EXPLOSION DE LA RÉVOLUTION NAPOLITAINE
Je ne dors pas toujours également bien. Quand une idée inc domine exclusivement, je me réveille souvent; dans ces cas-là, je reste bien des fois une heure entière couché dans la même position et me creusant la tète. C'est alors que je sens tout le poids que j'ai à porter, et je le trouve hors de proportion avec mes forces. Les difficultés et les embarras m'assaillent; mais je finis toujours par entendre une voix intérieure qui s'élève contre tous les obstacles. Je me fais alors l'effet de devenir plus grand, et je finis par me croire immense. C'est que tout est extrême dans ces moments où l'âme n'est distraite par aucun objet extérieur. Je me rendors fatigué , et le matin, au réveil, je trouve dans ma tète un plan tout fait; ce plan, ma pensée ne l'a pas conçu, il est né en quelque sorte de lui-même.
Pour ne pas se méprendre à ce que je viens de dire, il feut pouvoir se mettre exactement dans ma situation.
i*' septembre.
437. Ma pauvre Clémentine aurait eu seize ans aujourd'hui. Elle célèbre son jour de naissance là-haut, où il n'y a ni peine ni affliction. Elle abaisse un regard de pitié sur ses restes mortels, sur cette enveloppe naguère encore si gracieuse. Elle plaint son père et sa mère, et leur prépare une douce, une éternelle réunion. Le temps n'est rien pour celui qui vit en dehors de la durée : elle doit se sentir réunie à nous ; mais moi, je sens, hélas! que je suis bien loin d'elle.
La veille de sa mort , elle dit à sa mère , quand je sortis de la chambre : « Ne trouvez-vous pas que cela fait du bien de regarder papa? II a Tair d'être si doux et si paisible que je no comprends pas qu'il y ait des gens qui ont peur de lui. Pour ce qui me concerne, je me figure toujours qu'il m'apporte la santé et le bonheur. » La pauvre petite ne se doutait pas que ce qu'elle prenait pour du calme, c'était la mort qui avait envahi mon cœur.
3(i8 RECUEIL DE DOCUMENTS (1818*1812).
3 septembre.
438. Il est question d'une réunion des trois Souverains à Troppau dans la seconde moitié du mois de septembre. Lebzeltern vient d'arriver. Demain je rcntreprendraî.
17 septembre.
459. La nouvelle conférence s^ouvrira le 20 octobre. Je suis tellement habitué aux conférences, qu'elles ne m'effrayent point. Ce sera la troisième en moins d'un an. Si je n'apprends pas mon métier à pareil exercice, la faute n'en sera qiCà moi, Nesselrode viendra aussi; l'Empereur Alexandre ne veut pas se trouver seul en face de moi.
Viendra- 1- il quelqu'un de Londres, et qui viendra? On voudrait que ce fût Castlereagh, mais il ne pourra pas venir; dans ce cas, Wellington serait désigné. Pourra-t-il venir, ou voudra-t-on l'envoyer?
Apres la conférence de Troppau, il s'établira une conférence permanente à Vienne. C'est ce que j'avais déjà proposé il y a un an. Des passions mesquines l'ont empêché; une nécessité impérieuse y amène aujourd'hui.
25 septembre.
440. Ma famille est partie. Me voilà donc seul dans mon grand appartement. Il y a surtout une certaine heure qui me manque dans la journée, c'est la seule où j'étais bien sûr de m'appartenir à moi-même. Je restais toujours entre neuf et dix heures avec ma femme et mes enfants. Ces quelques moments, c'était pour les miens du bonheur, pour moi une consolation. J'ai ajouté ce sacrifice à tous les autres. Ma vie se compose de sacrifices ; un de plus ne compte pas pour celui qui vit d'abnégations forcées de tout genre. Mon existence ressemble fort à une horloge ; je marche toujours pour n)ar>