VII
Bertha Lobkowitz conduit sa fille Zdenka dans le monde. C'est une jolie jeune fille, de manières fort distinguées. La fille de la comtesse Félicie Hoyos et la fille atnée de la comtesse Henriette Hunyady ont fait leur entrée dans le monde cette année. Je me suis contentée d^aller à un grand bal de la Cour, puis à un bal d'enfants qui avait lieu chez Tlmpératrice, enfin à un bal dans les petits appartements où j'ai présenté Richard, à qui ce premier début semblait faire grand plaisir.
La duchesse de Talleyrand est partie pour aller voir Venise. Clément Hùgel a été nommé directeur des archives *.
Le 21 au soir, un courrier apporta à mon mari la nouvelle de la mort subite du duc de Modène , qui avait succombé , au bout de trois jours, à une maladie inflammatoire. Cet événement nous condamne à un deuil de six semaines et a causé la plus vive affliction à Tlnipératrice régnante.
Nesselrode est arrivé le 29 au soir. Le lendemain, il a dîné chez moi, après que nous avions eu ensemble un très-long entretien. Il ne manque pas de bonne volonté, et il voudrait aider au triomphe du bien ; toutefois , son caractère me paratt trop faible pour que sa voix ait au conseil l'autorité qui serait si nécessaire.
Medem nous a donné un dtner en l'honneur du comte de Nesselrode ; aussi ne suis-je rentrée que fort tard à la maison , où j'avais un bal d'enfants. Cette petite fête m'a donné plus de chagrin que de plaisir. Quelques personnes avaient quitté l'enterrement du jeune Schœnburg, afin de prendre leurs enfants chez moi; cette circonstance a un peu assombri ma fête; néanmoins les enfants ont été très-gais. Fanny Liechtenstein avait amené chez moi ses quatre petites filles , qui sont jolies et gracieuses. Nesselrode a fait une apparition; maman elle-même a été assez peu raisonnable pour venir, ce qui lui
* Sur la proposition du chancelier d^État, cette nomination fut accompagnée d'un remaniement des archives secrètes du palais, de la Cour et de TÉtat. En m£me temps que le baron Clément liûgel reçut le titre de directeur, le D' Chmel fut nommé yice- directeur, et le D'' Raltenbœck premier archiviste.
{Note de C Éditeur.)
a valu un accès de fièvre , qui heureusement n'a pas tardé à se dissiper.
Le 2, j'ai assisté, avec Clément, à un dtner que Pepi Esterha2y donnait en Thonneur de Nesseirode. Celui-ci aime à s'amuser; il est réellement d'un commerce agréable, et Clément a toujours du plaisir à le revoir. Voilà déjà quarante ans qu'ils sont liés.
Le 4, Nesselrode est parti, après nous avoir fait une visite d'adieu.
Clément a eu longtemps l'idée d'acheter une maison à Vienne; toutefois, les gens d'affaires n'étaient pas d'accord avec lui et prétendaient qu'il était plus avantageux d'acheter un terrain et d'y bâtir. J'ai proposé à Clément de bâtir au Rennweg, où il possède un terrain. Cette idée lui sourit, et il a du plaisir à s'occuper des projets de construction.
Le 6, j'ai appris, à mon réveil, la nouvelle de la mort du comte Sambuy, que je ne savais pas même malade. A onze heures , je suis allée chez sa malheureuse femme et l'ai trouvée encore sous l'impression du coup terrible qui l'avait frappée et comme anéantie. L'Impératrice régnante a été très-bonne pour elle et est allée la voir le lendemain du triste événement. On a rendu les honneurs militaires au défunt ; l'Archiduc Albert s'est conduit dans cette circonstance avec beaucoup de délicatesse. J'ai assisté à la cérémonie, qui a eu lieu le 8, et ce spectacle m'a profondément émue.
Le Journal de Saint-Pétersbourg annonce officiellement le mariage de la Grande-Duchesse Olga avec l'héritier présomptif de la Couronne de Wurtemberg.
La société de Vienne s'est occupée activement d'un bal costumé qu'a organisé la princesse Clary. Le 21, j'ai donné mon bal pour les jeunes gens ; Edmond et Eugène Zichy étaient à la tète des danseurs. On comptait environ quarante couples; le bal a duré de huit heures du soir à cinq heures du matin. Clément avait un fort rhume de cerveau ; il n'a fait une apparition que pour recevoir les Archiduchesses Sophie, Hildeçarde et Marie; toutes les trois, ainsi que l'aîné des trois Archiducs, sont restées jusqu'à la fin du bal.
Mars.
Dès le 18 février étaient arrivées les nouvelles de rinsurrection qui venait d'éclater à Gracovie, et dès le premier moment elles avaient un caractère sérieux. Clément a pris aussitôt l'affaire en main, parce qu'il savait pertinemment que personne ne pourrait l'arranger d'une manière satis&isante s'il ne se chargeait de la diriger; il a délibéré avec les chefs militaires et avec les hauts fonctionnaires du département de l'intérieur, qui, en cette qualité, étaient appelés à agir avec promptitude et réflexion à la fois. La justice , la police , bref tout ce qui doit intervenir dans des cas pareils , a pris part à la conférence , et la chancellerie d'État n'a pas tardé à prendre l'aspect d'un quartier général. Il parait que le comte Rolowrat s'est senti blessé de cette activité, car il n'a pas voulu assister une seule fois aux conférences, alléguant qu'il était malade. Il a même fini par aller pour hpit jours à la campagne, en déclarant que sa santé ne lui permettait pas de prendre part aux aflkires. Le public a été surpris de cette conduite, Clément l'a fort regrettée ; toutefois, il est trop loyal pour mettre en jeu la paix du monde pour des questions personnelles, et il a poursuivi son chemin sans se laisser arrêter par personne.
Les premiers moments ont été les plus difficiles. Les soldats manquaient, on n'avait rien prévu» et l'organisation existante ne permettait guère d'envoyer des renforts. Tout d'abord, on annonça qu'un général autrichien, qui était entré dans Cracovie, sur le vœu du Gouvernement de cette ville libre, avait été battu par les insurgés et même forcé par eux de se retirer à Podgorze; les insurgés s'étaient aussi emparés des mines de sel et de la caisse de Wieliczka. Tout cela se passait alors qu'ici on ne pensait encore qu'à expédier des renforts de troupes avec des munitions. Le public était indigné, et, comme je l'ai dit, les premiers moments ont été très-pénibles. La première nouvelle rassurante a été celle de l'arrivée du lieutenant-colonel Benedek à Wadowice; à la tête des paysans du cercle, cet officier supérieur dispersa en un clin d'œil
ces misérables bandes, qui se donnaient des airs d'héroïsme , mais qui se conduisirent avec une insigne lâcheté et s^enfuirent au premier coup de feu. On fit partir un corps mobile dont le commandement en chef fut donné à Lato TÎVrbna; Gyulai, Edmond Schwarzenberg et Nobili servaient sous ses ordres. Clément chargea Wrbna d'entrer, à tout prix dans Cracovie de la manière qui lui paraîtrait convenable, et hii confia, au point de vue diplomatique et militaire, le gouvernement provisoire de la ville libre de Cracovie. Frédéric Schwarzenberg se rendit en même temps à Lemberg, pour se mettre à la disposition de rArchiduc Ferdinand en qualité d'aide de camp, et cinquante jeunes gens, à la tète desquels se trouvaient Rodolphe Liechtenstein, Tassilo Festetics, Edmond Zichy et Arthur Batthyany, se mirent comme volontaires à la disposition du Conseil aulique de la guerre. Mais on n'admit que les quatre susnommés, qui avaient déjà servi dans Tarmée, et tous entrèrent en campagne, animés de la plus noble ardeur. Charles Liechtenstein ne put résister à la tentation et partit avec les autres. Des troupes furent envoyées d'ici ; le régiment Deutschmeister, qui est en garnison à Vienne depuis nombre d'années, dut marcher également, ce qui, dit-on, mit au désespoir les cuisinières de Vienne. Le général prussien Rauch, qui depuis dix à douze ans vit à Saint- Pétersbourg en qualité d'attaché militaire de sa Cour, se trouvait ici pendant toute cette période si agitée ; il a assisté au départ des régiments et a été enchanté de voir que l'espérance de sentir la poudre rendait les troupes si heureuses et si contentes. Tout arriva trop tard, car lorsque les insurgés virent que les troupes russes, prussiennes et autrichiennes s'avançaient, ils se rendirent aux Prussiens, au nombre de huit cents.
Les journaux français se sont emparés de ces faits ; ce qu'on a osé dire et publier là-dessus est incroyable. Les troupes russes, prussiennes et autrichiennes étaient déjà entrées dans Cracovie sans tirer un coup de fusil au moment ou arrivèrent nos renforts.
Mon pauvre Clément, qui avait à supporter tout le poids de ces moments critiques , souffrait en outre d'un violent rhume
qui s'était jeté sur la poîtrioe; il finit par se sentir tout à (ait ëpuisé, et pendant trois jours il eut une forte fièvre, ce qui ne reinpécba pas de travailler comme s'il se portait bien. Que Dieu ait pitié de lui et daigne le protéger!
L'Archiduchesse Sophie m'avait envoyé, il y a quelques jours , un portrait du jeune Archiduc François pour ma collection; comme je ne le lui avais pas demandé, j'ai été très* touchée de celte attention. Je lui ai exprimé ma reconnaissance en quelques lignes, et je me suis rendue en personne chez l'Archiduchesse pour la remercier encore de vive voix.
On ne peut se faii*e une idée exacte des articles que publient en ce moment les journaux français; cela fait vraiment dresser les cheveux sur la tète. On a même agité, dans les clubs révolutionnaires, la question de savoir s'il ne fallait pas mettre à prix la tète de mon mari. Il est arrivé ici, par la poste , une lettre qui portait l'adresse suivante : « A Sa Majesté l'Empereur d'Autriche, chef de brigands, assassin des nobles Polonais égorgés pour leur belle et sublime cause. A bas un Empereur comme lui ! Metternich à la potence ! Vienne. » Le timbre de la poste portait le nom de Paris; quant à l'enveloppe, elle ne contenait que du papier blanc. Dans quel siècle vivons-nous!
Etienne Széchényi est parti très-satisfait, parce que l'afEaire qui l'avait amené ici , et qui était relative à la régularisation du cours de la Theiss , a abouti à une solution favorable , qui tourne à l'avantage de six ou huit comitats. L'opposition avait espéré qu'on n'arriverait à rien faire ; elle se trouve très-compromise par le départ de Mailéth et par la nomination définitive d'Apponyi au poste de deuxième chancelier de Hongrie.
Avril.
Un nouveau chargé d'afbires portugais est arrivé ici ; c'est le marquis de Souza, qui est parent du comte de Flahault et qui est en relations d'amitié avec lui. Nous avons donné un dtner en son honneur; il parait être un homme aimable et de manières charmantes.
Mai ^ Villa Metternicb).
J'ai donné un dtner d'adieu à la famille Apponyi.
Pendant six semaines, la société de Vienne n'a été occupée que des ovations faites à une chanteuse suédoise, que nous avions déjà entendue en Allemagne , et qui à Berlin avait fiait tourner bien des tètes. Mademoiselle Lind était arrivée ici sous des auspices fevorables. L'opéra italien était fort bon, et Ton avait élevé le prix des loges du théâtre de la Wien à six cents florins pour dix représentations de cette célèbre cantatrice et d'un ténor, M. Tiehatschek, qui depuis une longue suite d'années a beaucoup de succès. Ce qui, dans tout autre pays, refroidirait l'enthousiasme du public, l'augmente chez nous, et la première règle d'après laquelle se guident les Viennois, c'est qu'une chose qui est chère doit nécessairement aussi être parfaite. Aussi, dès que mademoiselle Lind a paru sur la scène, elle a excité un enthousiasme sans bornes. Elle chante bien, c'est-à-dire qu'elle a des moments où elle est charmante, et elle peut devenir une grande cantatrice. Elle est incapable de rendre la passion, mais elle sait exprimer d'une manière gracieuse des sentiments doux et légers. A l'exception de Staudigl, tout son entourage était fort mauvais. L'engouement s'est élevé jusqu'au délire; c'était une ivresse qui a gagué même le parti contraire, si bien que, pendant qu'on jetait des couronnes à Jenny Lind, on lançait des jardins de fleurs entiers à la tète de notre bonne vieille Tadolini. La seule artiste qui, selon moi, méritât le prix de la saison, c'était Fanny Elssler, qui a déployé dans le rôle d'Esmeralda une grâce incomparable et un talent irrésistible. Pendant cette ivresse de six semaines, Liszt a eu aussi des moments brillants; déjà, pendant le mois dernier, il donnait de nombreux concerts. Lors d'un voyage qu'il a fiait en Hongrie, il s'est arrêté plusieurs jours à Pesth , où il a été accueilli par cet enthousiasme qu'il trouve partout. Seulement, lorsque les dames hongroises lui demandèrent de changer le nom de François contre celui de Ferencz, il s'y refusa, et
déclara à son retour qu'il avait su tenir tète à l'opposition hongroise.
Le 15, nous avons eu un grand dtner de famille en Thonneur du jour anniversaire de la naissance de mon mari, de ce jour auquel se rattachent, depuis la mort du petit Sandôr, de si tristes souvenirs, que je le vois toujours arriver avec terreur. J'ai donné à Clément un presse-papier avec ses armes, qui avait été fait à Florence en pietra dura; il est joli, et lui a feit plaisir. Le même jour, qui est celui de sa fête et l'anniversaire de la naissance de son plus jeune fils, l'Archiduchesse Sophie nous a donné un concert où figuraient les chanteurs italiens ; toutefois, la voix de ces artistes était trop forte pour le salon. Les princes de Nassau ont été ici ; le duc a dîné plusieurs fois chez nous; il est parti d'ici pour Salzbourg, afin de rendre visite à l'Impératrice de Russie. L'entrevue s'est passée de la manière la plus satisfaisante. L'Impératrice de Russie a été louchée de l'attention de notre Impératrice; elles se sont rapprochées et comprises; elles ont parlé de tout très-amica^ lement, et cette entrevue a été féconde en heureux résultats. Dans un moment d'épanchement intime, Flmpératrice de Russie a donné à notre Impératrice une broche qu'elle avait à son chàle.
Pendant le séjour de l'Impératrice de Russie à Salzbourg et à Linz, Meyendorff a eu le temps de s'arrêter ici deux jours, après quoi il s'est rendu auprès de sa Souveraine à Prague. Je ne l'ai pas trouvé changé : il est bon et aimable comme toujours, et nous avons longuement causé avec lui. Je l'ai fait monter dans ma voiture pour le conduire au Prater.
Beaucoup de nos jeunes gens, Edmond Zichy, Rodolphe Liechtenstein , Montenuovo et d'autres , ont été envoyés avec le général Hess en Turquie pour saluer le Sultan, qui a entrepris un voyage jusqu'à Rustschuk. Le pauvre Hess, qui espérait être de retour avant les couches de sa femme , a été retenu plus de quatre semaines, parce que le Sultan, dont l'amiral avait peur d'un voyage sur mer, a voyagé par terre. Dans l'intervalle, madame de Hess a donné le jour à deux jumeaux, et elle en a perdu un avant le retour de son mari, qui est
rentré malade à la suite de tous ces événements. Sans Edmond Zichy, qui Ta soigné avec le dévouement d'un fils, le pauvre général n'aurait pas pu achever son voyage.
Juin.
Nous avons appris la mort du Pape Grégoire XYI, qui a succombé, le 1*' de ce mois, à une courte maladie qui n'avait nullement inquiété son entourage. Cette nouvelle a répandu partout une grande consternation. Grégoire XVI avait reçu de dures leçons dé Texpérience. Les affaires politiques semblaient prendre une tournure menaçante en Italie, et la nouvelle de la mort du Saint-Père aurait pu donner le signal à la révolution préparée de si longue main. Quoi qu'il en soit, il n'y a pas eu de désordre, et le choix si prompt, si soudain de Pie IX, nommé à l'unanimité des voix, a tranquillisé tous les esprits. Pie IX est un homme de cinquante -quatre ans; c'est lui qui, le troisième jour du conclave, a dû se charger de dépouiller le scrutin. Il lut son nom trente-sept fois; effrayé de cette imposante majorité qui se prononçait en sa faveur, il se jeta à genoux, adressa aux cardinaux réunis dans le conclave une allocution très-belle et très -touchante, et les pria de bien réfléchir à ce qu'ils voulaient faire ; il dit qu'il était trop jeune, trop peu rompu aux affaires, trop faible pour porter le fardeau qu'on voulait mettre sur ses épaules; bref, il parla avec tant de chaleur, que tout l'auditoire fut ému de ces saintes et humbles paroles. On dit que c'est un bel homme , qu'il est d'une piété exemplaire, toutefois sans être exalté. Il a servi aussi dans l'armée. Pîe VU l'avait décidé à entrer dans les ordres; en souvenir de ce qu'il devait à ce Pontife , il a pris le nom de Pie IX en montant sur le trône de Saint-Pierre. Tout cela s'est passé à Rome le 16 au soir, c'est-à-dire le même jour où nous avons célébré ici l'inauguration de la statue de notre Empereur François.
Le 16, jour anniversaire de l'entrée que l'Empereur François avait faite, en I8I4, dans sa capitale de Vienne, après une paix glorieusement conquise, le monument érigé en l'honneur
de TEmpereur défunt a été solennellement dévoilé sur la place du château. A huit heures du matin , il m'a feillu aller en ville pour me mettre en toilette. J'étais au nombre des dames qui étaient de service auprès de Tlmpératrice régnante. Nous avons d'abord assisté à une grand'messe et à un sermon qui contenait presque toute la biographie de l'Empereur François. Ensuite on laissa à Tarchevêque le temps de déjeuner, et Ton resta dans les salons pendant que la place ainsi que les différentes tribunes se garnissaient de spectateurs. Sous les fenêtres du cabinet de travail de l'Empereur défunt se trouvait celle qui était destinée à la Cour; elle était plus élevée que les autres; on y arrivait par un escalier pratiqué sous le petit balcon qui s'élève dans la cour d'Amélie , sur les restes d'une rieille tour, et j'ai entendu dire que le cortège passant par cet escalier avait offert un coup d'œil magnifique. Clément a prononcé un fort beau discours, auquel l'Empereur a répondu * Ensuite le comte de Goëss, qui avait été l'organisateur de cette
* Le discours du chancelier d'État était ainsi conçu : « Votre Majesté Impériale Royale a choisi ce jour pour Tinauguration solennelle d*un monument qui est destiné à transmettre à la postérité le témoignage de la reconnaissance et du respect que le fils et successeur de l'Empereur François a voués à son illustre père et prédécesseur. Les sentiments de plusieurs millions de sujets répondent à Vos propres sentiments. Ce jour est consacré au souvenir du Prince que tout TËmpire aimait et vénérait comme un père, et dont la mémoire bénie passera aux générations futures comme un bien commun.
« Pendant vingt-deux ans l'Empereur défunt a vaillamment défendu la cause de la justice et de Tordre; il a lutté contre les orages d'une époque qui, plus que toute autre, a vu ébranler la société jusque dans ses fondements. Pieux et croyant, invincible dans l'adversité et modéré dans la bonne fortune, l'Empereur défunt a triomphé à force de persévérance et d'héroïsme.
« Après avoir, de concert avec toutes les puissances armées pour défendre leur indépendance, et soutenu par la vaillance de ses armées et la fidélité de ses peuples, réussi, grâce à l'assistance divine, à reconquérir et à assurer le rang qui appartient à l'Autriche dans l'histoire du monde, TEmpereur François a fait , il y a trente-deux ans aujourd'hui , une glorieuse entrée dans le château de ses pères. Les Souverains et les représentants de toute l'Europe n'ont pas tardé à se réunir autour de lui dans ce même palais, pour établir cette paix dont le monde jouit sans interruption depuis ce moment. La divine Providence lui avait réservé de développer encore pendant une longue suite d'années les bienfaits de la paix et d'être le témoin du bonheur et de la prospérité que sa sollicitude paternelle a su répandre sur toutes les classes de ses sujets. C'est dans ce palais qu'abordable pour tout le monde, il a, jusqu'à son dernier
fête, s'approcha de TEmpereur, qui le chargea de donner le signal. Marches! reçut Tordre, et la statue fut dévoilée. On entonna un Te Deum^ puis les troupes défilèrent. Le soleil était très-ardent et nous incommodait fort; c'était toutefois un beau spectacle. Je remerciai Dieu quand tout fut fini et que je vis que Clément se portait bien.
Le 20, est arrivé le comte Arnim, ministre de Prusse.