‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 40 sur 96 · L'INSURRECTION DE GALICIE (1846). SOI · texte numérisé non relu

L'INSURRECTION DE GALICIE (1846). SOI

ne le sait pas, et cette méprise, en discréditant ce Gouvernement, cause aux Cabinets un embarras réel. Assuré d'être compris par eux, je prie le Roi et son ministre de prendre en considération la marche qu'ont suivie les événements et les résultats à la fois heureux et déplorables au point de vue de Thumanité auxquels ils sont arrivés. Dans ce double fait, ne se trouve-t-il pas pour le Gouvernement français des motifs de renforcer Texercice de son droit de sur-^ veillance sur des hôtes sans doute fort gênants? Le côté heureux de l'événement, c'est l'échec que viennent d'éprouver ceux qui, sous l'impunité de l'asile, ont tenté une entreprise qui participe de la folie et de la sottise; ce qui dans une entreprise quelconque ne devrait jamais jouer un rôle, c'est l'excitation aux massacres. Si la chance n'eût point tourné contre les conspirateurs , des milliers de victimes innocentes seraient tombées sous les poignards et les armes meurtrières que de prétendus patriotes avaient mises entre les mains du peuple, lequel a su faire tourner ces armes en faveur de son repos, et a préféré se contenter de ce que ses anciens tyrans qualifient de stupide esclavage, aux acclamations du libéralisme ignorant.

Metternicb à Apponyi, à Paris (D.). Vienne, le 18 mars 1846.

1544. La tentative de foire éclater l'incendie de la Révolution dans toutes les parties de l'ancienne Pologne, et de couvrir de feu et de sang ces vastes contrées, a échoué : la chose est certaine aujourd'hui. Que restera-t-il de cette folle entreprise? La charge qui pèse sur les Gouvernements, de fermer bien des plaies saignantes et qui appellent la vindicte publique sur la tête des écervelés auxquels sont dus de si grands malheurs.

Notre Empire vient de passer par une épreuve cruelle que, certes, il n'a ni provoquée ni méritée. La preuve, s'il en fallait une, se trouverait dans la défaite même du parti qui avait compté faire de la Galicie la base de ses opérations.

Ce n'e&t pas le Gouvernement qui a écrasé les assaillants;

la population de cette province s'en est chargée elle-même. Mes dépêches antérieures vous ont déjà préparé à un dénoùment que je ne puis que vous confirmer aujourd'hui. Les événements ont marché avec tant de promptitude, que j'ai pu laisser aux feuilles publiques le soin de vous informer de leur développement successif et attendre, pour vous écrire, leur solution définitive.

Deux faits marqueront dans Thistoire : Tun, c'est Tincompréhensible légèreté avec laquelle Témigration polonaise est entrée dans Texécution d'un plan aussi vaste qu'il était chimériquement conçu ; l'autre, c'est la résistance que les partis aristocratique et démocratique réunis ont rencontrée près de notre peuple. Une démocratie sans le peuple, qu'est-elle?

Les rapports qui arrivent aujourd'hui au Gouvernement, de toutes les parties du pays, constatent tous ce £ait, que le parti révolutionnaire, en Galicie, s'est fait une illusion inexplicable sur l'influence qu'il exerçait sur les masses et sur les dispositions de l'immense majorité de la population à l'égard de ce parti. Je vous ai déjà expliqué les raisons de la tranquillité de notre population ; dispensez-moi de vous donner la clef de l'erreur dans laquelle l'émigration est tombée, à ses propres dépens et aux dépens de son ancienne patrie. Vous savez aussi bien que moi à quoi vous en tenir là-dessus, et on doit être plus à même d'expliquer le fait dans les pays qui servent d'asile à l'émigration que nous ne sommes à même de le faire. Les émigrés croient aisément ce qu'ils désirent, et cette crédulité, vivifiée et encouragée par l'encens qu'on jette dans ces pays à l'émigration polonaise, suffirait à expliquer les illusions de ce parti ainsi que sa folle et cruelle légèreté !

Dans les premières dépêches que je vous ai adressées, j'ai comparé cette insurrection à un état-major entré en campagne sans armée; — aujourd'hui que le sort de la folle entreprise est décidé, cette comparaison est également la seule qui convienne. Il est prouvé que cet état-major était disséminé sur toute la surface de la Galicie et du grand-duché de Posen ; qu'il avait le mot d'ordre, et qu'il l'a ponctuellement suivi.

L*1KSURRECTI0N OE GÂLICIE (1846). 203

L*en(rëe en campag;ne devait avoir lieu sur tous les points entre le 17 et le 20 février. L'esprit de la population avait été préparé à un soulèvement ; général par des centaines de milliers d'exemplaires d'imprimés sortis des presses françaises et belges, conçus dans l'esprit du radicalisme et du communisme le plus avancé, et qui, en majeure partie, pénétrèrent en Galicie par la voie de Gracovie. Depuis longtemps ce petit État était devenu le repaire d'une active contrebande. Les leçons données au peuple ne tournèrent pas au profit de ses instructeurs. Le moment de l'action venu, les conjurés rassemblèrent les paysans par communes, droit qu'ils purent exercer en leur qualité de seigneurs des terres désignées chez nous sous le nom de domaines, et se présentèrent à eux les armes à la main, décorés des couleurs polonaises. Ils les haranguèrent et leur firent des promesses d'affranchissement de charges et d'impôts, sous la condition que les paysans les suivraient immédiatement.

« Où nous conduirez-vous et au nom de qui faites-vous ces promesses? » telle fut en somme la question que les paysans adressèrent aux conjurés. A leur réponse que c'était au nom de la Pologne rétablie et en leur propre nom qu'ils promettaient les franchises, les paysans répondirent que ce que l'Empereur ne promettait pas n'avait aucune valeur à leurs yeux. On leur déclara qu'il s'agissait de surprendre les chefslieux des cercles, pour s'y emparer des caisses publiques et se défaire de tous ceux qui ne sont pas Polonais; les paysans déclarèrent, en réponse, qu'ils n'entendaient point se laisser entraîner à des actions criminelles. Les conjurés firent administrer alors la bastonnade aux plus récalcitrants, et ce moyen de force n'ayant point agi dans le sens qu'avaient espéré les ordonnateurs, ils tuèrent quelques paysans à coups de pistolet. Cet acte de démence eut pour les masses la valeur d'un signal. Elles se ruèrent sur les agresseurs et les mirent hors de combat. A partir de ce moment, les scènes que je vous ai déjà décrites commencèrent. Telle est la vérité sur les événements, rendus dans toute leur simplicité, et tels qu'ils se sont passés dans la nuit du 18 au 19 février dans le cercle de

Tamow ; c'était précisément celui sur les dispositions duquel la conjuration avait cru pouvoir compter davantage, et dont l'exemple devait rendre 1 explosion générale. La nouvelle de ce qui venait de se passer dans ce cercle se répandit, par les fuyards eux-méme/>, dans les cercles avoisinants, et y amena des scènes d'un caractère moins sanglant parce que les provocateurs à la révolution n'osèrent pas s'aventurer aussi ouvertement que l'avaient fait les premiers dans le cercle modèle. Le pays tout entier est aujourd'hui rentré dans le repos, et ce fait, non moins remarquable que ceux qui l'ont précédé, est tout aussi constaté. Des bandes de brigands s'étaient formées dans le cercle de Sandec, limitrophe du comitat d'Arva. Elles n'ont pas tardé à succomber aux efforts réunis de la troupe et des paysans.

Les événements dans legrand-duché de Posen étant généralement connus, je les passerai sous silence. La situation de ce pays diffère aujourd'hui de celle de la Galicie, en ce qu'à Posen l'explosion n'ayant point eu lieu, les éléments dangereux s'y trouvent encore davantage mêlés à la population paisible, ce qui n'est point le cas chez nous. Ici, la maladie s'est jetée à l'extérieur, différence à laquelle la position géographique des deux pays n'est point étrangère.

Dans le Royaume de Pologne il n'y a eu que de faibles tentatives. Ce Royaume avait été placé par la conjuration au second plan de sou action. Cependant une disposition trèsremarquable du peuple s'y fait également jour. Tout récemment les paysans y ont arrêté des conjurés et les ont conduits dans les chefs-lieux administratifs. Dans ce triste drame, le point de Cracovie n'a joué qu'un rôle ridicule. Occupé à l'improviste par un faible détachement de nos troupes le jour même où l'explosion aurait dû y avoir lieu, les men eursont été dérangés dans leurs plans. Les autorités et la force armée régulière de Cracovie ayant ensuite évacué la ville en même temps que nos troupes, .celle-ci a été livrée à des faiseurs d'un ordre subalterne, qui chaque jour se culbutaient l'un l'autre.

Après vous avoir présenté dans un court aperçu le tableau de la vérité historique sur les événements les plus récents, je

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