SUR LA SITUATION EM HONGRIE
serait amener inéTitablement l'explosion de la révolution ouverte. Une fois que le mal est aussi avancé qu'il Test en Hongrie, il ne reste pas stationnaire, car il ne le peut pas. Il faut que, grâce à la sollicitude du Roi, la Hongrie soit amenée à une situation logique, ou bien elle travaillera h se la créer elle-même, c'est-^-dire en suivant des voies qui ressemblent à celles que se frayent des torrents débordés, sans tenir compte de leurs moyens d'écoulement et des ravages qu'ils causent.
En Hongrie sommeille encore un élément qui est en train de se développer et qui exc^rcera une influence irrésistible sur les destinées du pays : c'est la bourgeoisie des villes. Cet élément, qui a son importance en tout temps, présente des particularités qui, bien comprises, ont une action protectrice sur Tétat social des États et sur la situation des Gouvernements, et qui deviennent une cause de ruine si on les méconnaît.
Les villes ne se fondent que par suite d'une civilisation en progrès ou si la société est ramenée en arrière par l'invasion de forces brutales. Dans le premier cas, elles deviennent des centres commerciaux ; dans le second, des places fortes ; dans les deux cas, leur formation repose sur la force multiple qui réside dans Tidée de l'association.
Dans l'application pratique de cette idée se trouve, à côté de celle de l'extension, celle de l'isolement, comme cela arrive pour toutes les créations calculées en vue d'un but défini. L'esprit qui anime les villes conduit à l'égoïsme; il tend à former des États dans l'État; il faut, par conséquent, qu'il soit surveillé et dirigé.
 son origine et dans les premières phases de son développement, cet esprit prête la main à l'autorité suprême, car la nouvel le création a besoin de la protection du Gouvernement contre lescorpsqui rentourent.jA mesure que la corporation municipale se fortifie sous l'égide du Gouvernement, le besoin de s'affranchir de ceux qui sont au-dessus d'elle et d'opprimer ceux qui sont au-dessous, naft et se développe en elle. La tendance naturelle des villes est la tendance oligarchique, qui, avec le temps et selon les circonstances, aboutit à l'idée de démocratie. L'une
et Tautre de ces tendances sont contraires aux saines idées monarchiques, et appellent par conséquent Tattention sérieuse et constante des Gouvernements.
Si la tendance à Tindépendance et à Tisolement esl dans la nature des villes, par cuntre, le besoin de la protection que les Gouvernements seuls peuvent assurer à ces corporations contre les empiétements des tiers sur leurs droits reconnus, fournît un moyen de combattre les excès de cette même tendance. En Hongrie surtout, les villes ont besoin de la protection royale contre les prétentions des juridictions de comitat, et, à cet égard, elles se trouvent (sauf d'importantes exceptions) dans la même situation vis-à-vis du Roi et des juridictions qu'autrefois les villes libres du saint-empire romain vis^à-vis des Empereurs, leurs protecteurs naturels, et des souverainetés qui les entouraient. Aussi n'est-ce que dans les dentiers temps qu'une tentative de rapprochement s'est produite en Hongrie entre les villes et les juridictions, et cela aux dépens du droit de protection exercé par le Roi à l'égard des premières; phénomène qui n'était possible que par suite de l'inertie forcée du pouvoir royal et du vertige démocratique qui s'était emparé du pays, et qui a dû bientôt se réduire en fumée. Aujourd'hui le Gouvernement trouve le champ libre en ce qui concerne le meilleur règlement de la situation des villes. II faut qu'il use de cette liberté, car il le peut.
La Hongrie aspire à voir se développer son industrie nationale. Cette aspiration est toute naturelle; ce qui porte un autre caractère, c'est le choix des moyens employés dans le pays pour arriver au but. Ces moyens sont les résultats de l'esprit de parti et de l'ignorance fondamentale, nonseulement des masses, mais encore des promoteurs de Uidée eux-mêmes.
Le développement de Tindustrie est la conséquence naturelle de la civilisation, dont l'édifice doit être construit en commençant par la base, si Ton ne veut pas qu'il aboutisse à une création extravagante. Or, ce qui manque en Hongrie, ce sont précisément les bases sur lesquelles il £giut que l'industrie s'appuie pour devenir prospère. Le pays a besoin avant tout