FAITS SPÉCIAUX
« Les décrets de l'Empereur Joseph en matière ecclésiastique, qui, dans le? premières années du règne de l'Empereur Franc^ois, ont été revêtus d'une
PACIFICATION DE L'ESPAGNE (l84l). S9
cation de TEspagne. Il est incontesfablement vrai que le seul moyen d'y arriver se trouve dans la réunion des partis royalistes, et que cette fusion ne saurait s'opérer d'une manière solide
forme rigoureusement légale, contiennent des empiétements du pouvoir séculier sur le pouvoir ecclésiastique, ou bien ils n'ont que Tapparence d'empiétements de ce genre.
« L'empiétement du pouvoir séculier snr le pouvoir ecclésiastique se produit particulièrement a propos de mariages déclarés nais, quand le législateur séculier étend ses arrêts au domaine religieux. Cet empiétement n*est qu'apparent lorsqu'il ne rapporte l'effet des décisions légales qu'au domaine civil.
« Pour se faire une opinion sérieuse sur le véritable état des choses, il faut avanttont pouvoir s'appuyer sur une disposition nette et claire du légi&lateur relativement à cette question. Je réclame en vain cette disposition depuis des années, et dans cette réclamation même se trouve la preuve que la tentative d'amener une entente entre le Gouvernement impérial et le Saint-Siège n'a été qu'une entreprise dérisoire.
■ La question dont on se préoccupe dans les négociations avec Rome est celle-ci : le législateur autrichien s'est-il mis au-dessus des canons de l'Eglise, ou reconnaît-il que ces derniers sont étrangers à sa compétence?
■ Si l'Empereur se reconnaît le droit de se mettre au-dessus des canons de l'Église, il se place sur le terrain d'un schisme inévitable. S'il ne se reconnaît pas le droit d'un législateur ecclésiastique, il faut que le Gouvernement s'applique à faire le jour sur la question dont il s'agit. On n'arrive à rien en pariant et en négociant dans le vide; on n'aboutit ainsi qu'à des compromis, au nombre desquels il en est un dont il fiaut tenir le plus grand compte : c'est celui qui retombe sur l'État lui-même^ au point de vue moral comme au point de vue pratique. J'appelle un compromis de ce genre l'application effective de lois considérées par le législateur comme n'étant pas applicables.
• Je me borne à invoquer le cas suivant, pris parmi les cas de nullité dunt il a été question en dernier lieu.
■ Le mariage d'un mineur, contracta' sans le consentement des parents ou du tuteur, est déclaré, par un canon du concile de Trente, un tnatrimonium abominabile sed validum , si d'autres obstacles canoniques ne s'y opposent pas. I^otre loi déclare nul un mariage de ce genre. La nullité est inséparable de la restitution à l'état de liberté. Si le législateur séculier admet la nullité religieuse, il faut qu'il reconnaisse au couple uni le droit de se remarier.
• Est-ce le cas chez nous?
« Je ne connais pas un exemple d'un mariage où le pouvoir séculier soit allé jusqu'à user de contrainte à l'égard d'un parochi loci pour consacrer le droit de se remarier qu'il reconnaît à celui dont le premier mariage était nul. S'il ne le fait pas, que devient la valeur de la loi?
■ Si le législateur séculier veut donner plus de force à la décision du concile de Trente, il a pour cela bien des moyens en son pouvoir sans quitter son terrain propre ; mais qu'il se garde de dépasser les limites de sa compétence, s il ne veut pas que le possible devienne impossible. J'appelle impossible tout ce qui est absurde , et nous sommes en plein dans l'absurde. »
(Note de f Éditeur.)
qu'au moyen de TudIoq des sommités des deux fractions. Ces vérités sont évidentes pour quiconque sait se rendre un compte impartial des positions espagnoles. Si la possibilité d'effectuer cette union existe, dans quelles voies et à Taide de quels moyens le but pourra-t-il être atteint?
Je ne connais à cet effet que la marche suivante :
1^ La renonciation immédiate et sans conditions de Don Carlos à ses droits en feveur de son fils ;
2" L'acceptation de cette renonciation par Flnfant Don Charles-Louis ;
3* Une attitude morale du père et du (ils calculée sur les exigences de la situation , c^est-à-dire , sur ce que réclament la position intérieure et la politique extérieure de TEspagne, et enfin la position personnelle des augustes membres de la famille royale.
Afin d'expliquer bien clairement notre pensée sur ces trois points, je ferai remarquer :
Ad primum. Que Don Carlos nous ayant déclaré que sa résolution est prise , il ne peut plus être question que de la forme de sa renonciation. Cette renonciation devra être sans conditions, car- ce sera sous cette clause qu'elle donnera le plus de force au fils. Elle devra être consignée dans un acte à passer entre le père et le fils. Cet acte devra être communiqué par Don Carlos au Souverain Pontife et aux principaux Souverains de l'Europe, et former une annexe à celte communication. La lettre que Don Carlos adressera au Roi des Français pourra renfermer la demande de sa libération immédiate, à moins que Don Carlos ne préfère consigner cette demande dans une lettre particulière. A partir de la signature de l'acte de renonciation, Don Carlos devra prendre un titre d'incognito, analogue à celui de Comte de Marnes, que dans sa retraite a pris le chef de la Maison des Bourbons de France.
Ad secundum. L'acceptation de l'Infant Don Charles-Louis devra porter le même caractère de simplicité , et , ainsi que la renonciatiou de son auguste père, ne faire mention que des droits. Le mot droit dit tout, parce que tout y est compris, et qu'il ne peut donner lieu à aucune contestation. L'application
d'un droit peut être gênée et même être rendue impossible par une force majeure ; elle peut être contestée par des tiers, tandis que le droit lui-même ne saurait être mis en doute par aucune force quelconque, à Tégard de ceux qui ont ce droit. Si les termes de la renonciation portaient sur le trône, alors elle offrirait prise à ceux qui ont reconnu le Gouvernement d'Idabelle , tandis que le droit englobe virtuellement tous les droits que Don Garlos possède en vertu de sa naissance , et en premier lieu celui qu'il a au trône espagnol. L'Infant Don Charles-Louis devra, à partir du jour de la signature de Tacte en question, se couvrir également par V incognito .
Ad tertium. C'est sans doute à Tégard de cet article que les conseils de détail sont les plus difficiles à donner pour ceux qui 9 comme nous , sont placés à une grande distance et directement en dehors du mouvement espagnol. Aussi, en examinant cette grave matière , m'arrêterai-je aux considérations qui sont à notre portée et à celle de tous les hommes fidèles aux principes et qui veulent servir le bien dans les voies possibles.
Pénétré de la gravité de la tâche que nous avons à remplir, mon coup d'œil n'embrasse pas uniquement la question du droit; je me place également en face des faits y avec la ferme intention de peser avec une pleine indépendance de pensée le pour et le contre des éventualités les plus diverses.
Deux droits se trouvent placés en opposition en Espagne. Bien que de ces droits un seul puisse être le véritable , le droit et la prétention qui lui est opposée n'en sont pas moins engagés dans une lutte qui , dans ce Royaume , se montre tantôt sous la forme de la guerre civile ouverte, tantôt sous le voile d'une lutte sourde. L'une comme l'autre devront conduire le Royaume à sa perte définitive.
Pour faire cesser un état de choses aussi déplorable, il n'existe que trois moyens : la voie des armes sur le champ de bataille ; la renonciation de l'un ou de l'autre parti ; une transaction entre les partis.
S'agit-il de confier la solution au sort des armes, ou bien l'un ou l'autre parti serait-il prêta renoncer à ses prétentions? Non assurément. Cela étant, il ne peut être question que du
troisième remède, et c'est à en amener Temploi que depuis si longtemps dëjà ont été Toués nos soins. Ces soins ne se sont cependant pas restreints à de simples vœux , nous les avons étendus à la recherche du mode d'action véritablement pratique. Ce mode, nous n'avons pu le rencontrer que dans la réunion des deux partis royalistes dans la personne de leurs chefs, et dans une répartition des avantages et des sacrifices pour les partis engagés, à laquelle on n'arrive que par une fusion des droits dans la sphère la plus élevée.
Après les remarques que j'ai faites aux points 1 et 2 ci-dessus établis, il ne me reste plus rîen à dire à l'égard du mode selon lequel le droit devra être mis à couvert par Don Carlos et son fils, et je n'ai ainsi à m'occuper que de l'attitude que, à la suite de l'acte de renonciation de son auguste père, Tlnfent Don Charles-Louis devra déployer dans son intérêt comme dans celui de la malheureuse Espagne.
Il faut frapper des coups matériels, ou savoir attendre ce que renferme la nature des choses; le premier de ces modes ne se trouve pas à la disposition de l'Infent; il devra donc s'arrêter à l'autre mode, qui non-seulement est, sous l'empire des circonstances données, le seul possible, mais qui également est le seul rationnel.
Ij'Infent devra se charger du rôle de réparateur et non de celui de destructeur; le premier de ces rôles concentrera entre ses mains l'action que l'autre mode placerait entre celles de ses adhérents, position toujours dangereuse pour celui en qui réside le droit. Une questiondigne de fixer l'attention la plus sérieuse de l'Infiant, sera celle du mode qu'il faudra choisir pour faire connaître ù l'Espagne la renonciation du père et Tacceplation du fils; il sera nécessaire de bien peser les termes dans lesquels cette déclaration sera rédigée. A mon avis, dans ce document, tout comme dans la déclaration aux Souvei^ins de l'Europe, il serait préférable de se borner à faire mention des droits. C'est à l'Espagne de venir au-devant de son Roi : il suffit que celui-ci prévienne le pays de son existence et de ses dispositions paternelles à l'égard du Royaume. Les termes dont vient de se servir le comte de Chambord dans sa lettre aux
MoDarques , me semblent d'un exemple bon à imiter *. Ce que rinfant devra éviter, c'est Y identité des paroles, qui prendrait immanquablement aux yeux du Gouvernement français le caractère d'une entente entre les deux individualités et dès lors d^une complicité. L'identité devra exister dans la pensée sans s"* étendre aux paroles. Il appartiendra aux conseillers de Tln* fant d'adapter celles-ci au génie espagnol. Que le manifeste soit surtout concis dans sa rédaction; plus il renfermera de paroles, et plus il prêtera à la controverse.
Ce dont il faudra se garder, c'est de (aire mention du mariage dans les premières manifestations. Celui-ci a la valeur d*un moyen, et il vaut mieux ne pas confondre la chose avec le moyen. La première tient à la personne de l'Infant; le second est une question d'intérêt pour le pays et doit conserver la ▼aleur d'une concession que le prince ferait à l'intérêt du pays. Or, là où il s'agit d'une concession , quelque utile et quelque nécessaire qu'elle puisse être, il vaut mieux la laisser arriver à soi que d'aller au*devant d'elle.
Dans ce que je viens de vous dire, Monsieur l'ambassadeur, se trouve tout ce qu'il m'est possible de concevoir dans l'intérêt de la cause, sur la valeur de laquelle on ne nous a jamais vus varier. Si nous admettons des nuances, elles ne portent pas sur le principe, mais sur les considérations que font naftre les positions. L'attitude dont nous nous occupons est celle que doit prendre le représentant des principes qui nous sont com-
* Cette déclaration du comte de CHambord, contenue dans une lettre adressée à l'Empereur Ferdinand (Gorîtz, le 4 juin 1844), était ainsi conçue :
• OeTena, par la mort de M. le comte de Marnes, le chef de la Maison de Bourbon, je regarde comme nn devoir de protester contre le changement qui a été introduit en France dans Tordre légitime de succession à la Couronne, et de déclarer que je ne renoncerai jamais aux droits que, d*aprés les antiques \oh /rançaises, je tiens de ma naissance. Ces droiu sont liés à de grande devoirs qu'avec Ja grâce de Dieu je saurai remplir. Toutefois, je ne veux les exercer que lorsque, dans ma conviction, la Providence m'appellera à être véritablement utile à la France. Jusqu'à cette époque, mon intention est de ne prendre, dans l'exil où je suis forcé de vivre, que le titre de Comte de Chambord. C'est celui que j'ai adopté en sortant de France. Je désire le conserver dans mes relations avec Votre Majesté et avec les autres Cours. >
{Note de r Éditeur,)
muns avec lui. Une action importante doit rester rëservëe aux défenseurs espagnols de ces principes, et il sera important qu'une utile distribution des rôles entre le chef et les membres de la cause ne soit point négligée.
Dans la situation où se trouve TEspagne, tout ce qui a rapport à ses intérêts est d'une conduite difficile et doit dès lors être consciencieusement et froidement pesé par ceux qui ont une influence à exercer sur le Royaume. En pareil cas, il importe avant tout de ne point se laisser aller à des illusions flatteuses. Il n'y a pour l'Espagne qu'un moyen de salut moralement assuré, et l'Infant Don Charles-Louis en est le représentant-né. Cette position lui prête une force incontestable , et qui ne saurait foire l'objet d'une délibération; ce qui mérite d'être discuté, c'est l'emploi de cette force et les directions qu'on peut et doit lui donner. Plus une force est réelle, et moins il convient qu'elle s'offre et aille au-devant de ceux qui , dans leur propre intérêt, ont besoin de son aide; il peut lui suffire de se présenter et d'attendre qu'on lui adresse l'appel dont il lui appartiendra alors de régler le mode et les conséquences. Cette règle est bien particulièrement applicable à la position de l'Infant, et je ne l'ai point perdue de vue dans le présent exposé de notre pensée. Sa tâche à lui n'est pas celle d'un conquérant y mais celle d'un réparateur. Des partis politiques divisent l'Espagne; parmi ceux-ci, c'est le parti monarchique qui sans aucun doute est le plus nombreux. Il est subdivisé en deux fractions; ce sont ces fractions qu'il s'agira de réunir. L'Infant, que devra-t-il, que pourra-t-il faire dans cet intérêt? // devra se montrer fort de volonté, et ce sera aux royalistes qu'il appartiendra de lui vouer l'aide de leurs moyens, tout comme le règlement des moyens mis à sa disposition rentrera alors dans son droit comme dans son devoir.
Je vous autorise, Monsieur l'ambassadeur, à donner connaissance à MM. de Villafranca et de Labrador de la présente dépêche. C'est à eux qu'il appartiendra d'en peser la valeur et de fournir à leur auguste Maître les avis qu'ils jugeront les plus utiles..
MeUernich à Apponyi, à Paris ( E. D. rés. ). Vienne, le 11 juin 1844.
1489 Le Gouvernement français éprouvera, je le
prévois, un embarras de position lorsque Don Carlos, en lui communiquant sa renonciation, demandera eu même temps sa libération. Le Roi Louis-Philippe ne pourra pas la refuser au père; croira-t-il pouvoir l'étendre au fils? S'il devait ne pas le faire, ce ne serait pas un homme, mais un principe qui se trouvera mis sous le scellé.
Où Don Carlos voudra-t-il se retirer? Je crois qu'il ne devrait point faire difficulté de le dire en réclamant sa mise en liberté. Agir ainsi ne préjuge nullement le principe.
Le Roi des Français donnera-t-il suite à Tidée que rin£aut Don Cbarles-Louis aille le voir à Paris? A mon avis, il feut chercher la raison déterminante de l'acceptation ou du refus dans lejail d'une invitation et dans son mode. Les paroles que le Roi vous a adressées dans Tun de vos derniers entretiens sont éminemment captieuses. Le Roi voudrait que rin&nt Don Charles- Louis demandât au Gouvernement espagnol sa réintégration dans la qualité d'Infant. S'il le faisait, il renoncerait à ses droits imprescriptibles; il ne peut par conséquent point le faire. Ce qu'il peut, c'est de ne point revendiquer son trône en termes explicites ; il remplira cette double condition en se plaçant sous l'incognito et en ne faisant mention que de ces droits, sans les préciser.
Je n'ai rien à ajouter à cet exposé de mes vues, et je vous abandonne l'usage que vous aurez à en foire sans réserve aucune à MM. de Villafranca et de Labrador. Si Don Carlos devait vouloir se retirer en Autriche, il faudra qu'en annonçant à l'Empereur sa renonciation , il lui demande l'hospitalité, qui sera mise à sa pleine disposition.
MeUernich à Apponyi, k Paris (E. D.). Trieste, le 29 août 1844.g|B
1490. Les rapports de Votre Excellence m'ont apporté la nouvelle satisfaisante que la demande de Don Carlos au Roi
Louis-Philippe d'obtenir pour le marquis de Villafranca la permission de se rendre à Bourges a ëté favorablement accueillie. Je dois applaudir à la forme choisie pour obtenir le point essentiel , savoir, de prêter à cet infortuné Prince, si mal ou si faiblement entouré, Tassistance d'un homme loyal et étranger à tout esprit de parti ou de coterie. Gomme M. de Villafranca a pu , grâce à vos soins , Monsieur l'ambassadeur, se pénétrer, au moment de partir, de l'esprit et du texte des instructions que je vous avais adressées sur la question fondamentale de l'affaire d'Espagne dans ce moment, il ne me reste qu'à attendre le résultat du séjour que ce gentilhomme va faire auprès de son Maître.
Des informations d'Espagne me confirment dans la conviction : P que l'abdication de Don Carlos est plus que jamais urgente, pour écarter en faveur du parti royaliste un obstacle invincible contre lequel tous ses efforts et toutes ses chances favorables viendraient à échouer; 2^ que l'acceptation pure et simple du fils de Don Carlos ne l'est pas moins, pour que le parti royaliste se trouve en mesure de profiter, selon les circonstances et la position intérieure, de cet élément d'union et d'avenir placé hors du pays et à l'abri du jeu délétère des intérêts et des passions personnelles.
Pour le moment, le his de Don Carlos a la valeur du représentant d'un principe, et une individualité neuve et vierge remplace ainsi une individualité usée et impopulaire pour tous les partis, le peuple et les Cabinets.
Il ne s'agit pas tant de ce que le fils de Don Carlos dira dans son manifeste, qui ne doit que proclamer qu'il remplace son père, que de taire tout ce qui va au delà et servirait d'armes contre lui. Le point que Don Charles-Louis doit avant tout chercher à gagner, c'est celui du départ; celui de Y arrivée se trouvera naturellement ou pas du tout; ce qui est certain, c'est qu'il ne saurait ni précéder ni accompagner celui du départ, et plus celui-ci sera simple, plus il offrira de chances de succès! Ce que je dis ici m'est dicté, non par le désir de faire de la polémique, mais par la simple expérience.
L'Infant Don Charles-Louis doit être à la disposition du
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parti conservateur et royaliste en Espagne, comme son avenir et son point d'union ; le jour où tout autre Gouvernement sera impossible, TEspagne le cherchera; elle doit donc savoir où le trouver et qu'il est prêt à se vouer à la pacification de la Monarchie en lui apportant la paix intérieure et la rentrée de ce grand et noble pays dans le concert européen.
Si rinfant Charles-Louis était un homme fiait, s'il y avait dans le parti royaliste un homme capable de commander en son nom, il serait utile de faire émaner Faction du lieu où se trouve rin&nt; tel n'étant pas le cas, il faut le laisser en dehors du mouvement et du développement de l'action politique que la nature des choses et du pays circonscrit dans ce dernier ; il faut, en un mot, que Don Charles-Louis se montre et qu'il laisse arriver à lui les royalistes. En se maintenant dans l'attitude d'un arbitre, il sera bien plus fort qu'en plaçant ses plans sous l'arbitrage des partis qui divisent son pays. Cette position est tellement simple, qu'elle devra être comprise par tout esprit droit.
SUR LA VISITE DE LOUIS-PHILIPPE A WINDSOR. 1491. Metternich à Trauttmansdorff , à Berlin (D.). Vienne, le 31 octobre 1844.
1491. Je considère comme un des devoirs essentiels de ma mission de suivre l'existence et l'acCion des journaux, particulièrement dans les pays dotés ou plutôt affligés de la liberté illimitée de la presse; aussi marrive-t-il parfois de me voir récompensé de ce travail pénible et presque toujours ingrat au plus haut degré, par la découverte d'idées qui surgissent dans cette presse quotidienne et que l'homme d'État pratique a le plus grand intérêt à poursuivre.
C'est ainsi que dernièrement j'ai rencontré dans le Globe du 22 octobre un article de fond qui semble bien fait pour fixer toute notre attention.
Dans le cas où Votre Excellence n'aurait pas le Globe sous
la main, elle trouvera ci-joint un extrait contenant un des passages les plus importants de cet article. Vous verrez par cet extrait qu'il s'agit de Teffet que doit avoir produit en Angleterre le dernier voyage du Roi Louis-Philippe, et que le rédacteur tâche de décrire et d analyser cet effet.
Voici en quelques mots le système qu'il prend pour point de départ en cette occurrence :
a Le peuple anglais , dit-il , est habitué à se passionner pour certaines idées, quand une fois elles ont pénétré sérieusement dans son esprit. Aujourd'hui , il y a surtout deux idées qui sont devenues chères à ce peuple : la propagande libérale et la propagande de la paix. Suivant Fexpression employée par Fauteur de Tarticle, Louis-Philippe (la personnification de la révolution de Juillet) est le symbole de ces deux idées, car il est à la fois un prince libéral et un prince pacifique. Voilà pourquoi il est sympathique aux cœurs anglais, voilà pourquoi il s'est formé entre les deux peuples une alliance de sympathies, alliance plus puissante et plus durable que tous les traités que les intérêts peuvent conclure entre eux. »
A voir les choses de près, il y a dans cette théorie et dans l'application qu'on en feit aujourd'hui un danger énorme pour la conservation de l'état actuel des choses en Europe.
Nous ne pouvons pas nous dissimuler que nous vivons bel et bien dans la période de la propagande , c'est-à-dire des efforts feits en vue de transporter ses propres convictions et les formes de sa propre existence dans des centres où elles n'existent pas, et cela sans examiner si ces formes, auxquelles aspirent les esprits surexcités, ont une valeur pratique ou non , ou même si elles sont capables , en général , d'en avoir une.
C'est ainsi que parmi toutes les confessions chrétiennes la propagande religieuse est aujourd'hui occupée plus vivement, plus activement que jamais, à recruter des adeptesetà étendre le champ de son action.
C'est ainsi que la propagande révolutionnaire travaille sans relâche , avec une ardeur digne d'une meilleure cause , à miner par tous les moyens en son pouvoir les bases actuelles de
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Tordre politique et social, et à préparer partout le terrain en vue d'un bouleversement général.
Et c'est ainsi que doit surgir tout d'un coup, s'il faut en croire les journalistes parisiens, un nouveau genre de propagande , celle du Prince libéral et pacifique.
Si l'on examine de plus près la chose , qui , présentée sous la formule ci-dessus et considérée superficiellement, parait avoir un sens , on ne tarde pas à en saisir la signification , et dans la situation actuelle, elle me semble vraiment avoir une certaine importance. Le héros de cette propagande, c'est-àdire le Roi des Français, doit être, ainsi que je l'ai indiqué, un Prince libéral et un Prince pacifique.
Qu'est-ce que l'auteur entend par la première de ces épithètes?
Certainement il ne veut pas parler des sentiments du Boi, car ils sont si strictement dynastiques que môme la comparaison qu'on aime à faire entre Louis-Philippe et Louis XIV ne lui semble pas déplacée. II ne veut certainement pas parler de la méthode de gouvernement suivie par le Roi, car celle-ci tend par trop visiblement à fortifier et à agrandir l'autorité gouvernementale par tous les moyens compatibles avec une sage prudence ; ce qu'il entend par là , c'est l'origine du trône occupé par le Roi ; c'est le fait que le Roi porte la Couronne , non ■ par la grâce de Dieu » , mais par la grâce de son peuple ; en un mot, il entend par là l'idée de la souveraineté du peuple y idée qu'en y regardant de près le Prince qu'on met en avant comme devant la représenter, voudrait certainement échanger contre celle du àvoit attaché à la naissance, si cela lui était possible .
Ceci étant admis, — et qui pourrait ne pas l'admettre? — la marche des idées contenues dans l'article de journal en question n'est pas difficile à suivre , et l'on trouve fecilement la voie que, dans son esprit, l'auteur trace à sa propagande libérale et pacifique.
L'Europe contemporaine, — c'est ainsi que raisonne certainement l'auteur de l'article, — a besoin de mains vigou' reuses et habiles au gouvernail de l'État pour triompher de la fermentation qui se fait jour de toutes parts.
D'après les principes de légitimité qui jusqu'à présent ont prévalu dans le monde, c'est au hasard de décider si ce desideratum de Tépoque actuelle doit être réalisé ou non dans un État donné. Mais cela ne suffit pas pour tranquilliser les peuples. Il fsLui qu'ils aient conscience du droit qu'ils possèdent de remplacer une direction instable par une autre plus stable; et quel exemple pourrait être plus touchant sous ce rapport que celui de la France, où la transition s'est opérée rapidement, sans grand effort , et pour le bien évident du pays? Quand une fois les peuples auront suivi l'exemple de la France partout où le besoin s'en fera sentir; quand partout les Souverains instables, faibles ou contraires au bien du peuple, seront remplacés par des usurpateurs aussi heureux que sages, alors certainement le monde verra le retour de l'âge d'or ; ces nouveaux Souverains, précisément parce qu'ils seront sages et perspicaces, comprendront que dans notre siècle industriel et matériel la paix est le mot d'ordre des peuples; ils sauront faire disparaître les divergences des intérêts dans l'union des sympathies (et de l'origine commune), et le triomphe de la propagande libérale et' pacifique, telle que le Globe la prêche, sera assuré. .
Ce qu'il y à A' absurde dans ce tableau , savoir la fusion qu'on essaye d opérer entre des éléments opposés, entre le droit des peuples à changer les Souverains, et le droit que ces nouveaux Souverains revendiquent certainement à ne pas se laisser changer; ce qu'il y a d'absurde là^dedans, je ne veux pas le poursuivre davantage; mais je veux appeler l'attention sur X énorme danger que présentent cette idée et son adoption par deux grands États tels que la France et l'Angleterre, si elle s'effectuait selon le vœu du journaliste.
C'est le principe d'hypocrisie^ sur lequel s'appuie l'idée en question, qui (ait surtout nattre les dangers que peut (aire redouter son application.
Personne d'avouable ne désire aujourd'hui des révolutions •oeiales , un bouleversement violent des formes de gouvernement existantes et leur remplacement par des quantités inconnues, car le monde actuel est beaucoup trop avide de jouis-
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ëances matériel les et de gain industriel pour risquer ces biens en faveur de théories creuses.
Au contraire, ce qu'on veut d'une manière positive et générale, c'est un état de paix sûr et commode, qui réconcilie les partis; celui qui le leur garantit, — en présence de l'indifférence assez générale qui règne à 1 égard de principes supérieurs, nous ne pouvons nous le dissimuler, — est le bienvenu.
Si la théorie que prêche le Globe devait prendre racine; si les peuples pouvaient s'habituer à la pensée que leur repos et leurs jouissances matérielles seraient plus en sûreté sous la protection d'usurpateurs heureux que sous celle de leurs Princes légitimes; si, enfin, de grands États prépondérants, tels que l'Angleterre et la France, devaient travailler ensemble à faire mettre en pratique ailleurs les idées qu'ils ont adoptées eux-mêmes, alors il se pourrait bien que plus d'un trône fût dans une situation critique, et que l'existence actuelle des États fût plus gravement menacée par la propagande libérale et pacifique que par les innombrables combinaisons dont dispose la propagande franchement révolutionnaire.
Enfin, si Votre Excellence me demande pourquoi j'ai attaché une valeur extraordinaire à cet article plutôt qu'à tout autre, et pourquoi je l'analyse plus minutieusement que je n'ai l'habitude de le faire pour des produits de ce genre , il suffira , pour répondre à celte question, de m'en rapporter au fait connu, que le Globe est rédigé sous l'inspiration du ministre Guizot.
Si Votre Excellence croit que ces considérations, que j'ai commencé par jeter au hasard sur le papier, et uniquement pour ma propre édification, puissent présenter quelque intérêt à M. le ministre des affaires étrangères, je ne vois aucun inconvénient à ce qu'Elle les lui communique confidentiellement.
53 BECUEIL DE DOCUMENTS (1»35-1848).
SUR LA silTt'ATION EK HONGRIE.
i4M. ObtervatioD« aphorUtiques de Metternicb, écrites à la fin de l'année 1844*.
1492. La Hongrie est au bord du gouffire de la Béyolution. Quand les éléments anciens ont disparu et que la vie nouvelle n'a pas encore commencé , on voit régner un état de choses qui conduit à des résultats identiques pour le fond, mais dissemblables dans la forme; le fond, c'est le passage d'un ordre de choses à un autre différent et meilleur; si ce passage s'effectue par la voie de la force brutale, il s'appelle révolution; si c'est par les voies légales, il porte le caractère d'une réforme.
Depuis longtemps, la question qui primait toutes les autres était celle-ci : est-ce que le changement que la force des choses commande au Gouvernement de foire dans les conditions d'eiLÎstence de la Hongrie, doit s'appuyer sur les principes de la constitution actuelle ou sur celui de la Monarchie pure? Le Roi s*e8t prononcé pour la première de ces directions, et en cela il a, d'après mon intime conviction, agi avec autant de sagesse que d'habileté.
Des idées et des formes légales qui ont traversé des siècles ne peuvent pas disparaître par l'effet d'un coup d'autorité. Même s'il est prouvé jusqu'à l'évidence qu'une situation a besoin d'être modifiée, ces idées et ces formes offrent au pouvoir réformateur la base la plus solide et la plus sûre grâce à leur valeur historique, valeur que rien ne peut remplacer. Mais, même en fÎEiisant abstraction de ce point, Tentreprise qui con^ sisterait à changer un régime constitutionnel en régime absolu, serait inexécutable de nos jours.
Gomme il ne peut plus être question du choix des moyens à employer pour conduire la Hongrie à un avenir meil-
* Ces observations ont été d*abord envoyées de Vienne, par l'entremise du comte Emile Dessewffy, au Uoyd (8 février 1850), qui les a publiées; plus Urd (18 février 1850), elles ont été reproduites dans la Gazette univers selle itAugshowrg, {Note de l'Édù^ur. )