SUR LA SITUATION EN HONGRIE
leur, puisque ce choix est déjà arrêté, le problème à résoudre se borne à Texécution de Fentreprise. Cette question comprend la désignation précise du point de départ adopté par le Gouvernement, et le choix judicieux des moyens à mettre en œuvre pour arriver au but.
Le point de départ, c'est la Constitution, qu'il faut envisager dans le sens de la vérité. Il faut qu'elle fasse ressortir les droits de la Couronne, et que ces droits soient soutenus par des instruments propres h cet effet.
Ily a des gens qui prétendent que Tantique constitution n'offre pas les moyens nécessaires pour mener l'entreprise à bout. Même en admettant que cela soit (bien que je me refuse à le croire), le Roi n'en trouverait pas moins, même dans Tavorte* ment de l'entreprise , un élément de force que la marche inverse ne pourrait pas lui offrir. II faut qu'une armée se compose d'une avant-garde, d'un [corps de bataille et d'une réserve. La réserve (qui, dans l'entreprise en question, est le saluspublica comme ultima ratio) ne doit pas se confondre avec Tavantgarde ni avec le gros de l'armée; il feiut qu'elle se tienne prête, mais qu'elle reste tranquille et qu'elle attende le moment où elle sera appelée à se montrer.
Dans bien des esprits règne la crainte qu'en vivifiant l'antique constitution on n'en vienne , par une transition fiicile et imprévue , à créer un système représentatif.
D'autre part, dans les derniers temps, l'opposition a fait entrevoir pour l'avenir le changement de là constitution hongroise en une constitution représentative.
Les appréhensions des conservateurs , comme les vœux des radicaux, reposent sur une seule et même erreur : les deux partis supposent que la Hongrie n'est pas, actuellement déjà, sous le régime représentatif, car ce qui est n'a plus besoin d'arriver! Pour ne pas se tromper, il faut bien établir la différence qui existe entre une constitution représentative et une constitution d'états. Dans la première , le pouvoir législatif est partagé entre le Prince et les états ; dans la seconde, les états n'ont que certains droits effectifs, qui sont généralement restreints à la question des impôts. Considérée à ce point
de vue , — et c'est le point de vue pratique, — lantique constitution est représentative ; sans doute elle présente des particularités dans les formes, mais ces particularités ne changent rien au fond de la chose. Ceux qui redoutent Tinvasion du système représentatif confondent la constitution hongroise avec les anciennes constitutions d'états de TAIIemagne , avec lesquelles elle n'a que peu de points communs. D'autre part, les vœux des radicaux tendent à l'établissement du système moderne , d'un système qui a pour base la souveraineté du peuple, d'un système qui est né des révolutions de l'Amérique du Nord et de la France, c'est-à-dire de faits dont le premier a eu pour conséquence la création d'une République selon les théories modernes, et je second celle d'une Monarchie nominale basée sur des théories semblables; or, ce sont là des entreprises qui ne peuvent réussir qu'à la suite d'un bouleversement social. Un bouleversement de ce genre a-t-il déjà eu lieu en Hongrie? Certainement non!
La Hongrie a une constitution qui, à bien des égards, ressemble à la vieille constitution anglaise ; ce n^est pas une constitution d'états dans le sens allemand , mais c'est une constitution représentative fondée sur la souveraineté du Roi ; la sollicitude du Gouvernementdoit, en conséquence, se tourner, non pas contre rétablissement d'un régime qui existe déjà, mais contre l'invasion d'éléments démagogiques, d'éléments qui sont en opposition directe avec l'essence de Tantique constitution. *
Dans tous les pays, et particulièrement dans les pays ayant une représentation, les formes exercent une grande influence. En Hongrie, on a vu, dans le cours des cinquante dernières années, des formes importantes au plus haut degré s'altérer ou même disparaître. Je n'en citerai que quelques-unes.
L'idée et l'existence de majorités forment partout la condition essentielle du repos intérieur des États et de la force des pouvoirs qui les protègent au dehors comme au dedans. Dans la Monarchie pure, comme dans la Monarchie mixte, c'est dans la majorité de ceux qui obéissent que se trouve le gage du repos public. Dans les États où la confection des lois appar*