‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 98 sur 126 · L'INSURRECTION NAPOLITAINE, ETC · texte numérisé non relu

L'INSURRECTION NAPOLITAINE, ETC

de la peine à le croire , mais le fait n'est pas moins positif, et je vous en fournirai des preuves par le courrier de demain. Il faut regarder cette affaire comme placée hors de la civilisation; elle tournera, je crois, mal pour les Grecs, qui ont compté sur un appui qui leur manque le jour où ils ont fait leur levée de boucliers. C'est tout comme les Napolitains, qui ont cru que la Russie serait sinon pour eux, du moins contre nous. Voilà l'avantage des bonnes réputations en politique.

La question est aujourd'hui tout entière en France. Le Gouvernement ne soutient pas et ne soutiendra jamais les Piémontais. Des factieux peuvent le faire; mais ils ne le peuvent pas en grand, à moins de culbuter le Roi et la Charte. Si ce fait a lieu, c'est-à-dire si la France revient elle-même à 1793, alors nous ne pourrons certes que rentrer chez nous et voir comment nous nous sauverons. Tout mouvement de retraite en Italie dans Ja position actuelle des choses serait faire nousmêmes la révolution dans toute la Péninsule, et combien de temps garderions-nous nos provinces italiennes dans une supposition pareille?

Le monde est à la veille de son salut ou au seuil de l'antre qui doit Tengloutir. Il semble cependant que des rayons d'un meilleur jour commencent à luire. Le succès de l'affaire de Naples pei^: amener Tère du repos. Elle aura coûté beaucoup, mais j'ai aujourd'hui, comme dans tous les temps, la conviction que si nous avions agi différemment que nous ne l'avons fait, nous étions étouflPés dans nos lits.

Ce qui me fiait grand plaisir, c'est la manière parfaite dont se conduit tout notre monde en Italie. Les armées de Bubna et de Strassoido méritent de belles pages dans notre histoire.

Metternich à Rechberg. Laybacli, le 31 mars 18ti.

550. Je vous envoie, mon cher comte, le dernier bulletin de l'armée de Naples.

Une campagne de treize jours a suffi pour montrer à nu la turpitude de la révolution napolitaine. Une grande œuvre d'iniquité s'est dispersée comme la poussière, dès que la pre-

mière attaque a eu lieu contre cette fréle machine, cette décoration patriotique ! Où est cet enthousiasme national? Où sontelles^ ces phalanges patriotiques? Où est-elle, cette haine contre le retour à Tordre? Est-ce le peuple napolitain qui est rinterprète de ses pensées, ou bien les scélérats réunis en Parlement ont-ils été ses véritables organes?

Le Ciel, qui semble ne pas vouloir la perte du monde, a protégé notre sainte entreprise. Les hommes sages Tont accompagnée de leurs vœux ; les Gouvernements éclairés en font de même. Nous ne leur avons pas demandé davantage.

Les détails que nous avons prouvent aux plus aveugles que, malgré ce que racontent sur les lieux mêmes les hommes les plus sages et les plus éloignés de toute exagération, la révolution a été faite en dehors du véritable peuple. Il en est de même partout. Il faut donc protéger les peuples contre les attaques de leurs fanatiques adversaires, leurs seuls ennemis, et qui, pour se couvrir d'un masque trompeur, dirigent tout leur venin contre les Gouvernements.

Nous finirons Taffaire du Piémont comme celle de Naples. Une nouvelle révolution française pourrait seule mettre de graves et peut-être d'insurmontables obstacles à cette seconde entreprise.

Tout le venin se jette aujourd'hui sur la surEace. La cure pourra en être d'autant plus radicale; et ce que nous avons commencé avec de communs efforts en juillet 1819 pourra être fini, avec l'aide de Dieu et pour le salut du monde, en I82L C'est de Carlsbad que datera alors l'^re du salut.

COOPÉnATION DE L*ARMÉE RUSSE.

551. Metternich ù Stadion (Lettre), Laybach, le 21 avril 1821.

551. Le baron de Stiirmer vous aura prévenu, mon cher comte, des dispositions qui retiennent l'armée russe à ses frontières. Les ordres sont partis, et vous ne verrez pas un soldat

COOPÉRATION DE L'ARMÉE RUSSE (I82l). 497

russe. Si je n^avais pas été maftre de les faire reculer, tout comme nous les avons fait avancer, croyez-vous que nous les eussions (ait mettre en mouvement?

J'ai reçu par le courrier d'hier votre lettre du 17 avril. Je vous avouerai franchement, mon cher comte, qu'elle m'a fait de la peine. Si vous, au fait des principes qui ont dirigé notre marche depuis des années, au fait de chaque nuance de notre conduite dans les derniers neuf mois, connaissant tous les risques que court dans un temps de folie la société entière ; si vous, mon cher comte, pouvez me reprocher une invasion russe, quel moyen de salut reste-t-il au monde?

Je vous avoue que, s'il entrait dans ma manière d'être de me rebuter, je me dirais : Que d'autres cherchent à conjurer les périls qui nous menacent!

Le succès, sans doute le plus inattendu pour les coquins, vient de couronner nos entreprises. Ce succès ne m'étonne pas, par la raison toute simple que j'ai connu et les moyens d'attaque et les moyens de résistance.

L'affaire du Piémont ne m'avait point abattu, par la raison toute simple qu'elle était entrée dans mes calculs comme une chose non-seulement possible, mais même probable.

La preuve que tel est le cas se trouve dans les renforts continuels que j'ai été le premier à supplier TEmpereur d'envoyer dans les provinces italiennes, et dans la menace de 1 arrivée des armées russes, renfermée dans notre déclaration contre liaples. Ce n'est paîis pour mettre à la raison ce seul pays que nous avions besoin de plus de cent mille hommes et de la perspective assurée d'un soutien étranger. J'ai connu d'une manière positive le travail que la fieiction qui s'est emparée de tout et à peu près partout, avait préparé depuis longtemps.

Or, dès ce moment, il fallait prendre le parti de ne rien faire et de vivre au jour le jour, ou de Éaire bien, et je ne crois pas que l'on puisse faire bien sans des moyens proportionnés aux dangers*. Parmi ces moyens, j'ai dû placer en toute première ligne les forces autrichiennes, aptes à finir la besogne connue, et à parer à celle probable; j ai dû aussi songer à tuer le libérant. 32

tnfl HECTIEIL DE DOCDHCRTS tlSlfl-lS8S).

Ksme russe et à prouvera l'Europe que désormais les radical auraient affaire aux deux puissances les plus libres encore de leurs actions.

Les faits monirent aujourd'hui si mes calculs ont ^té feui. Mais les faits seuls parlent en 1821. Toutes les promesses, toutes les phrases de l'Kmpereur de Russie eussent été ssni' valeur; le mouvement qu'il n donné à quelques cent mille' hommes ; leur marche effective, la dépense d'une dizaine de millions pour les mobiliser, — voilà les faits. L'ordre de faùv halte est un autre liiil non moins important, et cent vingt' mille hommes placés dans les provinces russes les plus rapprcH cbées de nos frontières, et avec Tordre de marcher à la pre-' mière réquisition de l'Autriche, est enfin un troisième fait qui. ne permettra plus de- sitôt aux désorganisa leurs de compter sur l'Empereur Alexandre.

Là conduite de Bubna est au-dessus de tout éloge, l'oi qu'elle fût utile et possible, il a fellu qu'il ait des troupes <Ii ponibles, et surtout qu'il ait été muni d'une latitude d'actio» illimitée. Vous qui connaissez aussi bien que moi et mieux peut»être la marche que suivent ordinairement les affaires, devez trouver que l'Empereur a fait une bonne et belle chose en déposani entre les mains d'un commandant de province 1» pouvoir de ne consulter que lui-même et les circonstances d» moment pour agir selon sa propre conviction, en ne tenaitf compte d'autres calculs que de ceux de sa propre sagesse !

Un bien immense vient de s'opérer; il nous place tout ju! dans la possibilité de continuera vivre. Il ne faut pas se Faint illusion ; nous ne sommes pas à un seul pas au delà de ceOi possibilité. Avec de la raison, avec une marche forte et calnte, avec une grande rectitude et une suite de pensées et d'action, il pourra se faire encore du bien en Europe. Mais le mal esl arrivé à une hauteur prodigieuse. L'esprit public est absoloi ment (^ngrené , et s'il suffisait d'un fait isolé pour ne pai pouvoir en douter, je vous citerais les dispositions de notn propre capitale. Soyez certain qu'à Vienne, comme à ParUi à Berlin, à Londres, dans toute l'Allemagne et l'Ilahe, i Russie comme en Amérique, — nos triomphes sont taxi

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