PARME
Si le séjour de quarante-huit heures que j'ai fait à Parme a été trop court pour me permettre d'étudier à fond la marche de l'administration parmesane, ses défauts, ses avantages, les personnes qui sont chargées de la direction des affaires, et de me faire une idée exacte des causes du mécontentement et de leur influence sur l'esprit public, il a suffi cependant pour me convaincre que le tableau lamentable que Tito Manzi fait de la situation est chargé à bien des égards. Depuis que le comte
Mag[aroli a été éloigné des af&ires, Son Altesse Impériale Madame rArchiduchesse Marie-Louise s*occupe de Tadministration avec autant de zèle que d^intelligence. Elle préside le conseil des ministres, et c^est à elle qu^il appartient de prononcer en dernier ressort.
Parme est un pays peu fertile, ses ressources commerciales sont insignifiantes; dans les dernières années, ce duché a souffert par suite de nombreux passages de troupes ; il a pàti de la misère qui régnait sur toute Tltalie, mais qui était encore plus écrasante pour les montagnards parmesans que pour les autres Italiens; enfin, il a été durement éprouvé par les maladies épidémiques que la misère a entraînées à sa suite. II est donc possible que les charges publiques ne soient pas en rapport avec la situation actuelle du pays. Quoi qu'il en soit, Tadministration des finances ne paraît pas, d'autre part, être aussi mauvaise que Manzi le dépeint; car, malgré les dépenses qu'on fait pour entretenir une armée trop forte et une Cour assez sompteuse, malgré des subventions et des secours con* sidérables accordés à des établissements d'intérêt public, j'ai trouvé, lors de mon passage, des excédants dans la caisse de Sa Majjesté.
LE PIÉM09T.
Parmi tous les Gouvernementsitaliens, le Piémont est sans contredit celui dont la marche administrative et le système politique réclament l'attention la plus soutenue. Ce pays réunit tous les éléments de mécontentement les plus prononcés, et sous ce point de vue, je trouve le tableau que trace Manzi très-fidèle.
Ce qui est moins exact , ce sont ses réflexions au sujet des appréhensions que doivent faire naître les armements de cette puissance. Il est vrai que depuis sa restauration le Iloi de Sardaigne n'a cessé de travailler à former son armée et surtout à préparer les moyens de la porter promptement à un degré de force considérable, hors de toute proportion avec les finances et le chiffre de la population de ses Etats. Pourtant les résul-
SITUATION INTÉRIEURE DE L'ITALIE, ETC. (ISIl}. 81
tats n'ont répondu jusqu'à ce jour ni à ses efforts nia ses espérances.
Je crois néanmoins que , malgré les molîfe de juste mécontentement qui existent dans les Etats sardes et même dans le pays de Gènes , qui supporte impatiemment le joug de cette puissance et ne dissimule pas le vif regret qu'il éprouve d'appartenir à la Sardaigne, je crois, dîs-je, qu'il n'y a pas lieu de craindre un mouvement révolutionnaire dans ce pays.
La politique astucieuse du Cabinet de Turin est donc présentement l'unique objet qui doive attirer notre sérieuse attention. Votre Majesté peut s'être convaincue dans plusieurs circonstances que je ne perds jamais de vue ce point important, et que j'ai donné à entendre clairement à ce Cabinet que nonseulement nous n'ignorions aucune de ses menées , mats encore que nous étions en mesure d'en prévenir les effets.
II est hors de doute que le Cabinet de Turin nourrît des vues ambitieuses , qu'il ne peut réaliser qu'aux dépens de l'Âutricbe. J'ai été récemment à même d'en fournir une preuve convaincante au Cabinet de Saint-James, et je l'ai invité en même temps à surveiller avec nous les allures du Cabinet sarde. C'està cela que nos efforts, selon moi, doivent se borner pour le moment. La Cour de Sardaigne a , surtout depuis la réunion de Gènes à ses États, trop de raisons de tenir à conserver ses relations avec l'Angleterre pour risquer de s'engager dans une voie politique qui serait contraire aux vues du Gouvernement britannique. Ce puissant motif arrêtera donc nécessairement les projets ambitieux que la Cour de Sardaigne n<Iurrit à notre égard aussi longtemps que nous serons étroitement liés avec la Grande-Bretagne, et c'est précisément ce contre-poids que nous opposerons constamment aux intrigues qu'on entretient à Turin avec la Cour de Russie. En outre, te ministère actuel du Roi est peu estimé et ne possède la confiance d'aucun des autres Cabinets; même dans son sein, il est divisé sous le rapport des opinions et des vues.
Dans ces circonstances, l'état actuel des choses en Sardaigne nous offre, j'en suis convaincu, malgré les sentiments défavorables de cette puissance à notre égard , la possibilité de
neutraliser pour longlemps encore les effets fiàcheux de ces sentiments; nous y réussirons en exerçant une surveillance constante et rigoureuse sur ses allures, et en continuant (le suivre la marche franche, correcte et ferme que nous avons adoptée dans nos rapports avec elle.