‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 42 sur 96 · RÉFLEXIONS SUR LA SITUATION EN GALICIE · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LA SITUATION EN GALICIE

remèdes doivent dès lors être trouvés, car le corps social n'est pas destiné à périr par suite de la fiaiblesse ima{j[inaire de certaines positions gouvernementales. Que les émigrés soient rappelés à Tordre, qu'ils soient réduits à user du droit d'asile et soumis dès lors aux devoirs que ce droit impose à ceux qui en profitent. La conspiration flagrante, la sortie et la rentrée des pays où ils se trouvent doivent-elles être laissées libres aux émigrés qui se vouent au métier de partisans et de forbans? Faut-il que la surveillance de l'étranger sur les émigrés remplace celle du pays où ils résident? Car où en serait la société, si elle était privée de surveillance? Tout cela réclame des remèdes, et s'il était besoin d'en prouver la nécessité absolue dans l'intérêt même des gouvernants qui accordent l'asile, j'en trouverais la preuve dans le simple feit des embarras dans lesquels se serait trouvé le Gouvernement français, si la disposition de la population galicienne eût été autre qu'elle ne Ta été en effet. Est-ce aux dispositions de populations placées à plusieurs centaines de lieues des frontières de son propre pays {|ue ce Gouvernement serait disposé à abandonner le règlement de ses propres destinées?

Veuillez, Monsieur l'ambassadeur, placer la présente dépêche sous les yeux de M. Guizot et même sous ceux du Roi*.

REFLEXIONS APHORISTIQUES SUR lA SITUATION EN GALICIE. (Notes autographes de Metternich, destinées à un usage officiel.)

1545. La Galicie se trouve dans une grande agitation; quelle en est la cause?

Il faut chercher les raisons de la situation actuelle de cette province dans Tesprit révolutionnaire qui s'est déchaîné sur toute l'Europe, et dans des faits particuliers au pays.

« Voir « Sur le droit d'asile », n»" 1546 et 1547.

{Noie de F Éditeur,)

vu. U

SIO HEGUEIL DE DOCUMENTS (1833-1848).

Appliqué directement aux différentes parties dont Tensemble constitue l'ancienne Pologne, Tappel au rétablissement de la nationalité polonaise violemment supprimée a la valeur d'une formule magique que la faction radicale exploite pour poursuivre la réalisation de ses projets, qui tendent à bouleverser tout ordre de choses légal.

Les causes particulières de la situation de la Galicie se trouvent dans Thistoire du pays, dans son degré de culture, dans la situation morale et matérielle des propriétaires et des tenanciers, et dans Tinfluence que cet état de choses exerce sur les rapports des deux classes entre elles; enfin dans le plus ou moins de vigueur que déploie le Gouvernement.

Quant à Vidée de nationalité, dont ou se sert comme d'une formule magique, elle n'a pour base que Vidée générale, irréalisable dans la pratique, du respect des nationalités.

L'idée pratique contenue dans le mot nationalité est plus restreinte; dans aucun Empire elle n'est plus respectée que dans l'Empire autrichien.

L'école révolutionnaire s'applique toujours à défigurer des idées justes en elles-mêmes, en leur donnant une extension illimitée, et, par suite, s'efforce d'en tirer parti pour la réalisation de ses vues. Par là elle recrute des adeptes parmi les esprits dévoyés et s'assure l'avantage d'une libre interprétation. Elle se permet également de poser en même temps des principes opposés ; elle ne peut rien y perdre, car elle fait son profit de tout ce qui embrouille les idées, excite les passions et est de nature à amener le désordre matériel par le désordre moral.

C'est ainsi, par exemple, que l'école révolutionnaire représente à la fois chez tous les peuples le principe des nationalités, qui tend à les séparer, et celui de la fraternité, qui tend à les unir. L'un aussi bien que lautre sont des mensonges dans le sens de l'école. Le siège de la Révolution n'est pas en Pologne, mais en France. La Pologne n'est qu'un entrepôt, qu'une succursale de la grande société révolutionnaire dans laquelle les émigrés polonais comme ceux d'autres pays ne sont que les instruments du radicalisme français et finissent même par

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équivaloir, entre les. mains du Gouvernement français, à des ateliers et à des armes.

L'exercice du droit d'asile grève annuellement le Trésor public français de plusieurs millions. Mais le Gouvernement n'en est pas moins prêt à ouvrir les portes de la France à tous les réfugiés et bannis polonais. S'il est certain que cette conduite ait pour cause première l'impossibilité de résister à certains préjugés en matière de nationalité, il est vrai, d'autre part, que la politique équivoque, mais traditionnelle, de la France n'est pas sans influence sur le feit menaçant dont je parle. C'est une arme à deux tranchants, sur laquelle glissent facilement les convoitises françaises.

Le pohntsme n'est qu'une formule, un mot derrière lequel se cache la Révolution sous sa forme la plus brutale ; il est la Révolution elle-même, et non pas une fraction de celle-ci; c'est ce que prouvent les manifestations connues de l'émigration polonaise. Le polonisme ne déclare pas la guerre aux trois puissances qui sont en possession du ci-devant territoire polonais; il la déclare à toutes les institutions existantes, il prêche le renversement de toutes les bases sur lesquelles repose la société; le combattre n'est donc pas la tâche des trois puissances seulement, c'est un devoir qui sMmpose à toutes.

Il trouve de l'écho en France, parce que, outre le côté révolutionnaire, le côté politique est favorable aux idées de ce pays. L'esprit français n'est pas conservateur; il est conquérant, et, conformément à cette tendance, la restauration de la Pologne doit placer l'est du continent européen sous l'influence exclusive de la France, de même que l'influence française est déjà prépondérante dans l'Ouest. L'exécution d'un plan pareil doit rencontrer nécessairement de grandes difficultés, si elle ne se heurte même pas à une impossibilité absolue; c'est ce que ce projet a de commun avec tous ceux dont l'étendue est aussi vaste. Ce serait dénier tout sens pra-

tique à ceux qui exercent le pouvoir en France que d'admettre qu'ils ne sentent pas cela. Mais le résultat final leur importe peu ; les moyens destinés à réaliser même l'impossible ne répugnent pas à Tesprit français, car ils paralysent les défenseurs des principes conservateurs et restreignent leur influence sur les pays qui sont placés sous la main du Gouvernement français.

Dans le cas présent, il n'est pas question de la nationalité polonaise^ mais de la prépondérance politique française. On sait ce que les Français entendent par le respect de la nationalité; témoin TEmpire de Napoléon, sous lequel Rome et Hambourg devinrent des villes frontières françaises, et dix à douze millions d'Allemands et d'Italiens furent déclarés Français, prétention qu'on n'a jamais vu l'Autriche élever en sa faveur vis-à-vis d'autres nationalités. Le changement des dénominations , cette manière de jouer avec les mots , n'a jamais été du goût de la Monarchie autrichienne; jamais elle n'a donné le nom di Allemands à des Hongrois y à des Italiens, à des Polonais; au contraire, sa sollicitude s'est pointée sur la vie en commun de races différentes, unies par le même lien politique, qu'une action réciproque rend salutaire. Et c'est à l'Autriche que la France ose prêcher le respect des nationalités !

Si l'on quitte le terrain politique pour placer la question du jour sur le terrain gouvernemental, la situation se présente sous l'aspect que voici :

1* Qu'est-ce que les circonstances commandent de faire pour la Galicie ?

S'* Quelles sont les considérations que le Gouvernement ne doit pas perdre de vue relativement au contre-coup que les mesures prises à l'égard de la Galicie pourraient avoir sur les autres parties de TEmpire?

Ad 1. Au double point de vue de la position géographique du pays et du chiffre élevé de sa population, la Galicie occupe une place importante parmi les États de l'Empire.

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Ad 2. Sa nationalité, si Ton prend ce mot dans son véritable sens, ne constitue pas une difficulté pour rAutriche. Bien qu'elle augmente le chiffre de la population slave, il n'en est pas moins vrai qu'en temps ordinaire cette race se subordonne facilement à l'élément allemand, qui est le principe civilisateur, et Ton peut bien dire que dans une période d'agitation générale comme celle-ci, il est impossible d'affirmer positivement quelle est, parmi les nationalités en mouvement, celle qui se montre le moins menaçante.

Le moyen de fondre la Galicie avec la Monarchie ne pouvait être cherché, à partir de la prise de possession de cette province, qu'en consultant Tintérétbien entendu de ce pays. On a beaucoup fait à cet égard, et, si l'on n'en avait pas eu la preuve, les événements des dernières semaines la fourniraient.

Que reste-t-il encore à faire? C'est là le véritable problème du jour; aussi le Gouvernement s'en occupe-t-il. Si donc je me permets d'en parler ici, c'est que j'ai l'intention, non pas de soulever la question considérée d'une manière générale, mais de traiter quelques points spéciaux que je vais examiner brièvement :

a) La division de la Galicie en deux Gouvernements, sous le nom de Galicie occidentale et de Galicie orientale,

La nature et la population elles-mêmes semblent indiquer cette division par le cours de la Saun. La race qui habite la rive occidentale est celle des Mazures; celle qui occupe la rive orientale est celle des Rusniaques; toutes deux sont séparées par le culte et par les mœurs.

Lemberg est situé à une grande distance de la capitale de TEmpire et même des cercles extrêmes de l'ouest de la Galicie; ainsi que les derniers événements l'ont montré, il en résulte facilement des inconvénients qui, en fin de compte, révèlent un manque de force gouvernementale,

b) La construction de places fortes. Un pays qui compte plus de cinq millions d'habitants, qui est exposé à des agitations intérieures et qui a une longue frontière commune avec un Empire comme la Russie, ne peut subsister longtemps sans avoir des points fortifiés.

c) La création (Tune gendarmerie. L'expérience a prouvé, dans tous les pays où elle existe, Tutilité de cette institution, qui a été créée dans le but de défendre et d'assurer la sécurité publique. Sans le concours de la gendarmerie, le repos intérieur ne serait pas possible en France ; c'est elle qui offre aux États italiens le seul moyen dont ils disposent pour garantir Tordre. En Prusse et dans tous les États allemands, la gendarmerie rend les mômes servic3S, et si on la considère au point de vue financier, elle offre des moyens d'économie par la possibilité de réduire Teffectif de Tarmée permanente en temps de calme et même en cas de demi-agitation.

Du reste, nous avons déjà un corps qui, selon moi, serait de nature à pouvoir être transformé en gendarmerie; ce corps, c'est celui des douaniers.

Ne pourrait-on, ne devrait-on pas essayer en Galicie une transformation de ce genre, en tenant compte de tout ce que commande la situation? Les douaniers ont, dans les derniers temps, rendu de grands services, comparables à ceux que peut rendre la gendarmerie. Pourquoi ne pourraient-ils pas continuer à en rendre de pareils ?

d) Ce qu'il & ut à la Galicie, c'est le développement de Yélément germanique.

Par ce développement, je n'entends pas ce qu'on veut dire d'ordinaire par le mot germaniser. Une race ne peut se trans^ former qu'à la longue, sous Tempire de circonstances toutes particulières. Il faut chercher le développement de l'élément germanique en lui-même, dans l'influence qu'il exerce par son prestige, par la civilisation dans le vrai sens du mot. Les moyens d'arriver à ce but consistent à fevoriser l'acquisition de terres domaniales par des Allemands, à relever la bourgeoisie allemande, à propager l'usage de la langue allemande par l'enseignement et par d'autres voies.

e) L'institution des états provinciaux doit être soumise à une révision en Galicie.

Si ce pays reste placé sous la direction d'un gouvernement unique, le Souverain qui a honoré les états de Galicie de nombreuses marques de confiance que ceux-ci n'ont pas justi-

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fiées, pourrait être convaincu qu'il est impossible de leur accorder la même confiance qu*autrefois. Si, au contraire, le pays est placé sous la direction de deux gouvernements différents, cette mesure suffira pour amener la dissolution du corps actuel des états gtiliciens et pour en motiver la réorga* nisation.

f) J'ai déjà parlé de la nécessité qui s'impose au Gouvernement de renforcer l'élément germanique en Galicie. Je n'hésite pas à rappeler un fait dont Sa Majesté peut s'autoriser pour arriver plus facilement au but à poursuivre. L'ancien duché d'Auschwitz (Oszwiecin) et Zator formait une partie intégrante de la Silésie, et, par suite des négociations de 1815, il figure comme tel au nombre des territoires de la Confédération germanique.

Dans le cas où Votre Majesté partagerait la Galicie en deux gouvernements, il se poserait la question de savoir quelle serait la ville qui conviendrait le mieux pour le siège du gouvernement de la partie occidentale de la province. Il me semble que \e centre le plus avantageux serait Teschen. Si l'on réunissait de nouveau le duché d'Auschwitz et Zator à la Silésie, le cercle de Wadowice serait atteint par ce changement, et le gouvernement qui établirait son siège à Teschen pourrait prendre le nom de gouvernement de la Silésie et de la Galicie occidentale^ par quoi la dénomination de gouvernement de Moravie et de Silésie se trouverait restreinte à la première de ces provinces.

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