‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 27 sur 126 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

C'est assurément un fait remarquable de voir un ancien ministre de Murât rendre pleine justice au cardinal Gonsalvi

et à ses vues en matière administrative : Tito Manzi a su donner à ce ministre cette preuve d'équité. Ce qu'il dit de favorable et de défavorable sur son compte est également fondé , et, bien qa'il soit regrettable que le cardinal secrétaire d'État ait soutenu si mollement son œuvre personnelle et qu'il soit même cause que le motu proprio échoue dans l'application, on ne peut lui contester la gloire d'avoir introduit dans les États de l'Église une forme de gouvernement et des principes capables d'empêcher, au moins pendant la durée de son ministère, une réaction violente dont les effets auraient été dangereux pour tous les États italiens. Si la marche des affaires administi .tives est souvent dérangée par le désordre qui règne dans les bureaux, on ne saurait nier, d'autre part, que l'activité du cardinal Consalvi et la rigueur de la police créée par lui ont réussi à assurer le repos de la capitale, à détruire ou du moins à refréner le brigandage , et à créer une petite armée (un corps de troupes de 15 à 17,000 hommes bien disciplinés et bien équipés) sufHsante pour faire respecter le Gouvernement. Quant aux principes politiques de Consalvi, Votre Mcijesté les connaît, et Manzi lui fait tort, selon moi, en révoquant en doute la sincérité de ses sentiments à l'égard de l'Autriche. Le cardinal nous est certainement aussi dévoué que peut Têtre , étant donnée la nature de ses fonctions, le chef du Cabinet du Saint- Siëge; je suis également sûr qu'il aurait sincèrement désiré lever les obstacles qui s'opposaient au succès de la négociation que l'ambassadeur prince de Kaunitz avait été chargé d'entamer avec la Cour de Rome (n* 249) , parce qu'il pense comme nous que la parfaite entente de la Cour pontificale et de la Cour d'Autriche est indispensable pour assurer l'ordre en Italie et maintenir le Gouvernement pontifical lui-même.

Monsignor Pacca, gouverneur de Rome et chef de la police , est, après le cardinal Consalvi, le plus considérable parmi les hauts fonctionnaires de l'Etat. Il parait être un homme de grands moyens, d'une remarquable fermeté de caractère, d'une activité infatigable; mais il joint à ces qualités une rigueur peut-être excessive. Si on ne le retenait pas, il se laisserait entraîner à prendre des mesures énergiques contre m. 6

NS RECl'EtL DE DOCUMENTS (1816 ET 18|-).

les sectaires, et en général contre les partisans du dernier Gouvernement. Heureusement nous avons réussi à nouer de» relations confidenlielles avec lui, et nous profitons de celte situation pour tâi:her de lut faire suivre la même marche qu« nous dans les affaires de police.

Il est hors de doute que , suivant la remarque de Manzi , il y a dans les Légations, et notamment à Bologne, un prélendu parti autrishien qui nourrit l'espoir que Votre Majesté occupera cette province à 1 époque de la mort du Saint-Père. Pendant mon séjour en Tosrane, on a essayé de me sonder d'une manière assez directe sur ce point. Toutefois , je rejetai ces idées comme incompatihies avec les principes de Votre Majeslé et en contradiction avec les dernières transactions. En effet, mal(p'é tous les avantafjes qu'une réunioa des Légations avec le royaume Lombard-Vénitien semblerait offrir, je suis loin d'être convaincu que cette réunion, même dans l'hypothèse qu'elle pût se réaliser sans entraîner de noii-< velles complications politiques, devrait être considérée comme une acquisition vraiment heureuse pour la Monarchie. Je crois plutôt qu'à partir du jour où Bolo(;ne appartiendrait h l'Autriche, elle deviendrait le centre du parti de l'oppositiais qui combat le (Jouvernement en Italie, et que cet esprit inquiet qui fait désirer aujourd'hui l'annexion à l'Autriche, se tournerait contre nous dès que Bologne scmit en notre possession.

Quelque défavorable que soit la peinture que lait Manzi de la situation actuelle de la Toscane, des vices de l'adminislr»» lion, des individus dont se compose le ministère grand-ducal, et de l'esprit public, qui s'est altéré d'une manière sifÂcheusedans ce pays, je suis obligé d'avouer que je ne puis m' empêcher de trouver ce tableau fidèle dans son ensemble aussi bien que dans tous ses détails. Les données que j'ai été à même de recueillir pendant mon séjour à Florence, les résultats de raei propres observations, mes entretiens avec le Grand-Duc et

m ministres, m^ont laissé la conviction qu'il n'y a pas au monde d^État qui soit plus facile à gouverner et à rendre heareux que la Toscane. De même, il ne dépendrait que de Son Altesse Impériale de devenir relativement le Souverain le plas riche de TEurope, même en admettant que les charges qui pèsent sur le peuple fussent considérablement diminuées. Manzi n^évalue les revenus de cet État qu'à vingt millions de lirres; ^e me réserve de prouver à Votre Majesté, dans un rapport spécial, que les revenus de la Toscane s'élèvent presque au double. Si Ton songe à cette richesse relativement si considérable, on ne peut s^empècher de voir avec surprise que les caisses du Grand-Duc sont toujours vides, que Tadministration fait des emprunts à 10 et même 12 pour 100, qu*il y a plusieurs établissements publics de la plus grande utilité à créer, que toutes les classes de la population sont plus ou moins mécontentes, enfin qu^un pays que la nature a tant favorisé semble avoir perdu jusqu'à l'espérance d'un avenir plus heureux.

J'aurai l'honneur d'exposer verbalement à Votre Majesté ma manière de voir à cet égard, et de Lui rendre compte en même temps du peu de bien que je crois avoir fait pendant mon /séjour dans cet intéressant pays, ainsi que des efforts que j'ai tentés pour créer des relations plus intimes entre les deux Cours.

LVCQUF.fl.

Antérieurement déjà (mai 1817), j^ai porté à la connaissance de Votre Majesté l'opinion de Manzi sur les causes du mécontentement qui règne dans ce pays, ainsi que sur les agissements du lieutenant-colonel Werkicin, qui l'administre. Sans doute, ce gouverneur provisoire a pu se laisser entraîner par ses subordonnés à plus d'une mesure impolitique; mais il est, d'autre part, un homme estimable, et par son zèle, son activité et son intégrité, il s'est acquis des droits à la bienveillance de Votre Majesté.

Lors de mon départ, j'ai eu occasion de me convaincre que

toutes les classes de la population, tout en dësirant voir cesser l'administration provisoire (autrichienne), rendent pleine juslice à nos principes ; que même elles vont jusqu'à compter sur notre protection dans le cas où leur futur Souverain voudrait les gouverner d'après les principes de la Cour de Madrid.

MODÈZtE.

Comme je ne me suis arrête que vingt-quatre heures à Modène, je n'ai pu vérifier par moi-même si l'assertion de Manzi en ce qui concerne le mécontentement qui, d'après lui, règne dans toutes les classes de la population de ce pays, est fondée, jusqu'à quel point elle est exacte, et s'il est vrai que le Duc ne possède pas l'affection de ses sujets. Quoi qu'il en soit, je serais plutôt porté à croire qu'il y a quelque exagération dans le jugement porté par Manzi sur l'administration du pays et sur le Souverain qui le gouverne. Si le duché est réellement mal administré, ce que je suis loin d'admettre comme un Ëiit positif, la faute en est sans doute au Duc seul, car c'est lui seul qui l'sidministre ; il voit, il agit par lui-même. Toutefois, à en juger par quelques entretiens que j'ai eus avec lui, je dirais volontiers qu'il administre son pays à la façon d'un homme riche, d'un propriétaire, d'un économiste, plutôt qu'à la façon d'un Souverain.

Ce que Manzi dit du mécontentement général qui règne dans le duché de Modène tient peut-être à une cause facile à expliquer. Ce petit pays a fourni à l'ancien royaume d'Italie la plupart des fonctionnaires distingués qu'il avait à son service ; sous le dernier Gouvernement, les premières places leur étaient dévolues.

Privés de leurs emplois, n'ayant aucune chance d'avenir, ils regrettent la perte de leur influence, de leurs gros traitements, en un mot, de tout ce qui flatte et nourrit l'ambition humaine. Forcés par les derniers événements de retourner dans leur patrie, où ils ont été accueillis froidement par leur Souverain et où ils sont probablement l'objet d'une surveillance rigoureuse, ils forment naturellement à Modène le centre

d'un parti qui fait de ropposition au Gouvernement actuel. Aujourd'hui cependant, le Duc commence, maljpré les fortes préTcntions qu'il a contre toute cette classe d'individus, à donner à quelques-uns d'entre eux des emplois civils et militaires.

Il est certain qu'entre le Duc de Modène et la Cour pontificale, ou, pour parler plus exactement, entre ce prince et les cardinaux qui jusqu'à ce jour ont combattu les principes suivis par le cardinal Gonsaivi et son système, il y a des relations étroites, et que ce parti, qui est puissant à Rome, exerce à Modène une influence réelle et nuisible à nos intérêts en Italie. D'autre part, il est é{jalement hors de doute que les Cours de Modène et de Turin ont entre elles des relations journalières et intimes qui, loin de nous être favorables, ont pour but de miner notre influence en Italie. Enfin, on ne peut nier qu'à cet égard le Duc de Modène suit une ligne de conduite tout à fait opposée à notre intérêt et difficile à s'expliquer chez un prince de la Maison d'Autriche. Mais Votre Majesté le connait. Elle sait qu'il est tenace dans ses idées; aussi, je crois qu'en attaquant trop vivement ces dernières, nous risquerions de l'éloigner de nous pour toujours. C'est cette considération qui m'a déterminé, pendant les quelques heures que j'ai passées à Modène, à ne pns aborder une question si délicate, et à me borner à travailler en vue d'établir entre la Cour de Modène et la Cour d'Autriche les rapports les plus satisfaisants.

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