‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 52 sur 96 · MÉSINTELLIGENCE AVEC LA SARDAIGNE · texte numérisé non relu

MÉSINTELLIGENCE AVEC LA SARDAIGNE

ce mois , pour motiver sur eux le plein assentiment que nous accordons à ces principes comme offrant une entière analogie avec ceux de notre auguste Maître :

« J'ai toujours cru , dès mon avènement au Trône , vous a dit Sa Majesté , devoir avancer dans la voie d'une sage réforme et d'une progression du bien-être du peuple dont le soin m'est confié, toujours cependant de manière à ne jamais me laisser extorquer quelque chose ou forcer la main au delà de ce que je croyais dans le véritable intérêt de mon pays. » Tel a évidemment été le système de gouvernement du Roi Charles- Albert , et ce n'est certainement pas nous qui serions disposés à regretter aucun des succès qui ont couronné les vues sages et paternelles de Sa Majesté. C'est qu'en effet il existe entre les Gouvernements une solidarité d'intérêts dont la cause que nous défendons, — cause à laquelle jamais nous ne deviendrons infidèles , — tire sa principale force.

Je trouve encore les paroles suivantes du Roi dans votre rapport du 9 juin :

• « Le venin révolutionnaire a percé partout, il n'a épargné aucun pays; chez vous aussi, le peuple ne pense plus comme il y a vingt ans; il n'est plus possible de combattre l'ennemi de front; il ne reste plus aux Gouvernements d'autre soin que de surveiller le mal, d'en éviter autant que possible le progrès, et d'empêcher enfin les masses, par une sage administration, de se joindre au mouvement. »

Je me permettrai sur ces paroles de Sa Majesté quelques remarques qui ne portent ni sur la première si sur la dernière de ces thèses, avec lesquelles ma conscience se trouve en parfiEiit accord. Ce que je ne crois pas, c'est que l'ennemi ne puisse plus être combattu de front, et cela parce que je n'admets pas que le peuple ait changé de manière de voir. Le peuple, en effet, le véritable peuple, ne change pas , à moins qu'il ne perde le sentiment moral et celui de ses intérêts matériels. Les masses sont de leur nature inertes, et ce n'est que passagèrement qu'elles entrent en action. Or, à cet égard, les pouvoirs réguliers exercent sur elles une bien autre influence que les factions.

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