SUR LA PRESSE
1548. Mettemich au baron de Ganiu, ministre de Cabinet prussien (Lettre). Vienne, le 16 avril 1846. — 1549. Sur la création d'une haute commission de censure en Autriche. (Notes autographes de Mettemich.)
1548. J'expédie aujourd'hui à M. le comte de TrauttmansdorfF notre dernier travail sur la question de la presse*. Dious ne pouvons dire à nos confédérés plus ni autre chose que ce que vous lirez. Vis-à-vis de vous, je puis toutefois ajouter encore un commentaire à ce qui a été dit. Ce commentaire, le voici en quelques mots :
La presse est une force ; or, les forces ont besoin d'être réglées. C'est donc là le point dont il s'agit.
Nous avons la ferme conviction que la presse ne peut être contenue que par des mesures préventives, et que la répres-
* Après que la Prusse y eut donné son adhésion, ce travail reçut la forme d*une dépèche circulaire aux missions accréditées auprès des Cours d* Allemagne ; on y exposait à ces dernières la nécessité de revenir, relativement aux feuilles quotidiennes et aux brochures, ainsi qu*aux livres comprenant moins de vingt feuilles, à l'application rigoureuse de la loi fédérale de 1819, et, relativement aux mesures répressives à prendre au sujet de livres comprenant plus de vingt feuilles, de veiller à ce qu'il y eût partout une loi pénale positive et efficace, avec des tribunaux offrant toutes les garanties voulues au point de vue de Tapplication juste et impartiale de cette loi.
{Note de VÈdilcur,)
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sion est un moyen d'action tout à fait illusoire, parce que, quand elle s'exerce, elle atteint non le produit, mais le producteur, c'est-à-dire celui dont le châtiment ne diminue en rien le funeste effet du produit. Pour faire comprendre notre idëe, je la transporte sur le terrain de la sécurité civile, et je demande si celle-ci pourrait se concevoir comme possible en admettant seulement le pouvoir qui a le droit de punir et en écartant ceux qui ont pour mission de protéger^ On punit les voleurs et les assassins quand ils ont volé ou tué ; doit-il pour cela n'y avoir ni police ni gendarmes? Cne loi, même draconienne, qui condamnerait à la peine de mort ou, suivant les circonstances, aux travaux forcés le propriétaire ' d'une maison dans laquelle éclaterait un incendie, une loi pareille pourrait- elle remplacer une bonne organisation de pompiers?
C'est là de la polémique, dira-t-on peut-éire ; tenons-nousen à la pratique. Je suis prêt à le faire, et je me place sur ce terrain. Je ne connais ni en Angleterre ni en France un homme d'État qui ne considère la liberté de la presse, cette liberté qui, d'après sa nature, ne peut être que la licence pure et simple, comme un mal dont l'étendue et les conséquences sont incalculables. La question présente encore un autre côté, qui répond à mon sens pratique, et que je définis en exprimant ma conviction que toutes les mesures qui participent du juste milieu entre la vie et la mort , et qui constituent, par conséquent, un état de langueur mortelle, sont impuissantes à devenir le point de départ de lois normales, et qu'elles peuvent tout au plus être considérées comme des expédients commandés par la nécessité et par cela même condamnés d'avance. Je considère comme des mesures normales la proclamation de la liberté de la presse ou le contraire. Dire : « La presse est libre, sauf ses restrictions », c'est dire une absurdité, comme le serait cette déclaration à un tiers : « Tu peux faire ce que tu veux, à l'exception de ce que tu ne dois pas faire. » Ce qui s'entend de soi-même n'a pas besoin d'être appris, et quand un Gouvernement laisse se commettre une pareille faute, on peut toujours lui reprocher un sentiment de
faiblesse qui toui^oe à Fayantage de ses adversaires. Dans la question de la presse, FAngleterre et la France sont placées sur des terrains tout à fiait différents. L'Angleterre s'est bien gardée de fiaire jamais une lot sur la presse; Louis XVIII en a fait une, et elle est entachée du vice capital dont j'ai parlé; lorsque le pacte fédéral qui unit les membres du corps germanique a été conclu, j'ai lutté et j'ai été secondé par tous ceux qui reconnaissaient ce qu'il y avait de peu pratique dans la chose. Mais on a fait entrer l'invention française dans l'acte fédéra], et les inconvénients qu^une expérience de trente et un ans révèle aujourd'hui montrent quelle en est la valeur.
Mais il n'est pas question de tout cela ; parlons du modo agcndi.
Nous ne pouvons pas proposer à nos confédérés ce que nous regardons comme absolument incompatible avec l'existence de la Confédération, et nous ne le ferons jamais. Ce que nous considérons comme tel, ce serait la proclamation de la liberté illimitée de la presse ou celle de la restriction de la liberté de la presse quotidienne et des brochures au moyen de mesures répressives. Que même des Gouvernements allemands d'une certaine importance veuillent continuer d'essayer de procéder ainsi contre des imprimés comprenant plus de vingt feuilles, je l'admets. Mais je leur garantis que l'expérience leur donnera tort; je le dis de toute la force de ma conviction. Là où l'on ne trouve pas de censeurs, on trouve encore moins des magistrats pour juger des délits de presse, car l'office de juge est bien plus difficile à remplir. Il vaut bien mieux déclarer la presse irresponsable, et ramener la responsabilité aux principes que renferment tous les codes qui régissent les rapports des particuliers entre eux. Sans doute, sous le régime de la répression , il ne saurait être question d'offenses contre tÊtat dont on relève ^ ni contre d'autres États; car il est au-dessous de la dignité des États de se plaindre, et l'offenseur peut invoquer en fieiveur de sa cause l'idée de la liberté des opinions individuelles, par conséquent un droit naturel à rhomme !
Si le Gouvernement prussien partage notre conviction, la question de la presse peut encore trouver une solution acceptable
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dans la Confédération, Dans le cas contraire, la tentative d'aujourd'hui n'aboutira pas même à ce demi^résultat.
Vous trouverez , mon cher général , dans la franchise avec laquelle j'exprime cette opinion, un nouvel exemple de la manière dont je conçois les affaires. Je ne sais pas me bercer d'illusions, et ce que je pense, je me crois toujours obligé de le dire sans détour, non sur la place publique, mais dans Tinlimité.