m'expliquer tout à l'heure, vos communications

prochaines nous apprendraient probablement les premiers résultats de vos démarches.

Fidèle au résumé du mémorandum du 19 avril, vous avez séparé, Milord, dans votre lettre, Tarticle de Tamnistie de celui de Fenvoi des plénipotentiaires.

Il est vrai que ces deux objets ont été placés ainsi dans le susdit travail, où il ne s'agissait que d'indiquer les bases d'un accord entre les puissances. Mais, dans le fait, ils ne peuvent être traités séparément. Je vais les réunir dans un même cadre, et il ne me sera pas difficile de prouver qu'ils doivent nécessairement marcher ensemble.

La grande affaire qui nous occupe offre deux points de vue, distincts en eux-mêmes, mais rapprochés Tun de Taulre par le but auquel nous tendons. L'un est celui qui regarde l'exécution des traités entre la Russie et la Porte et qui, dans le mémorandum du 19 avril, porte la désignation de questions de droit.

L'autre est celui que, dans la même pièce, nous avons placé sous la rubrique d'objets d'intérêt général.

Les Cours alliées n'ont insisté jusqu'ici, dans leurs communications avec la Porte, que sur les articles compris d<ins la première de ces rubriques. Mais quel est aujourd'hui le but direct de nos efforts? C'est de rétablir le plus tôt possible les rapports qui existaient entre la Russie et TEmpire ottoman avant les événements qui les ont troublés et suspendus. Nous savons et nous reconnaissons tous qu'il est impossible de faire cesser l'état d'incertitude et de danger dans lequel se trouve la Porte, et les fléaux de tout genre qui désolent presque toutes les parties de l'Empire, sans qu'elle soit parvenue à une réconciliation pleine et entière avec son puissant voisin. Or, pour opérer cette réconciliation, il ne suffit pas que ce que nous appelons questions de droit soit complètement réglé. L'Empereur de Russie n'entend pas rétablir ses relations diplomatiques ordinaires avec la Porte sur la seule base du retour de cette puissance à l'observation stricte des traités.

Sa Majesté Impériale n'a pas rappelé sa mission de Constantinople pour de simples infractions à ces traités. Elle n'a pas

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