‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 69 sur 126 · III. S · texte numérisé non relu

III. S

338 RECUEIL DE DOCUIIENTS (1818-ISSt).

mente au sujet d'un enfent malade. Il ne me suffit pas de savoir content un être que j'aime, je veux encore le savoir heureux. Le Ciel la protégera , s*il le trouve bon.

Dans ma position, quand on est accablé de travail pendant près de douze heures par jour, on éprouve un véritable bonheur h passer en Ifamille les quelques minutes de liberté dont on dispose. Quand, à ces moments-là, on est accueilli par les cris de joie des enfants , le monde se revêt de tout antres coufeurs. Malheureusement il n'y a pas de rayons de soleil aujourd'hui dans le cercle de ma finmille, et je n'échappe aux révolutionnaires et aux démagogues qui peuplent mon bureau que pour aller trouver le chagrin et la douleur au lit de ma pauvre

malade.

2 aTTÎI.

393. Les médecins sont plus contents; ils croient que je pourrais sourire ; mais mon cœur de père n'y réussit point.

Je termine l'installatiou du pavillon de mon jardin; il y manque encore la dernière main ; ce sera un vrai musée d'œuvres d'art. Les beaux-arts sont de bien bons amis : on les retrouve toujours, on en jouit; en les cultivant, on ne s'expose jamais aux déceptions.

Lawrence, que j'attends, ne peut malheureusement pas venir à Vienne. C'est un homme plein d'esprit et de cœur, et je suis assez vain pour croire qu'il m'aime beaucoup. Je lui ai écrit hier qu'il a été nommé membre de l'Académie de Vienne. Il attachera peut-être moins de prix à cette nomination qu'au fait que c'est moi qui l'ai provoquée.

8 avril.

594. Toujours la même incertitude au sujet de l'état de ma fille. Pour moi, malheureusement, son sort est décidé. Si je la conservais, je Ja regarderais comme un présent du Ciel. Quant aux secours de l'art dos hommes, je n'en attends plus rien; c'est son âge qui m'inquiète le plus. Depuis huit jours son

état n*a pas empire , il est vrai , mais il ne s'est pas amélioré non plus. On ne peut se figurer combien cette situation me rend malheureux; le bonheur de ma vie se compose d'éléments si simples qu'on pourrait me laisser du moins ceux-là.

10 ayril.

395. L'ordre social a ses lois comme la nature et comme l'homme pris individuellement. Il arrive aux vieilles institutions ce qui arrive aux vieillards : elles ne rajeunissent jamais ; de même qu'il fiaut que les institutions nouvelles fassent leur temps de fjugue juvénile et de folie. On ne peut fiaire une constitution dans le vrai sens du mot ; c'est le temps seul qui la fiait. Une charte est aussi peu une constitution que le contrat de mariage est le mariage lui-même. On> aura beau écrire tout ce qu'on voudra, — et le moins qu'on écrira sera toujours le meilleur, — on n'aura jamais autre chose en main qu'une feuille de papier. L'Angleterre seule possède une constitution ; la Magna Charta n'en est qu'un élément secondaire. La constitution anglaise n'a été créée que par les siècles; il a fallu, pour l'établir, des flots de sang versé et des anarchies de toute sorte. C'est toujours par cette voie que l'ordre social amve à se fixer, et il ne saurait en être autrement, puisque c'est une loi de nature. Ce qu'on appelle aujourd'hui une constitution n'est pas autre chose que le principe : « Ote-toi de Ih que je m'y mette. » Ce qui, dans le calme, se perd comme l'écume, forme des vagues énormes quand souffle la tempête; or, le monde moral a ses orages comme le monde matériel. Si l'on posait la question de savoir si la révolution inondera toute l'Europe, je ne voudrais pas parier pour la négative ; mais je suis fermement résolu à lutter contre elle jusqu'à mon dernier soupir.

\J Histoire de Cromwell, par Villemain, vient de paraître à Paris. C'est un bon livre (|ue l'auteur a lancé dans le monde, où l'on retrouve partout le fantAme de Cromwell. Folie politique et folie religieuse répandues dans toutes les classes de la société civile et de l'armée; usurpation, démagogie, despotisme ou faiblesse des Gouvernements, abaissement du sens

moral chez les hommes; surfaces brillantes qui cac^Mlt )r décomposition et la pourriture ; enfin relâchement g/éf^iini : voilà quels ont été dans tous les temps et dans tous les p«fi les premiers symptômes du retour à Tordre. Les morts ne parlent plus , mais les fils retombent insensiblement dans les folies des pères, dont les noms seuls changent. On les appelle la raison, et la société humaine décore de ce nom la découverte nouvelle de vieilles erreurs.

il STril.

396. L'état de la malade est toujours le même ; de nouvelles consultations de médecins n'aboutissent comme toujours qu'à de vaincs promesses. Rien ne peut me réjouir, parce que le bonheur n'est pas hors de nous , mais en nous-mêmes.

Mon pavillon et monjardin sont gais; mais moi, je suis triste. De grands massifs de jacinthes et de narcisses exhalent leurs parfums, mais ils me semblent tous flétris. C'est à mon bureau que je suis le moins malheureux, parce que là je suis forcé de penser à autre chose. Capo d'Istria me donne encore beaucoup de souci, mais je ne me laisse pas engluer par lui. Je commence à bien connaître le monde , et je crois que si les mouches sont mangées par les araignées, c'est uniquement parce qu'elles meurent trop jeunes de leur mort naturelle, que, par conséquent, elles n'ont pas d'expérience et ne savent pas ce que c'est qu'une toile d'araignée. Mon axiome est d'autant plus juste qu'il est impartial ; car les véritables araignées m'intéressent. Je les observe très-souvent : ce sont les meilleurs baromètres, et, à part leur laideur, ce sont de charmantes petites hétes, toujours actives, qui arrangent leurs demeures de la façon la plus proprette du monde.

18 aTiil.

397. J'ai passé la journée d'aujourd'hui à lire en entier le travail rédigé à la suite de nos conférences. C'est un ouvrage très-considérable et très-important qui vient d'être terminé,

en dépit de la joie qu'auraient eue tous les radicaux si nous n'étions pas arrivés à bout de notre entreprise. C'est une œuvre de législation qui s'élève jusqu'aux régions les plus hautes*.

19 avril.

398. Je mène pourtant une vie bien singulière. Je suis partout et nulle part; je possède des propriétés que je n'ai jamais vues, et dans le nombre, quelques-unes que j'entends toujours vanter par des voyageurs comme de petits paradis. C'est ainsi que j'ai entre autres , sur les bords du lac de Constance, un château qui domine tout le lac, et qui, par conséquent, offre un panorama de la Suisse. Je n'ai jamais passé qu'une nuit dans ce château ; encore n'y suis-je arrivé qu'à huit heures du soir pour repartir à quatre heures du matin ; car la venue d'un courrier arrivé pendant la nuit me forçait de ne pas perdre un instant. Je voudrais qu'à titre de fiche de consolation le Ciel m'eût donné même une faible dose de cette ambition qui trouve, au moindre propos, des jouissances dans tout ce qui ne m'en offire jamais. Moi aussi , je suis ambitieux , mais mon ambition est d'un caractère si sérieux que les jouissances qu'elle me procure ressemblent à celles que donne la vertu. Mon ambition à moi est de bien faire ce que je fais , et de combattre le mal partout où je le rencontre. C'est précisément là ce qui me donne cette apparence de froideur qui, loin d'être de l'apathie, pourrait s'appeler le calme de la persévérance. En vérité , ce n'est pas pour moi que je travaille ; les titres et tout ce qu'on est convenu de nommer les honneurs me sont indifférents. J'ai été comblé de distinctions bien plus que je ne l'aurais désiré; si on me les retirait, je m'en apercevrais à peine. C'est la postérité qui méjugera; sa voix est la seule que je m^efforce de me rendre finvorable, la seule qui ne me soit pas indifférente, et en même temps la seule que je n'entendrai jamais.

* Ce sont les projets de rédaction de l'acte final des coDrérences.

(Note de r Éditeur.)

343 AECUEIL DE DOCUMENTS (1818-18n).

tOarril.

399. . . . Bien des gens seraient heureux de fiaire leur entrée triomphale dans quelque ville sur un char romain, au milieu des acclamations de plusieurs milliers de braillards. Pour moi, je ne me soucie ni des chars de triomphe ni des acclamations ; les hurlements de la canaille n'ont aucun prix à mes yeux. Les cris d'allé{jresse n'ont de valeur que lorsque les BUQes sourient et que les mauvais esprits s'enfuient épouvantes. Il but être né et avoir été élevé comme moi au milieu des tourmentes politiques pour savoir au juste ce que valent des cris de triomphe comme ceux qui éclatent en ce moment aux oreilles de MM. Burdett et compajjnie. Ces messieurs ont lu; mais moi, j'ai vu de mes yeux ; j'ai assisté à la fédération de 1 789 ; j'avais alors quinze ans, et j'étais déjà un homme. Le plus beau soleil du monde éclairait des centaines de milliers d'enthousiastes qui croyaient presque tous au retour de Vàge d'or. J'étais accompag^né d'un {gouverneur qui devint, en 1793, l'ami intime de Robespierre et qui, le 10 août, présida le comité des Marseillais. Ce gouverneur ctait le meilleur homme de la terre : il pleurait de ravissement, sa tendresse et sa philanthropie embrassaient l'univers ; j'étais son élève, et pourtant mon àme était pleine de tristesse.

21 avril.

400. L'état de Clémentine semble s'améliorer un peu ; cependant, si tout va bien, il lui faudra beaucoup de temps pour se rétablir. Mais l'attente, quelque longue qu'elle puisse être, vaudra toujours mille fois mieux pour moi que le moment où il me Ëiudra la perdre pour toujours. Elle est touchante, cette enfant , à force d'être bonne. Avant-hier elle me disait qu'elle se sentait revivre et qu'elle en était heureuse, parce qu^eile aurait désormais d'autant plus de temps pour me prouver combien elle m'est attachée. Il parait que ce sont les sangsues qu'on lui a posées en dernier lieu au cou qui ont provoqué

ce mieux. Une maladie inflammatoire qui dure depuis près de trois mois est extrêmement grave. Malheureusement elle se ressent du retour du froid; elle est toute glacée par suite de cet abaissement de température.

29 avril.

401. L'amélioration qui s'était produite dans Fétat de la malade n'a malheureusement guère duré. Le lendemain, une nouvelle inflammation s'est déclarée; elle a pris en quelques 'heures le caractère d'une forte pleurésie. Il a fallu la saigner trois Jours de suite. Cette énorme perte de sang, survenant après trois mois de maladie, a dû bien TafFaiblir ; aussi ne peuton plus se flatter de la sauver. Il y a des cas où le remède -est pire que le mal lui-même.

S nai«

402. L'état de Clémentine s'aggrave de plus en plus; il est prouvé maintenant que la dernière inflammation a fortement attaqué le poumon de ma pauvre malade. Aujourd'hui elle a été si bas que les médecins s'attendaient à voir sa fin. Dans le cours de l'après-midi elle s'est mise un moment sur son séant. Elle a repris connaissance après avoir été, durant vingt-quatre heures, dans un état de léthargie qui ressemblait à la mort.

Hier est arrivé de Florence le portrait que Lawrence a fait <le Clémentine. J'étais décidé à ne pas ouvrir pendant des mois la caisse qui le contenait. Il faut pourtant que Clémentine ait entendu parler pendant qu'elle était en léthargie. Le premier mot lucide qu'elle m'ait adressé, elle me l'a dit pour me prier de faire déballer le portrait et de le lui montrer. Je le lui fis apporter. Elle sourit à son image et dît : « Lawrence semble m avoir peinte pour le ciel, puisquil nia entourée de nuages, » Elle voulait qu'on plaçât le portrait à côté de son lit. Mais ce spectacle eût été trop cruel pour nous ; on ne peut pas mettre ainsi l'une à côté de l'autre la vie et la mort.

Clémentine a accompli aujourd'hui ses devoirs religieux.

Depuis plusieurs jours elle demandait instamment la permission de le faire. Du reste, elle semble n'avoir pas peur de mourir. Elle est parfeitement calme.

Au milieu de mes chagrins de famille, il fieiut que je continue d'assister à des conférences interminables. Hier j'avais un des plénipotentiaires dans mon cabinet lorsqu'on m'avertit que les médecins étaient réunis dans la chambre de la malade et qu'ils m'attendaient. Quand je voulus me lever, mon interlocuteur me dit : « Permettez-moi de vous dire encore quelques mots relativement aux péages du Rhin. » Je lui affirmai que je le quitterais, le Rhin dût-il remonter jusqu'à sa source. Mon homme resta là tout interloqué , et je lus sur son visage qu'il ne pouvait pas comprendre qu'on traitât les affaires de cette façon. Ma première afEaire aujourd'hui, c'est la conservation de mon bonheur, et c'en est une en vérité dont je ne m'occupe pas trop souvent.

5 mai.

405. L'élégie n'est pas dans mon caractère ; je ne sais pas me plaindre : le Ciel m'a condamné à souffrir en silence.

Clémentine décline rapidement, chaque jour peut amener sa fin. Elle ne soufEre pas, il est vrai, ce qui, du reste, est dans la nature de la maladie, qui n'en est pas moins violente. L'affection et le devoir m'enchainent près de son lit. Je souffre plus qu'elle. Elle délire ordinairement, mais sa douceur subsiste jusque dans ses divagations. Toutes ses pensées se rapportent à cet avenir inconnu dans lequel elle est sur le point d'entrer. Aujourd'hui elle a fait tourner son lit dans un autre sens. Je lui en demandai la raison ; elle me répondit qu'elle avait demandé ce changement pour ne pas avoir toujours les mêmes objets sous les yeux; mais elle se hâta d'ajouter : « Regardez ce lit (elle a dans sa chambre un lit de rechange) , ne trouvez-vous pas singulier qu'on me donne un lit de pierre? » Je lui objectai qu'elle se trompait, que le second lit était recouvert de mousseline. « Pierre ou mousseline, ditelle, peu m'importe ; l'une et l'autre sont blanches, et cela me

platt. » Ses pressentiments la guident bien mieux que sa raison. Je ne crois pas que nous la gardions encore plus de deux ou trois jours. Elle a le visage complètement altéré ; et Lawrence lui-même ne là reconnaîtrait plus. Ses traits ne se retrouvent que lorsqu'elle sourit. Mais ce sourire est plutôt celui d'un être qui n'est plus de ce monde que celui d'une créature terrestre.

11 mai.

404. L'affreux malheur que nous redoutions est arrivé le 6. Le 5, à neuf heures et demie du soir, ma femme me fit appeler, disant que Clémentine souffirait de violentes oppressions. J'accourus, et il me suffit de la regarder et de tàter son pouls pour reconnaître que sa dernière heure approchait. On eut beau employer tous les moyens, son état empira tellement qu'un moment je la crus morte. Ce n'était qu'une syncope. Elle revint à elle et reprit toute sa connaissance. Elle demanda son confesseur, et s'éteignit à minuit; sa mort fiit aussi douce et aussi paisible qu'avait été sa vie. Ce n'est que par son confesseur que j'appris que depuis quinze jours elle s'attendait à la mort. La crainte seule de nous btire de la peine lui avait donné la force de paraître complètement tranquille au sujet de son état. Après sa dernière rechute, elle supplia qu'on voulût bien l'administrer, sous le prétexte que c'était l'époque pascale. Son confesseur, qui était en même temps un de ses maîtres depuis dix ans, lui donna quelques conseils relativement à son avenir ; elle lui répondit avec un calme extraordinaire et le sourire sur les lèvres : « Ce que vous me dites est bien dit et bien pensé; mais cela ne me concerne point : mon avenir n'est pas icibas! » Ainsi meurt l'innocence, qui n'a pas encore de souvenirs et qui ne connaît pas les regrets. Le lendemain matin , je conduisis ma femme chez ma fille Marie, chez laquelle je passai deux jours. Les af&ires m'ont rappelé , et je les ai expédiées avec l'entrain qu'on peut mettre à vider une coupe de poison.

12 mai.

405. Je suis toujours seul ici. Ma femme et mon (ils sont chez Marie. Je travaille en pensant à mon malheur. Le monde a perdu une de ses plus belles créatures. Il y a une dame de la société dUci quia beaucoup de ressemblance avec ma fille. En la rencontrant aujourd'hui, j'ai Failli éclater en sanglots.

J^avais raison de dire que les jeunes filles par trop jolies m'inspirent une certaine inquiétude. La cause de leur beauté est la plupart du temps celle de leur fin. Des traits trop délicats, une peau trop diaphane, un certain moelleux dans les contours, tout cela, ce sont des preuves d'une organisation extrêmement impressionnable. Un climat comme le nôtre agit sur des natures de ce genre comme le vent du nord sur les fleurs du printemps. Heureusement j'ai le don de ne pas m'abandonner même quand mon cœur est à moitié brisé. Je Tai bien prouvé dans les derniers mois. Les trente membres de la conférence qui viennent journellement s'asseoir autour du tapis vert ne se sont certainement jamais doutés de ce qui se passait en moi, pendant que je faisais des discours de trois à quatre heures et que je dictais des centaines de pages.

15 mai.

406. En 1773, à pareil jour, juste à l'heure de midi, le monde s'est enrichi de ma personne. Quarante^sept ans plus tard, j'ai signé le même jour l'acte final de nos conférences. Nous avons siégé ensemble pendant toute la journée d'hier, et nous aurions terminé notre œuvre si mes collègues ou plutôt mes enfants n'avaient voulu fêler l'anniversaire de ma naissance en faisant coïncider avec lui la clôture de nos travaux.

Quarante-sept ans, cela commence à compter, c^est d^presque trop. Dieu merci, j'ai conservé dans le cours de ifaa pénible carrière cette force de cœur qui l'empêche de se âÊHk sécher. A vingt ans j'étais déjà le même qu'aujourd'hn

ÉVÉNEMENTS DU JOCB ET DÈTillIS »C WmMILZ^

toujours été ce que je sois

ou faible.

407. La fiaimille se tronre de quitte pas la chambre où ma fille eit mtM%it. Eté * fic -ssni de tout ce qui a apparteoo à CIc^cHCiBC le ■« i«k dans cette pièce sans pleurer. Qsaïkd vite à mes af&ires, qui ne rière entre mes deux hum'.

EXCUASI05S EX BOMtmW. ET A l^S^Clfr. EZTmUTS DE IXmES

40S. De Pncne. — Le paJaû R%nier aTCc la p îan wi ^ C %li. MèoM sojec — V12. De Carlsbad. — Le cosle <

de Cléseotine 415. La

quel de poteries. — Taat va la 417. ArrÎTce de b Bciae C raie de Kcenigivart. — La teau. — 419. Vûicc di du châceaa. — 4S0. Prayet

— Récepiioo ec TÎôiei â G daos Je par't ea ooaipipHe

— Sur Ja Bcioe Cait>lif cketoent entre FEiapeiei Jl sar Capo d*fctna« — 4S5. Le

408. Je demeure ieà àamk le fflfa» f ir«r;^ni.^M-^ i io tient an prince ^pi. Tannée Aamàam^ a é^i:-*t u-^ ;i-iui

deB«da.Ilnf|itananMr« BcEcnmçr^ ^.«^ j'^jvh^

348 RECUEIL DE DOCUMENTS (1818-18iS).

arrive et qu'il a'entre pas immédiatement en furear, s'il ne saute pas aux nues, je le dcSclarerai Thomme le plus dépourvu de goût qu'il y ait jamais eu. Son intendant, qui est venu me recevoir à la portière de ma voiture, m'a conduit à travers une interminable file d'appartements. En voyant comment ils étaient décorés, je n'ai plus su quelle contenance garder. Partout où la main de l'artiste ou de l'ouvrier s'est exercée, toutes les sculptures, les peintures, les meubles, les tentures et le reste, tout étonne et fiatigue le visiteur comme si c'étaient des hallucinations palpables, des rêves biscornus enfantés par la fièvre et le délire. Les chaises du grand salon, par exemple, qui sont en bois noir poli, sont supportées par quatre serres d'aigle dorées, et sur les dossiers, qui affectent la forme d'un écusson, on voit alterner ensemble des aigles et des amours en bois doré. Les meubles sont en damas bleu, ornés de grands bouffis de mousseline qui sont eux-mêmes galonnés d'or et d'argent et bordés de vert et de rouge. Tous les appartements sont pareils. Les deux lits de la chambre à coucher figurent de la rocaille en draperie, sur laquelle sont appliqués des lézards gros comme le poing, des crapauds et des chauves-souris en bois doré. Ils sont placés dans une alcôve à l'entrée de laquelle est suspendue une lampe, sous la fiDrme d'un hibou colossal qui porte un globe en gaze de soie. Dès qu'on couvre le globe, la lumière sort par les yeux du hibou. Ce terrible intendant voulut à toute force avoir mon opinion sur toutes ces merveilles ; je lui demandai si son maftre lui avait envoyé les dessins pour ces œuvres d'art. Il m'affirma avec l'accent de la satisfaction la plus complète qu'il n'en était pas ainsi, et qu'il avait, de concert avec un tapissier, voulu ménager à son bon prince toutes ces surprises. « Gomme le prince sera content, ajouta-l-il, quand il apprendra que toutes ces belles choses ne coûtent que quatre-vingt mille JUh vins ! V

L'intendant voulut à toute force me faire coucher en face de ce hibou ; je protestai que je ne me permettrais jamais de profaner le lit nuptial de Leurs Altesses en y couchant le premier. Je me retirai donc dans une chambre où il n'y avait ni

ÉVÉNEMENTS DU JOUI ET DÉTAI13 DB FAMILLE flfa»!. %t»

hibou ni amours. A peine étaûje seo. dans ectte dnabiv <pM j'entendis sonner une pendule qui Eûsail autant de bruit que la cloche d'une église. Je me lerai pour chercher cette funcate pendule, mais en vain ; je finis par trouTer un tout petit tableau qui représentait llntérieur d'un rillage, arec une église sur la tour de laquelle était adaptée une horloge en miniature : c^était cette dernière qui sonnait û fort; on anrait pu Tentendre à quatre maisons plus loin. Coaune je Toolak passer une nuit tranquille, je fis décrocher et enlerer ce tableau de malheur. Je me recouchai, mais juste à miooît je fus réveillé en sursaut par un air de fiâte, qui se fit entendre tout près de mon lit. Je regardai autour de moi, et je découfrô que c'était ma table de nuit qui me d<Huiait cette récréabon intempestive. A force de chercher, je trouvai un bouton que je pressai, et la table de nuit se tint à peu pré^ tranquille ju«* qu'au matin. Cependant tontes les heures elle £ûait des ethrU pour recommencer son train, ce qui prodnkait comme un bruit de soupirs étoufiés. Ce matin je fis venir {Intendant et le priai de me Eure grftce de ce meuble, attendu que je n'ainnis pas entendre de la musiique à des heures indues. « C efl le somno, me répondit le brave homme, que j'ai fiût fmre ymr la princesse. La table de nuit dn prince rcniitime nn jen ^ trompette. — Dieu dn cid! m'écriai-je, est-ce qoe Ij^m^ Altesses ne dorment pas? — Oh! si, répondk Tinteufanr : mais de jeunes mariés se fotignent EMiiement, et cda kri fut dormir; du reste, on peut arrêter le aiOMremeut et iûre ee^«<T la musique. — liais pourquoi, iltanidii ji ^ un app»r<i' 4 musique, si c'est pour larréter? — Eh! nHus, réf^ltffv^A^l d'un air triomphant et fin, il pent venir an prince Uiit^ k^jrV: d'idées gaies, et dans ce cas il a toaîonrï nne fanlar^ f'>-jf#^ prête. »

Tout cela ressemble à un rêve; mm je ne 4»fi%^!>r4j y^^ « une femme de se fiiire fiiire un soatno avec nn jtq d^ fl'jt/^ on de permettre à son mari dei trompettei cacbi^t. I> p4rciM#^« récréations empêchent tout le Toisinage de d^,nMt .

Jespère passer une bonne nuit anj^iurd kui, c^hr j ai fsut éloigner, au grand mécontentement de XinitawA-^uX , toute* /^*

350 RECUEIL DE DOCUMENTS (iSlS-lSn).

machines bruyantes. Je suis convaincu que le pauvre homme nie méprise pour ma bêtise et pour mon peu de goût.

S8 mai.

409. Le manage de TArchiduc Régnier avec la princesse de Carignan a eu lieu aujourd'hui. La fiancée est merveilleusement belle. Elle a une demi-téte de plus que moi, ce qui ne Tempéchc pas d'avoir une jolie tournure. La tète a une expression de noblesse remarquable ; elle a les yeux longs et langou* reux, le nez petit et finement découpé ; sa bouche est bien faite et cache les plus belles dents que j'aie jamais vues, et pourtant, malgré toutes ces perfections extérieures, je trouve qu'une aussi grande femme manque de charme.

31 mai.

410. Les époques mémorables où j*ai visité cette ville se sont suivies bien rapidement. En 1812, j'ai passé deux mois ici avec l'Impératrice des Français, et en 1813 j.'ai porté à son mari le coup mortel.

Que de choses m'ont passé par la tête et se sont présentées sous ma plume pendant ma vie publique! Ma biographie me fera peut-être connaître d'une manière défavorable, mais du moins elle ne sera pas ennuyeuse. On lira peut-être avec intérêt l'histoire des années que j'ai passées avec Napoléon, jouant avec lui comme une partie d'échecs, et pendant lesquelles nous ne nous sommes pas quittés des yeux, moi pour le faire mat, lui pour m'écraser avec toutes les pièces de l'échiquier. Ces quinze années ont passé pour moi avec la rapidité d*un instant.

l**" juin.

411. Il y a sept ans aujourd'hui que j'ai quitté Vienne pour accompagner l'Empereur, qui allait se mettre à la tête des troupes rassemblées en Bohême et tout autour de ce pays. A

la même heure que celle où j'écris, je rencontrai Nesselrode en passant par un village; il nous croyait encore tranquillement à Vienne. Je lui remis une dépêche pour l'Empereur Alexandre, dépêche si laconique que je me la rappelle encore aujourd'hui mot pour mot. Elle était ainsi conçue : «Sire, nous sommes là ; patience et confiance ! Je vous verrai dans trois jours, et dans six semaines nous serons alliés. »

La confiance n'existait pas encore; mais elle vint plus tard, et elle fut justifiée. Quant à la patience, il fallait qu'elle vint, parce que nous étions parfaitement résolus à ne pas nous presser.

Theresienstadt , le 7 jaîn.

412. J'ai passé une demi -journée dans une propriété magnifique. Tout le pays qui avoisine Weltrus* doit sa beauté à la seule nature. Le parc est digne de l'Angleterre. Quand parfois il m'arrive de visiter une demeure hospitalière qui se trouve loin du monde et des tracas de la politique, je me sens comme un prisonnier qui découvre un rayon de soleil. Cette lumière n'est pas pour moi ; je sais qu'on ne fait que me la montrer pour me ramener ensuite dans ma sombre cellule. Mais mon cœur n'en palpite pas moins et rêve un bonheur durable qui n'est pas fait pour moi. Je suis certainement un des hommes les moins accessi)>lcs à l'ambition, et les plus faciles à rendre heureux. Pourquoi le sort m'a-(-il jeté dans un labyrinthe qui ne conduit jamais au bonheur? Nous avons un saint qui a conquis le ciel parce qu^il est resté pendant je ne sais combien d'années debout sur une colonne en se tenant sur un pied : bien que je me tienne sur mes doux pieds, je puis néanmoins me comparer h saint Simon le Stylite. Son mérite est d'avoir gardé longtemps une position incommode ; la mienne ne l'est pas moins. Il était patient, et moi aussi j'ai prouvé bien souvent que je possède cette vertu. En revanche, je crains de ne jamais entrer au ciel, parce qu'il y a des moments où je suis d'une

* Cette propriété appartient aa comte de Cbotek. (Note de C Éditeur.)

362 BECUEIL DE DOCUMENTS (I8I8-181S).

impatience telle que je perds en un clin d'oeil le bénéfice de longues années de patience. La légende prétend que le saint ne s'est jamais impatienté, et c'est là ce qui fiiit le désespoir de son collègue.

Carltbad , le 11 juin.

413. Me voilà de nouveau dans ce Garlsbad qui, depws Tannée dernière, est en si mauvais renom chez les radicaux de l'Allemagne. J'ai passé la nuit d'avant-hier à Teplitz, chez le prince de Glary, et celle d'hier à Schœnhof, dans un château du comte de Gzernin, qui est digne de porter son nom. Le propriétaire de cette belle demeure est un brave et honnête homme à tous les égards, mais il est laid à faire peur, comme chacun le sait. Il y a quelques années, le prince Louis de Rohan Ta surnommé « Fambassadeur des morts », et ce sobriquet lui est resté.

Rœnîgswait, le 12 joia.

414. 11 y a deux ans, je suis venu ici pour visiter la tombe de mon père. Qui m'eût dit alors que je reviendrais si tôt pour prier sur la tombe d'une enfant qui resplendissait de beauté, de santé et de bonheur? Un de mes amis m'a envoyé ces quelques vers, traduits librement d'Ossian :

Repose doucement, aimable rayon.

Tu es descendu bien tôt derrière les montagnes ;

Qu'il était beau, qu'il était majestueux, ton déclin !

On eût dit la lune planant sur l'azur de la vague tremblante, [compagnei.

Et voilà que tu nous a laissés plongés dans les ténèbres, toi, la reioede lei

II ne £aut pas croire, du reste, que les derniers vers eussent répondu à l'idée que la pauvre enfant avait d'elle-même ; elle était simple comme la vraie beauté, et ne se doutait pas qu'elle était remarquable entre toutes ses amies. Que de fois ne m'at-elle pas dit, lorsque les passants s'arrêtaient pour l'admirer: « 11 faut que ces gens n'aient jamais vu un chapeau comme le

Page 1