SUR LE DROIT DASILE
doivent résulter, pour la vie des États et les relations internationales, du désordre créé par les émigfralions constituées en Gouvernements nationaux et se gérant comme tels.
Ce qui doit souffrir d'un tel état de choses, ce sont les relations entre les Gouvernements véritablement existants et entre les pays à la tête desquels ils se trouvent placés. Je ne puis à cet égard rien rabattre des appréhensions que j'ai consignées dans ma dépêche du 18 mars dernier. Il ne dépend pas de ma volonté d'accueillir ou de repousser ces appréheu* sions; elles tirent leur source d*une profonde conviction. Ce n'est pas de la politique que je fais, mais de la législation sociale; j'ai déjà trop souvent exposé M. Guizot à l'ennui de me lire, pour ne point l'avoir convaincu qu'en distinguant entre ces deux matières, je suis loin d'accorder à la politique la prééminence parmi les premières conditions de la vie des États.
Ce que je ne mets pas en doute, c'est que le sort réservé aux émigrations s'accomplira comme celles-ci le méritent. Elles s'useront par leurs propres excès et par les secours que leur prêtent leurs complices dans Fœuvre des bouleversements, soit dans leur patrie, soit dans les pays qui leur servent d'asile. Cette destinée s'accomplira plus ou moins lentement, mais elle est conforme aux lois de la nature. Ce qui est également conforme à ces lois, c'est qu'il faut s'attendre encore à bien des calamités avant que le sort des émigrations s'accomplisse. Cette triste perspective a, d'un autre côté, la valeur d'un appel à tous les Gouvernements de ne point reculerdevant le danger, de se rendre compte de leurs droits et de leurs devoirs, et de ne point fléchir dans Taccomplissement de ces devoirs devant des factions ennemies de leur existence et du repcs des peuples.
Mctternicb h ThQm, à Paris (E. D.). Vienne, le II avril 1846.
1547. Je n'ai reçu le rapport de M. le comte Apponyi, en date du 28 mars, que le surlendemain du jour où M. le comte de Flahault m'a donné lecture de la dépêche de son chef, qui forme le sujet de ma précédente dépêche. Si je re-
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grette le retard éprouvé par l'envoi ou l'arrivée de ce rapport, ce n^est pas que son contenu soit de nature à influer sur mon expédition de ce jour.
Ma précédente dépêche renferme tout ce que je puis vous dire de Timpression que j'ai reçue en prenant connaissance de la dépêche de M. Guizot à M. le comte de Flahault^ je consignerai dans ia présente les remarques qui me sont suggérées par Tentretien que notre ambassadeur a eu avec M. le ministre des affaires étrangères. Je ferai d'abord observer que M. Guizot n'a point saisi toutes mes paroles selon l'esprit qui me les avait dictées. Rien dans ma dépêche du 18 mars ne portait le caractère d'une récrimination : c'était tout simplement l'exposé d'un mal fort grave, l'expression du sentiment que j'ai d'un mal sérieux, du sentiment de l'existence d'incontestables nécessités; c'était enfin la manifestation du regret que j'éprouve en voyant les nombreuses difficultés qui entravent remploi des remèdes véritablement efficaces. Gomme M. Guizot et moi nous sommes d'accord sur les principes aussi bien que sur les embarras de la situation, ce n'est donc pas sur le fond des questions, mais bien sur le sens attrib ué à mon travail du 18 mars, que peut porter ma remarque. M. Guizot a dit à M. le comte Apponyi qu'il trouvait de l'exagération dans le tableau que j'ai tracé. Cette observation ne peut porter sur les points à l'égard desquels il existe entre ce ministre et moi une entière conformité de sentiments; il faut donc qu'elle se rapporte aux conséquences qui me paraissent devoir résulter du mal existant, s'il devait rester abandonné à lui-même et ne trouver un terme que dans l'extinction que je lui présage dans ma dépêche n* 1 de ce jour. Les limites étroites d'une dépêche ne me permettent pas de développer tout ce que je pense du mal qui vient de se montrer au grand jour, et rien n'est inutile comme les raisonnements là où le mal fait des progrès. L'un des plus graves dano^er» que court la tranquillité politique et administrative des États dans la position actuelle est le soulèvement des partis désorganisateurs sous le drapeau des émigrations. Si le sort, — et c'est à lui que j'en attribue le mérite, — n'avait point aussi mal inspiré l'émigration polo-