MÉSINTELLIGEMCE AVEC LA SARDAIGNE (1846). S
une prétendue pondération des pouvoirs, telle que celle qui constitue la base du régime de la Grande-Bretagne , sur une pondération dès lors illusoire, et cela bien particulièrement à Tépoque où Montesquieu s'est présenté comme le fondateur de ce qui plus tard a pris le nom d^école anglaise. Le leurre, dans la pratique des doctrines de cette école, s'est montré dans les applications infructueuses que TÂssemblée constituante de 1789 a essayé de iatire desdites doctrines, et que Louis XVIIl a si malheureusement reprises en sous-œuvre en 1814. Ce n'est qu'en 1830 que la Révolution a rendu justice à la vérité fondamentale du système, qui git dans le fait de la souveraineté du peuple, c'est-à-dire dans une théorie incompatible avec Texistence d'un État monarchique. Vouloir réunir des conditions hétérogènes de leur nature, c'est ne rien vouloir, et constituer un État sur la base de la Monarchie entourée d'institutions républicaines , ne renferme pas une absurdité moindre que ne le serait celle des prétentions d'une république qui s'entourerait d institutions monarchiques !
Une considération, au reste, l'emporte sur toute autre, pour démontrer l'incompatibilité du système de la pondération des pouvoirs qui forme la base de l'école anglaise avec l'une des plus immuables conditions de l'existence des États continentaux. Cette considération est celle du besoin incontestable de ces États de tenir constamment sur pied une force armée bien autrement considérable que ne l'est celle que réclament les besoins du territoire insulaire de la Grande-Bretagne.
Le chef de l'État doit nécessairement être celui de l'armée; il suffit de ce fait pour rendre illusoire la théorie de la pondération des pouvoirs. Prenons, par exemple, la France, ce prototype des constitutions modernes. La paix politique n'est pas une institution immuable; dans le cours des temps, elle fera place h de nouvelles guerres. Admettons que sur le Trône de Juillet il se trouve un Roi guerrier et victorieux : qu'adviendra-t-il du jeu des oppositions libérale et radicale, qui aujourd'hui gênent le Gouvernement royal dans l'exercice du pouvoir? Un Roi d'Angleterre, quoique Souverain de droit et de fait, ne peut entretenir dans le Royaume-Uni une force
armée suffisante pour porter ombrage à Findépendance du Parlement. Le pays, entouré de mers, n'a pas besoin d'une force pareille pour le service intérieur. En est-il de même de la France et des autres États continentaux? Supposons un Roi des Français plus Souverain défait que de droit, personnellement victorieux et çlès lors chef tout-puissant de Tarmée et par là même chef du pays, comment s'arrangera-t-il de la contradiction des hâbleurs de la tribune ? Là où il y aura incompatibilité entre les conditions qui dans leur réunion composent un corps, la vie de ce corps se consumera dans des luttes perpétuelles entre des éléments hétérogènes de leur nature, et la mort de TÉtat, qui s'ensuivra, soit par la dissolution, soit par sa transformation, posera seule un terme à ces luttes. Le systènie représentatif moderne^ — je le répète, — est un leurre , et cette vérité n'est pas ignorée des partis qui protègent son introduction. Les hommes qui forment ces partis sont, ou des idéologues, ou des hommes doués d'un esprit pratique. Les premiers se plaisent dans la région des chimères ; les autres avancent vers la république, et ils regardent le système des rêveurs comme un moyen d'arriver à leurs fins. Entre deux, les radicaux ont bien autrement raison que leurs ineptes complices ; s'ils ont tort dans le choix de l'objet de leur convoitise, ils ont le mérite de l'habileté dans le choix de leurs moyens.
Cela établi. Monsieur le comte, — et comment pourrait-on le repousser en saine logique? — vous croirez sans difficulté que l'idée que l'on prête au Roi Charles-Albert de vouloir donner ce que l'on nomme une constitution ne saurait être et n'a jamais été admise par nous. Ce que nous regrettons, c'est que des hommes qui se croient sans doute amis du Trône se permettent parfois de répandre sur la pensée du Gouvernement sarde des doutes qui, ainsi que je vous l'ai dit dans mon expédition du 29 mai dernier, renforcent l'espoir et l'action des hommes du mouvement, et afikiblissent l'attitude des amis de l'ordre.
Le Roi vous a présenté en peu de mots le programme de ses principes gouvememenlaux, et je me réfère aux termes mêmes qui se trouvent consignés dans votre rapport du 9 de