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Un exemple récent vient de fournir de cette vérité une preuve éclatante, et c'est la dernière tentative d'insurger la Galicie qui Ta fournie. Je ne crois pas qu'aucune partie de l'Europe ait été plus travaillée par la faction révolutionnaire que cette partie de notre Empire. Qu'est-il arrivé cependant? Pour vous le dire dans les termes les plus concis , il faut que je me serve des paroles que j'ai consignées plus d'une fois déjà dans des travaux relatifs aux événements des journées du 18 au 20 février dernier, qui ont complété le cycle de l'entreprise avortée de Yémigration polonaise à l'étranger et à l'intérieur. Je disais « que la démagogie a fait naufrage contre l'élément même de la démocratie , c'est-à-dire contre le peuple » ! Le peuple polonais , Monsieur le comte , ne jouit pas , à l'égard de la conscience de ses intérêts, d'une prééminence sur les autres peuples ; il a été gouverné patemellemeut depuis plus de soixante ans, et il n'entend pas risquer son repos pour des utopies qui pour lui n'ont point de portée, si ce n'est de lui rappeler le souvenir des conditions sous lesquelles il est fort éloigné de vouloir être replacé. Le secret, et tout le secret de la défaite de la faction, se trouve dans cette simple yérité. Que les entrepreneurs de la grande œuvre cherchent par tous les moyens en leur pouvoir, en tète desquels marquera en toute occasion le mensonge, à dérouter les esprits sur la cause véritable de leur insuccès, cela se comprend, mais ne change rien à la vérité.
Non , Monsieur le comte , le peuple ne manque pas sous les pieds des Gouvernements réguliers, sages et bien avisés; c'est aux ordres des factieux que sous des Gouvernements pareils les masses font défaut, et c'est le drapeau de l'autorité, se plaçant de front contre les perturbateurs de l'ordre ptihlic, que suivent les masses, car ce n'est que dans l'autorité qui se dessine ainsi qu'elles ont de la confiance. Ce ne sont pas les peuples qui sont en mouvement; c'est la couche intermédiaire dans la hiérarchie sociale qui se remue , et à l'influence de laquelle les Gouvernements qui ne plantent pas hardiment leur drapeau en face de l'ennemi livrent les masses.
En émettant ce sentiment, mon intention n'est certes pas de
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ne point tenir compte du mode d'agir des Gouvernements à une époque où tant d'obstacles gênent leur action dans les plus diverses directions , et je crois au contraire pouvoir à cet égard faire un franc retour sur notre attitude en fece des actions ameutées contre ce qu'elles qualifient d'absolutisme et de vues rétrogrades du Gouvernement autrichien. Nous ne sommes ni partisans de l'absolutisme ni livrés à un mouvement rétrograde; nous sommes conservateurs et progressistes dans le sens du progrès véritable , mais non dans celui d'utopies privées de toute application pratique et nées de calculs circonscrits dans le cercle de l'intérêt individuel ou de parti; ce à quoi nous sommes inaccessibles, c'est aux louanges insidieuses et au blàme calculé ; les amis comme les ennemis savent ainsi nous trouver, et nous croyons qu'une pareille attitude doit servir de renfort aux premiers et diminuer l'action des seconds.
Le Roi veut bien rendre justice à notre impassibilité quand l'esprit de faction lance contre nous des calomnies qui de leur nature portent le cachet d'absurdes inventions. Notre silence , en pareil cas, est le fruit d'un calcul. Le mouvement auquel le corps social est aujourd'hui en proie tire sa source des fausses situations gouvernementales , conséquences de législations erronées ; d'une fausse direction de l'esprit d'association , et de la tolérance qui dans bien des États encourage cet esprit; de la licence enfin delà parole et de celle surtout de la presse. Rien ne forme un contraste plus tranché avec le mouvement qui est le produit de ces causes , que le repos d'un grand corps politique qui a su ne point donner accès à ces éléments de désordre. Le mouvement fait appel au mouvement; nous lui opposons le silence et le calme de la conscience. Sortironsnous victorieux de la lutte? Nous l'ignorons; mais ce qui est certain , c'est qu'une déviation en apparence même peu marquante de notre marche , aurait des conséquences auxquelles nous sommes décidés à ne point exposer ni nous ni le monde !
Le Roi Charles-Albert peut à ce sujet se reposer avec une pleine tranquillité sur la constance de notre attitude et de notre marche au milieu de la tourmente générale.
Arrivé ici au terme du rapport de Votre Excellence du
9 juin et au moment où la conversation de Sa Majesté a tourné sur la question litigieuse* qui, à notre vif regret, s'est élevée entre les deux Cours, et n'entendant point confondre entre eux des objets d'une nature si différente, je me permettrai d'ajouter au présent exposé de notre sentiment sur les graves questions sociales du jour, une seule remarque, qui porte sur un objet auquel j'accorde toute la valeur d'une question de conscience.
Le Roi vous a marqué une certaine surprise de ce qu'à l'égard de l'affaire litigieuse je ne me sois point adressé directement à lui. Dans cette occasion ni dans aucune autre, je n'ai &it ni ne ferai abstraction de l'invitation si honorable et à la fois si bienveillante que le Roi a daigné me fisiire lors de notre rencontre en 1838, et à l'acceptation de laquelle je n'ai attacbé qu'une réserve qui ne saurait s'être eJFfacée de la mémoire de Sa Majesté. Cette réserve a porté sur la nature même des objets qui peuvent être regardés comme placés entre le Roi et moi.
La question en instance n'ayant eu à mes yeux que la valeur d'une affaire contentieuse et par cela même départementale, d'une affaire circonscrite dans le ressort des ministères des finances des deux Cours, ce n'est pas à l'occasion d'une question pareille que j'aurais cru devoir user de la gracieuse invitation qu'a daigné me faire le Roi, de m'adresser à lui personnellement dans des circonstances particulièrement
* Relaiivement 2i cette qaestîon litigieuse, le Roi s'était exprimé vis-^-vis de BuoI de ]a manière suivante : « Je ne saurais vous cacher que j'ai été profondément blessé de la dernière mesure de votre Gouvernement. J*ai pensé que le prince de Mettemich aurait dû se rappeler qu*il m'avait promis qu'il s'adresserait directement à moi lorsqu'il aurait quelque chose sur le cœur ; que j'étais en droit de m'y attendre cette fois-ci, comme il l'avait déjk fait dans une autre occasion. J*ai pensé encore que vous eussiez pu trouver un motif pour venir me trouver et me dire ; Voilà ce que nous avons l'inteution de faire. Peut-être nous serions-nous entendus. Mais d'aviser, sans m'en prévenir, à une mesure qui touche de si près aux intérêts de mes sujets, et cela dans une forme si directement hostile à mon Gouvernement, de me créer des- embarras dont il n'a pas tenu à vous de calculer d'avance la gravité, cela, je vous le répète, m'a surpris et vivement blessé. ■
(Note de P Éditeur.)
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graves. Ma conscience me fait toujours respecter l'attitude des SouyeraÎDS et le temps des Bois, que le Ciel a doués des qualités requises pour tenir dans leurs propres mains le gouvernail de rÉtat. Le Roi Gharles-Âlbert ne met certes pas en doute que je le compte au nombre de ces Princes. Si je devais m'étre mépris sur la nature de la question en litige, mon erreur compterait parmi les méprises involontaires, et la franchise de mes explications sur les sujets les plus ardus, dans une ère si riche en questions de cette espèce, devrait suffire pour prouver au Roi la pleine confiance que nous vouons, et à la constance de ses principes, et à ses hautes lumières , sentiment dont, pour ma part, je suis un interprète à la fois consciencieux et personnellement pénétré*.
* Les négociatioos diplomatiqaes relatives à ce litige, pour le règlement amiable duquel le Cabinet russe avait offert sa médiation officieuse, quitte à retirer ses offres plus tard, furent continuées pendant toute Tannée 1847. La Sardaigne refusa de céder sur le point de Tabrogation préalable du traité Je 1751, qu'elle considérait au fond comme virtuellement abrogé, tandis que l'Autriche persistait à croire que ce traité ne pouvait pas être déclaré non avenu par Tune des parties contractantes, que son annulation, considérée comme une condition préliminaire de négociations ultérieures, serait interprétée comme un acte de faiblesse, et qu'en général elle était inadmissible pour plusieurs raisons. Enfin, le Cabinet sarde accéda à une proposition acceptable, à la suite de laquelle le comte de Buol fut autorisé, suivant une dépèche du 6 décembre 1847, à remettre au Cabinet sarde une déclaration ainsi conçue : « Sa Majesté Sarde ayaut témoigné le désir de résilier le traité du 11 mars 1751, eu égard aux changements survenus depuis cette époque; ayant, de plus, donné l'assurance que la complète liberté vd*action qu'Elle recouvrera par la résiliation de ce traité au sujet du commerce du sel avec les cantons suisses, ne sera jamais exercée au détriment des intérêts de 1* Autriche, jusqu'ici protégés par ledit traité, et qu'Elle n'entend user de cette liberté que dans l'esprit des rapports d'amitié et de bon voisinage heureusement existants entre les deux augustes Cours; et Sa Majesté Impériale et Boyale Autrichienne ayant de son côté accédé au désir ci-dessus énoncé, le soussigné, etc., a été autorisé à déclarer, au nom de Sa Majesté Impériale et Royale Autrichienne, que le traité du 41 mars 1751 est résilié et cessera d'avoir son .effet à partir de ce jour. La présente déclaration sera échangée contre une déclaration analogue de la part de Sa Majesté Sarde. •
En même temps que cette déclaration fut remise, un employé du ministère des finances, le conseiller de Gouvernement Iroperatori, fut envoyé à Turin pour concerter avec le Gouvernement sarde les mesures à prendre relative* ment aux modifications h apporter à la convention de 1844 concernant la contrebande (surtout celle du sel). Mais on vit bientôt combien la Sardaigne