‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 37 sur 126 · SÉJOUR A AIX-LA-CHAPELLE ET RETOUR A A'IENNE · texte numérisé non relu

SÉJOUR A AIX-LA-CHAPELLE ET RETOUR A A'IENNE

EXTRAITS DE LETTRES PARTICCLlÈnES ÉCniTKS PAR METTERlflCH A SA FAMILLE, ^ DU 1*'' OCTOBRE AU 25 DECEMBRE 1818.

266. Arrivée à Aix-la-Chapelle. -^ A Cologne, Metternich est pris pour TEmpereur. -^ Voyage triomphal sur le Rhin. — Visite à la cathédrale. — Les reliques. — L*Empereur Alexandre. — Commencement des conférences.

— 267. Diner donné par le Roi de Prusse en l'honneur de la fête de TEmpcreur François. — Les affaires marchent à merveille. — Partie de whist.

— 268. Le traité d'évacuation est signé avec la France. — Plan d*un voyage en Italie. -^ 269. Plaisirs. — 270. Mort de Hudelist. — Excursion à Spa.

— 271. Lawrence à Aix-la-Chapelle. — 272. Projets de départ. — Accident arrivé à un équipage de la Cour. — 273. Les affaires sont réglées. —

274. Départ pour Bruxelles, avec Wellington. — La princesse Marie. —

275. De Donauwœrtb. — 276. Retour à Vienne. — L'Empereur Alexandre a la Cour. — 277. Parallèle entre Paris et Londres.

Metternich à sa femme. Aix-la-Chapelle, ce 1*' octobre 1818.

266. Me voilà enfin, ma bonne amie, dans la ville, but de mon voyag[e, sans jamais avoir été celui de mes vœux.

Je vous ai écrit la dernière fois de Bingen. Le lendemain, j'ai côtoyé le Rhin jusqu'à Goblenlz, où TEmpereur est arrivé par eau quelques heures après moi. Nous y avons couché , et j'ai poursuivi ma route le lendemain jusqu'à Cologne. J'at diné à Bonn, et j'ai parcouru pendant deux heures cette ville. Bien n'est charmant comme le site de Bonn; on voit les belles montagnes qui terminent la vallée du fleuve et qui semblent s'embellir encore pour vous laisser plus de regrets. Ces montagnes, connues sous le nom de Siebengebirge , sont d'un effet magique. D'un côté se trouvent les ruines de Rolandseck, et de lautre celles du Drachenfels. Incertain si de Francfort on vous a envoyé la description du Rhin par Schreiber , j'en joins ici un exemplaire. Vous trouverez dans l'article Volks" sagen l'histoire de ces deux châteaux. Plus loin commence l'immense plaine qui va se perdre dans l'Océan et dans la mer du Nord, plaine riche et couverte de villes, de villages, de champs fertiles et de forêts superbes.

Je suis arrivé à sept heures à Cologne. Une foule immense s'était portée au-devant de TEmpereur. Mes six chevaux et mes voitures de suite m'ont fait prendre pour lui. J'ai eu beau faire arrêter de cinq en cinq minutes pour assurer le peuple que j'étais indigne de tant d'honneur, — rien n'y a fait; arrivé à la porte, le train a recommencé de plus belle. Les cloches, les vivat, la rage d'une population de soixante mille âmes acharnée contre ma voiture , ont couvert ma voix et celle de Gentz, que par hasard j'avais rencontré à Bonn et que j'avais fait monter avec moi. Tout ce que je suis parvenu à éviter, a été que l'on ne dételât pas mes chevaux. J'étais furieux, et Gentz tremblait de tous ses membres. Je n'ai entendu qu'une seule voix raisonnable dans cette foule ; un homme auquel j'assurais que c'était moi, me dit : « Nous aimons bien assez notre Empereur pour crier deux fois, si vous n'êtes pas lui! »

J'arrive enfin à l'hôtel du vieux patricien Geyger. Monsieur, madame et mesdemoiselles ses filles, que je n'avais jamais vus, se sont emparés de moi à la descente de la voiture. J'ai été couvert de vieux et de jeunes baisers; toute la maison pleurait, criait et jurait; elle pleurait de joie de m'embrasser, moi, ministre d'Autriche ; elle criait des « Vive l'Empereur! » et jurait contre le sort qui avait déplacé l'ancien ordre de choses. Entouré de toutes les autorités du lieu, j'ai traîné la famille dans une chambre, et je l'ai suppliée d'être raisonnable. Ils m'ont répondu par l'assurance spontanée et catégorique qu'ils croyaient l'être ainsi, et qu'ils ne voulaient pas l'être autrement. J'ai commencé à entrevoir que mes raisons échoueraient contre une pareille détermination , et je me suis livré aux baisers avec un abandon héroïque. Rendu à la liberté, j'ai vu queGiroux* était aux prises avec les servantes; elles eurent l'air de ne pas s'apercevoir qu'il avait négligé de faire sa barbe depuis huit jours.

L'Empereur arriva enfin à son hôtel, à deux portes du

'* ValeC de chambre du prince de Mctternich, qui a fidèlement servi ce dernier pendant de longues années. (^Note de (^Editeur*)

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