LES RAPPORTS AVEC L*ÉGLISE EN AUTRICHE
Majesté le 25 du mois dernier , on a feit un pas considérable dans une nouyelle voie, il est doublement nécessaire que Toeuvre salutaire du règlement de tous nos rapports avec l'Église ne reste pas inachevée. Il faut que, sans plus tarder, la dernière volonté de l'Empereur défunt soit exécutée, et que les droits du Saint-Siège vis-à-vis de TAutriche soient établis comme Tétat des choses au dix-neuvième siècle le commande plus impérieusement de jour en jour.
II est impossible de méconnaître Timportance toujours croissante de toutes les questions religieuses et ecclésiastiques. Si Ton ne &it pas aujourd'hui ce que la situation , la marche de rhistoire et la dernière volonté de TEmpereur défunt commandent de faire, je prévois, avec une profonde douleur, des dissentiments entre TÉtat et TÉglise, dissentiments d'où ne pourra jamais sortir le moindre avantage, et qui ne manqueront pas de compromettre Thonneur de la Monarchie , de troubler pour longtemps le repos de l'Empire, et d'entratner dans toutes les sphères les plus tristes conséquences , au point de vue moral certainement, et peut-être même, plus tard, au point de vue politique.
A propos de la mesure qui , d'après mes conseils , a été prise pour la Hongrie, je suis à même d'indiquer, comme mon devoir et ma conscience me le commandent, ce qui, sous les autres rapports, devrait se faire ou ne pas se faire dans la Monarchie.
Ce que je propose, ce n'est pas d'abolir toutes les lois établies par TEmpéreur Joseph II , ce n'est pas de ramener les rapports entre l'Église et l'État à une année normale prise dans une époque antérieure , ou de renoncer à des droits de souveraineté réels et légitimement acquis. Je ne veux pas non plus la suppression de la tolérance à Tégard des non-catholiques, encore moins l'extension de l'influence du clergé sur un terrain qui n'est pas le sien. Ce que j'ai en vue , ce n'est pas un mouvement rétrograde, mais un progrès, j'entends un progrès bien calculé, commandé par les circonstances, et correspondant d'une manière absolue à la justice et à l'équité.
Je veux , par suite , la paix avec l'Église , parce que je crois ▼u. 3
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qu'une lutte directe ou indirecte, entreprise ou continuée soi-disant au nom de la liberté et des lumières contre une croyance à laquelle appartiennent les quatre cinquièmes des sujets de Votre Majesté, n'a pas été jusqu'à présent avantageuse à la Monarchie, et qu'elle le serait encore moins dans Tavenir. Car malheureusement je ne puis me dissimuler cette triste vérité, que depuis cinquante ans la situation morale de TAutriche est celle-ci : c'est qu'elle est engagée dans une guerre secrète contre l'Église et son siège central, tandis qu'elle se trouve en un état de guerre ouverte contre la Révolution. Dans cette lutte qu'elle soutient contre deux puissances opposées se trouve le secret de notre faiblesse , parce qu'une telle situation renferme en quelque sorte d'un côté la négation constante des principes qu'on affirme et qu'on soutient de l'autre côté. Avec le temps, cette situation, impossible par elle-même, finira nécessairement par se révéler au monde , et elle rendra tôt ou tard notre système politique insoutenable, au point de vue politique lui-même aussi bien qu'au point de vue moral.
Pour mieux préciser mes vues, je vais énumérer les pomts principaux sur lesquels la réforme doit porter en premier lieu :
1" La législation sur le mariage. Votre Majesté sait que notre législation , en ce qui concerne les mariages des mineurs et des militaires, est en opposition formelle avec la doctrine du Saint-Siège.
En Autriche, on déclare nuls des mariages que l'Église catholique romaine reconnaît comme valables. Par suite, les lois autrichiennes permettent de contracter un second mariage dans des cas où, le droit de l'Église catholique réprouve une pareille union comme un acte de bigamie. En vertu de cette stipulation des lois séculières , il ftiut forcer le clergé catholique de bénir des unions qu'il doit condamner, à moins de se considérer comme rompant avec l'unité de l'Église, ou bien il faut que la pratique soit en contradiction avec la législation. Tel est l'état actuel des choses; ce n'est que grâce à la condescendance des Pontifes romains, condescendance sur laquelle un grand Empire ne peut pas baser ses calculs sans manquer ù sa dignité , que cette situation n'a pas encore abouti à une
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rupture ouverte entre la Cour de Votre Majesté et le Chef de rÉglise catholique; mais il ne faut pas se dissimuler que les circonstances pourraient amener cette rupture juste au moment le moins opportun. Que le siëge de Saint-Pierre soit occupé aujourd'hui ou demain par un Pape dévoué à la France , je me verrai dans I*impossibiIité de garantir la continuation des relations amicales que nous entretenons avec la Cour de Rome, et d'empêcher une rupture qui prendrait les propoi*tions d*un événement européen, bien plus que Taflaire de Cologne. Si ce conflit éclate , il arrivera que TAutriche , après avoir soutenu des luttes longues et stériles, auxquelles personne ne pourra rien gagner, si ce n'est les ennemis du principe monarchique, n'aura, en fin de compte, que le choix entre un schisme comme celui de la Russie, schisme que la politique et la morale repoussent également, et des concessions qui ne lui rapporteraient ni honneur ni profit , comme toutes les concessions tardives, forcées et faites à contre-cœur. Aujourd'hui, au contraire , il serait encore facile de s'entendre , si , en ce qui concerne les mineurs, on posait en principe que les mariages conclus par eux sans le consentement de leurs pères ou de leurs tuteurs seraient valables à la vérité, mais qu'ils ne pourraient entraîner des effets civils.
Ce serait une pénalité qui atteihdrait les mariages illégaux; en même temps il deviendrait impossible de contracter une deuxième union réprouvée par l'Église.
Quant aux mariages illicites contractés par des militaires, le meilleur moyen de les empêcher serait d'admettre le même principe et de conférer aux aumôniers militaires les droits des curés compétents. Même si l'on fait abstraction de ces moyens, les inconvénients et les dangers qu'entraîne nécessairement la conservation du système actuel sont hors de toute proportion avec les inconvénients possibles d'un changement.
2* Le rétablissement des communications régulières des ordres religieux avec leurs généraux à Rome. La suppression de ces rapports, loin d'avoir été avantageuse pour l'État, a présenté un double inconvénient : celui de la démoralisation des ordres religieux et celui d'une apparence de schisme pour
le Gouvernement. Ici encore on pourrait facilement , en rétablissant les communications naturelles entre les ordres religieux et leurs chefs, couper court à tout inconvénient possible par le moyen suivant : tous les ordres dont les rapports avec leurs chefs de Rome n'ont pas encore été réglés par des dispositions récentes, comme celles qui sont relatives aux Jésuites, seraient placés sous la direction d'un fondé de pouvoir général du général de Tordre , lequel résiderait dans le pays même et servirait de lien entre Tordre et son général.
3* Les mesures qui ont pour effet de rendre plus difficile la ' correspondance des évéques avec leur chef y doivent leur origine à un système que toute TEurope, — la Russie seule exceptée! — a abandonné déjà. Il faudrait supprimer ces difficultés au moyen d'une déclaration formelle de Votre Majesté; par contre , il faudrait , à Texemple de la Prusse et de la Bavière , conserver le placet souverain pour les cas où les évéques ont besoin de la coopération ou de Tautorisation du Gouvernement pour l'exécution d'un décret pontifical.
Il 4" Enfin, il est douteux que TÉtat relire un avantage de Tinterdiction du Collegii Germanici, tandis qu'ici encore l'inconvénient est évident : en efFet, l'interdiction qui frappe cet établissement particulier fait croire, plus encore que tout autre acte de particularisme religieux, que cette partie de TEmpire a une tendance schismatique. Qu'on ajoute à cela que les deux Chambres de la Diète de Hongrie ont, il y a plusieurs années déjà, sollicité pour les sujets hongrois de Votre Majesté la permission de fréquenter des universités étrangères. Par suite de la réponse favorable de Votre Majesté, Tautorisation en question ne profile aujourd'hui qu'aux protestants. Il en résulte nécessairement que les sujets catholiques de Votre Majesté sont profondément blessés de voir qu'on leur refuse encore, en dépit du droit naturel, la faculté de feire leurs études théologiques au centre du monde catholique, tandis qu'on permet aux protestants d'aller puiser les doctrines les plus sujettes à caution, des doctrines sur lesquelles le Gouvernement de Votre Majesté ne peut pas même exercer un contrôle, dans des établissements qui n'ont nullement la réputation
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de travailler, par leur enseignement, à consolider les trônes et à a£Fermir le repos de la société civile.
Depuis plusieurs années tous ces points ont été maintes fois discutés ; ils ont été étudiés si mûrement, qu^on ne peut guère espérer de voir examiner la question d'une manière plus sérieuse et plus approfondie. Il ne s'agit maintenant que de la résolution que prendra Votre Majesté; il importe aussi que, par suite de la résolution prise , Votre Majesté me charge de notifier au Saint-Siège les décisions prises par Elle et de m'entendre avec lui relativement aux questions où sa coopération est nécessaire.
Dans ce qui précède, j'ai exposé mes vues à Votre Majesté; je l'ai fiait avec cette franchise, avec cette liberté dont je me fais une loi sacrée en toute circonstance, mais surtout dans une affaire aussi grave et aussi fertile en conséquences de toute sorte. Je me sens poussé à vous soumettre les propositions ci-dessus , parce que, dans une affaire d'une aussi haute importance , j'ai des devoirs à remplir, d'abord envers Votre Majesté et ma propre conscience, ensuite envers l'Empereur défunt, enfin envers l'Europe et la postérité. Il me serait impossible de quitter tranquillement cette terre si je ne pouvais emporter avec moi la certitude d'avoir travaillé, dans la mesure de mes forces, à écarter de la Monarchie un danger imminent, sérieux, et pourtant si facile à éviter aujourd'hui encore, et d'avoir déchargé ma conscience de la responsabilité qui m'incombait de ce fait*.
* La position que le chancelier d'Etat avait prise depuis plusieurs années dans JedifFérend canonique qui s'était élevé entre le Saint-Siège et T Autriche, ressort aussi d'une lettre de MLetternich au conseiller d'Eut Pilgram. .Cette lettre, datée du 12 mai 1837, est ainsi conçue :
M Veuillez prendre connaissance des points suivants, que j*ai jetés sur le papier sous une forme tout à fait décousue, et vous serez entièrement édifié sur le terrain moral et pratique que j'ai choisi et que rien ne pourrait me faire quitter.
PROPOSITIOKS GÉRÉBALES.
« 1« Y a-t-il une Église et des Euts? « Oui, certainement.
• S* L'Église est-elle dans l'État, ou l'État est-il dans l'Église?
« S'il 8*agit de l'Église catholique, l'État dans lequel cette^Église^est domi-
NOUVELLES PROPOSITIONS POUR LA PACIFICATION DE L ESPAGIf E.
1488. Metternich à Apponyi, à Paru (E. D.). Vienne, le il juin 1844. — 1489. Metternich à Âpponyi, à Paris (E. D. rés.). Vienne Je 11 jainl844. — 1490. Metternich à Apponyi , à Paris (E. D.). Trieste, le 29 août 1844.
1488. . . .Chaque jour prouve davantage que le système qui nous guide est le seul qui renferme des gages de la pacifi-
nante est dans rÉijIise; c'est ce qui résulte de Tidée même qui est contenue dans le mot catholique , c'est-à-dire universelle, idée qui est la base de rÊglise catholique romaine et qu'aucun Etat ne peut, sous aucun rapport, s'appliquer à luî-mAme, ni aux autres corps politiques, sans émettre une prétendon que rien ne justifie.
« S*af>it-il de confessions protestantes, la question change, et cela pour deux raisons : Tune, parce que des confessions ne constituent pas encore des Eglises; l'autre, parce qu'une confession qui se donne le titre d'Église n'aurait pas le droit de se désigner comme l'L'iglisc universelle, et qu'elle ne peut prétendre qu'à être une Église d'État. Si cette dernière éventualité se produit, comme cela est arrivé pour l'Église anglicane, il est clair qu'une corporation de ce genre ne pourrait exister que dans VÊtat*
« 3** L'Église peut-elle prétendre à des droits qui lui appartiennent en propre, et l'État peut-il également revendiquer des droits particuliers?
« Certainement, car une personne morale ne peut se conserver sans des droits qui lui appartiennent en propre. Quand des personnes morales viennent à être en contact les unes avec les autres, il en résulte des conflits, et cela par des raisons naturelles; le seul moyen de rendre ces conflits inoffensifs consiste à concevoir et à déterminer exactement la compétence des pouvoirs.
« 4» Quels objets peuvent être désignés comme étant ceux auxquels s'étend la compétence de l'Église et ceux qui ressorli^sent à celle de l'État?
H A la compétence de l'Église appartiennent incontestablement les questions de dogme et de discipline ecclésiastique, sans lesquels l'idée et l'existence d'une Église n'auraient que la valeur d'un mythe.
« A la compétence de l'État appartient la législation séculière ainsi que le régime qui repose sur elle. Si, sur le terrain du dogme et de la discipline ecclésiastique, on ne peut accorder à l'État le droit d'intervenir dans le gouvernement de l'Église, le troisième terrain, connu sous la dénomination de Jura circa sacra, reste celui sur lequel des controverses peuvent, malgré toutes les précautions , s'élever entre les deux pouvoirs. C'est donc sur ce terrain qu'il convient de suivre les règles qui peuvent a .i])pliquer à tous les cas. qui se présentent dans la vie sociale, et qui sont de nature à em|)êcher, par la voie de l'entente amiable, les conflits préjudiciables aux intérêts communs.