‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 38 sur 126 · SÉJOUR A AIX-LA-CHAPELLE ET RETOUR A VIENNE · texte numérisé non relu

SÉJOUR A AIX-LA-CHAPELLE ET RETOUR A VIENNE

mien, et la foule et les baisers allèrent se porter à vingt pas plus loin.

Certes, si Ton pouvait prétendre que le bonheur d'avoir été Franrais et d'être Prussien l'emporte, à Cologne et sur les bords du Rhin, sur le souvenir de dix siècles, on se trom-« perait fort. Les presses d'imprimeurs gémissent pourtant sous ce mensonge !

Le voyage sur le Rhin a été un triomphe continuel pour l'Empereur, et qui a fini par être embarrassant pour lui. Tout le train a recommencé de plus belle à son arrivée à Aixla-Chapelle. Tout ne respire que l'Empire dans la ville natale et chérie de Charlemagne. Le peuple ici ne voit dans l'Empereur que son successeur; il se tait quand l'un des autres Souverains passe, et il ne cesse de crier en foule partout où parait l'Empereur : Vive notre Empereur !

Le site d'Âix, duquel je n'avais qu'un souvenir confus et qui date de vingt-six ans, est très-pittoresque. Il est plein de mouvements de terrain, et d'une très-riche culture. La saison est magnifique et invite à la promenade. Nous sommes tous bien logés , et les mesures qui ont été prises pour empêcher que la foule des diplomates ne s'y porte, font que nous sommes assez au large.

Nous avons été cette après-dînée, avec l'Empereur, visiter la cathédrale. Le Roi de Prusse y est venu également, car il n'y avait point vu les reliques, qui toutes datent de Charlemagne, et que l'on n'expose à la vue du public que tous les sept ans, ou bien quand une tête couronnée catholique vient les visiter. On nous a montré :

1* Un petit habit de Jésus-Christ, qu'on appelle à Vienne ein Kinder-Rôckerl (une petite robe d'enfant) ;

2* Une robe de la Sainte Vierge ;

3* La ceinture que Jésus-Christ avait à la croix ;

4* Le linge dans lequel Hérodiade a porté la tète de saint Jean-Baptiste. .

On a beau ne point croire que ces objets soient justement dénommés, il n'en est pas moins vrai que, donnés à l'Église par Charlemagne il y a mille ans, ce Prince ne peut les avoir

acquis que présentant toutes les preuves de la plus haute antiquité. On ne conçoit leur extrême conservation que par les soins extrêmes que Ton en prend. On montre aussi le crâne de cet Empereur et beaucoup de ses ossements, qui montrent quelle était sa haute taille. On avait placé un prie- Dieu sur sa tombe, où l'Empereur a &it sa prière. Le peuple, qui avait forcé les portes pour y voir l'Empereur, s'est agenouillé sur-le-champ, et j'ai trouvé le Roi très-mal placé, debout au milieu de son peuple* A sa place, je n'y serais point venu !

L'Empereur Alexandre est arrivé ici le même jour, dans la soirée. J'ai passé chez lui trois heures, et nous nous sommes retrouvés comme en 1813.

Nous avons commencé aujourd'hui nos conférences sous les meilleurs auspices, et j'ai tout lieu d'espérer qu'il nous faudra trois ou tout au plus quatre semaines pour finir notre besogne.

Les résultats seront les plus généralement satisfaisants. L'Empereur Alexandre viendra d'ici à Vienne. Il n'est plus question de son voyage en Italie. Je ne crois pas que le séjour qu'il fera à Vienne puisse excéder quinze jours. Le !•' décembre, tout, par conséquent, sera rentré dans Tordre.

obre.

267. Il fait aujourd'hui un froid scandaleux, et il grêle, en attendant qu'il gèle. L'Empereur, qui en a été tout à fiait incommodé hier, est resté couché : aujourd'hui, il va mieux et il s'est levé. Moi , j'ai été tout à fait enrhumé hier, et je ne le suis plus guère aujourd'hui. Le résultat de cette heureuse coïncidence a été que ni l'Empereiur ni moi n'avons assisté hier à un dtner offert par le Roi de Prusse en l'honneur de la Saint-François, ni à un grand bal que la ville a donné. C'est peut-être pour la première fois de ma vie que j'ai trouvé dans un motif de santé qui m'a empêché de sortir, un véritable sentiment de bonheur. Je parie, au reste, que la ville croit que l'Empereur et moi avons sacrifié leur fête à quelque pro-

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