‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 50 sur 96 · MÉSINTELLIGENCE AVEC LA SARDAI6NE · texte numérisé non relu

MÉSINTELLIGENCE AVEC LA SARDAI6NE

comte, Fesprit qui jamais ne Fait défeut à notre Cour, pour ne point savoir que ce n'est pas près de cette faction que nous cherchons nos inspirations. Nous puisons nos convictions, à regard de ce que veut et ne veut pas le Roi Charles-Albert, dans la direction que suit Tesprit de Sa Majesté, dans la solidité de sa connaissance des hommes et des choses, dans les actes de son rè{p:ie, et enfin dans les conditions mêmes qui, dans une ère ouverte comme la nôtre à tous les genres de perturbation, rcssortent pour tout Gouvernement de la situation générale des choses. Aussi pourrais-je, sans y ajouter une réserve, me borner à Tassurance que nous trouvons dans les paroles que le Roi vous a chaîné de nous transmettre de sa part, Texpression de notre propre pensée, tant à Tégard des dispositions personnelles de Sa Majesté qu'à celui du plein accord de ses dispositions avec celles de TEmpereur notre auguste Maître. Si je me permets de joindre à Texpression de ce sentiment quelques explications, c'est dans l'intérêt même d'une cause pour le soutien de laquelle il existe une parfeite solidarité entre les deux Cours.

a Ma conduite depuis mon avènement au trône, vous a dit le Roi, est toujours restée conséquente, et ne donne sans doute à personne le droit de croire à un changement dans mes principes. »

Nous sommes pleinement d'accord avec le fatit historique et avec la conséquence que Sa Majesté en tire.

a Jamais, a ajouté le Roi, je n'accorderai de constitution, et jamais je n^en accepterai ni ne m'en laisserai imposer une, de quelque manière que ce soit. » Nous ne mettons pas en doute cette disposition de Sa Majesté; je crois néanmoins devoir entrer dans une explication qui vous rendra parfaitement clair mon sentiment personnel au sujet d'une question à l'égard de laquelle régnent bien des erreurs. Voici ce que je vous condamne à lire, dussé-je même encourir le risque d'être taxé de me livrer à une oiseuse digression. Tout pays a une constitution, car il en est des pays comme des individus, dont chacun a également une constitution, formée par les conditions qui, réunies, sont celles de la vie de l'État ou de l'indi-

vidu. La meilleure constitution sera toujours, pour le pays comme pour Tindividu, celle qui lui est le mieux appropriée, et ce n'est ainsi que comparativement que les constitutions peuvent varier dans leur mérite relatif.

Donner une constitution, c'est dès lors remplacer la constitution existante par une nouvelle constitution. La question étant ainsi posée (et elle me semble ne pouvoir Tétre autrement), j'arrive forcément à examiner la valeur de Tentreprise, et avant tout, à me rendre compte de la chose que doit exprimer en saine lo{^ique le mot constitution. Or, il est clair pour moi que tout ce que peut un législateur, c'est de formuler les bases sur lesquelles le temps pourra seul établir, en les développant, une constitution !

Un Souverain (que le Koi ou le peuple soit le Souverain, peu importe) ne peut formuler qu'une charte, mais non donner une constitution. C'est le temps seul qui , en sanctionnant ou en modifiant la charte, donnera la constitution. Cette vérité, et elle est incontestable, comment ne court-elle pas le monde? La raison du fait est évidente. Les hommes de parti qui réclament des constitutions ne veulent pas, sans oser l'avouer, de celles qui existent; ils proposent la construction d'un édifice nouveau sans parler de la démolition de celui qui existe ; ils craignent de fixer Fattention sur des décombres et sur le temps qui devra s'écouler immanquablement avant que le nouvel édifice puisse offrir à ses habitants un abri assuré.

Ce n'est, au reste, pas une constitution, mais V introduction du système représentatif moderne, que demandent les novateurs quand même du jour.

Ce système, quelle est sa valeur? La question mérite que l'on s'en rende compte , et ne nous étant point refusés à remplir cette tâche envers nous-mêmes, voici le résultat auquel je suis arrivé.

Le système représentatif moderne est, dans son point de départ, une erreur des prétendus philosophes du dix-huitième siècle, de ce siècle plein de misères morales et matérielles, et dans son application, il n'est qu'un leurre.

L'erreur des premiers promoteurs du système a reposé sur

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