‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 78 sur 126 · EXPLOSION DE LA RÉVOLUTION NAPOLITAINE · texte numérisé non relu

EXPLOSION DE LA RÉVOLUTION NAPOLITAINE

quer les heures; je sers aux autres en m'usant moi-même. Mon heure à mot ne sonne jamais.

i**" octobre.

441. La société actuelle est à son déclin. Rien ne s'arrête ni dans le monde moral ni dans le monde physique. Or, la société avait atteint son zénith. Dans ces conditions, avancer, c'est descendre. Le mal aussi atteint son plus haut période, puis il décline. De telles évolutions paraissent très-lentes aux contemporains; mais que sont deux ou trois siècles dans les annales de l'histoire ?

Depuis 1814, ni ma raison ni mon ju{;ement n'ont pu se faire à ce qui s'est passé à partir de cette époque. Â ce moment-là, le salut était possible. Je me tiens pour un homme pratique ; je l'étais alors , et c'est ce qui m'a valu de passer pour entêté; le monde m'a jugé comme il est habitué à se juger lui-même, et il s'est trompé sur son compte ainsi que sur le mien. Je crois ne m'être pas abusé, quant à moi. Je n'ai qu'une passion, celle de la justice et de l'équité. Il est vrai qu'elle me met journellement dans des embarras sans nombre. Elle m'impose le plus grand de tous les sacrifices , celui de ma vie privée et de toutes les jouissances grandes et petites dont se compose la vie d'un homme. Du reste, si j'avais à recommencer, je me replacerais sur le même terrain, parce que c'est le seul que puissent admettre ma raison et ma conscience.

6 octobre.

442. &Ia vie coïncide avec une période abominable. Je suis venu au monde ou trop tôt ou trop tard; à présent je ne me sens bon à rien. Plus tôt , j'aurais eu ma part des jouissances qu'offrait l'époque; plus tard, j'aurais servi à reconstruire; aujourd'hui je passe ma vie à élayer des édifices vermoulus. J'aurais dû nattre en 1900 et avoir le vingtième siècle devant moi.

Le journal la Gazette de France contient quelques

articles signés par un certain Colnet, qui sont méchants, il est

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vrai, mais bien faits. Ces articles sont toujours de vrais coupi de poiog; ils sont ultra-consei'^'aleurs , ce que je ne suis pas; mais comme je ne puis soufFrir les radicaux , j'applaudis à (ou« les bons coups de poing qu'on leur assène.

Quiconque prendra le Journal des Débals en main me lira sans le savoir , car il ne se passe guère de semaine oii je n'en- Toie un article il cetio feuille. Mais qu'on n'aille pas croire que dans les journaux de Paris tous les articles venant de Vienne sont de moi. Le principal correspondant des feuilles parisiennes est un coiffeur pour dames; sur dix nouvelles qu'il lance, il n'y en a pas une de vraie. En outre, il débite ses inepties dans un style le plus plat et le plus béte du monde.

443. J'ai des nouvelles de ma femme. Elle doit arriver à Paris dans deux ou trois jours. Ses lettres respirent le bienêtre ; elle est sortie d'ici, et elle en avait grand besoin ; car, à Vienne, elle serait tombée dans le marasme. A la suite de grands malheurs peut se déclarer une nostalgie toute particulière, une nostalgie à rebours qui a pour objet l'étranger. 'C'est ce qui est arrivé pour ma femme. Un endroit où l'on était heureux devient insupportable après la perte de ce bonheur. Chaque coin, chaque visage, chaque ombre même rappelle la douleur dont on a été frappé. La maison que j'babite est certainement très-grande ; la partie que j'occupe est entièrement séparée de celle qui était réservée à ma femme et à mes enfants; ce qui, en temps ordinaire, est un inconvénient, devient aujourd'hui pour moi un véritable bienfait. Tout le côté qu'habitaient les miens est aujourd'hui fermé; je ne puis entrer sans frissonner dans la chambre oii ma pauvre Clémentine est morte, et je n'ai pas pu prendre sur moi de remettre une seule fois les pieds dans la maison de ma chère Marie.

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