II. Organisation future du royaume de Naples
Cette question importante a eu droit à toute ma sollicitude à dater du jour même où j'ai appris le bouleversement de Tordre de choses existant à Naples.
J'ai pensé, recherché, ruminé avec soin, et je crois être parvenu aux meilleurs termes. Ma conscience au moins est tranquille; il ne me reste qu'à désirer que les événements justifient mes vœux.
Parlez aujourd'hui à tous les législateurs, car on en trouve à chaque coin de rue et sur tous les bancs de cafés, et ils vous répondent sans hésiter que le monde ne peut plus marcher sans le système représentatif.
Ma conviction est que jamais il ne marchera avec lui ; car je suis de ces hommes qui n'entendent pas par marcher, culbuter, se relever et retomber.
Or, nous avons exclu pour Naples la recette universelle, vu surtout que nous ne pourrions pas faire là-bas ce que nous devrions constamment refuser chez nous. Il eût été peu prudent, d'un autre côté, de refaire ce qui venait d'être défait. Nous avons cherché et appelé à notre secours le principe de la monarchie tempérée, afin d'exclure et l'arbitraire et le système représentatif.
Le Roi a eu assez de peine à se soumettre à nos vues ; mais il a fini par le faire, et même par sentir qu^avec un système d'organisation digne de ce nom, il trouverait plus de chances de paix et de repos qu'avec le retour au franc arbitraire, duquel on n'avait déjà que trop éprouvé le danger, et à Naples et en Sicile.
Je vous envoie ci-joint le protocole ou plutôt l'annexe au protocole, qui renferme notre idée, comme si elle était une proposition spontanée du Boi.
Par le prochain courrier, je vous enverrai le développement
bien plus étendu des bases consîgpfiées dans cette pièce. Vous vous convaincrez qu'il renferme une constitution bien monarchique, mais non moins digne de ce nom, dès que Tonne veut pas appliquer ce terme au seul système représentatif.
Comment ira Tafiaire en général? J'avoue franchement que je Fignore. Rien n'est inutile comme de calculer les chances heureuses, et rien n'est plus difficile que d'épuiser les mau-* vaises.
Le Roi ne joint d'aucun crédit dans son pays , mais il est aimé,
La révolution a été forcée de prendre un caractère de douceur déplorable de fait, et impossible à éviter, vu nos armements.
Le but des libéraux napolitains, quMl ne faut pas confondre avec les carbonari, a été de parvenir au système représentatif par l'intermédiaire de ces derniers. De Madrid ils ont voulu arriver h Paris. Nous qui ne pouvons pas y consentir, nous n'avons pour nous ni les uns ni les autres.
Le tout dépendra donc des coups qui seront portés. S'ils sont décisifs, l'afBaire est faite ; s'ils ne le sont pas, elle traînera ; si c'est nous qui les recevons, le monde pourra chavirer. Il arrivera alors ce (jui serait arrivé si nous n'avions rieo fait , car Fltalie ira au diable , et avec elle la France et l'Allemagne , tout comme elle y aurait été si nous étions restés spectateurs neutres du développement de la révolution à Naples.
Si nous sommes heureux, il y aura eu un grand exemple donné au monde, ne fût-ce même que par le seul fait que r inviolabilité des révolutions aui-a été démontrée n'être qu'une prétention fausse , mais prodigieusement commode à mettre en avant par tous les enragés , les fous , les sots et les faibles. Quelle liste effroyable je vous dresse là, mon cher comte !
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l'insurrection NAPOLITAINE, PIÉBIONTAISE ET GRECQUE.
548. Metternich à Recliberg (Lettre), Laybacli , le 25 mari 1821. — 549. Metternich à StacUon (Lettre), Layb.ich, le 26 mars 1821. — 550. Mctternich à Rediberg (Lettre), Laybach, le 31 mars 1821.
548. Le dëveloppement des ëvénements qui se succèdent avec rapidité en Italie nous permet d'espérer que cette belle partie de l'Europe ne subira point le joug des révolutionnaires, malgré l'activité de leurs criminels efforts. S'ils échouent contre Ténergie et la sagesse de nos mesures, cette dernière crise, tout alarmante qu'elle était par ses symptômes effrayants, tournera contre ceux qui Tout provoquée, et ralliera la classe nombreuse des honnêtes gens autour des Gouvernements légitimes, qui se convaincront, j'espère, qu'en suivant une marche conséquente et ferme, il est possible encore d'étouffer cet esprit de faction qui menace la société d'une subversion totale.
Calculant qu'il doit être d'un haut intérêt pour votre Cour d'être exactement informée de la véritable situation des choses en Italie, des dispositions des deux Empereurs qui se trouvent encore heureusement réunis ici, et du résultat des premières mesures qu'ils ont adoptées, je n'hésite point à expédier le présent courrier à Votre Excellence, pour lui transmettre un exposé succinct, mais parfaitement exact, de notre position.
Vous aurez été informé, Monsieur le comte, des succès de l'armée du général Frimont, de l'occupation de la province des Abruzzes, si importante sous le point de vue militaire, de la désorganisation totale de l'armée du général Pcpe, et de la manière dont nos troupes ont été accueillies partout par les habitants. Ces premiers résultats ne pouvaient laisser aucun doute sur le succès de l'entreprise, et les nouvelles qui nous sont parvenues, depuis, du quartier général de l'armée, justifient pleinement notre espoir. Le poste de Sora, défendu par le généra! de Concilj, le Quiroga de Naples, avait été
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emporte par nos troupes après une très-feible résistance ; le général Frimont avait passé le Garlgliano avec son armée et se portait sur San-Germano, pour attaquer cette position que les Napolitains avaient, dit-on, rendue inexpugnable. Un détachement envoyé par le général en chef pour la reconnaftrc Ta trouvée abandonnée. Ainsi notre armée marche sans pouvoir rencontrer rcniiemi, qui ne tient nulle part; mais sa marche est si rapide que le général en chef espère cependant parvenir à le joindre, et à le battre s'il concentre ses forces.
Pendant que Tarmée marchait sur San-Germano, le général Fardella, envoyé par M. le duc de Galabre au Roi son père pour lui porter des paroles de respect et de soumission, passait par la route de Velletri pour se rendre à Rome et à Florence ; nous ignorons encore les détails de cette mission, qui n'a eu, au reste, aucune influence sur la marche et les opérations de Tarmée.
Ces détails, parfaitement exacts, convaincront Votre Excellence r|ue l'expédition de Naples est au moment d^étre terminée, et qu'une campagne d'une quinzaine de jours aura suffi pour faire crouler cet échafaudage militaire dont on voulait effrayer l'Europe entière depuis six mois. Ce résultat, et bien plus encore Taccucil que le peuple fait à notre armée, qu'il proclame et traite en libératrice, prouvent du moins jusqu'à l'évidence que la nation napolitaine est étrangère à la révolution qui a précipité ce pays si heureux dans un abtme de malheurs, et que cette révolution est uniquement Touvrage de sectaires criminels et de quelques militaires ambitieux.
Si rinsurrection du Piémont avait dans le principe un caractère plus alarmant et jiouvait, au moment où elle a éclaté, nous faire craindre une diversion puissante et dangereuse en faveur de la cause révolutionnaire, le développement des événements qui se sont passés depuis huit jours dans le pays nous permet d'espérer aujourd'hui que de ce côté le danger sera plus facile à conjurer qu'on n'avait osé s'en flatter. Le plan des conjurés, qui était de porter le Roi à proclamer une constitution, el à se déclarer pour la cause napolitaine contre l'Autriche, a été déjoué par l'abdication du Roi ; M. le prince
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de Carignan*, qui, par la circonstance que M. le duc de Genevois** était absent, s'est trouvé porté à la régence du Royaume, n'a pas tardé à sentir tous les embarras de sa situation. Forcé de promettre et de jurer la Constitution des Gortès, et de créer une junte provisoire révolutionnaire (ce qui n^entrait nullement dans ses plans ni dans ceux de quelques officiers ambitieux qui s'étaient réunis autour de lui), ce prince s'est adressé à M. le duc de Genevois, et l'a prié avec instance de revenir prendre les rênes du gouvernement, qui lui étaient dévolues par l'abdication du Roi. M. le duc de Genevois, qui était alors à Modène, s'est non-seulement refusé aux instances de M. le prince de Garignan, mais il n'y a répondu que par une proclamation énergique. II a écrit en même temps aux deux Empereurs, pour réclamer leurs conseils, leur assistance et leur appui. La réponse des deux augustes Souverains a été ce qu'elle devait être dans la circonstance, mesurée, sage, noble, et conforme en tout aux principes qu'ils professent. Ils se sont décidés en même temps à envoyer un courrier à leurs ministres à Turin, avec ordre de se présenter chez M. le prince de Garignan, de lui faire le tableau des malheurs auxquels allait se trouver exposé le pays sur lequel il était appelé à régner un jour, de l'engager à réfléchir sérieusement à sa situation personnelle, d'en appeler à ses sentiments, à ses devoirs comme premier prince du sang et à son honneur, pour le porter à jouer dans cette circonstance importante le seul rôle qui lui convenait, celui de fieiire rentrer dans le devoir quelques groupes égarés par des factieux, et de rendre la tranquillité à son pays. Ces conseils étaient accompagnés de la déclaration que les deux Empereurs étaient bien déterminés à ne jamais reconnaître l'œuvre de la révolte. Nous ignorons encore le résultat qu'aura eu cette démarche, mais nous savons par les nouvelles que nous recevons journellement de Milan, que la marche de cette révolution est très-incertaine, que les embarras de M. le prince de Garignan augmentent, qu'Alexandrie
* Qui fut plos tard le Roi Charles-Albert. {Note de t Editeur,)
** Qui monta inr le trône sout le nom de Charles-Félix. (Note de CÈdittur,)
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est devenue le point de ralliement des révolutionnaires dans le . sens anarchique, que Gènes et Novave tiennent encore pour le Ttoi, (|ue plusieurs régiments sont (îdèles, que d'autres se sont dispersés et sont rentrés chez eus, que le Roi est (jé né raie ment regretté, et qu'il n'existe point dans le pays de mouvement national. F,n attendant le développement de cette crise. M, le comte de Bubna, commandant général de Lombardie,se met en mesure d'en imposer aux factieux; il a dans ce moment, outre les {{[arnisons des places fortes, une armée déjà plus que suffisante pour couvrir nos provinces italiennes, et qui s'augmente journellement. Milan jouit de la plus parfaite tranquillité, et ro})inion publique s'exprime de la manière la plus salisl^isante en faveur du Gouvernement.
Un nouvel événement, qui doit, dans ce moment de crise générale, contribuer puissamment à agiter les esprits, c l'insurrection des Grecs dans l'Empire ottoman. L'Empereur Alexandre en a reçu tous les détails par un courrier qui lui est arrivé ici le 19, et ils nous ont été coniîrmés par nos agents.
Le prince Ypsilanli, général-major au service de la Russie, s'est mis à la tête de celte insurrection, et le prince Soubto, hospodar de Moldavie, s'est déclaré pour elle; il convient luv< même qu'elle est l'ouvrage d'une société secrète, qui depuis deux ans en a préparé les matériaux. Celte société est la même que celle des carbonari, et depuis longtemps nous l'avioni signalée au Gouvernement ottoman, qui n'y avait attacha aucune valeur.
Dans cette nouvelle occasion encore, l'Empereur Alexandre a donné la mesure de son noble et loyal caractère; ses vues et; ses principes se sont trouvés entièrement conformes à ceui de l'Empereur mon auguste Maître.
Dans un conseil qui a été tenu en présence de Leurs Majestés, il a été décidé n que l'événement serait abandonné à luimême » .
L'Empereur Alexandre casse et fait rayer des tableaux de son armée tous les militaires grecs qui prennent part à l'insop rection.
Sa Majesté refuse tout appui et secours aux Grecs insurgés.