EXPLOSION DE LA AEVOLUTION NAPOLITAINE
HoUiUch , le 14 octobi-e.
444. J'ai feit instinctivement un détour pour venir ici. Déjà souvent mon instinct a dû suppléer à ce que le Ciel m'avait refusé de talent. Hier soir, au moment où j'entrais à Briinn par un côté, Lebzeltem arrivait du côté opposé. J'ai donc gagné à cette rencontre une soirée et une matinée ; or, dans mon existence, quelques heures valent ce que bien des mois valent pour d'autres. Les nouvelles que Lebzeltem me rapporte de Saint-Pétersbourg sont à la fois excellentes et fâcheuses. Excellentes sont les dispositions morales de l'Empereur, £àcheuse la confusion des idées de Capo d'Istria relativement à tout ce que je projetais. Un général expérimenté ne doit pas se laisser envahir par un sentimentd'inquiétude à la vaille d'une bataille. De même, il ne m'est pas permis d'avoir peur de m'engager , au milieu des circonstances actuelles, dans des discussions dont on ne peut prévoir la fin.
Wxtsominitz , le 16 octobre.
445. Je vous écris aujourd'hui d*une de mes propriétés ; je vous fois grâce du nom de ce domaine. Il est ultra-slave, par conséquent difficile à prononcer. Gomme cette terre est située entre Hollitsch et Troppau , je me suis arrangé de manière à pouvoir y passer deux jours. En 1817, j'avais passé une semaine ici avec Marie, et depuis lors je n'y étais plus revenu.
Witzomirzitz et Kojetain forment ensemble une fort belle propriété. Ce dernier endroit, qui est un bourg sans importance, se trouve dans une contrée ravissante et très-fertile. Tout ici est joli et respire Faisance. J'ai devant moi les prairies boisées qui bordent la March; plus loin, j'aperçois les derniers mamelons des Garpathes. Je suis entouré de belles prairies, de cliamps fertiles, d'une population aisée ; tout cela offre l'aspect d'un pays riche et gracieux.
EXTRAITS DE LETTBE8 PARTICULIKIIES ECRITES PÀH MBTTERSICH,
DU 19 o(rroBRE au 24 dkcembiie 1820.
446. Arrivée à Troppau. — 447. Arrivée de TEmpercur Alexandre.— Orgueil des habitants de Troppau. — 448. Capo d'Istria. — Entrelien tTecrErape» reur Alexandre. — 449. Entretien avec Capo d'Istria. — 450. Entretien avec Nesselrode. — 451. La duchesse de Wurtemberg, sœur de MeCCernich. — Un incident comique. — 452. JjC règne des utopistes. — La politique iiiijise. — 453. Dons résuluts. — 454. Bienveillance persistante de rÊmpereur Alexandre pour Metternich. — 455. La boutade du régiment Semanoffsky. — 456. Capo d'Istria ù la table des conférences. — 457. Scandales du procès de la Reine' Caroline. — Premiers résultats des conférences.
— 458. Résolution d'attendre la ré|>oi)se de Naples. — Cinquante . ans après la mort de Metternich. — Conférence avec l'Empereur Alexandre.
— 459. La boue h Troppau. ^» 460. Nesselrode. — Manière d'écrire de Metternich. — Institution postale à Paris. — 461. Fin du premier acte. Incertitude de l'arrivée du Roi de Naples. — 462. Bonne humeur pendant le thé. — 463. Tout est gelé. — Capo d'Istria ne sert qu'à enrayer. -» 464. Goiowkin le théanthrope. — 465. Pas de nouvelles de Naples. — 466. L'un court chez l'autre pour avoir des nouvelles. — 467. Le Roi de Naples vient, et le Congrès se transporte à Laybach.
Troppau, le 19 octobre 1820.
446. Me voilà ici. Que ferai-je? Je n'en sais rien. Mais je sais ce que je dois foire. Arrivora-t-on à quelque chose? Oui. Sera-ce bien? Oui. L'ensemble des résultats répondra-t-il au bruit qu'on a foit? Je crains que non. Voilà mon catéchisme jusqu'au moment où les actes remplaceront les paroles. J*aime les premiers; je déteste les secondes.
Mon Empereur est déjà ici; le Monarque russe arrivera demain.
Je suis ])ien logé , ce qui a bien son prix. Je n*aurai pas le temps de m'ennuyer, et j'espère même parvenir à trouver un certain plaisir à mon séjour ici.
20 octobre.
447. L'Empereur Alexandre est arrivé. L'Empereur Fmiw cois était souffrant et alité; il n'a donc pas pu aller à sa ren-
contre, et c'est moi qui ai dû Tattendre sur le seuil de sa demeure. Il m*a accueilli comme un vieux frère d'armes ; n'y a-t-il pas dans ce monde toute espèce d'armes?
Je Tai trouvé plus gros, mais pas vieilli.
La petite Ville de Troppau contient une quantité extrordinaire de maisons belles et confortables ; aussi, les membres du Congrès sont-ils bien logés. Les habitants de la ville sont tout fiers du bruit qu'ils font dans le monde. Ils sont encore plus étonnés que moi , qui pourtant ne suis pas peu surpris de me voir ici.
21 octolire.
448. J'ai passé ma matinée à feuilleter, pour ainsi dire, le chef du Cabinet russe. Qu'on juge de ma surprise ; il n'a pas fait une seule déclaration apocalyptique! Cela n'est pas naturel, mais cela n'en est pas moins vrai ; du reste, le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. Que s'est-il donc passé dans le septième ciel de Capo d'Istria? Il était tout simplement tombé sur la terre, nu comme la Vérité, sans bandeau comme elle!
Je commençai notre dialogue en sautant à pieds joints sur mon terrain, c'est-à-dire sur celui du simple bon sens. Je l'y trouvai déjà solidement établi. Pour l'éprouver, je quittai ce terrain. Il ne me suivit point. J'y revins brusquement, et je le retrouvai ; il était appuyé sur une base solide ; celle de l'Atlas n'est pas plus ferme. Pour le coup, je me dis que c'était trop fort et que je le mettrais à l'épreuve. Je commençai par attaquer l'Apocalypse ; il me proposa d'apporter lui-même les bûches pour brûler l'œuvre du pseudo-saint Jean. J'attaquai son passé ; il le condamna. Je déterminai l'avenir tel que je l'entendais; il fut entièrement d'accord avec moi. Enfin je me suis mis à rire, et il a ri. Je crois que si j'avais pleuré, il aurait fondu en larmes. A partir de ce moment, je me dis que nous poanrmftJ|WGlier de l'avant, et, ô miracle ! il se mit à
nuirclif
L*] û docile. Il s'excuse, il
va jusqu'à se condamner. Tout cela est trop beau, et, si je ne me tàtais, je croirais être le jouet d'un rêve. Pendant Tentretien de trois heures que j'ai eu hier avec l'Empereur Alexandre , j'ai trouvé en lui ces formes aimables que j'avais déjà admirées en 1813; mais il est devenu beaucoup plus raisonnable qu'il ne Tétait à cette époque. Je le priai de m'expliquer lui-même ce changement. Il me répondit avec une entière franchise : « Vous ne comprenez pas pourquoi je ne suis plus le même, je vais vous le dire. Entre 1813 et 1820 il s'est écoulé sept ans, et ces sept années me font l'effet d'avoir la longueur d'un siècle. En 1820, je ne ferais à aucun prix ce (|ue j'ai fait en 1813. Ce n'est pas vous qui avez changé, c'est moi. Vous n'avez à vous repentir de rien ; pour moi, je n'en puis dire autant. »
Tel maftrc, tel valet, me dis-jc. Eh bien, nous allons voir.
Nessclrode doit venir.
29 octobre*
449. Pour me préparer h la conférence d'aujourd'hui , j'ai eu un entretien d'une heure avec Gapo d'Istria. J'étais justement bien disposé à Técouter. 11 se sentit encouragé ; le voilà parti ! Il s'engagea dans une longue revue de la société civile. Il parla de ses artères, de ses canaux, de ses forces, de ses faiblesses, de ses nerfs, de ses susceptibilités, de ses parties constitutives, de l'état de santé ou de maladie de ces dernières, des chances de dissolution ou de mort qu'elles avaient. Que le diable m'emporte si je ne savais pas déjà tout cela à douze ansl Gomme mon attention ne se portait que sur le résultat final de son long discours, je finis par être entièrement déçu. Il termina par cette phrase : Voilà où en sont les choses !
C'est ce que j'appelle de la pathologie politique. Rien ne me confirme dans l'idée que j'ai <|uelque intelligence, comme ces occasions où un homme tel que lui veut faire de l'esprit pour me prouver qu'il est intelligent. Pour moi, le véritable esprit, c'est celui qui s'exprime toujours clairement. L'esprit doit être une lumière sans fumée. Il réchauffe et anir
ce qu'il touche. Dès qu'il ne produit ni Fun ni l'autre de ces effets, il est de mauvais aloi. Un esprit borné n'est autre chose quune bêtise bornée. Mon esprit me dit que Gapo d'Istria n'en a point ; je parie qu'il en dit autant de moi-même ; dans ce cas, il n'y a qu'un jury qui puisse trancher a question
Iw novembre.
450. Les soirées où l'orage gronde au dehors et où de grosses gouttes de pluie viennent battre contre les fenêtres, semblent faites tout exprès pour les conversations intimes. Cette expérience, que j'avais déjà faite souvent, je viens de la confirmer de nouveau par un long entretien que j'ai eu avec Nesselrode. Ce dernier était assis devant moi à la table où j'écris ; il vient de me quitter il y a dix minutes. Nesselrode commença de lui-même à me parler de l'impossibilité de laisser Golowkin à Vienne ; l'Empereur ne veut plus lire ses rapports, et Gapo d'Istria ne veut pas l'écouter. Voilà certainement un homme bien utile en tout temps, mais surtout aujourd'hui.
3 novembre.
451 . Ma sœur (la duchesse de Wurtemberg) a passé deux jours ici. Elle est venue pour parler à l'Empereur Alexandre d'une affaire qui concerne le duc. Le Czar, qui est enchanté chaque fois qu'il tiy)uve quelqu'un avec qui il puisse s'entretenir, n'a pas quitté sa tante pendant ces deux jours. Du reste , elle est agréable à voir et à entendre, car elle est très-intelligente, et, de plus, elle a un caractère charmant.
Il s'est passé entre la tante et le neveu un incident tout à ffiit comique. La première était logée dans une espèce de masure. Vers la fin de la seconde soirée qu'ils passèrent ensemble, ils s'aperçurent que quelque chose remuait dans un coin du plafond. En y regardant de plus près, ils découvrirent une petite fenêtre que le propriétaire de la maison avait louée, à raûum de tant par personne , pour tous ceux qui étaient curieux
Je voir sans être vus l'Empereur de Russie en société intime. Heureusement l'entretien était parfaitement innocent, sans quoi nous aurions probablement à nous attendre à une deuxième édition du procès anglais. Si jamais la Reine Caro-* line passait par Troppau , je ferais en sorte qu'elle occupât cette chambre.
4 novembre.
458. On dirait que le règne des utopistes va commencer bientôt. On peut s'en rapporter aux de Pradt, aux Benjamin Constant, aux Wilson, et même aux lady Jersey.
Les manèges auxquels se livre la Cour russe sont assez intéressants à observer. Il y a dans le nombre des gens dont chacun poursuit un but différent. Non-seulement l'Empereur est revenu à ses anciennes idées, mais encore il a pris une position tout opposée à celle qu'il avait adoptée depuis des années. Gapo d'Istria est obligé de se tourner au gré du vent; mais il le fait à contre-cœur, ce qui le réduit à jouer un jeu de balançoire. Â l'heure qu'il est, Nesselrode est mort moralement ; il est tout comme s'il n'existait pas.
8 novembre.
453. Nous avons un temps afïreux ; l'hiver a commencé, il pourrait bien ne plus nous quitter pendant quatre longs mois. Pour moi, le plus beau soleil d'hiver n'est pas un soleil, parce qu'un froid moins vif n'est pas de la chaleur, et que la lumière toute seule ne réchauffe pas. Le mauvais côté du Congrès, c'est d'abord toute la besogne à faire, puis le séjour dans cette petite ville, enfin la mauvaise saison. Pour les maîtres du monde, d'aussi petits détails sont imperceptibles ; mais quant à moi , je trouve que je vaux toujours moins dans un cadre désavantageux. Qu'on me place à la tribune du Gapitole, et l'on m'entendra parler tout autrement que je ne suis capable de le faire à Troppau. Ce qu'il me £aut, c'est de l'espace; je ne supporte pas d'être à l'étroit.
DE TROPPAU (I8S0). STT
Du reste, nous obtenons de grands et bons résultats.
Dans toute ma vie je n*aî connu que dix ou douze
personnes avec lesquelles il fasse bon causer, c'est-à-dire des personnes qui restent dans la question , qui ne se répètent pas et qui ne parlent pas delles-mémes ; qui ne s'écoutent pas, qui sont assez instruites pour ne pas se perdre dans des lieux communs, qui ont en£n assez de tact et de bon goût pour ne pas mettre leur individualité au premier plan.
10 novembre.
434. La bienveillance que me témoigne TEmpereur do Hussie dure toujours. C'est un retour à l'année 1813. S'il eût été en 1815 tel qu'il a été en 1813, il n'y aurait pas d'année 1820.
15 novembre.
4âS. Nous avons reçu aujourd'hui la nouvelle de la boutade * du régiment Semanoffsky ; Taflaire n'est rien au fond , et pourtant elle est désagréable. Elle n'est rien relativement au fait lui-même, mais elle est considérable par l'importance que la masse du public lui donnera. Cette nuit, il est arrivé trois courriers coup sur coup. Aussitôt après, l'Empereur Alexandre m'a fait appeler et m'a raconté l'aventure. Nous l'avons jugée tout à fait de la même manière. L'Empereur a tellement changé en général qu'il nous arrive assez souvent maintenant d'être d'accord.
Le Czar croit qu'il faut qu'il y ait une raison pour que trois mille soldats russes se soient laissés aller à un acte qui répond
* L*ordre du jour de TEmpereur Alexandre, lancé de Tro|)p«iu et date du 14 novembre, nous apprend ce qui suit au sujet de Tincidcnl dont il est question ici : une compa^ie du régiment de la garde impériale Semanoffsky s*C!<t permis, au mépris de ses devoirs et de la foi jurée, de se réunir de son propre chef, le soir, ù une heure indue, pour élever des plaintes contre le colonel du régiment. Elle a été placée sous une surveillance étroite à la suite de cette infraction, et «!••*• »i»mre a poussé les autres compagnies à refuser aussi robéiMant' ( Soie de F Éditeur, )
%ZH BCCUEIL BE DOCUMESTS (Itlt-ltSf).
^i |>€u aa caractère Dational. Il Ta jusqu'à se Ggurer que ce sont le$ radicaux qui ont Eût le coup, afin de Fintimider et de k décider à revenir à Saint-Pétersbourg. Je ne sois pas de soi avis. Ce serait par trop fort si en Russie les radicaux ponvaient déjà disposer de régiments entiers; mais cela prouTe combiei l'Empereur a changé.
436. Quand je me vois pendant des heures entières assis en face de Capo d'Istria devant la table de la salle des conférences, et r|ue je suis olilîgé de lire ses élucubrations, ce qui estencore plus fatigant que de Tentendre parler, mes idées finissent par ^'embrouiller à tel point que j'ai toujours peur de Caire moimême une sottise. Dans toutes les pièces qui partent dlci, les idées sont à moi, mais la rédaction est de Capo d^I stria. Il ci résulte que très-souvent je ne reconnais plus mes idées. Noos perdons beaucoup de temps à retoucher et à corriger. C'est ainsi qu'hier nous avons' discuté pendant deux heures surk préférence à donner au mot « inviter» ou au mot « réclamer». Que m*a-t-il servi de prouver que « réclamer » suppose na droit, tandis qu' « inviter » n'en suppose point? Cette dispute grammaticale dura longtemps, et le combat ne finit que &nte do combattants.
C'est vraiment une chose inexplicable pour moi que rEmpereur Alexandre puisse faire si bon ménage avec Capo d'Istria. Je me demande si le premier sait ce qu'il veut ^ son langage cependant est aussi netque le mien. Je vis avec lui sur le même pied qu'en 1813. Je vais le voir quand je veux, et nous causons pendant des heures entières sans jamais nous disputer.
27 novembre.
457. Je regarde le procès (de la Reine d'Angleterre), son commencement, la manière dont il est conduit et ses conséquences, comme une des plus funestes catastrophes quiaieiit été réservées à nôtres temps. Tout pàtit de ce scandaley h
^m^tm
morale publique, Tbonneur de la couronne, et celui des deux sexes.
Ici nous arrivons peu à peu à des résultats. Ceux-ci' ne sont malheureusement pas à la hauteur de ce que j*avais désiré : c'est qu'il est difficile avec Gapo d'Istriade réaliser simplement le bien pur et simple. Le décompte de notre influence réciproque s'établira probablement de la manière suivante : je remporterai 85 pt)ur 100 de la victoire, tandis qu'avec le reste il fera perdre au monde son repos, à la raison son autorité et nu bon sens Thonneur qu'il mérite. Gapo d'Istria n'est pas un méchant homme, mais, à parler franchement, c'est un fou iicffé et complet. C'est un esprit à Tenvers comme on n'en a jamais vu. Il vit dans un monde où nos âmes peuvent être tnmsportées parfois grâce à un vilain cauchemar. Indépendamment de cela, il est d'une vanité qui dépasse toute imagination ; et dire qu'un tel homme occupe une telle position !
29 noTembre.
458. Nous venons de décider que nous attendrons ici la réponse de Naples^ nous resterons en conséquence à Troppau jusqu à la fin du mois de décembre au moins. II y aura donc encore bien des jours qui iront se perdre dans cette mer san.> rivage qu^on nomme le temps. J'arrive à la fin de chaque jour comme j'arriverai une fois a la fin de mon existence, c'est-à-dire sans avoir vécu. Ce qui restera de moi, «avoir quelques papiers, sera mangé dans les caisses par les vers, a l'exception de ce qui verra le jour cinquante ans après ma mort. Alors mes arrière-neveux, si j^ai le bonheur d*en laisser, apprendront qu'ils possèdent en moi un aïeul qui a pensé, qui a vu, qui a voulu.
Ce soir, j'ai encore conféré pendant trois heures avec FFmpereur Alexandre. Comme nous n'avions pas d'affaire^ spéciales à traiter, notre entretien embrassa le plus va^te hor»« znn.On dirait que c'est d^aujourdliui seulement que l'KmfH^reur fait son entrée dans ce monde et qu'il ouvre les yeux. Il «rti est actuellement au point où j'étais arrivé il y a trente an*. On
Uê BCCCCIL mZ INJCrXESTS Cltl»-lttS2|.
ne peut bien toît dao» ce w^omit <|B*à b rn^Jitiu» de regaider 4k trei-baot. mai^ 3 £«it aToîr coMifncc par aroir été àtm leirégîofuinfrrieiire^.aa miliea de Forage^de la ploiectiieb temp^rte. Car ceox qoi sont placé» m haot De penrent pas se bin une idée Uen exacte de» otjets quand ils ne les ont pas àm Tu^ de pre». Ce n'e»t pa»dani on ar>enal qn'oo apprend à 6iR la goeire, ce n'est pa» dans on port qu'on apprend à brarer,! préroir et à Taincre les tempête».
Qoandj'enrisage ainsi les cboses, il me parait très-£Kiic, dans le cas où je serais on radical oo on déma^o^e, de ren- Terver les plus poissants de la terre.
AS9. Le terraîo de Troppao est gras et mou conune do l>eurre; on y patauge comme dans une glace an cbocoht: c'e9t ce qui a suggéré aux autorités de la Tille une idée excel* lente. 0>mme on ne peut pas franchir une porte sans enfoncfr jus^|u*aux genoux, la municipalité a fait poser par terre quelques millier'» de planches Tune à la suite de Tautre. Cela fiMme une voie étroite, mais fort commode, que les membres dt Congres, les dames de la Tille, leurs adorateurs et les bons bourgeois suivent tous les jours. Tout irait parfaitement si tout le monde suivait la même direction ; mais la difScohé commence quand on se rencontre. Il faut, dans ce cas, que le passant poli se lange pour faire place à celui qui ne Test pas, ce qu'il ne saurait faire sans enfoncer au moins un pieddansb houe. L'Empereur Alexandre se promène tous les jours sur ces planches. Tous les hommes qui suivent une direction oppoiée harhotcnt naturellement dans le gâchis, tandis que, poor laisMr passer les femmes qui viennent en sens inverse, il sV jette Iv même, a moins qu'elles ne le préviennent en se Il y a là une lutte plaisante à qui se mettra dans la ^f . Cruikshank trouverait dans ces incidents matière à hrahles caricatures. Du reste, ce qui arrive à Sa riale arrive aussi au ministre et au commis F Depuis que le monde est civilisé, on n^a jaa
DE TROPPAU (1820). 3tl
pareille entre le devoir et la rëpugnaoce, comme aussi entre la politique et la boue. Ces promenades sont la meilleure pierre de louche pour des qualités essentielles. Elles mettent an jour mainte vertu, telle que, par exemple, Tamonr da prochain, le respect des supérieurs hiérarchiques, Thommage rendu au beau sexe, etc. Malheureusement, Troppao foonut aujourd'hui une nouvelle et triste preove de la mde&se de notre vilain siècle, qui ne sait pas récompenser les vertos. Le« gens les plus vertueux se voient constamment plongée dans la l)oue. Mais en voilà assez sur ce chapitre.
5 déceadire.
4G0. Cest dommage que Nesseirode s'effiice tant. Je ne comprends pas qu'un hoomie s^annihile au point de revêtir rhabit d'un autre et de mettre le masque d'un étranger an lieu de garder son propre visage.
Il m'arrive très-souvent en écrivant d'omettre un verbe ou un substantif; c*est nne fort mauvaise habitude. J'ai dans mon bureau particulier un employé chargé spécialement de combler ces petites lacunes. Comme il bit ce métier depuis dix ans, il connaît mes pensées; parfois, cependant, il lui arrive de ne pas les deviner, et, dans ces ca»-Ià, U me consulte. La plupart du temps, je prends la plume et je biffe toute une période, ce qui est à la fois trè»-commode et , très-utile, vu que dans les affiiires on en dit toajoun trop long plutôt que pas assez... A propos de lettres, il v avait autrefois à Paris une excellente institution. On pouvait remettre un paquet ou une lettre au bureau de poste, et Ton vou^ donnait en échange un récépissé avec un numéro et une devM. !>paquet et la lettre n'étaient remis qn*& la personne qui pouvait montrer le même numéro et la même devise, he ceii#' manière, Texpéditeur et le destinataire restaient à jamais inconnus Tun et lautre.
il décembre.
461. Nous sommes arrivés à la fin du premier acte du drame. Comme il feut que cent mesures différentes soient prises, mon cabinet ressemble plus que jamais à un quartier général. Le Roi de Naples viendra ou ne viendra pas; il fout prendre des mesures en vue des deux éventualités. S'il ne vient pas, il fendra agir avec la rapidité de Féclair; or, Jupiter seul pouvait faire gronder la foudre en fronçant ses sourcils. Ah! que le rôle de Jupiter était facile!
15 décembre.
462. Avant-hier soir, j'eus une conversation remarquable avec TEmpereur Alexandre. Nous restâmes ensemble de sept heures à onze heures. Une preuve capitale de nos sentiments d'amitié réciproques, c'est celle qui est fournie par le thé. Quand nous prenons du thé en téte-à-téte, nous nous entendons parfaitement.
Gela me rappelle l'histoire d'un de mes amis de Paris, qui avait une maîtresse. Tous les jours, ou plutôt toutes les nuits, il allait chez elle à trois heures du matin, s'entretenait pendant une heure avec elle, puis il s'asseyait à côté de son lit et prenait en main son violon, dont il jouait jusqu'à six heures. 11 fallait qu'alors la belle se levât; lui se couchait et dormait jusqu'à deux heures. Or, quand il était en bons termes avec sa maîtresse, on voyait arriver son violon; étaient-ils brouillés, point d'instrument. Notre violon, à nous, c'est le thé. Si nous ne sommes pas bien ensemble, point de thé.
Pendant cette conversation, je dis sur Gapo d'Istria ce que j'avais sur le cœur; le thé rendit la chose plus facile. Après avoir lu à l'Empereur une pièce très-intéressante, je lui demandai : « Vous m'avez compris? — Oui, parfaitement. — D'où vient donc que Gapo d'Istria ne me comprendjamais?-* Je loi en ai fait déjà souvent le reproche; cela tient à ce qa*il te figure toujours que vous tou1^« ' •••hh* aKa^. ,^^ I| n^
[>as tort en cela ; je voudrais avant tout qu'à côté de son esprit il eût encore du bon sens. »
Grâce au thé, ces choses-là passent très-bien. Ah! si cette boisson aromatique pouvait rendre Gapo distria raisonnable. Dieu du ciel, quelle masse de thé je ferais venir de la Chine !
18 décembre.
463. II gèle très-fort. Les planches sont devenues inutiles ; tout le pays n'est plus qu'une planche.
Tout ce qui nous arrive de Londres est bien misérable ; je n^en suis, du reste, ni surpris ni étonné. Si je pouvais bire de Capo d'Istria ce que je veux, tout marcherait vite et bien; l'Empereur Alexandre ne devient un obstacle que par son ministre; sans ce dernier, tout serait réglé aujourd'hui.
SO décembre.
464. Ce soir, ma cousine (Flora de Wrbna, née de Kageneck) , qui fait chez moi les honneurs à Troppau, offrit une tasse de thé à Golowkin. 11 lui répondit d'un air grave : « Ne m'offrez pas de thé; j'aime cette boisson, il est vrai, mais elle ne me fait pas de bien. Je suis un malheureux théanthrope, »
Golowkin s'exposerait à moins de mécomptes s'il voulait s'appliquer à parler plus simplement. Il aurait été moins prétentieux s'il avait dit tout bonnement comme certaine dame : « Je suis heureuse de ne pas aimer les épinards, parce que, si je les aimais, j'en mangerais, et je les déteste. »
Il faut remarquer à ce propos que Golowkin, qui se croit un philanthrope, mais qui a un faible tout particulier pour ce mot, quoiqu'il n'en connaisse pas la valeur, semble ignorer que les syllabes grecques finales anihropos veulent dire homme, tandis que les syllabes initiales philo signifient ami. Philothé aurait donc été certainement plus correct et plus joli qm thiamihrùpe.
21 décembre.
468. Toujours point de nouvelles de Naples, ce qui prouve que les drôles se disputent dans ce pays-là ; quant à bien se rosser entre eux, ils n'en ont pas le courage.
23 décembre.
466. On court Tun chez Tautre pour avoir des nouvelles; partira-t-on? restera-t-on? comment? quand? Depuis Tinvention des messages, qui est bien ancienne et bien respectable; depuis celle de Técriture, qui ne remonte pas moins haut, mais qui souvent est moins respectable, je n'ai jamais rien vu d'aussi complet que le silence gardé par nos représentants à Naples. Sans un petit juif qui est là parce qu'il est partout, nous ne saurions absolument rien. D'après le peu que nous apprenons par ce juif, nous supposons que le Roi viendra.
24 décembre.
467. Le courrier arrive à l'instant. Le Roi viendra, et nous, nous allons à Laybach. Je partirai demain, mon auguste Maflre après-demain, l'Empereur Alexandre le 27.
Le moment décisif approche.