EXPLOSION DE LA RÉVOLUTION NAPOLITAINE (I8S
voulait passer quelques années en Italie ; j'aurais aimé envoyer mon fils, qui a ses études à terminer, à l'Université de Padoue ou de Sienne. Dans ma situation actuelle, et vu les circonstances présentes, il est impossible de songer à Tltalie pour les miens. Je ne voudrais pas non plus envoyer mon fils en Allemagne; il pourrait y être assassiné. Il m'est difficile d'exécuter des projets de ce genre, car je suis trop exposé aux attaques des radicaux de tous les pays. J'enverrai donc, au mois de septembre prochain, toute ma famille à Paris; elle y demeurera aussi longtemps qu'il sera nécessaire. Je resterai seul au monde; mais ce qui me consolera dans ma solitude, c'est la pensée que les miens seront réunis et échapperont à la fiinestc influence du climat de Vienne. Depuis vingt ans, il est mort dans ma Eaimille huit personnes, dont sept enlevées par des affections pulmonaires. On ne résiste pas à de telles expériences; il devient urgent de parer à l'avenir.
29 juillet.
430. Je n*ai déjà plus d'intérieur; tout mon monde est occupé à fieiire ses préparatifs de voyage. Mon gendre accompagnera ma fisimille à Paris et y restera; c'est une véritable bonne fortune pour mon fils, puisqu'il pourra lui servir en même temps de gouverneur et de père.
Nous donnons au monde un grand exemple : l'Empereur et moi, nous n'abandonnerons pas notre poste. Si nous devions périr à la tâche, nous verrions du moins bien des coupables périr avant nous et expier leur folie et leurs crimes. Le principal caractère des carbonari, de cette secte qui seule a causé tout le mal, c'est la peur.
J'ai des nouvelles de Saint-Pétersbourg; elles sont bonnes. Gapo d'Istria se sent battu à plate couture, cela est évident. L'Empereur Alexandre et moi, nous déciderons bien des choses à nous deux. On ne peut se Éaire aucune idée de la naïveté de Golowkin; elle n'a d'égale que sa bonne volonté, qui est incontestablement parfaite. C'est un de ces hommes qui n'ont pas d'idée dominante ; il est correct et incorrect, ultramontain
ci libéral , chrétien et païen , tout cela dans le même quart d'heure.
ier août.
451. J'ai passé toute la journée- d'hier à Schœnbrunn, auprès de l'Empereur. Ma vie d'aujourd'hui est semblable à celle que j'ai menée en 1815. Je suis entouré de généraux et occupé de mesures militaires de toute sorte ; cependant il ne s'a{][it, jusqu'à nouvel ordre, que de cinquante mille hommes. Mais , avec les trente-huit mille qui sont déjà en Italie , cela pourrait bien former dans la suite une armée tout à fait formidable. Bien des gens seront étonnés de nous voir nous mettre si vite en mouvement. Il n^y a pas de pays aussi calme que r.Vutriche en temps de paix, mais il n'en est pas non plus qui soit aussi actif que l'Autriche le jour où il faut se montrer. On ne voit pas de grands mouvements, et pouiiant tout marche vite. Le jour de la bataille de Leipzig, tous nos alliés réunis n'avaient en ligne qu'un tiers de l'armée totale, tandis que rAutriche avait fourni les deux autres tiers. Nous sommes de bien mauvais charlatans, car nous ignorons l'art de jeter de la poudre aux yeux. Qu'adviendra-t-il de tout cela? Dieu le sait. Quant à moi , je sais ce qu'il faut faire aujourd'hui, et je saurai demain ce qu'il faudra faire.
6 août.
432. Je suis à mon bureau comme les banqueroutiers au cabaret. Ceux-ci noient dans le vin le chagrin d'avoir perdu leur fortune, tandis que moi, je travaille pour m'étourdir sur ma douleur. Ma tête reste libre ; je me fais l'effet d'avoir deux ànies qui, de même que les soufflets à double jeu qui dans les hauts fourneaux entretiennent le feu, rallument toujours en moi la flamme intérieure ; quand l'une nîtombe, l'autre monte, ce qui fait que je marche toujours en avant.
Ma position a ceci de particulier que tous les yeux, tous les esprits sont tendus vers le point où je me trouve.