EXCURSIONS EN BOHÊME ET A COBOURG
mien! » Ou bien elle s'examinait pour voir 8*il n'y avait rien de dérangé dans sa toilette. Elle trouvait toujours les autres plus belles qu'elle-même, et je Tai vue un jour envier la tète d'une petite fille bossue.
Je suis sûr que Lawrence la regrette, non pas à cause de sa beauté, car il en a peint de plus belles encore, mais parce qu'il m'est attacbé et qu'il sent ce que j'éprouve. Lawrence est un excellent bomme; il est, de plus, très-intelligent; il faut l'être beaucoup pour être réellement bon.
Il pleut ici, comme toujours du reste. Gomme je veux bâtir, j'ai emmené mon arcbitecte de Vienne (Nobili).
14 juin.
418. Le meuble indispensable ici, c'est un parapluie. Du reste, la végétation se trouve bien de ce temps ; la verdure des arbres et des prés est admirablement belle.
J'espérais ne rien fisiire pendant buit ou dix jours; aussi ai-je été épouvanté de trouver ici quatre courriers à la fois, qui étaient venus de tous les points de la terre. Je ne puis donc guère songer à jouir de ma solitude. Aussi ai-je écrit toute la journée. Minuit sonne en ce moment; il n'y a certainement aucun de mes sujets qui veille encore.
15 juin.
416. Depuis la dernière fois que je suis venu ici, j'ai monté deux fabriques de poterie; elles sont d'apparence fort modeste, mais n'en sont que plus utiles. Dans Tune on foitdes cruchons pour l'eau de Marienbad, dans l'autre des pots de terre pour les cuisinières de la Bohème. Mon but en créant ces deux établissements, c'est d'arriver à brûler quelques milliers de cordes de bois qui autrement pourriraient dans les grandes forêts. Rien n'est plus difficile à transporter que le bois et ma personne, et si le premier sert h foire des pots, je crains de subir la même métamorphose.
Du reste, je ne souhaite pas qu'on me fesse le compliment III. 13
354 RECUEIL DE DOCUMENTS (l818-I8Sa).
(|ue la grande maitresse de la Cour a fieiit un jour à la seconde femme de notre Empereur. L'Impératrice était sur le point d'accoucher de son sixième ou de son septième enEamt, et elle avait peur ; la grande maîtresse voulait la rassurer. L'Impératrice lui répondit par le proverbe : Tant va la cruche à Feau (|u'à la fin elle se casse. « Mais, répliqua vivement la dame, Votre Majesté oublie qu'Ellc est une 5t6onnecrucAe. » Il est vrai qu'il y a cruches et cruches; mais je n'en connais point qui ne se casse à la fin, et je crains que cet accident n'arrive k celles que je fabrique aussi bien qu'à moi-même.
16 juin.
417. La Heine Caroline est arrivée à Douvres; le peuple a dételé ses chevaux et a traîné sa voilure de Douvres jusqu'à Canterbury. Gela ne m'étonne pas ; on aurait probablement jeté de la bouc à une reine vertueuse et digne de la couronne ; quant à elle, elle a dû naturellement être menée en triomphe.
18 juin.
418. Je fais im véritable cours d'eaux minérales, car je possède vingt-deux sources dans ma propriété. Je fais construire des bains publics à un endroit où se trouvent réunies trois sources excellentes, mais ayant des propriétés diverses.
C'est aujourd'hui la Saint-Antoine ; on la fête avec beaucoup de solennité dans la chapelle de mon château. II n'y a guère d'endroit en Bohème où l'on ne trouve un orchestre complet et de très-bons choristes et solistes. A la messe d'aujourd'hui, mon orchestre m'a fait la surprise d'un Gloria, qui fut chanté sur l'air de « Ombra adorata » ; après quoi la première chanteuse entonna un Pater noster avec accompagnement de trompettes et de timbales. Ce Pater en latin était entremêlé de rou* lades qui estropiaient les mots d'une façon tout à fait comique; par exemple : t^Da nobis papanem papanem, nem pa nem, pa pa /« 11 n'y avait certainement pas dsins l'église un seul enfant jqui