‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 55 sur 96 · MORT DE GRÉGOIRE XVI, ÉLECTION DE PIE IX · texte numérisé non relu

MORT DE GRÉGOIRE XVI, ÉLECTION DE PIE IX

les pays comme dans tous les temps, des époques critiques; sous le poids des circonstances du jour, les limites dans lesquelles restent renfermés les dangers d'une position intermédiaire sont placées en dehors de tout calcul et même de toute évaluation approximative. La sagesse des princes de TÉglise, nous nous permettons de Tespérer, servira le bien dans les voies qui se trouvent en leur pouvoir.

La présente lettre ne vous arrivera pas à vue de pays avant que les cardinaux soient entrés en conclave. Mgr Yiale vous prie de £aire parvenir à Mgr le cardinal Lambruschini la lettre ci-jointe. Je vous prie de ne pas laisser ignorer à ce digne prélat que je saurai lui conserver toute ma vie les sentiments d'un pieux attachement et d'un dévouement à toute épreuve. Je n'ai pas besoin de lui dire, pour qu'il le sache, tout ce qui se passe en moi, et le poids qui m'oppresse !

Je serai sous peu dans le cas de vous informer en détail des mesures préventives que nous prenons pour rester à la hauteur des événements possibles. Dans quelques jours, nous verrons clair dans l'inconcevable levée de boucliers qui a eu lieu en Piémont. Vous serez exactement tenu au courant des événements et de notre attitude.

Metternich à Liitzow, à Borne (Lettrft particulière). Vienne, le 23 juin 1846.

1555. La nouvelle de l'élection de Pie IX m'était arrivée par le bateau à vapeur impérial, parti d'Âncône peu de moments avant l'arrivée du comte Széchényi, une heure avant que celui-ci m'ait remis les dépêches. Je vous remercie d'avoir mis autant de célérité à me donner la bonne nouvelle, et je sais gré au courrier du zèle qu'il a mis à nous l'apporter.

L'événement compte, à mes yeux, parmi les plus grands que les circonstances puissent offrir au monde. Les avantages les plus dignes de la sollicitude des hommes de bien se rencontrent en lui. La place de la première autorité morale est de nouveau remplie par une individualité qui réunit tous les suffrages; l'État, dans le centre de l'Italie, n'est

plus sans chef; le Sacré Collège, enfin, a su être à la hauteur de son importante vocation, et prouver non-seulement è la catholicité, mais au monde politique, qu'il sait tenir compte des circonstances.

Les directions que je vous ai adressées par le dernier courrier sont aujourd'hui sans objet. L'exergue de la pièce de monnaie frappée durant la vacance du Siège pontifical est réalisé*. Qu'il se réaliserait, nous ne l'avons certes point mis en doute ; honneur cependant à ceux qui ont su le réaliser aussi promptement !

Metternicli à LiiCzow, à Rome (Lettre particulière). Vienne, le 28 juin 1846.

1586. Le comte Széchényi m'a remis le 22 du mois courant le rapport que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser le 17, pour me faire part de l'heureuse élévation du cardinal Mastaî-Ferretti, qui a pris le nom de Pie IX en montant sur le trône pontifical.

Je ne puis. Monsieur le comte, que vous savoir gré de l'empressement que vous avez bien voulu mettre à me Saiire parvenir cette nouvelle, qui nous a causé une satisfaction aussi vive que légitime. Elle nous a fourni la preuve la plus éclatante que nous n'avions pas trop présumé de la sagesse de l'auguste assemblée du sein de laquelle est sorti le Souverain Pontife, en vous chargeant naguère, par les directions que nous vous avons adressées, d'être auprès des cardinaux réunis en conclave l'interprète de la confiance sans bornes avec laquelle Sa Majesté Impériale se plaisait à attendre de la plus entière liberté de leurs votes un chef de l'Église digne sous tous les rapports de la grande mission à laquelle il serait appelé. En eifet, en procédant avec autant de célérité à l'élection d'un Pape dont les éminentes qualités méritaient de réunir tous les suffrages, le Sacré Collège a offert au monde un spectacle que l'histoire n'a eu que rarement à enregistrer dans ses

* La médaille frappée à ] occasion de la vacance da Saint-Sié({e porte au revers Timage du Saint-Esprit avec cette légende : « Non relinquam vos orphanos. ■ ( Note de t Éditeur, )

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