‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 122 sur 126 · ENTENTE DE L'AUTRICHE AVEC LANGLETERRE · texte numérisé non relu

ENTENTE DE L'AUTRICHE AVEC LANGLETERRE

quelque espoir raisonnable de succès. Si leur voix est écoutée, le but est rempli; sinon, ceux qui s'y refuseraient Ti\iuraient qu^à s'en prendre à eux-mêmes, en se voyant abandonnés par les puissances à la manière de procéder des Turcs envers leurs sujets rebeller.

En suivant cette idée, vous vous convaincrez, Milord, que si , dans le mémorandum du 19 avril , Tamnistie dont la Porte elle-même ne peut contester le besoin, et la négociation qu'on lui demande, se trouvent articulées séparément, ces deux points n'en sont pas moins inséparables dans l'application des principes établis par les puissances. Vous vous convaincrez de plus que cette négociation, sur laquelle insiste la Russie, et que tous les alliés réclament avec elle, n^est point une prétention gratuite, ni un projet conçu dans des vues ou des intérêts quelconques autres que ceux de la pacification de l'Empire ottoman. Elle est la condition première et indispensable du dénoûment final de ces funestes complications. Tout se tient, tout est lié dans les propositions que les puissances adressent à la Porte. Le rétablissement de ses relations directes avec la Russie est impossible tant qu'un terme n'aura pas été mis aux borreurs qui déchirent les provinces ottomanes. Pour arriver à ce terme, il n'y a d'autre moyen que celui d'une amnistie complète et solide. Cette amnistie, pour être plus qu'un vain étalage de phrases sans effet, exige absolument le concours des puissances européennes. Un tel concours ne peut, d'un autre côté, avoir lieu que lorsqu'on se sera entendu sur les bases fondamentales de l'amnistie et sur les clauses nécessaires afin de la rendre acceptable aux insurgés. Enfin, pour que ces clauses puissent être fixées, il faut bien les discuter et les arrêter dans une négociation préalable. Ce raisonnement me paratt tellement sans réplique, que la Porte elle-même, en dépit de toutes ses objections contre l'intervention des puissances chrétiennes dans des questions qu'elle leur croit étrangères, doit finir par en reconnaître l'évidence, à moins de déclarer franchement qu*elle n'attache plus aucun prix ni au rétablissement de ses rapports avec la Russie, ni à la pacification de ses provinces, ni au sort futur de ses propres sujets.

606 IIECCEIL DE DOCUMENTS (I818-18S3).

Vous avez observe, Milord, que la Porte se prêterait peutêtre avec plus de facilité à une négociation générale, si on pouvait lui faire espérer d'obtenir par là quelques avantages réels et positifs, ou qui seraient au moins considérés comme tels d'après les idées turques. Vous avez cité I^ voeu de plusieurs membres du Divan, tendant à ce que les puissances alliées de la Russie se chargeassent d^une médiation entre elle et la Porte pour aplanir les différends relativement aux frontières asiatiques, en ajoutant toutefois que, loin de favoriser une idée pareille, vous ôteriez plutôt à ces personnes tout espoir de la voir jamais admise. Je reconnais en celaTextrême sagesse de Votre Excellence, et tous ceux qui seront informés du fait y applaudiront sans doute avec moi. Je n'ai pas besoin de grands développements pour réduire un projet pareil à sa juste valeur. Ce serait dénaturer la négociation à laquelle nous invitons la Porte, que d'y mêler des objets qui n'ont absolument rien de commun avec le but auquel nous visons. Il ne s'agit pas dans le cas présent d'un calcul de gain et de perte, ni d'aucun arrangement de prétentions ou de concessions réciproques. Il s'agit d'un grand plan de pacification conçu parles puissances alliées dans les vues les plus désintéressées et les plus éclairées, et auquel la Porte, quelque indifférente qu'elle puisse être sur Je maintien de la paix en Europe, est appelée, et plus directement appelée que toute autre puissance, ù s'associer dans Tintérétde la conservation de ses peuples, de son pouvoir et de son existence future. L'avantage que les puissances alliées peuvent retirer de cette négociation pour consolider la tranquillité générale, quelque grand qu'il soit à nos yeux, est cependant fort au-dessous de celui qui doit en résulter pour la Porte. Comment pourrait-elle prétendre à des compensations dans une affaire où il n'est question que de travailler pour son salut, que de la soustraire aux plus tenùbles catastrophes? Rien ne serait en outre plus mal imaginé pour le succès même de la négociation, que d'ajouter gratuitement une difficulté de plus à toutes celles qui s'y attacheront malgré nous. Si une proposition pareille avait pu sortir du Cabinet de Russie, la Porte ne l'aurait-elle pas accusé de vou-

Page 1