SUR LA SITUATION EN HONGRIE
tient au chef de TÉtat, gouvernant de concert avec les Chambres, il ne peut être feit de sages et bonnes lois qu*au moyen d'une majorité dans ces dernières.
Non -seulement ce sentiment n'est pas reste étranger à la tradition hongroise, mais encore il s'y est exprimé sous une forme bizarre , au moyen du droit reconnu aux présidents de bureaux et de Chambres, de prendre les décisions en s*inspirant des idées de la pars sanior de ceux qui ont le droit de voter. Cette tradition a disparu de fait dans les derniers temps , sans qu'on ait pris des mesures pour la remplacer, en tenant compte du mode d'élection des députés.
De grandes assemblées, et même des assemblées moins nombreuses, ne peuvent pas fiiire de bonne besogne sans qu'elles soient soumises à des règlements sévères. Jusqu'oi!t n'est pas tombée l'autorité des présidents dans les assemblées des comitats et dans les Chambres de la Diète? Est-ce que dans ces dernières on n'en est pas venu au point que les tribunes exercent une influence, et peut-être l'influence la plus décisive ?
En y regardant de près, la Chambre basse n'a guère d'autre valeur que celle d'une autorité qui enregistre les résolutions prises dans les séances des bureaux et qui en autorise la transmission à la Chambre haute.
Si Ton veut que les Diètes soient utiles au pays, il faut que, dans la marche de leurs délibérations, elles subissent des réformes radicales. L'expérience faite dans d'autres États fournit à l'appui de cette nécessité des exemples dont il faut tenir compte. En Angleterre, en France, même dans les États- Unis de l'Amérique du Nord, permet-on aux tribunes d'élever la voix? Dans ces pays, les présidents ne sont-ils pas armés de tous les pouvoirs nécessaires pour maintenir l'ordre indispensable pour assurer la liberté de la discussion? L'ordre du jour n'y est-il pas fixé rigoureusement? Est-ce qu^en Angleterre il ne faut pas que des propositions faites par des membres isolés aient été annoncées par eux un certain temps à l'avance, afin de prévenir des résolutions légales obtenues par surprise? En un mot, peut-on concevoir une assemblée sans règle, une
discussion sans forme? Certainement non! Si Ton veut donc conduire la Hongrie à une situation meilleure, il feut recourir aux moyens qui seuls peuvent rendre l'entreprise possible.
Le système qu'on a suivi , dans les vingt ou trente dernières années, relativement à la Hongrie et à la Transylvanie, était un système négatif. Sur le terrain opposé on s'est tout au plus permis quelques innovations timides, en abandonnant aux Gbambres le soin d'élaborer les propositions qu'on leur soumettait. Une marcbe pareille ne saurait amener de grands résultats ; c'est ce que l'expérience a démontré ; elle a prouvé qu'il ne fallait rien attendre de bon d'une pareille manière de procéder, tandis que les prétentions des Diètes d'états s'élevaient à mesure que diminuait l'autorité royale. Chaque pays a besoin, avant tout, d'être gouverné; si Tautorité du Gouvernement s'évanouit dans les régions supérieures auxquelles les lois reconnaissent le droit et le devoir de gouverner, les pouvoirs des régions inférieures viendront revendiquer ce soin , sans être le moins du monde à la hauteur de la tâche qu'ils prétendent remplir. C'est ce qui est arrivé en Hongrie. A mesure que les Diètes se sont permis d'empiéter sur les droits de la Couronne, les juridictions des Comitats ont restreint les droits des Diètes , jusqu'à ce qu'elles aient fini par passer elle&-mémes sous les Fourches Caudines de la petite noblesse pauvre*
S'il n'y avait pas en Hongrie des particularités inhérentes aux conditions sociales de ce Royaume , si le pays ne formait pas avec l'Empire tout entier un seul corps politique, en n'étant séparé de lui qu'au seul point de vue législatif et administratif, la Hongrie et la Transylvanie seraient depuis longtemps déjà en proie à la révolution. Il n'y a que les conditionà exceptionnelles dans lesquelles ces deux pays sont placés qui aient pu empêcher ce malheur. Quoique le feu révolutionnaire n'éclate pas , il n'en couve pas moins, et si l'on n'arrête pas Faction de l'élément destructeur, il changera les anciens édifices en un monceau de cendres.
L'œuvre de salut est commencée ; mais il faut la poursuivre et la mener à bonne fin, car s'arrêter aux premiers pas, ce