MÉSINTELLIGENCE AVEC LA SARDAIGNE
Ce n'est pas à un Cabinet éclaire comme Test celui de Turin que je pourrais avoir la prétention de rien apprendre par ce que je viens de vous dire, et tout aussi peu par ce que vous allez lire. Aussi ai-je un tout autre but ; je désire obtenir des lumières de sa part.
L'Italie du mouvement (les dénominations de libérale, radicale, progressiste, ne comptent pas pour nous] tourne depuis quelques semaines ses regards vers la Cour de Sardaigne. Le fait est certain; quelles en sont les causes? C'est ce qu'il nous importe de savoir au juste ; et c'est afin d'éclaircir la situation que nous nous adressons sans détour à cette Cour elle-même, car, plus que toute autre autorité, elle a le droit et l'intérêt de connaître la portée du phénomène, et nous vouons une confiance entière à l'esprit qui dirige son Cabinet.
Nous découvrons sans effort deux causes qui exercent une influence naturelle sur la situation. L'une de ces causes, c'est l'a vertement du plan dont la faction révolutionnaire, prise dans son grand ensemble, avait confié l'exécution à la partie la plus avancée de l'émigration polonaise, et dont le but principal était d'engager les forces matérielles des trois grandes puissances conservatrices dans l'intérieur même de leurs domaines, afin de disposer librement du concours des partis subversifs dans la péninsule italienne. Ce plan n'est pas un secret; quoique élaboré dans le mystère des clubs, il n'y est pas resté enfermé; il a été conçu sur une vaste échelle; le projet a eu un commencement d'exécution, mais il a échoué. Un fait sur lequel il serait impossible de se faire illusion, c'est que, si le soulèvement tenté dans le grand-duché de Posen et en Galicie avait pu se soutenir et gagner le Royaume de Pologne, une insurrection en Italie en eût été la suite immédiate. L'événement ayant déçu les espérances des auteurs de ce plan, la faction ne se regarde pas pour cela comme battue ; il est de son intérêt évident qu'il n'en soit pas ainsi. De même qu'un joueur qui n'a rien à perdre et qui espère beaucoup gagner ne renonce pas au jeu à la suite d'une partie perdue, les factieux ne se retirent pas du champ de bataille après une défaite; ils s'occupent de recueillir les moyens d'engager une nouvelle partie, et
les moyens qu'ils ne trouvent pas en eux, ils cherchent à se les procurer par d'autres voies.
Ce mode de procéder n'est pas plus ignore à Turin qu'il ne l'est à Vienne et par un Gouvernement quelconque. Le Gouvernement piémontais doit savoir tout ce que nous savons ; il sait dès lors qu'il s^est opéré une fusion entre les diverses émi- ^ations, et qu'elles forment une de ces confraternités naturelles entre les hommes animés d'un esprit de convoitise et de destruction, qui finit par ne plus rien respecter et ne recule devant les conséquences d'aucun genre de désordre et de menace.
Au milieu de ce grand mouvement, plusieurs circonstances sont venues donner à la faction l'espoir, — je me permets, sans crainte de me tromper, d'avancer qu'il est mal fondé, — que la Cour de Turin aurait fléchi dans ses principes conservateurs.
Ces circonstances, je puis me dispenser, Monsieur le comte, de vous les signaler, ce qui ne m'empêche pas de les regretter vivement. Elles ont fait une sensation trop générale dans la Péninsule pour que vous puissiez les ignorer, et s'il était besoin d'une preuve qu'elles sont connues au delà des Alpes, vous la trouveriez dans le court article ci-joint dh l'un des orga nés les plus avancés de la presse française réputée libéraie.
La position qu'occupe notre Cour est invariable, et nous ne pourrions l'abandonner sans amener notre propre ruine et avec elle bien d'autres qui en seraient la conséquence. Ainsi placés, notre Cabinet, et avec nous tous les Gouvernements qui savent que les feux calculs deviennent des causes de perdition, doivent sentir toute l'importance de se rendre un compte exact des réalités. En vous indiquant ainsi le point de départ du présent travail, il me reste à marquer celui de l'arrivée.
L'Europe est placée en présence d'un fait; ce fait est plein d'inconvénients et, s'il n'y est porté remède, de dangers. Le fait, c'est l'opinion, accréditée chaque jour davantage en Italie par les soins mêmes de la faction révolutionnaire, que la ligne de
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conduite suivie jusqu'à cette heure par la Cour de Turin aurait fait place à un système favorable au progrès. Ce que les factions entendent par le prog^rès, ce n^est pas au Cabinet sarde qu'il pourrait être nécessaire de Tapprendre. De cet état de choses naissent d'une part des inquiétudes, et de l'autre des espérances, c'est-à-dire des sentiments opposés de leur nature, mais qui en pratique tournent exclusivement au profit du parti désorganisateur. Une telle situation ne peut qu'être maintenue ou corrigée ; les principes communs aux Cours de Vienne et de Sardaigne leur imposent le devoir d'aviser au second de ces modes d'action. La faction abuse du nom de Sa Majesté Sarde; le remède doit dès lors venir de Turin. Aussi, Monsieur le comte, faisons-nous à cet égard un appel aux principes que nous savons être ceux que professe le Roi Charles-Albert.
La question, et toute la question qui fait le sujet de la présente démarche, qui, pour être digne de Cours aussi étroitement unies que le sont celles d'Autriche et de Sardaigne, doit être simple dans ses formes, se résume dans l'expression du vœu que le Roi veuille bien placer la vérité sous le jour qui lui appartient. Lui seul peut le faire; notre concours, — Sa Majesté ne le met certainement pas en doute, — lui est assuré ; mais, pour ne point tourner contre son objet, l'initiative vis-àvis du public ne saurait être prise par nous.
Veuillez, Monsieur le comte, porter la présente dépêche à la connaissance de M. le comte Solar de La Marguerite et, par son intermédiaire, à celle de Sa Majesté Sarde.
Metternicb à Baol, à Turin (E. D.). Vienne, le 29 mai 1846.
1551. Depuis quelques mois, une médaille frappéeà Turin, montrant d'un côté l'effigie de Sa Majesté le Roi Charles- Alberty et de l'autre celles de Dante, de Raphaël, de Colomb et de Galilée entourant un écusson aux armes de Sardaigne et repoussant un aigle réduit aux abois, est devenue l'objet des commentaires les plus divers. Montrée d'abord avec mystère, répandue ensuite avec profusion en Italie, cette médaille était
interprétée par les hommes connus pour l'exaltation de leurs opinions politiques dans le sens de leurs coupables espérances, qui tendent, en déGnitive, à bouleverser ce qui existe pour y substituer je ne sais quelle utopie. Quoique n'ignorant pas tous ces bruits, nous n'y avons pas attaché plus d'importance qu'ils n'en méritent.
Cependant, un numéro d'un nouveau journal qui se publie à Gènes sous ce titre : VEco dei giornali) et que Votre Excellence trouvera ci-joint, m'étant tombé entre les mains, mon attention a été attirée sur un article, soi-disant traduit de l'arabe, où reparaît, parmi d'autres animaux symboliques qui se partagent les membres d'une femme, — l'Italie, — un lion déchirant un aigle, rappelant exactement l'emblème de la médaille en question. De deux choses Tune, Monsieur le comte : ou l'article mentionné n'est d'un bout à l'autre qu'un tissu de non-sens, fruit d'une imagination malade, et par cela même peu fait pour la publication à une époque où les esprits ne sont que trop remués; ou bien il renferme, d'après l'intention même de son auteur, des allusions directes et nullement déguisées aux vœux du parti qui rêve aujourd'hui la prétendue régénération de l'Italie, et qui, considérant notre Empire comme le principal obstacle à la réalisation de ses chimères, prêche du haut des toits la haine de l'étranger. En effet, ce dilemme me paraît tellement palpable, qu'il est permis de b'étonner qu'il ait pu échapper à la vigilance de la censure de Gènes.
La lecture de cet article et de quelques autres qui semblent trahir les mêmes tendances, a fait naftre dans mon esprit les réflexions qui suivent :
La Révolution est un protée qui sait habilement changer de forme suivant les circonstances. La devise qu'elle a aujourd'hui inscrite sur le drapeau autour duquel elle cherche à rallier les masses s'appelle « nationalité». C'est au nom de l'amour de la patrie, en généralisaut ce sentiment si élevé et si légitime en lui-même, et en l'exaltant dans une direction qui le déplace du terrain pratique, qu'elle pousse les populations jusqu'à l'oubli des plus simples devoirs. Si l'on veut savoir ce
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que Talent toutes ces phrases sonores de nationalité lorsque c*est la Révolution qui se charge de les traduire en £aits, qu'on s'arrête un instant aux scènes de douleur qui viennent de couvrir la Galicie de sang et de larmes. C'est là que des insensés, instruits à Técole de P émigration polonaise et exaltant le sentiment de la nationalité jusqu'à l'absurde, ont commencé par méconnaître la voix du Chef de l'Église, dont ils prétendent être les enfants les plus soumis et les plus fermes soutiens ; c'est là encore que nous les avons vus, non contents de lever l'étendard de la révolte contre un Gouvernement qui avait su les protéger contre leurs propres passions anarchiques, recourir à des armes meurtrières d'une nouvelle et infernale invention, pour assouvir leur haine aveugle dans le sang de tous ceux qui n'abondent pas dans leurs utopies. Et lorsque cette criminelle entreprise eut échoué, grâce à la résistance du peuple même, des masses mieux éclairées sur leur véritable intérêt, les apôtres de la nationalité ont déserté le champ de bataille, laissant à d'autres la tâche pénible de refouler dans leur lit les flots agités des populations dont ils avaient euxmêmes déchafné la terrible vengeance, et le soin difficile d'éteindre le vaste incendie que leurs mains téméraires avaient allumé. Voilà les fruits amers que produit le sentiment de la nationalité, ainsi que tout autre sentiment, dès que, vicié par le venin révolutionnaire, il passe à l'état d'une frénésie qui renverse dans son aveugle fureur toutes les bornes de l'ordre, de la justice et d'une saine pratique.
Depuis quelque temps, on ne saurait en disconvenir, une tendance à des exagérations semblables se fait jour en Italie. Le thème favori des déclamations contre l'étranger est varié dans de nombreux écrits portant en tête tantôt des noms obscurs, tantôt ceux de sommités littéraires. Les Gouvernements de l'Italie ne sauraient, à mon avis, accorder une attention trop sérieuse au mouvement qu'on cherche à imprimer à la littérature, car s'il n'était pas sévèrement surveillé et réprimé à temps, il finirait nécessairement par les déborder. Ils ne se laisseront pas, — j'aime à l'espérer, — tromper par les nuages d'encens dont les enveloppent tour à tour certains
écrivains. Ils sont, sans aucun doute, trop éclairés pour ne pas savoir que c'est une tactique par trop usée des hommes de trouble d'endormir dans une £ausse sécurité, en leur prodiguant des adulations, ceux qu'ils ont résolu de perdre, et ne fût-ce que parce que Theure ne manque jamais de sonner où la Révolution, dans l'intérêt même de sou triomphe, doit briser le$ instruments dont elle a eu besoin pour assurer ce triomphe. Je vous prie, Monsieur le comte, de donner confidentiellement lecture de celte dépêche à M. le comte Solar de La Marguerite. Si je livre les réflexions précédentes à son appréciation, c'est que je suis sûr d'être compris par un esprit aussi éclairé que le sien, et que je me plais à compter sur son concours pour combattre, autant qu'il peut dépendre de lui, le mal que je viens de signaler.
MetterDÏcb à Buol, à Turin (Lettre confid.). Vienne, le 29 mai 1846.
1552. Le volume de l'expédition que je vous adresse aujourd'hui devra suffire pour vous prouver la valeur que nous accordons à la situation où se trouve en ce moment la Cour de Sardaigne. Cette situation est regardée par bien des observateurs politiques comme n'ofiFrant rien de nouveau. Ces observateurs comptent au nombre des optimistes, ou ils rentrent dans celui des ignorants. Je ne suis ni pessimiste ni optimiste; je suis tout bonnement un observateur à froid, et c'est en cette qualité que la position se présente à mes yeux comme nouvelle. Comme je tiens à ce que vous me compreniez pleinement, je tâcherai de vous développer en peu de mots les raisons sur lesquelles se fonde mon sentiment.
Je suis loin de regarder le Roi Charles- Albert comme incapable de se laisser séduire. Ce qui, par contre, est certain, c'est que le Roi n'a le choix qu'entre deux systèmes diamé-tralement opposés : entre celui qu'il a suivi jusqu'ici et celui que bien des symptômes semblent caractériser comme étant celui qu'il entend suivre dans un prochain avenir. Le premier de ces systèmes est celui de conservation; l'autre est celui de la crasse révolution
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Le Roi Gfaarles-Albert a suivi le drapeau du libéralisme en 1820; ce drapeau est usé; c^est celui du radicalisme qui l'a remplace. En admettant ainsi Thypothèse que le Roi voulût effectivement quitter la ligne conservatrice, il n^a pas le choix entre les directions subversives ; une seule se présente à lui, c'est celle de la révolution par le carbonarisme. Quelles sont les chances que pourrait lui offrir la carrière du radicalisme? Ces chances sont claires; elles se composent de deux éléments : Vanarchie civile et la guerre politique. Le Roi Charles-Albert peut-il vouloir courir ces chances? Je ne le crois pas.
Mais alors, que veut-il?
Je reg^arde comme possible que Vencens libéral que lui prodiguent de fort mauvais conseillers puisse obscurcir ses yeux et lui faire admettre comme probable que Vordre serait déjà tellement menacé, que la prudence gouvernementale lui commanderait de se ménager un point de retraite dans le cas du danger avéré
Si le Roi a pris son parti, s'il veut la révolution, qu'il se prononce, nous saurons prendre le parti qui nous convient; s'il ne la veut pas, qu'il se prononce contre le mauvais jeu ; nous sommes prêts à le seconder dans ses efforts. Dans Tune comme dans l'autre de ces suppositions, nous saurons prouver que nous sommes en vie.
Expliquez-vous avec une entière franchise avec le comte de La Marguerite. Je suis sans inquiétude sur la marche de son esprit, et je ne mets pas en doute qu'il me voue une égale confiance.
J'appelle votre attention toute particulière sur la nécessité de séparer en deux parties distinctes les suj ets qui composent mon expédition de ce jour. L'une, et je la nomme A^ c'est la grande question politique. L'autre, que je désigne par B, c'est V affaire du traité de 1751 *. Les deux questions n'ont
* Pour mieux faire comprendre la nature du difFérend qui s'était élevé entre l'Autriche et la Sardai(*ne, noud dirons ce qui suit : « La Chambre des finance» Impériale et Royale avait pris un arrêté d*après lequel les vins piémontais devaient acquitter, à partir du 2 mai 1846, à l'entrée en Autriche, un
de leur nature rien de commun entre elles; la liaison qui existe entre les objets ne tient pas aux objets eux-mêmes, mais à leur coïncidence dans la position actuelle. Celle-ci imprime à l'affaire B la valeur d'un prétexte dont la Êiction, dépourvue de moyens matériels, peut vouloir se servir pour faciliter son jeu.
L'af&iire B, réduite à sa valeur intrinsèque, se trouve placée par la note du marquis Ricci dans les termes du retrait de la surcharge du droit sur les vins piémontais, sans réciprocité quelconque de la part du Gouvernement sarde; proposition absurde, et qui ne peut avoir d*autre point de départ que celui de compromettre la dignité de notre Cour aux yeux mêmes de la faction révolutionnaire; fait qui, si nous donnions dans le panneau, serait exploité par elle d<ans bien des directions, en tète desquelles se trouverait le parti qu'elle saurait en tirer pour exalter aux yeux du Roi Charles-Albert les avantages du courage moral. Aussi ne retirerons-nous pas notre mesure dans des termes autres que ceux qui ressortent clairement de ma note en réponse à Tenvoyé de Sardaig;ne. Les termes employés, et Tesprit qui règne dans ma réponse, sont clairement ceux de la raison et de la bienveillance. Des arguments comme celui, entre autres, qui se trouve dans la note piémontaise, savoir, la prétention quun traité pourrait être résilié unilatéralement, pèchent par la base. Tout traité qui ne stipule pas explicitement la réserve du contraire peut être résilié; la résiliation d'un contrat ne peut, d'un autre côté, être unilatérale ; elle exige l'accord entre les parties contractantes. La Cour de Turin désire-t-elle la résiliation des stipulations de ce que dans le traité de 1751, renouvelé en 1815,
droit plus élevé (de 21 lires 25 centimes). Dans cette mesure, qui produisit une impression ti*ès-désagréable sur les producteurs de vin sardes, le Gouvernement de la Sardaigne vit, non sans raison, un acte de représaillps contre le transit gratuit accordé par lui au canton du Tessin pour le sel marin acheté par celui-ci à l'étranger, ce qui était contraire aux dansas d'une convention conclue entre 1* Autriche et la Sardaigne en 1751, confirmée et renouvelée en 1815* Aux termes de cette convention, le Gouvernement sarde avait obtenu le droit de tirer de Venise, par la voie du Lombard- Vénitien, le sel marin nécessaire à sa consommation, à charge pourtant de s'abstenir de tout com-
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elle trouve contraire à ses intérêts du jour? Qu'elle le dise, et qu'elle demande à s'entendre avec nous à ce sujet, on avisera ; mais qu'elle ne fasse pas de la politique révolutionnaire, avant que le Roi se soit déclaré décidé h se mettre à la tète du carbonarisme italien, antireligieux et antisocial. Ce que renferme cette phrase n'est pas étroit, mais logique.
Le point le plus essentiel, c'est que nous voyions clair dans la situation. La pire des températures est celle d'un ou deux degrés au-dessus du zéro de Béaumur; les températures plus élevées ou plus basses valent mieux en tout état de cause. Mieux vaut la glace que la boue. Ne sortez pas de la forme des explications amicales et confiantes* Ma dépêche n* 1 (n* 1550) de ce jour vous indique la gamme. Ce n'est pas à nous, en effet, qu'il appartient de mettre en doute les intentions du Roi Charles-Albert; c'est au Roi que, dans la pire des suppositions, devrait appartenir le soin de nous dire que son règne n'a été que le masque dont s'est couvert le prince de Garignan, arrivé au trône par l'ordre de succession rétabli en sa faveur par l'Empereur François.
Metternicli à BuoI,-à Turin (D.). Vienne, le 26 juin 1846.
IttttS. Le compte que Votre Excellence m'a rendu par son rapport du 9 de ce mois, de l'entretien que le Roi a daigné EToir avec Elle, m'a offert le plus grand intérêt. Aussi ne saurais-je mieux faire que de suivre, dans le présent exposé de l'impression produite sur moi par les paroles de Sa Majesté, la ligne marquée par ces manifestations elles-mêmes.
Ma dépêche n* 1 du 29 mai dernier (n* 1550) reposait sur
merce de nel actif avec le canton du Tessin. Le Gouvernement sarde chargea son envoyé, le marquis de Ricci, de protester auprès du prince de Metternich contre cet acte de représailles, et, comme riposte iudirecie, il publia une ordonnance royale du 30 avril 1846, qui Faisait à la France plusieurs concessions de tarif importantes; toutefois cette mesure n'améliorait guère la situation des producteurs de vin sardes, qui avaient jusqu'alors trouvé un débouché considérable dans la Lombardie, et qui, par suite, attendaient avec impatience le règlement des différends qui s'étaient élevés entre les deux pays. »
{Noie de V Éditeur.)
la base de la pleine confiance que nous vouons au Roi Charles- Albert, Ce sentiment, pour pouvoir exister, doit être complet; il ne peut donc être que le résultat de la connaissance approfondie d'une individualité et de Texpérience. Or, ni Tun ni Tautre de ces éléments ne nous manque. Le Roi, de son côté, possède trop de preuves de ce que pense, cherche et veut la Cour Impériale, tant à Tégard de ses relations avec la Cour de Sardaigne qu'à celui des affaires en général, pour ne point admettre que plus notre confiance dans la fixité de la pensée de Sa Majesté Sarde est entière, plus nous devons attacher de valeur à des circonstances qui, au milieu de la tourmente à laquelle le corps social est en proie, prêtent aux partis désorganisateurs des armes contre le repos public et les défenseurs de Tordre.
Aussi mon expédition du 29 mai dernier a-t-elle porté Tempreinte de ces deux sentiments, que je ne saurais mieux qualifier que par les mots de confiance et de regrets, que je prie de ne point confondre avec des doutes que nous n^avons pas sur ce que veut et ne veut pas le Roi Charles- Albert. Nous ne doutons pas, en efFet, du Roi, mais nous regrettons que des hommes de parti puissent profiter de certaines apparences pour fausser Topinion publique sur la solidité des liens qui, dans le propre intérêt des deux puissances comme dans l'intérêt général, existent réellement entre notre Cour et celle de Sardaigne. Le Roi daigne se souvenir du contact personnel qui a eu lieu entre lui et moi, et qui date de deux époques mémorables que je compte parmi les plus flatteuses de ma carrière publique*. La première de ces époques a précédé Tavénemcnt de Sa Majesté au trône; la seconde a succédé à un nombre suffisant d'années de règne de Sa Majesté pour imprimer à ce règne la couleur franchement conservatrice dont le jeu d'une faction, ennemie du trône sarde comme de toutes les institutions monarchiques, désirerait pouvoir le priver. Vous connaissez trop. Monsieur le
* Voir sur ce sujet la notice Je Metternich, n« 789, dans le tome IV, p. 263 et suivantes. (ZVbfe de V Éditeur, )