SUR LE DROIT D*AS1LE
naise lors de sa récente entreprise, dans quel état se trouverait aujourd'hui l'Europe ? Ce n'est pas à un homme d'État tel que M. Guizotque j'ai besoin d'expliquer mon sentiment à ce sujet. La rage qu'exhalent aujourd'hui les organes de la presse quotidienne suffit sans doute pour démontrer que je ne me trompe pas sur la cause d'un courroux qui, heureusement pour le corps social, est exaspéré par un coup manqué ! L'esprit de fection, qui suit les directions les plus di£Férentes et même les plus opposées, se sentira-t-il abattu par la marche des événements? Certainement non; il ne pourra, d'après les lois de sa nature, que devenir encore plus irritable et plus exalté.
Le mot de reproches n'est point applicable à mon travail du 18 mars; il n'en renferme pas une trace, ni dans ma pensée, ni dans les expressions dont je me suis servi. Je connais les embarras de la situation, et ce serait m'égarer que de vouloir en faire la matière d'un reproche. Nous ne demandons pas à d'autres Gouvernements ce que nous ne nous reconnaîtrions pas la faculté de leur accorder de notre part. Nous ne leur demandons pas de renoncer à l'exercice du droit d'asile; nous leur demandons de faire ce que, de notre côté, nous regardons comme un devoir : c'est-à-dire, d'empêcher que ce droit ne souffre par des abus provenant non des Gouvernements qui accordent cet asile, mais des réfugiés qui en profitent. Les Gouvernements n'étant pas et ne pouvant être responsables des actions individuelles des citoyens, la responsabilité de ces derniers doit exister devant les lois. Vouloir exempter les émigrés de ce genre de responsabilité, ce serait leur créer une position tellement privilégiée, qu'elle leur assurerait bien plus d'avantages qu'aux nationaux et aux étrangers paisibles, et deviendrait incompatible avec les rapports internationaux.
M. Guizot s'est expliqué vis-à-vis de M. le comte Apponyi sur l'arrivée des réfugiés en France et sur les embarras qui en résultent pour le Gouvernement et pour le Trésor. Nous comprenons cette double gêne, mais l'Autriche n'y est pour rien. Notre législation ne connaissant pas le bannissement, parmi tous les sujets de l'Empereur qui se trouvent dans les rangs
des émigrés à Tétranger, il ne se trouve pas un seul expulsé!
Les sujets autrichiens qui se trouvent dans leurs rangs sont des individus qui s'éloignent de leur patrie, ou pour se soustraire à Taction des lois, ou bien pour conspirer plus facilement que sans doute ils ne pourraient le faire sous les yeux de Fautorité de leur patrie.
Telles sont, Monsieur, les remarques que m'a suggérées le rapport de M. le comte Apponyi du 21 mars. Veuillez porter à la connaissance de M. Guizot la dépêche précédente, ainsi que la présente.