MINISTÉRIELLES DE TIENNE
471. Metternich à l'Empereur François (Extrait de rapport':. Vienne, le 31 mars 1820. — 472. Metternich à Wintan^erode (Lettre oliaeiJe\ Vienne, le 31 mars 1820. — 473. Mettemidk à Wintzingerode (Lettre contidentielle), Vienne, le 31 mais 1820.
471. Presque au moment de la clôture de nos conférence^, fiui sont arrivées si heureusement à leur terme, la Cour royale de Wurtemberg &it une tentative pour rendre vains des tra» vaux qui nous ont coûté quatre mois d*effbrts.
La Cour de Wurtemberg ne veut pas qae nos délibérations cil>outissent à une œuvre définitive, à un acte signé à Vienne; rUe prétend ne les considérer que comme de simples travaux préliminaires qui doivent être complétés et recevoir leur sanction à la Diète»
La première manière d'agir produira Tapaisement dans les esprits; la seconde produira l'agitation. Tous les Gouvernements allemands ont £aiit voir jusqu'à Tévidence qu'ils étaient unanimes à vouloir le bien de la Confédération ; Votre Majesté n'a eu que des paroles de concorde à £iire entendre, et Tnnion s est foite ; car elle existait dans les cœurs des Souverains allemands, et les plénipotentiaires étaient d'accord pour n'apporter h nos délibérations que des vaes éminemment sages et éclairées. Mais des sentiments tout opposés semblent r^ner dan^ le ccL'ur du Roi de Wurtemberg. Si Ton peut £ûre des conjectures en s'appuyant sur une chose incompréhensible, on ne peut arriver qu'à la conclusion suivante : c'est que le Roi ou^ — j'ose encore l'espérer, — que ses conseillers tâchent de porter une seconde fois devant la Diète la question des intérêts particuliers du pays, dont le respect a déjà été assuré à la suite de délibérations préalables, et qui, du reste, sont inséparables de l'intérêt général de tons les Gouvernements allemands. Ils veulent profiter de la discussion des résolutions prises par la Conférence pour produire à la Diète de<» explications, des objections et des déclarations soi-disant libérales; ils
espèrent par là faire croire que tous les SouTerains sont victimes d'un système d'oppression et, d^autre part, conserver au Roi de Wurtemberg; une réputation de popularité. On admet que la chose s'accomplisse; mais le Roi veut avoir lair de céder à la violence.
Les conférences de Garisbad nous ont éclairés sur ces menées. Le plénipotentiaire du Wurtemberg;, qui y assistait, terminait presque toutes ses propositions par la restriction suivante : il demandait « que les résolutions qu'elles devaient entraîner fussent prises par les autres membres de la Confédération, et qu'elles fussent imposées à son royal Maître». C'est ainsi que le même plénipotentiaire parlait dans ses discours et dans ses écrits de démonstrations militaires, de concentration de troupes autrichiennes dans le Tyrol et de troupes prussiennes sur le bas Rhin. C'est ainsi que le Roi s'est conduit au mois de septembre dernier, lors des discussions qui ont eu lieu à Francfort , lors de son voyage à Varsovie comme depuis son retour à Stuttgart. Enfin c'est ainsi qu'il se conduit à Vienne, et il est incontestable qu'il agit d'après un plan raisonné
Le Roi de Wurtemberg a fiait une tentative qui ne lui réussira pas. Pour la foire échouer, il suffira de la fermeté de Votre Majesté et de l'excellent esprit qui anime tous les autres Gouvernements et leurs délégués.
Dès que le comte de Mandelslohe m'eut foit sa communication , je regardai comme un devoir de ne pas agir seul. Au jour de l'attaque , il faut que chaque combattant soit sûr qu'il n'a rien à craindre de son voisin ; il est certain que la Confédéi*ation germanique ne peut prospérer que si elle est soutenue et protégée par une volonté ferme et unie. Tandis que je faisais cette déclaration verbale au comte de Mandelslohe, je suis entré en pourparlers avec les autres délégués. Votre Majesté daignera constater à la lecture de l'annexe l'heureux résultat de cette première démarche*.
• Voir les points i° et 2® de la dépêche ci -après (n® 472).
(Note de l'Editeur.)
Je prends aussi la liberté de soumettra à Votre Majesté, dans une autre annexe , le projet d'une lettre à adresser par Elle au Roi de Wurtemberg.
Aussitôt que Votre Majesté Taura signée, je m'empresserai de foire partir l'expé dition pour Stuttgart.
Mettcrnicli à VVintzingerode , ministre de Wnrteoibei^ (Lettre officielle),
Vienne, le 31 mars 1820.
478. En me remettant la lettre de Votre Excellence, datée du 20 courant, M. le comte de Mandelslohe m'a communiqué, selon les instructions qu'il a reçues , la déclaration qu'il était chargé de consigner dans le protocole des conférences de Vienne.
Mon premier désir , en recevant cette communication , devait être de me convaincre si la Cour royale de Wurtemberg a l'intention de se déclarer à la fois contre le fond et contre la forme, ou seulement contre cette dernière. Ce point est de la plus grande importance, et j'ai pu avec raison me permettre d'avoir des doutes à cet égard, bien que dans le protocole il ne soit question que de la forme.
En effet, il ne s*agit pas seulement de savoir si les résultats des conférences de Vienne prendront un caractère obligatoire sans une nouvelle discussion à l'assemblée fédérale, ou s'ils doivent être soumis en la forme ordinaire aux délibérations de la Diète. La question a une bien plus grande portée. Les Cabinets réunis ici ont formulé avec tant de succès les principaux objets de leurs délibérations ; ils ont surtout réglé si heureusement le point, si important pour l'Allemagne tout entière, de la détermination des droits des confédérés, que l'œuvre telle qu'elle existe peut répondre aux meilleures espérances. Ce travail si avancé, si près d'être entièrement achevé, doit-il être mené à terme, ou bien doit-on le mettre de côté comme un essai inutile et manqué? Voilà quelle est aujourd'hui la véritable question. C'est une question qui, j'en suis convaincu , — et tous les plénipotentiaires ici présents partagent
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entièrement ma conviction, — intéresse plus râvenir de la Confédération que n'importe quelle différence de vues relativement à la forme à observer en ce qui concerne l'assemblée fédérale.
Comme M. le comte de Mandelslohe n'a pu me fournir des éclaircissements complets sur ce point, j'ai dû m*assurer s'il avait positivement reçu l'ordre de faire enregistrer officiellement sa déclaration dans la première séance plénière qui aurait lieu après notre entretien , ou s'il se croyait autorisé à différer cette démarche jusqu'à la réponse aux communications actuellement expédiées par ce counrier. M. le comte s'est déclaré obligé à accomplir immédiatement sa mission.
Les choses étant ainsi, il ne me restait plus qu'à dire de mon coté à M. le comte de Mandelslohe que je ne me crovais nullement fondé à m'engager avec lui dans la discussion et dans la justification de la forme adoptée per unariimta dans la dixhuitième séance, et que je ne pourrais prendre une résolution à cet égard qu'après m'êlre expliqué préalablement avec tous les plénipotentiaires. J'ajoutai à cette déclaration la réser\'e suivante, commandée par la nécessité : c'est que tout préjudice résultant de la prohmgation inutile des conférences de Vienne, qui intéressent à un égal degré l'Allemagne entière, serait imputé à la Cour opposante, et que celle-ci en serait responsable.
Je me suis abouché sans perdre de temps avec les autres plénipotentiaires, et voici quel a été le résultat de notre conférence :
V C'est qu'il ne peut y avoir aucun temps d'arrêt dans la marche des aflBaires que nous discutons ici ;
2* Que tous les membres du Congrès sont résolus à maintenir dans toute son intégrité l'œuvre entreprise ici et amenée pres(|ue à son terme par des délibérations qui durent depuis (juatrc mois, et à s'y obliger solidairement, par suite de la résolution commune prise le 4 mars; qu'à cet effet ils s'engagent tous à repousser une nouvelle délibération à la Diète relativement à cette question.
Pénétré du sentiment de la nécessité de tout tenter pour
épargner à la patrie allemande et à l'Europe le fôcheux spectacle d'une conférence des Cabinets des Cours d'Allemagne prolongée pendant quatre mois sans résultat ou, ce qui reviendrait au même, sans épuiser les questions à résoudre, j\ii pris en même temps sur moi de communiquer à Votre Excellence , dans Tannexe de cette lettre, l'avis unanime de MM. les plénipotentiaires sur le choix de la forme définitive
En remplissant ce devoir, je suis particulièrement chargé par Sa Majesté l'Empereur de déclarer solennellement en son nom qu'Elle ne voit que deux moyens possibles de mener à bonne fin TafEBiire que nous traitons ici ; il faut :
Ou bien rédiger sous la forme d'un acte ratifié par les Gouvernements de la Confédération les résolutions prises à Vienne comme des résultats admis définitivement, et remettre à l'Assemblée fédérale le soin de consigner cet acte dans les archives de la Confédération et de le publier selon les formes constitutionnelles observées ordinairement ;
Ou bien soumettre à la Diète les susdites résolutions sous la forme d'un rapport de son président, en se conformant à l'engagement pris ici par tous les Gouvernements de prescrire une adhésion complète et absolue à leurs représentants à la Diète.
Toutes les voix se sont prononcées pour l'adoption du premier de ces deux moyens ; le second a dû être rejeté par tous les plénipotentiaires, d'autant plus que Sa Majesté l'Empereur a cru devoir, pour les raisons développées dans la déclaration ci-jointe, décliner entièrement sa coopération sous cette forme.
Sa Majesté n'admet pas une troisième alternative, attendu qu'Elle est fermement résolue à ne pas laisser baser une proposition de la présidence de la Diète sur une simple entente préalable, n'ayant aucun caractère irrévocable et définitif, relativement aux objets des délibérations actuelles. Elle ne veut pas davantage donner à son représentant à la Diète des instructions tendant à faire remettre en question ce qui est le résultat commun de l'examen scrupuleux et des discussions appro-
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fondîes de toutes les Cours et de tous les Gouvernements d^AIlemagne , et ce qui est sur le point d*étre achevé.
La présente lettre et l'annexe qui Taccompagne feront connaître en détail à Votre Excellence • non-seulement Topinion de tous les Cabinets allemands , mais encore celle de Sa Majesté TEmpereur, qui s^accorde ^entièrement avec celle des autres Cours.
Le désir qui anime Sa Majesté non moins que tous ses confédérés , est celui d'assurer la prospérité et Taffennissement de la Confédération germanique par les moyens les plus directs et les plus pratiques, en tant que leurs droits communs le leur permettent, ce qui est incontestablement le cas dans la situation actuelle; ce désir, dont l'existence réelle a été afHrmée si souvent et est encore affirmée journellement par la marche des conférences de Vienne, motive aussi la démarche présente et justifie Tespérance que Sa Majesté le Roi de Wurtemberg ne refusera pas son assentiment et son concours à rachèvement d'une œuvre qui a été poursuivie jusqu'à ce jour avec un ensemble aussi remarquable que complet, et dont les conséquences seront si précieuses pour l'Allemapie.
Mcttcrnicli à \Viiiiziii{»proile (Lettre confidentielle), Vienne, le 3J mars 1820.
473. Vous recevez aujourd'hui des paroles d'une haute valeur. IjC moment est venu. Monsieur le comte, où tout ce qui n'est pas compréhensible doit être compris, et où tout ce qui n'est pas clair doit le devenir. Il est impossible que toutes les Cours d'Allemagne aient été réunies pendant cinq mois dans un même esprit de concorde , dans un même sentiment sur le besoin de consolider les bases de leurs relations fédérales, que nos conférences puissent toucher à leur fin, pour que tout ce qui a été dit et fait ne tourne qu'au profit des ennemis de l'ordre général. Et tel serait indubitablement le cas, si ce qui a conduit à une entente devait être renversé dans le moment même de cette entente.
J'ose me flatter encore que les détails dans lesquels je suis entré dans ma lettre officielle écarteront chez vous ce que de graves erreurs seules peuvent y avoir fait naftre. Vous croyez que TAutriche, et peut-être l'Autriche et la Prusse, veulent exercer une pression sur leurs confédérés. Le fait est feux ; l'Empereur connaît les dangers du moment et les besoins de tous les temps
J'avoue franchement que je ne comprends pas la déclaration que M. de Mandelslohe a eu l'ordre d'insérer au protocole. Le fait est simple, vu que je ne me permets pas d'y attacher la seule interprétation précise qu'elle semblerait pouvoir admettre. Si elle n'a pas cette valeur, les pièces officielles que je vous adresse devront lever toutes les difficultés ; si tel ne devait pas être le cas, il ne sera pas nécessaire de chercher bien loin. Vous voulez empêcher que ce qui depuis cinq ans n'a pu se &ire à Francfort , et que Ton est arrivé à terminer sous l'influence immédiate des Cabinets, ne finisse par aboutir.
Vous êtes bien mal servi ici. Mandelslohe se conduit en homme d'honneur. Trott fait son métier, et le métier des hommes tenus derrière la scène n'est jamais celui qui arrange les afliaires. Placer, ainsi que vous l'avez fait, deux individus, c'est le moyen le plus sûr de ne pas sortir de l'erreur, de tout brouiller et de ne jamais aboutir.
Vous me voyez trop occupé d'une seule affaire pour ne pas comprendre que je ne suis guère tenté d'en revenir à mes dernières lettres. Votre réponse , loin de me prouver que je puisse m'être trompé sur quoi que ce soit, me prouve au contraire que j'ai raison en tout. Oui, je sais tout ce qui s'est passé depuis Garlsbad; je connais ce que vous appelez un appui momentané dans F opinion publique, le seul avantage que vous ayez obtenu. Contre <|ui cet appui éphémère a-t-il été cherché? Est-ce contre les ennemis de l'ordre social ou contre vos confédérés ? . . .
Si l'on croit à Stuttgart que l'Autriche feit de la petite politique, bien tortueuse et bien dangereuse pour ceux qui s'y laisseraient tromper, au moins le ministre des affaires étrangères de Wurtemberg ne pourra-t-il point reprocher à celui
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()r TEmperour de s'embarrasser vis-à-vis de .lui dans une controverse bien diplomatique.
Il me reste un seul passage à relever de votre dernière lettre confidentielle. Vous me dites : « De grâce, n'oubliez pas i|uc nous avons une constitution et des ministres responsables.»
Je ne connais en fait de constitution et de ministres responsables rien qui ait trait à la question dont nous nous occupons. Les constitutions sont dans la Confédération, et ni hors ni audessus d'elle. La responsabilité des ministres ne regarde pas la Confédération. Vous êtes responsables de l'emploi de vos derniers publics et des actes de votre administration. Si vous admettez que la Confédération puisse souffrir, dans son principe vital, de cette responsabilité, il faudrait pour le moins é{;alement accorder à cette même Confédération le droit de nommer les ministres. Demandez à vos soi-disant amis da peuple s'ils ne trouvent pas mon axiome juste ; ils seront prêts à vous répondre affirmativement. Mais que deviendra la souveraineté de votre Koi, si elle va se fondre dans rAllemagne des Jabn et des Arndt?
.rattends avec calme et patience les nouveaux ordres que recevra votre plénipotentiaire*
V7'V. Mettornich à Bcrstett, plénipotentiaire de Bade aux conférences
de Vienne. Vienne, le 4 mai 1820*
474. Votre Excellence m'a fait part du désir qu'a Son Altesse Royale le Grand-Duc de Bade de connaître aussi exactement que possible les idées du Cabinet impérial et royal sur la situation politique de TÂIIemagne en général. Cette invita-
* On connaît le résultat. Le Roi de Wnrtembeiig ne résista pas plus longtemps fit autorisa son représentant à • litif. {Noie de CÉditeur,)
tion, venant dHin prince qui donne journellement les preuves les plus louables de la ferme volonté qu'il a de favoriser Uî bien et de la profonde connaissance qu'il possède de rélénient hostile qui veut en empêcher la réalisation, cette invitation, dis-je, est d'autant plus flatteuse pour moi qu'elle m impose le devoir d'instruire Votre Excellence du point de vue auquel il faut nous placer pour examiner l'état actuel des choses.
Le temps marche au milieu d'orages perpétuels ; vouloir arrêter la tourmente serait une entreprise vaine. La modération, la fermeté, enfin l'union dans l'emploi de forces bien calculées, voilà les seules ressources dont puissent disposer encore les protecteurs et les amis de Tordre ; c'est en cela seul que consiste à cette heure le devoir de tous les Souverains et de tous les hommes d'État bien pensants. Celui-là seul aura mérité ce titre au jour du danger, qui, après s'être assuré de ce qui est possible et de ce qui est juste, ne se sera laissé détourner du noble but de ses efforts ni par les vœux stériles ni par l'abattement. Le but est facile à déterminer; à l'heure actuelle, il ne consiste ni plus ni moins que dans le maintien de ce qui existe. L'atteindre, voilà le seul moyen d'assurer le ^lut de ce qui est ; c'est peut-être même le moyen le plus propre à faire reconquérir ce qui a été perdu. A cet effet, il faut que tous unissent leurs efforts, il faut que tous ceux qui sont guidés par un seul et même principe, par un seul et même intérêt, agissent d'accord et prennent des mesures communes. Les matières incendiaires qui étaient préparées depuis longtemps se sont enflammées pendant l'époque qui s'est écoulée entre 1817 et 1820. La voie &u8se qu'a suivie le ministère français pendant ces trois années; la tolérance qui a favorisé eu Allemagne ces théories dangereuses; la faiblesse qu'on a montrée en voulant réprimer les abus de la presse ; enfin la préci])itiition avec laquelle on a donné des constitution! aux Ktats de l'Allemagne du Sud; toutes ces causes ont poussé aux plus funestes excès des partis que rien ne peut contenter.
Bien ne prouve mieux l'impossibilité de satisfaire ces partis que l'observation suivante : c'est que les menées les plus actives ont été constatées précisément dans celui des États où
Ton a montré la plus grande condescendance pour leurs prétendues aspirations.
Avant le Congrès de Garisbad, le mal avait pris de telles proportions qu'il aurait suffi d'une complication politique môme insignifiante pour bouleverser Tordre social. La sagesse du système adopté par les grandes Cours nous a préservés de ce danger, qui pourrait encore être mortel, même aujourd'hui. Quelle est donc la marche qu'un Gouvernement éclairé doit suivre dans cet état de choses? En posant cette question, on admet comme probable la possibilité du salut, et nous nous croyons pleinement autorisés à concevoir une pareille espérance.
Si maintenant nous examinons les moyens par lesquels on pourrrait atteindre un but aussi élevé, nous nous voyons ramenés au point d'où nous sommes partis. Ainsi, pour ménager un avenir plus heureux, il fiaut être au moins assuré du présent ; la conservation de Tordre de choses existant doit, par conséquent, être la première et la plus grave de toutes nos préoccupations. Par là nous n'entendons pas seulement Tancien ordre de choses, en tant qu'il a été respecté de tout temps dans certains pays, mais encore toutes les institutions nouvelles créées légalement. L'importance qu'il y a à les maintenir et à assurer leur permanence ressort des attaques qu'on a dirigées avec un acharnement peut-être plus grand encore contre elles que contre les anciennes institutions. Dans les temps actuels, il y a tout autant de danger à passer de Tancien ordre de choses à un ordre de choses nouveau, qu'à revenir des institutions nouvelles aux institutions disparues. L'un et l'autre également peuvent provoquer une explosion de troubles, chose qu'il faut éviter à tout prix.
Ne s'écarter en aucune façon de Tordre de choses existant, quelle qu'en soit l'origine; n'entrej)rendre des changements, s'il parait absolument nécessaire d'en faire, qu'en agissant <ivec une entière liberté et à la suite d'une résolution bien miirie : voilà quel est le premier devoir d'un Gouvernement qui ne veut pas être entraîné dans les malheurs du siècle. Une telle résolution, quelque juste et naturelle qu'elle puisse être,
provoquera certainement des luttes acharnées; mais Tavantage d'avoir sous ses pieds une base connue et avouée est évident; car, fort de ce point d'appui, on pourra facilement découvrir dans toutes les directions et déjouer les mouvements de Tennemi, qui seront nécessairement incertains.
Nous considérons comme absolument dénuée de fondement Tobjection qu'on pourrait fiaire, savoir « que, parmi Us constitutions données^ en Allemagne jusqu'à ce jour, il n'en existe pas une qui repose sur une base quelconque, et que, par conséquent, aucune d entre elles ne présente un point d'appui. » S'il en était ainsi, les démagogues, dont l'ardeur est infatigable, n'auraient pas cessé de miner les constitutions. Tout ordre de choses institué légalement porte en lui-même le principed'un système meilleur, à moins qu'il ne soit l'oeuvre du caprice ou de l'aveuglement et de la folie, comme l'était la constitution des Gortés en 1812. Du reste, une charte n'est pas encore une véritable constitution ; celle-ci ne se forme qu'avec le temps, et il dépend toujours des appréciations et de la volonté du Gouvernement de donner au développement du régime constitutionnel la direction voulue pour séparer le bien du mal, pour affermir l'autorité publique et pour protéger le repos et le bonheur de la nation contre toute attaque ettoutacte d'hostilité. Deux grands moyens de salut sont assurés actuellement à tout (gouvernement qui, pénétré du sentiment de sa dignité et de son devoir, n'est pas décidé à se perdre lui-même. L'un de ces moyens repose sur la conviction rassurante qu'il n'existe absolument aucune mésintelligence entre les puissances européennes, et que, d'après les principes immuables de la Monarchie, on ne saurait non plus préroir aucun désaccord. Ce fait, qu'il est impossible de révoquer en doute, affermit et garantit notre situation et notre force. L'autre moyen, c'est l'union entre les États allemands, union qui s'est produite dans le ' cours des neuf derniers mois et qui, avec l'aide de Dieu, deviendra indissoluble, grâce à la fermeté et à la loyauté des membres de la Confédération.
Les conférences de Carlsbad et les résolutions qu'on y a élaborées ont agi d'une manière plus puissante et plus salutaire
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nue nous ne pouvons peut-être nous Favouer à nous-mémeN dans un moment où nous ne pouvons évaluer que superficiellement les avanta{;es conquis. Des mesures aussi importantes ne peuvent être estimées à leur véritable valeur que loi*squ il est possible de constater tous les résultats qu'elles ont produits. Mais ces résultats, réj>oque qui suit immédiatement les mesures prises ne peut nous les offrir. Quoi qu^il en soit, nous pouvons dès à présent nous faire une idée des effets produits par les résolutions du 2 septembre, si nous supputons les progrés probables que les ennemis de Tordre public auraient faits sians elles.
Les résultats des conférences de Vienne, bien qu'elles soient d'un ordre élevé, produiront un effet moins brillant au premier moment, mais d'autant plus profond et plus durable. L'affermissement de la Confédération germanique ofhe actuellement à cbucun des États dont elle se compose une garantie efficace; c'est là, dans la situation présente, un avantage inappréciable, qu'on ne pouvait obtenir avec quelque certitude qu'en suivant la voie que nous avons ado|)tée. La droiture et la modération avec lesquelles cette ccuvre si importante a été poursuivie peuvent bien, d'une part, nous avoir arrêtés sous certains ra|>ports et nous avoir cmpêcliés de prendre des mesures plu» hardies et plus énergiques ; mais même en supposant qu'une telle manière de j)rocéder eût été possible, il aurait, d'autre part, manqué à cette œuvre une des premières conditions, savoir la libre conviction et la sincère confiance de toutes les parties contractantes. Rien n'aurait pu combler cette lacune, qui serait devenue sensible surtout quand il aurait fallu exécuter des résolutions prises sous de tels auspices. En général, la puissance morale de la Confédération devient pour elle un besoin aussi impérieux que la puissance législative, et les progrès qu'a faits la certitude de l'utilité et de la réussite de cette union constituent, à notre avis, le résultat le plus important et le plus heureux.
Les règles que les Gouvernements allemands ont à observer désormais peuvent être indiquées en peu de mots. Ce sont :
1* La confiance dans la durée de l'état de paix en Europe^
LA POLITIQUE ALLEMANDE DE METTBllNICII (1820). 401
ainsi que dans la concordance des principes qui dirigent les {Grandes puissances ;
2* L'attention scrupuleuse portée sur leur propre système de gouvernement ;
3' La persévérance dans la conservation des bases légales des constitutions existantes, et la ferme résolution de les défendre avec énergie et avec prudence contre toute attaque individuelle ; mais en même temps aussi
i" La révision de ces constitutions et la suppression de leurs vices organiques, révision et suppression qui seront faites par le Gouvernement et motivées par des raisons sufBsantes ; enfin
5" En cas d'insuffisance de ses propres moyens, Tappel à l'appui de la Confédéi^ation, appui que chaque membre a le droit imprescriptible de réclamer, et qui, diaprés les stipulations actuelles, pourra moins que jamais être refusé.
Voilà quelle est, selon nous, la seule manière de procéder, la seule qui soit réellement salutaire, légale et conservatrice CVst sur de tels principes que repose le système politique de Sa Majesté l'Empereur , et l'Autriche , tranquille à l'intérieur et possédant une masse imposante de forces morales et de forces matérielles, non-seulement en fera usage pour assurer sa propre conservation, mais encore elle saura toujours les emj)loyer pour soutenu* les intérêts de ses confédérés, dès que le devoir et la prudence le lui commanderont.
Que Votre Excellence daigne ne voir dans cet exposé sincère que le désir d'offirir à Mgr le Grand-Duc un nouveau témoignage de la sincérité de nos sentiments et du vif intérêt que la Cour Impériale et Royale porte au bonheur de Srin Altesse Royale ainsi qu'à la prospérité et à la sécurité de ses États.