ENTENTE DE L'AUTRICHE AVEC L'ANGLETERRE
voulu que son représentant fût le spectateur journalier de scènes telles que celles qui se sont passées sous ses yeux au mois de mai 1821. Sa Majesté Impériale ne veut pas nommer un nouveau représentant, spectateur de scènes pareilles, pour le rappeler à son tour. Et que ga{jnerait en effet TEmpereur, que gagneraient la Porte et F Europe à voir une mission russe se présenter à Constantinople , s'y établir, — et s'en éloigner de nouveau? Ce second rappel pourrait-il être accompagné des mêmes ménagements que le premier? Et indépendamment de cet obstacle majeur, l'Empereur Alexandre pourrait-il, après tout, procéder au rétablissement pur et simple d'une mission permanente à Constantinople sans avoir fait preuve par des actes patents que, tout en portant condamnation sur la révolte, il n'a négligé aucun moyen légitime et pacifique pour mettre un terme à des réactions cruelles et pour rétablir la tranquillité dans un État voisin, en proie aux plus affreux bouleversements?
Tels sont, Milord, les termes dans lesquels la question est posée maintenant. L'Empereur de Russie est décidé à ne rétablir sa mission à Constantinople qu'après avoir satisfait à ce qu'il regarde comme un devoir sacré, et s'être assuré en même temps que le séjour de cette mission sera à l'abri de nouvelles secousses. La négociation que Sa Majesté Impériale fait proposer à la Porte doit avant tout lui en fournir la garantie.
Je conçois bien que cette détermination ouvrira de prime abord un vaste champ à l'esprit ombrageux du Gouvernement turc, et qu'il repoussera vivement la perspective d'une trans- ^ action dans laquelle il ne croira entrevoir que des chances dangereuses pour son pouvoir et humiliantes pour son orgueil. Mais Votre Excellence, en consultant la seconde partie du mémorandum du 19 avril, se sera bien aperçue que les concessions à obtenir de la Porte seront circonscrites dans des limites précises et modérées ; et si , dès les premières explications à ce sujet, nous pouvions lui faire comprendre qu'il ne s'agit pas de porter atteinte à sa souveraineté, qu'on ne lui demandera, pour le rétablissement et la consolidation de la
paix intérieure de son Empire, que des choses justes , pra-» tiques, compatibles avec sa dignité, conformes à ses vrais intérêts et manifestement réclamées par les circonstances et les positions locales du moment, je serais loin de renoncer à Fespoir de vaincre une répugnance qui tient peut-être en grande partie à Fidée fausse et exagérée que ce Gouvernement s'est formée sur les intentions et les projets des puissances. Je crois , Milord , que , sans vous enga>^er dans la discussion de ces points délicats plus qu*il ne le faudra pour répondre aux questions que la Porte vous adressera sur les objets à traiter dans la négociation qui doit avoir lieu, vous trouverez dans la situation générale et dans les besoins urgents de TEmpire ottoman de quoi présenter au Divan des motifs irrésistibles pour ne pas repousser cette négociation.
Si le Sultan veut rétablir son autorité sur les provinces insurgées autrement que par la force des armes , — et pourrait-il encore compter sur reflScacité de cette force? — il faut une amnistie et des conditions d'existence admissibles pour les Grecs. Les observations de Votre Excellence sur l'inutilité d'un acte d'amnistie pur et simple , tel que la Porte l'a essavé à plusieurs reprises, sont parfaitement justes; il faut donc que l'acte qui doit conduire à une véritable pacification ait un caractère essentiellement différent. Nous avons vu plus d'une fois qu'une mesure qui sous telle forme aurait manqué et manquerait encore son effet, peut sous telle autre forme amener des résultats satisfaisants.
Il nous parait démontré que le Gouvernement ottoman, daixs l'état d'exaspération et de méfiance sans bornes qui règne aujourd'hui parmi les Grecs, n'obtiendrait pas avec ses proclamations, de quelque manière qu'elles fussent rédigées, le simulacre même d'une soumission, aussi longtemps que les Monarques alliés, et surtout l'Empereur de Russie, n'élèveraient pas leur voix pour appuyer celle du Sultan. Mais cette voix , ils ne peuvent la faire entendre que lorsqu'ils auront des bases fixes et connues à offrir comme conditions de la soumission. Ce n'est qu'alors qu'ils pourront s'adresser aux insurgés avec la dignité qui convient à leur haute attitude, et avec