‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 48 sur 96 · COMMENCEMENT DE MÉSINTE LLIGE71CE AVEC LA SARDAIGNE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DE MÉSINTE LLIGE71CE AVEC LA SARDAIGNE

1550. Metternich à Buol, h Turin (E. D.). Vienne, le 29 roail846. -^-1551. Metternich à Buol, à Turin (E. D.). Vienne, le 29 mai 1846. — 1552. Metternich k Buol, à Turin (Lettre confid.). Vienne, le 29 mai 1846. — 1553. Metternich à Buol, à Turin (D.). Vienne, le 26 juin 1846.

1880. Le bruit gënéralemeot répandu d'un changement qui serait survenu dans le système politique de la Cour de Turin, aurait pu être pour moi un motif d'écrire à ce propos à Votre Excellence; je m'en suis abstenu, parce que la voix de ma conscience m'a défendu d'attacher à ces bruits assez de valeur pour justifier une pareille démarche. Aujourd'hui, une considération particulière, minime en apparence, mais dont les conséquences ont une certaine portée, me fait regarder comme un devoir de vous adresser la présente dépêche. Afin de vous mettre à même de comprendre ma pensée sans réserve aucune, je vous prie de regarder le sentiment de pleine confiance que nous vouons au Roi Charles-Albert, non-seulement comme le point de départ de mes explications, mais même comme renfermant le motif de ma démarche. On ne parle que pour être compris, et l'on n'est vraiment compris que par ceux dont l'esprit suit la même direction ; je prouve donc, par la démarche que je fais aujourd'hui, à quel point je suis convaincu d'être compris à Turin.

Cela dit, je me sens à l'aise pour aborder le sujet dont j'entends vous entretenir. Il se compose de questions de fait et de considérations sur les conséquences forcées de ces faits.

Quant aux faits, celui que je place en première ligne, c'est le mouvement dans lequel se trouve engagé le corps social dans toutes les directions, morale, religieuse, législative et politique; en un mot, dans toutes les directions dont l'ensemble compose la vie sociale. Considérée sous le point de vue de l'inQuence exercée par l'intensité de ce mouvement, l'Europe est partagée en plusieurs régions. Sous ce rapport,

il se trouve que la partie occidentale du contineot européen a subi des transformations dont la Révolution française a été le point de départ et le prototype; par contre, lltalie et les grandes Monarchies, dans la partie orientale de TEurope, ont su jusqu'à cette heure résister à un bouleversement qui est à la fois la condition et la conséquence forcée de la transformation des États. Quant à rAUemagne enfin, elle se trouve dans une situation que Ton pourrait appeler mixte, attendu que dans plusieurs des Etats qui composent la Confédération germanique, Taction souveraine a subi des modifications restrictives.

Ce point établi, il devient possible d'observer Tinfluence qu'exercent sur les divers États de l'Europe les partis entre lesquels est divisé le corps social. De ces partis, il en est deux qui méritent par-dessus tout de fixer les regards; Tun est conservateur, l'autre destructeur, et je n'hésite pas à comprendre dans cette dernière classe toutes les tendances, quelles que soient leurs intentions, qui amènent de fait la destruction.

Notre Empire, Monsieur le comte, peut ajuste titre se regarder comme placé à la tète de la phalange du parti conservateur, et nous ne croyons pas qu'en élevant cette prétention, nous soyons exposés au reproche d'ambition ou h celui de nous faire illusion. Le premier de ces reproches manquerait de base, car les principes que nous professons ne s'appliquent pas à nous seuls; chaque puissance peut les professer et agir en conséquence, quel que soit son régime intérieur, pourvu que ce régime renferme des conditions de durée. Quant à la supposition que nous puissions nous livrer à des illusions sur la situation morale et matérielle qu'occupe notre Monarchie, il nous suffit d'arrêter nos regards sur le travail que les partis révolutionnaires dirigent contre notre puissance pour nous prouver que nous ne nous trompons pas.

L'instinct dont les partis sont doués vaut mieux, en règle commune, que l'esprit qui les guide, et c'est dès lors leur instinct que nous consultons pour savoir à quoi nous en tenir à l'égard de la place que nous occupons.

Page 1