‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 44 sur 126 · III · texte numérisé non relu

III

sera donc celui-ci : Quil ny aura rien de changé dans tordre de choses existant; ce résultat vaudra le plus beau triomphe k Votre Majesté et aux Cabinets qui, depuis 1815, n'ont cessé de suivre une marche positive, qui n'ont jamais fait appel à Tes- |)rit d'innovation et qui ont toujours soutenu le droit seul , le droit pur et simple. Mais pour la Cour qui en toute circonstance a rendu hommage à ce qu'on appelle l'esprit du temps, et (\ui ^ par ses paroles , a fait naître les espérances des novateurs et des sectaires de tout genre; pour cette Cour, dis-je, le résultat d'un congrès aussi important que celui d'Aix-la- Chapelle sera compromettant au plus haut degré, aux yeux de ces novateurs mêmes , dès que tout restera sur l'ancien pied.

C'est dans ces quelques points que réside la différence qui sépare nettement les vues de l'Autriche de celles de la Russie. Du reste , nos idées n'ont cessé de prévaloir jusqu'à ce jour , et je ne doute pas qu'il n'en advienne de même à Aix-la-Cha- Y)ellc. Que la future réunion , tenue dans la forme et en la manière adoptées , déplaise au ministre russe , c'est donc une chose toute naturelle. Ce qui ne l'est pas moins, c'est que nous ne puissions l'admettre que dans la forme conTenue. Le succès dépendait beaucoup de la première parole; or, cette parole, nous l'avons prononcée à l'heure opportune, et par là nous avons évité bien dés occasions de nous compromettre dans un sens très-différent des craintes du comte Capo d'Istria.

Du reste , j'ai déjà gagné du terrain auprès des Cabinets prussien et anglais, si bien que je ne prévois pas qu'il soit possible, lors des conférences, de s*écarter d'une marche régulière et posée*.

* Sur ce document, que nous possédons sous forme de copie, te trouTe la note suivante, écrite plus tard de la main même du chancelier d*£tat : ■ Le contenu de ce rapport est important ; car il fait ressortir les raisons de la différence qui existait entre les deux Cabinets impériaux sous le rapport de leurs intentions et de la marche suivie par eux. Le comte Gapo d'Istria était le représentant d*une école politique extravagante ; personnellement il n^avait en vue que la question hellénique, qui, en 1818, était sur le point de surgir. Dans cet ordre d^idéet (la question hellénique) et toui le rapport de la résistance au libéimlMM dootnalitt «m tmvraic un ardent d&ampioo

COnRESPONDANCE AVEC L'EMPEREUR FRANÇOIS (1818). U7

Franzcnsbrunn, le 20 août.

S88. Sire, connaissant les sentiments de bienveillance que vous daignez avoir pour le feld-maréchal prince de Schwarzenberg , je considère comme un devoir d'indiquer respectueusement à Votre Majesté une occasion qui lui permettrait de faire à peu de frais grand plaisir à Son vieux serviteur. Le fils aine du prince, Frédéric*, est, depuis plus d'un an, cadet au régiment de uhians de son père. Il se distingue par son zèle k contenter son père, et son désir serait d'être promu au grade de sous-lieutenant. Si Votre Majesté daignait accéder h son vœu en ayant Tair de le feirc spontanément, le feld-maréchal Lui en aurait la plus profonde reconnaissance.

Dans le cas où Votre Majesté daignerait £aire droit à cette prière , que je me permets de Lui adresser à Tinsu du prince, j'oserais demander qu'ElIe voulût bien consentir à informer le feld-maréchal par un billet autographe qu'EIle lui accorde cette faveur, et à le faire le plus tôt possible, afin de prévenir une demande directe du père.

Ce qui m'enhardit surtout à &ire cette démarche , c'est que depuis l'arrivée du feld-maréchal Bliicher à Carisbad , le Roi de Prusse envoie presque toutes les semaines un aide de camp à ce dernier pour prendre des nouvelles de sa santé , qui , du reste, est fort compromise.

Metternich, m. p.

Je prendrai les mesures nécessaires, conformément à la proposition que vous me £eiites.

François, m. p,

Badeo, le 23 août 1818.

dans ce ministre plus (*rec que russe, le système d'une alliance entre les frandet puissances lui éuit odieui. » (Note de C Éditeur,)

* Celui qui écrivit sous le pseudonyme du « Lansquenet » .

(Note de C Éditeur.)

Franzensbrunn, le 20 août.

286. J'ai riionneur d'adresser ci-joint à Voire Majesté un rapport du prince de Kaunitz; ce document nous apprend comment les affaires continuent d'aller à Rome^. Si la Cour |)ontificale persiste dans la marche qu'elle a adoptée , elle se prépare, dans un avenir prochain, des complications avec l'Allemagne, complications dont il est difficile de mesurer la portée dés à présent. Notre devoir est de Téclairer , et de soutenir dorénavant ceux des cardinaux qui forment le parti raisonnable.

Votre Mîijesté a daigné approuver mes dernières instructions à Tambassadeur prince de Kaunitz. C'est dans le même sens que je lui enverrai prochainement d'autres recommandations pressantes.

Je prie respectueusement Votre Majesté de vouloir bien Faire communiquer le présent rapport, ainsi que l'annexe, au cotiselller d'État de Iludelist.

METTEnNICH,m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez. Le conseiller d'État de Hudelist recevra le rapport ainsi que l'annexe. Nous devons tendre à éviter que, par suite de démarches précipitées, inspirées par une ardeur trop grande, la religion catholique subisse un dommage irréparable.

François, m. p.

Daden, le 25 août 1818.

* Dans ce rapport du 10 juillet se trouve exprimée la crainte qu*^ Rome un parti de « zelanti w , composé de cardinaux hostiles aux idées de conciliation de Consaivi, ne travaille ^ forcer la main au Pape et à lui faire prendre des mesures énergiques contre les Cours de Bavière et do Bade, attendu que, par des lois organiques récentes, la première paralyse le Concordat qui Tient d*ôtre conclu et que la seconde prend sous sa protection le vicaire capîtulaire de Constance, Wessenberg, qui est menacé de Tinterdit.

(Note de FÉditeur,)

Rœnigswart, le 26 août.

287. Votre Majesté trouvera dans les deux annexes les instructions que j'ai adressées au baron de Vincent, le 23 de ce mois , relativement à la question si importante de la réconciliation de Monsieur, frère du Roi de France, avec ce dernier.

Votre Majesté daignera se rappeler que déjà , dans le cours du printemps dernier. Monsieur avait fait venir exprès le ministre plénipotentiaire de Votre Majesté pour lui parler de son désir d'arriver à une réconciliation. A cette époque, le baron de Vincent instruisit le duc de Wellington de ce fait, ainsi que de. Tentretien qu'il avait eu avec le Prince; eu même temps il informa de la chose le duc de Richelieu.

Je répondis aussitôt au baron de Vincent qu'il devait taire entendre au frère du Roi que Votre Majesté était toute disposée à prêter la main à une réconciliation qui n'aurait que des suites heureuses ; j'exprimai toutefois ma conviction personnelle que Monsieur devait, avant tout, essayer des moyens capables défaire arriver à ce but.

Voici pour quelles raisons je résolus de suivre cette voie :

1* Parce que la suite que Son Altesse Royale donnerait à Tafiaire pouvait seule me faire voir clairement quelles étaient ses intentions réelles,

2* Parce que je voulais m'assurer si Monsieur avait pris spontanément la résolution d'agir, ou s'il y avait été poussé par le parti ultra^royaliste; enfin je désirais savoir quelle fraction de ce parti (car il y en a tant!) lui avait donné l'impulsion.

3* Parce que toute démarche compromettante pour le caractère de Votre Majesté ne pouvait être sûrement évitée que si les deux parties adverses avaient exprimé le vœu de Toir intervenir un tiers dans une affaire de famille.

Relativement à ce point capital, nos espérances ont été réalisées. Plusieurs tentatives de réconciliation furent faites, soit par Monsieur, soit par les ministres; mais elles demeurèrent toutes sans résultat.

130 RECUEIL DE DOCUMENTS (l818-18â2)

Dans le courant du mois de juin, et presque en même temps, les ultras et le duc de Richelieu s'adressèrent à moi pour me demander de m'iuterposer. Je fis entendre au duc que Votre Majesté (qui était encore en voyage) me donnerait certainement plein pouvoir à cet effet, mais que le moment d'intervenir utilement ne me semblait pas encore venu, attendu que je devrais avoir affaire, non pas à l'une ou Vautre fraction du parti ultra-royaliste , mais à Monsieur lui-même.

J'adressai à Monsieur une communication semblable.

Alors Monsieur m'envoya, en effet, à Carisbad, une personne tout à fait de confiance , qui n'a point d'attaches avec le parti, et qui se présenta comme un organe direct du Prince luimême. Je renvoyai cet émissaire à Paris, avec des ordres qui prouvaient à Monsieur :

1* Que maintenant l'affaire était engagée d'une manière sérieuse et convenable ;

2* Que le baron de Vincent serait prochainement chargé de la mission de s'offrir personnellement comme médiateur.

J'expédiai le marquis de Garaman à Paris, afin d'informer le duc de Richelieu de Tétat des choses ; mais en même temps j'annonçai à ce dernier que je tâcherais de gagner le plus de temps possible, afin de rapprocher, autant que faire se pourrait, cette négociation particulière de tentrevue dAix^la^ Chapelle; car, disais-je, j'étais convaincu que le succès de ten^ treprise (si toutefois il est permis de l'espérer) ne pourrait être assuré qu'à la condition de précipiter les choses. Monsieur est faible ; il faut qu'il se prête lui-même h la réconciliation ; car, si on lui laisse le temps de conférer avec le parti, tout sera à recommencer.

Le duc de Richelieu partagea entièrement ma manière de voir.

Après que toutes ces questions curent été bien débattues, j'adressai au baron de Vincent les instructions dont j'ai parié ci-dessus, instructions dont le contenu renseignera Votre Majesté sur le point de vue auquel je me suis placé dans cette affaire, et que j'ai cru devoir choisir comme étant le meilleur.

La dépêche n^ 1 peut être communiquée aux deux parties.

La dëpéche n* 2 contient les instructions particulières adressées au baron de Vincent.

C'est sur les bords du Rhin que j'apprendrai le premier résultat des démarches que doit fiaire l'envoyé de Votre Majesté.

Hier, au moment de mon départ de Franzensbrunn , j'ai reçu du duc de Richelieu une lettre dans laquelle il me prie instamment de venir à Paris conduire l'afEaire en personne. Mais je ne prendrai une résolution que lorsque je connaîtrai le résultat des premières démarches. Celles-ci ont dû être foites par un autre que par moi ^ si je ci*ois pouvoir aider à une bonne solution, j'entreprendrai le voyage; dans le cas contraire , le but de mon excursion à Paris se réduira à celui de profiter de la présence de lord Gastlereagh dans cette ville. Si ce dernier ne prenait pas cette direction, et s'il n'y avait pas d'espérance positive de voir la médiation réussir, je m'épargnerais un déplacement inutile.

Je me flatte que Votre Majesté , voyant comment l'affaire a été conduite jusqu'ici, daignera m'honorer de Sa haute approbation. Je regarde cette question comme la plus importante du jour, et pourtant je suis loin d'en pouvoir espérer positivement l'heureuse solution. Les parties sont si loin de s^entendre, qu'il faudra beaucoup de concessions de part et d'autre pour qu^un rapprochement devienne possible. D'ailleurs, comme la réussite de l'entreprise ne dépend pas uniquement du médiateur, il n'en est pas moins honorable pour Votre Majesté, ainsi que pour Son Cabinet, d'avoir été choisie pour amener ce résultat si désirable. Ce choix témoigne peut-être plus que tout le reste en foveur de la politique que Votre Majesté soutient aujourd'hui en Europe.

Metternich, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez, et je vous renvoie les annexes de votre rapport. Seulement il me vient un scrupule : je me demande si Monsieur ne pourrait pas, par légèreté ou par &iblesse, abuser des communications

15S BECIjEIL de documents (iSlg-lMS).

qui lui seront faites au sujet de notre manière d^envisager la conduite de la Russie et de l'Empereur Alexandre , ou du moins en faire un usage refprettable pour nous. . .

François, m. ;y.

Baden, le 80 aoât iSil.

Kœnigswut, le 16 août.

288. Votre Majesté trouvera ci-joint plusieurs rapports de M. de Haudel*; Elle verra par ces documents quel est Taccueil qui l'attend sur les bords du Rhin.

Je connais les sentiments de la population rhénane , et j ai cru devoir conseiller à Votre Majesté de descendre le fleuve, parce que j'étais convaincu que ce voyage prendrait le caractère d'un véritable triomphe.

Du reste , les démonstrations des provinces rhénanes porteront un coup sensible au parti des malintentionnés. Les manifestations sincères et spontanées de plusieurs centaines de mille personnes valent mieux et sont plus concluantes que les. déclamations des professeurs et des étudiants d'Iéna.

Au demeurant, le voyage de l'Empereur Alexandre et du Roi de Prusse ne ressemblera en rien à celui de Votre Majesté ;. c'est là un fait qui n'aura certainement pour l'Allemagne que des suites heureuses.

Metternich, m. p.

Je suis heureux d'apprendre ce que vous me mandez, el j'en prends note.

François, m, p.

Badeu, le 30 août 1818.

* P. A. de Handel, minisire résident d'Autriche ii Francfort.

{Note de VÈditeur.)

Francfort, le 80 août.

289. Sire, au moment de mon arrivée dan!> cette ville, j^ai reçu une lettre du Prince de Hesse , qui m'a été apportée par un courrier venant par Berlin ; j'ai Thonneur de l'adresser ci-joint à Votre Majesté.

Je crois que Votre Majesté pourrait envoyer à Prague les ordres nécessaires, afin que Tlmpératrice mère'* fi^t traitée avec toutes les prévenances possibles. Il faudrait avant tout veiller à ce qu'elle pût être reçue au château du Hradschin ; elle amènera certainement avec elle ses officiers de bouche. Votre Majesté voudra peut-être lui envoyer un certain nombre d'équipages ; c'est une question dont Elle est seule juge. Il me semble quMI y aurait lieu de nommer quatre chambellans pour le service personnel de l'Impératrice et, dans tous les cas , quelqu'un qui pouixait faire l'office de grand maître de la Cour. Un des princes de Prague, peut-être le prince Isidore Lobkowitz, conviendrait pour cette fonction.

Votre Majesté trouvera, du reste, dans l'imminence de son départ une raison pour ne pas aller en personne rendre visite à l'Impératrice. J'ai rédigé à tout hasard une lettre que j'ai l'honneur d'envoyer ci-joint à Votre Majesté et de Lui soumettre respectueusement; cette lettre, adressée à l'Impératrice, pourrait être envoyée à Prague lorsque Votre Majesté apprendra la prochaine arrivée de Tauguste voyageuse.

A la fin de sa lettre, le Prince de Hesse m'apprend, à ma grande surprise et contrairement à ce que m'avait dit le comte Capo d^'Istria, que nous avons à craindre que l'Empereur n'ait pas renoncé à faire, après l'entrevue d'Aix-la-Chapelle, Ir voyage projeté, et qu'il ne veuille aller au moins dans la Haute-Italie. Est-ce le comte Capo d'Istria ^qui est dans l'erreur, ou bien est-ce le Prince de Hesse? Il me semble que

* Impératrice de Kutiie., (yoi^ de F Éditeur,)

I5i BBCUEIL DE DOCUMENTS (iglg-lgtt).

malheureusement la réponse à cette question ne saurait être douteuse. Cependant je me suis empresse d'écrire à tout hasard au premier, et j'ai donné mes ordres à Garisbad afin que la réponse du comte à ma lettre soit expédiée directement de cette ville même et parvienne sans tarder à la connaissance de Votre Majesté.

Quant à ce que l'Empereur compte ftiire au mois de novembre en Suisse , et pourquoi il veut travei^er le Simplon à ce moment de Tannée , cela ne peut s'expliquer par aucune raison plausible.

Toutefois, la résolution de l'Empereur déterminerait sans doute Votre Majesté à se rendre à Milan; mais il n'y aurait pas lieu de £aire des préparatifs en vue de ce voyage avant de savoir que le Czar est fermement décidé à donner suite à son projet.

Metternich, m. p.

Francfort, le 31 aoât.

290. Votre Majesté m'a &it ordonner par le grand chambellan de Lui soumettre mes propositions relativement aux chambellans qui auraient à L'accompagner à Aix-la-Chapelle, indépendamment des deux qui doivent foire le service permanent.

On devrait , selon moi , choisir des jeunes gens sûrs et bien doués, à qui l'on pourrait confier toute espèce de mission.

Je propose donc :

1* Le comte Ladislas de Wrbna,

2* Le comte de Bellegarde,

3» Le comte Félix de Woyna.

Le comte de Wrbna désirerait fort que son neveu , le major Pozzo, fût aussi appelé à cet iKNineur. Je n'ai rien à dire r.ontre sa r "ésent, je trouve que

des objections très-sërieuses s'élèvent contre son nom. Dans toute autre circonstance, il serait en droit de prétendre à rhonneur d'accompagner Votre Majesté, aussi bien que tout autre chambellan; car il occupe cette charge, ce qui est d'ailleurs une anomalie , vu que les Pozzo sont des Corses qui n'appartiennent pas même à une famille noble ; mais, lors de l'entrevue d'Aix-la-Chapelle, plus d'un verrait dans sa nomination une sorte d'attention pour l'oncle Pozzo, qui ne la mérite en aucune façon.

Si Votre Majesté désirait avoir quatre chambellans au lieu de trois, on pourrait choisir le comte de Schœnfeld ou quelque autre jeune homme bien tourné. Je regrette que Votre Majesté ne semble pas avoir à sa disposition un chambellan de nationalité italienne.

Metternich, m. p.

Je prends note de ce que vous me dites. Gomme le comte Félix de Woyna est avec son régiment en Hongrie, j*ai décidé que les comtes de Wrbna, de Bellegarde et de Schœnfeld m'accompagneraient à Aix-la-Chapelle.

François, m. p.

Baden, le 9 teptembre 1818.

Francfort, le 4 septembre.

291. Sire, mon séjour dans cette ville a été gâté par une légère fluxion que j'attribue à la température extrêmement rude dont j'ai souffert en Bohème, peu de temps avant mon départ; si je n'ai pas obtenu tous les résultats que je me promettais, ma présence du moins a eu jusqu'ici les suites les plus heureuses. Depuis mon arrivée à Francfort, il s'est produit ici une véritable révolution morale ; quand les partis furent certains de ma venue prochaine , ils oublièrent leurs divisions pour chercher à se rapprocher, et ce qui n'avait pu se foire auparavant s'est accompli depuis mon intervention direcle. Je puis garantir aujourd'hui que le rapport de la commission de la Diète, qui

est relatif à Torganisation militaire de toute la Confédération (germanique, sera présenté à l'assemblée dans le courant de ce mois. Ce rapport est équivalent à Toeuvre elle-même, car il est le résultat des vœux unanimes qu'ont exprimés dans leurs délibérations les Cours les plus considérables et les plus influentes , agissant de concert avec les délégués militaires de tous les Gouvernements allemands. Dès que le rapport sera <léposé j la Diète se prorogera pour deux mois et prendra des vacances. Cette période coïncide précisément avec celle des conférences d'Aix-la-Chapelle. De cette manière on prévient tout embarras politique, et surtout, par le règlement de cette affaire , on préviendra une ingérence russe qui n'est que trop à craindre.

Pendant son voyage , Votre Majesté verra quelques Princes allemands. J'enverrai à Votre Majesté, en temps opportun, un travail sommaire relatif au langage qu'il serait à souhaiter de Lui voir tenir. Toute parole prononcée par Votre Majesté fait aujourd'hui la plus grande impression. Il faut être au milieu de TAIIemagne pour voir à quelle hauteur morale la (iOur impériale se trouve placée. Sous ce rapport, elle a gagné tant de terrain que son influence ne pourrait s'amoindrir que par ses propres foutes.

Le 10 de ce mois, je me rendrai au Johannisberg, et, le 13, je verrai le chancelier d'État Hardenberg, avec lequel je passerai le 14 et le 15 à Coblentz. Le 16, je retournerai dans le Rhcingau, où m'attendront le comte de Munster et plusieurs autres diplomates. Le 22, je serai à Mayence, où je présenterai mes hommages à Votre Majesté.

Metternich, m. p.

Je suis heureux d'apprendre ce que vous me mandez, et j'en prends bonne note. J'attends l'envoi du travail que vous m'annoncez relativement à la manière dont vous désirez que je parle en Allemagne.

François, m. p.

Badcn, le 9 septembre 1818.

CORllESPONDANCE AVEC L'EMPEREUR FRANÇOIS (1818). 157

Francfort, le 9 septembre.

292. Sire, suivant des nouvelles qu'a reçues hier Madame la Princesse héréditaire de Hesse-Hombourg, Tétat de santé de Madame Sa mère, la Reine d'Angleterre, était considéré par les médecins comme désespéré. Les hommes de la science ne croyaient pas qu'elle eût encore plus de huit jours à vivre.

Par suite de la mort de la Reine , le Parlement devra être réuni dans un délai de six semaines pour se prononcer sur la mesure prise récemment au sujet de la surveillance du Roi, nui lui était dévolue en vertu d'un acte du Parlement. Lord Castlereagh, qui avait prévu le cas, s'est contenté, comme on le sait, de prendre les mesures nécessaires, afin de ne pas avoir à interrompre son séjour à Aix-la-Chapelle.

Metternich, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez.

François, m. p,

Pcrsenbeug, le 17 septembre 1818.

Cbâteau de Jobanoiâbcrg, le 18 septembre.

283. Sire, il s'est glissé une faute dans l'itinéraire imprimé; je n'hésite pas à la corriger, même de loin. On a commandé pour Votre Majesté des chevaux pour passer par Darmstadt ; sur la liste des endroits à traverser figure la station de Langfeld, qui n'existe plus depuis longtemps ; la station se trouve aujourd'hui à Dieburg; le chemin de Darmstadt à Mayence par Grossherau est complètement abandonné ; il est absolument impraticable pour les voitures, parce que les routes et les ponts sont construits dans une direction toute différente. k Kostheim, en prenant cette route abandonnée. Votre Majesté serait obligée de passer le Main; or, pour transporter toute la suite sur des bacs, il faudrait plus d'une demi-journée. Il

y a donc certainement une erreur, qui tient sans doute à ce que Tauteur de l'itinéraire a consulté un ancien manuel de la poste.

Du reste, le Prince-Électeur de Hesse se trouve déjà à Hanau, ou plutôt à Wilbelmsbad, qui est tout près de cette ville ; il y a été amené par Tespérance qu'on lui a fait concevoir que Votre Majesté s'arrêterait un moment chez lui. A Francfort, toute la bourgeoisie attend Votre Majesté avec impatience ; elle est dans une joie indescriptible. D'après l'itinéraire imprimé. Votre Majesté tournerait Hanau et Francfort pour tomber dans la Cour de Darmstadt, qui, vu la marche déplorable qu'elle a suivie dans les questions allemandes , ne mérite nullement cette distinction.

J'ai chargé M. de Handel de suivre de facto la route telle qu'elle existe aujourd'hui de facto et de commander les chevaux sur cette ligne.

Comme Votre Majesté trouve trop courte la première journée qui suivra Son départ de Mayence , je prendrai des mesures pour qu'Elle puisse passer la nuit à Saint-Goar. Sur le Rhin , <*ela fait une bonne journée de voyage, si Votre Majesté ne veut p«is voyager par l'obscurité, ce qui, du reste, présente oeitaines difficultés au point de vue de la navigation.

Les équipages personnels de Votre Majesté suivront le bord du fleuve en prenant la nouvelle chaussée qui le longe. En cas de mauvais temps. Votre Majesté pourrait ainsi, à son choix, descendre le Rhin ou voyager par terre.

Ainsi que Votre Majesté daignera le voir par l'annexe, l'Empereur Alexandre n'arrivera à Aix-la-Chapelle que le 28. Le Roi de Prusse voudrait que Votre Majesté n'arrivât qu'à cette date, et qu'Elle lui laissât l'honneur d'être le premier à recevoir le Czar. De cette manière. Votre Majesté pourrait s'arrêter à Coblentz , où les nouveaux travaux de fortification méritent toute Son attention. Je désirerais d'autant plus La voir visiter ces travaux avec le général d'artillerie Duka, qu'ils ont été faits d'après un système tout nouveau qui, tout en garantissant la solidité des ouvrages, présente une économie qu'on peut évaluer sûrement à plus des deux tiers.

Les travaux sont très-avances ; ils sont dirigés par des ingénieurs saxons , qui se distinguent par un véritable talent. On peut à peine croire, en voyant tout ce qu'on a déjà fait, qu'on n'ait dépensé jusqu'à ce jour que 800,000 tbalers. A la fin de l'année prochaine, Coblentz sera une place d'armes pouvant contenir soixante mille hommes.

J'envoie M. de Handel au-devant de Votre Majesté à Esselbach ; je l'ai chargé de prendre Ses ordres relativement à la suite du voyage depuis cet endroit jusqu'à Aix-la-Chapelle ; car des modifications sont nécessaires, vu que l'arrivée de Votre Majesté doit être retardée d'un jour. M. de Handel devra aussitôt prendre les mesures voulues.

Metternigh, m. p.

Par suite de ce qui a été fait dans l'intervalle, la question est toute résolue. Je vous renvoie les documents annexés à votre rapport.

François, m. ;i.

Aix-la-Chapelle, le 29 septembre 1818.

Jobannîsberg, le 19 septembre.

284. Votre Majesté verra le Prince-Électeur lors de Son passage à Hanau. Elle daignera trouver ci-joint un rapport du général Wacquant relativement au désir très-vif qu'a le Prince- Électeur d'obtenir la dignité royale.

Mon avis est tout à fait contraire à cette prétention. Rien ne doit être changé aujourd'hui dans la situation de la Confédération , pas même un nom ; de son côté , la dignité de la Couronne demande certainement qu'il n'y ait pas de Rois possédant tout au plus l'équivalent d'un cercle en fiait de territoire.

C'est ce que le Prince-Électeur paraît avoir senti; aussi propose-t-il l'expédient le moins admissible : il voudrait une dignité royale collective, qui ôterait nécessairement toute dignité à la Couronne royale.

Je demande, sauf meilleur avis , que Votre Majesté veuille

lUO RECUEIL DE DOCUMENTS (1818-1832).

bien déclarer nu Prince-Électeur, si par hasard il aborde la question , quElle ne pourrait pas la résoudre à Elle seule.

Si le Prince-Électeur consultait Votre Majesté pour savoir s'il doit faire des démarches auprès des autres Souverains (il en a déjà fait auprès de la Prusse) , Votre Majesté pourrait lui déconseiller d'agir et lui promettre que la question sera posée, par voie confidentielle, lors de Tentrevue d*Aix.

£n ce qui concerne la Confédération germanique, Votre Majesté pourrait déclarer au Prince-Électeur :

« Qu'Elle a constaté avec regret la marche suivie dans les derniers temps par le Prince-Électeur, marche toute différente de celle qu'il devait adopter suivant la promesse par lui faite au Cabinet de Votre Majesté.

« Que Votre Majesté faisait faire une proposition tendant à faire répartir les contingents combinés en trois corps, sans que toutefois cette répartition comportât la réunion du contingent de la liesse à celui du Wurtemberg. Chaque membre de la Confédération doit rester, sur sa ligne géographique. II faut éviter que la route militaire d'un État soit traversée par un contingent étranger. Enfin, les corps devraient être, autant que possible, de force égale. Des corps trop nombreux ybrwieraient des armées dans la Confédération; des corps trop faibles ne seraient plus que des divisions, qui laisseraient le champ libre aux velléités d'incorporation.

(i Que la manière dont les trois corps devaient être composés serait incessamment l'objet d'une proposition de la part des ministres de Votre Majesté, mais que jamais la Hesse et le Wurtemberg ne pourraient marcher ensemble, que cela est une conséquence naturelle de la situation géographique des deux Etats. Il ne peut être indifférent au Prince-Électeur de laisser son pays sans défense et de s'en éloigner pour se porter sur une ligne anormale, sur une ligne qui mettrait toute l'armée bavaroise entre la Hesse et les corps auxquels se joindrait le contingent hessois ; sur une ligne enfin qui forcément serait encore coupée par la Saxe. »

Si Votre Majesté veut avoir plus de détails sur cette question, M. de Handel, que j'envoie à Esselbach pour prendre

les ordres de Votre Majesté , sera tout à fait à même de Lui donner tous les renseignements désirables.

Du reste, j^ai conféré longuement avec les ministres plénipotentiaires qui m'entourent ici, afin d'arriver, à Francfort même , sans attendre l'entrevue d'Aix-la-Chapelle , à une pre^ mière solution de la question militaire , c'est-à-dire à la présentation du rapport du comité de la Diète à l'assemblée plénière. Je puis me flatter qu'à ce point de vue les trois semaines que je viens de passer dans ce pays ont amené plus de résultats que tous les efforts antérieurs, et que mon séjour ici a eu pour heureux effet d'éloigner toute complication des conférences d'Aix-la-Chapelle.

Le 22, j'aurai Thonneur d'attendre Votre Majesté à Mayence.

P. S. Si Votre Majesté avait l'intention de donner un régiment à l'Électeur, cette faveur ne pourrait être que la conséquence de sa conduite correcte dans les affaires de la Diète. Mais je ne saurais être d'avis d'accorder une distinction semblable au Prince héréditaire. Ni les conditions personnelles dans lesquelles il se trouve , ni la dignité du ser\'ice, ne semblent l'appeler à cet honneur.

Metternigh, m. p.

Relativement à son désir d'obtenir la dignité royale, le Prince-Électeur m'a parlé de manière à me faire entendre qu'il voudrait atteindre ce but. Quant à la question des contingents allemands', ses déclarations m'ont fait voir qu'il a renoncé à l'idée de réunir ses troupes à celles du Wurtemberg et de les £aiire entrer dans le même corps. Il n'a pas été question de régiment à donner ; du reste, je vous renvoie les documents annexés , et je prends bonne note du reste du contenu de votre rapport.

François, m. p,

AiirU- Chapelle, le S7 septembre 1818.

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