‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 76 sur 126 · EXPLOSION DE LA RÉVOLUTION NAPOLITAINE (18S · texte numérisé non relu

EXPLOSION DE LA RÉVOLUTION NAPOLITAINE (18S

Mes jours et une partie de mes nuits sont consacres à mon travail. Je suis plus étranger h moi-même que ne le sont les gens qui passent sous mes fenêtres. Le soir, en considérant la besogne que j'ai faite dans la journée, je vois qu'il y a encore de la vie en moi , mais je ne me suis pas senti vivre ; à proprement parler, je vis à côté de moi-même.

8 août.

433. Ma tête est fatiguée, mon cœur est bien flétri, et, avec de telles dispositions , je sens que je porte le monde sur mes épaules. Si je pouvais m'abuser un moment à cet égard , je serais rappelé par cbaque courrier nouveau à la réalité de ce fait, a Que ferez-vous?» me demande-t-on. « Nous n'avons confiance qu'en vous ; notre sort est entre vos mains ; que devons-nous feire?» Tel est le contenu de toutes les dépêcbes qui m'arrivent, et pourtant deux tiers de ceux qui m'adressent ces questions sont toujours prêts h feire des folies, parce qu'ils n'ont ni tête ni cœur.

Il n'y a pas longtemps que l'Empereur Alexandre faisait l'aveu suivant : a Depuis 1814 je me suis trompé sur l'esprit public; ce que je regardais comme vrai, je le trouve faux aujourd'hui. J'ai fieiit beaucoup de mal ; je m'efforcerai de le réparer. » Oui, il y a beaucoup d'erreurs que l'on ne reconnaît que lorsque le mal est fait. L'homme qui laisse le cham|> libre à Terreur n^est pas un homme d'État ; mais s'il avoue qu'il s'est trompé, il est du moins un honnête homme, et c'est le cas de l'Empereur Alexandre.

Capo d'Istria semble s'efïiEicer et se mettre au second ran^;; , qu'il n'aurait jamais dû quitter.

Un de mes ennuis, c'est le séjour de l'Empereur à Scliœnbnmn. La distance n'est pas grande, il est vrai, mais l'aller et le retour me prennent toujours une heure; encore faut-il souvent que j'y aille deux fois dans la même journée.

366 RECITEIL DE DOCUMENTS (1818-1832).

15 août (jour de la Sainl-Napoléon )•

434. C'est aujourd'hui la fête du grand exilé; s^il était encore sur le trône et s'il n*y avait que lui au monde, je serais très-heureux.

Il y a douze ans aujourd'hui, j'assistais à un cercle chez Napoléon. Il était sur le point d'aller se mettre à la tête de l'armée d'Espagne ; nous, de notre côté, nous nous préparions à la guerre de 1809. Il m'interpella tout haut et en termes violents sur ces préparatifs, et j'eus la satisfaction de lui dire beaucoup de vérités devant les représentants de TEurope qui nous entouraient. Il pensait avoir fait une bonne afBaire, et il se trouva que c'était moi qui l'avais faite. Le soir, il m'envoya son ministre des affaires étrangères pour m assurer de son amitié et de son parfait contentement. Rien ne déconcerte plus l'astuce que lorsqu'on lui dit bravement la Yérité. Dans tous les cas, j'aimerais mieux être astucieux que sot, mais je préfère n'être ni l'un ni l'autre , et si Dieu ne m'abandonne pas , le monde ne pourra me taxer ni de ruse ni de sottise.

17 août.

435. .le suis très-content des nouvelles que je reçois de tous les côtés. Je trouve partout de l'écho en Europe. Seul, le vent (lu nord n'a pas encore soufflé , mais nous ne tarderons pas à le sentir. S'il descend des sommets les plus élevés, il sera loin d'être tiède; mais s'il vient des profondeurs, il sentira le marécage.

20 août.

436. On dit que Vennui nait de l'uniformité ; TupifiDrinité dans laquelle je vis ne laisse pas d'avoir une certaine yariété ; il en résulte que je ne m^ennuie point, sans en être plus heureux pour cela.

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