SCA LA SITUATION EN HONGRIE
que le sol soit fécondé; il a besoin de loisqui protègent la propriété et qui pui<$sent lui donner toute sa valeur ; il a besoin de bras pour la culture du sol, cette source première de toute richesse nationale; enfin de moyens de communication pour Técoulement de ses produits naturels. Ce ne sont pas des fabriques qu'il lui faut en première ligne, car elle peut employer à des objets plus utiles les capitaux dont elle dispose ; les fabriques surgiront quand leur heure aura sonné ; les créer avant le moment voulu, cela peut réussir s'il s'agit de tentatives isolées; mais faire la chose en grand, cela est impossible.
Le caractère hongrois est assez porté à Tutopie. L'esprit de la nation se laisse facilement entraîner par la première impression; il est toujours prêt à se laisser séduire par des mots à effet, sans se préoccuper de leur plus ou moins de valeur pratique.
C'est la Diète de 1825 à 1828 qui a donné la première impulsion au développement de la vie industrielle de la Hongrie, et, à l'origine de ce mouvement, on Ta rattaché aux idées de nationalilé dans le sens le plus abstrait du mot, dans celui de la langue. Le pays, à qui l'on aurait dû offrir les moyens de tirer un meilleur parti du sol et d'ouvrir les voies les plus commodes pour exporter l'excédant de ses produits, a eu des courses de chevaux, des casinos, un théâtre hongrois et un pont qui a coûté un million et auquel n'aboutit pas une seule route carrossable. Les tentatives paternelles faites par le Roi à l'ouverture de la session de la Diète de 1843 et continuées jusqu'en 1844 ont été considérées comme non avenues. Â titre de compensation, on a vu naître une soi-disant société de protection, dont le but secret est une trahison envers le pays, et dont le but avoué équivaut à une absurdité pure!
Voilà où en est la Hongrie !
Où est le remède à cette situation? Il est, à mon avis, tout trouvé.
Que le Roi prenne en main les rênes du gouvernement et qu^il marche de l'avant, en suivant la voie que lui tracent son droit et son devoir. Qu'il se mette à la tôte du développement
matériel du pays, qu'il fasse tout ce qui est en son pouvoir et qu'il prépare pour la prochaine Diète les mesures pour lesquelles il peut se passer du concours légal des états, concours placé en dehors de Taction directe de son autorité.
Le Gouvernement dispose tout d'abord de deux moyens : Tun, c'est la création de la Banque hypothécaire; l'autre, ce sont les travaux préliminaires qu'il faut entreprendre pour arriver à créer des voies de communication intérieure : je veux parler des routes, des chemins de fer et de la navigation fluviale. Le Gouvernement seul peut faire les devis, évaluer les dépenses, déterminer les directions à suivre et régler l'exécution des entreprises au point de vue du temps, du travail et des ressources pécuniaires.
Si le Roi se présente dans de pareilles conditions à la prochaine Diète, et si dans l'intervalle le pays est. gouverné par une main ferme, les menées des partis, leurs théories creuses et leurs stériles polémiques s'en iront en fumée devant l'attitude énergique du Gouvernement*.
En Hongrie comme dans toute société humaine, les esprits sont divisés en deux camps : celui des conservateurs et celui des destructeurs. La différence que présente l'aspect des pays en ce qui concerne les manœuvres des partis, ne porte pas sur le seul (ait de l'existence des deux partis, mais sur le plus ou le moins d'activité qu'ils déploient suivant les circonstances.
Appliquées à l'esprit de parti et aux menées des partis, la force et la faiblesse sont des idées relatives, qui trouvent leur
* Le programme adopté par le Gouvernement pour la Diète honfproîse de 1847 répondait, dans ses points essentielii, aux idées exprimées ici par le prince de Metternich. Relativement à la création d*uoe Banque hypothécaire de Hongrie, proposée en 1844 par le baron Vay et le comte Barkocxy, le chancelier d*Ëtat écrivait à 1* Archiduc Louis : « Une erreur perce dans toutes les propositions, dans tous les plans, piv>jets, vœux à moi connus et ayant pour objet le développement au point de vue financier de la propriété en Hongiie, et cette erreur repose sur le fait que le crédit et tes ressources qu'il offre sont ou paraissent être considérés par les auteurs des propositions comme un but, et non comme un moyen tC arriver au but. Le point de départ de la richesse nationale, c*est le sol ; or, en Hongrie, le sol ne manque ni d'étendue ni de force productive. Que manque-t-il donc? Le trafic! Et le trafic ne peut être développé qu'indirectement par le crédit, tandis que
sua LA SITUATION EM HONGRIE (1844). »1
mesure, à titre passager seulement, dans le nombre des adeptes, mais d'une manière plus durable dans la force ou la feiblesse naturelle des directions que suivent les partis.
Quelles sont les conditions de cette dernière espèce suivant lesquelles on peut classer le$ partis en Hongrie? Nous allons essayer de faire cette classification.
L Le parti conservateur.
Ce parti se fusionne avec le Gouvernement; sa force repose, comme celle de ce dernier, sur les droits de la Couronne et 8ur les idées qui ont pour objet Tordre dans le Royaume. Il n'a d'un parti que le nom, parce que ses adversaires le provoquent à la lutte sous cette dénomination.