MORT DE GRÉGOIRE XVI» ÉLECTION DE PIE IX
annales, et qui est fait pour consoler tous les amis de la religion et de Tordre, en même temps qu'il devrait couvrir de confusion ceux qui se plaisent à dënigrer TÉglise catholique en qualifiant ses institutions séculaires de surannées et de peu conformes aux besoins de la civilisation moderne. À une époque où les théories politiques désunissent quelquefois jusqu'aux membres d'une seule et même famille, où rien n'est plus rare que de voir tomber d'accord sur un sujet quelconque un certain nombre d'hommes réunis, où les assemblées délibérantes, censées représenter la volonté générale, ofFrent souvent le spectacle de luttes aussi acharnées qu'interminables, le Sacré Collège a donné à l'univers un grand enseignement, en bannissant de son sein tout esprit de parti, en faisant taire toutes les vues secondaires devant la juste appréciation des grands intérêts de l'Église et des besoins des États pontificaux, en se montrant, en un mot, à la hauteur de la tâche importante qui lui était réservée.
Le conclave de 1846 marquera dans les fieistes de notre époque comme un des événements les plus mémorables et, il est permis de l'espérer, les plus féconds en conséquences bîenfeisantes. Le résultat aussi prompt qu'heureux des scrutins du conclave a montré jusqu'à l'évidence que l'esprit religieux a le pouvoir de ramener à l'unité les divergences d'opinion qui ne peuvent manquer de se produire dès que des hommes sont appelés à délibérer en commun. £n mettant ainsi en relief la salutaire influence de la religion, le Sacré Collège a bien mérité de l'Église, mais il n'a pas rendu un moindre service au corps social tout entier. Si l'élection du Pape Pie IX est un événement qui honore la religion, c'est à la fois un grand acte politique, qui contribuera essentiellement à déjouer les sinistres projets des ennemis de l'ordre et à ranimer puissamment le courage et l'espérance de ceux qui se sont voués à la défense des principes immuables qui font vivre et prospérer les Empires. Espérons que le touchant accord et l'élan admirable qui ont amené l'élection de Pie IX seront de bon augure pour son règne. Les difficultés qui l'attendent, — qui oserait le nier? — sont grandes sans aucun doute; mais il trouvera, nous
aimons à l'espérer, dans sa haute piété, dans ses intentions droites et pures soutenues par une ferme et intelligente volonté, dans sa connaissance de la situation morale de notre époque, et par-dessus tout dans l'assistance divine qui s'est manifestée d'une manière si visible au début de son pontificat, les moyens de triompher des obstacles qu'il rencontrera sous ses pas. Si, pour la solution des problèmes ardus qui lui sont réservés, le Saint-Père sentait jamais le besoin de £Eiire un appel à notre concours, il ne lui fera certes pas défaut. Que Sa Sainteté y compte avec une confiance entière. Elle en a pour garants les sentiments profondément religieux de l'Empereur, la franche et loyale amitié que Sa Majesté aime à vouer au Père commun des fidèles, et les principes invariables de justice et de modération qui président à la marche politique de notre Empire. Toutes les fois que Pie IX sera appelé à défendre les grandes vérités conservatrices que la papauté a la sublime mission de préserver de la contagion des erreurs, il nous trouvera à ses côtés pour lui prêter le plus cordial appui dans la mesure de nos forces et de notre compétence.
' Tels sont les sentiments, Monsieur le comte, dont vous êtes chargé d'être l'interprète auprès du Saint-Père, de la part de TEmpereur, lorsque vous aurez l'honneur de remettre à Sa Sainteté vos nouvelles lettres de créance, que vous trouverez ci-jointes, en copie et en original. En ordonnant qu'elles fussent expédiées à Votre Excellence sans aucun retard. Sa Majesté a voulu marquer au Saint-Père combien il lui tient à cœur de cultiver sans la moindre interruption les rapports de sincère amitié et d'intime confiance qui subsistent si heureusement entre la Cour impériale et le Saint-Siège, pour le bien de l'Église et le repos du monde.
1557. Metternicli à Lutzow, ji Rome (E. D.). Vienne, le 12 juillet 1846.
1557. Je m'empresse de vous accuser la rentrée de vos rapports du 3 juillet. Je ne saurais mieux vous prouver la haute valeur que j'attache au compte rendu qu'ils renferment du premier entretien dont le nouveau Souverain Pontife vous a honoré, que par Tanalyse suivante de cet entretien.
Pie IX vient d'arriver au pouvoir, et il entend avant tout s^orienter dans la situation. Sa Sainteté a parfaitement raison. Ses dispositions sont des plus heureuses; les explications dans lesquelles le Saint-Père est entré avec vous confirment ce fait, qui pour être admis par nous, n'a pas eu besoin de cette confirmation. Le Chef de l'Église et le Souverain de l'État pontifical ne saurait mettre en doute la disposition de notre auguste Maître à le seconder, par tous les moyens en son pouvoir, dans l'accomplissement de la tâche à la fois si grande et si difficile à laquelle la divine Providence l'a appelé. En partant de cette base, ce n'est que de son application dans . le sens le plus utile qu'il peut être question entre les deux Cours.
Vous trouverez ci- annexés, Monsieur l'ambassadeur, quelques aperçus* que j'ai regardé comme un devoir de conscience de jeter sur le papier sous la forme qui me parait la plus utile, parce qu'elle est la plus concise. Sa Sainteté a fait mention, dans son entretien avec vous, de quatre objets à l'égard desquels je crois devoir lui soumettre des impressions qui sont le produit de la marche de mon esprit et de ma longue expérience dans la conduite des affaires publiques. Portez ces courts aperçus, qui n'ont pas la valeur de travaux, à la connaissance du Saint-Père. Ils n'ont pas besoin d'une introduction ; car si la personne du Souverain de l'Etat de l'Église a changé, il n'en est pas ainsi ni des besoins de cet État ni de
* Qui sont à la suite du texte sous les chiffres I, II et III.
(Note de VÉditeur.)
nos dispositions à son égard. Je ne me sens pas le besoin de commencer nos relations avec le nouveau règne par l'exposé de nos principes moraux, gouvernementaux et politiques ; ils sont immuables, et ils sont connus de la Cour de Rome.
Les titres que portent les pièces annexées indiquent les sujets dont elles traitent. Ayant déjà, dans ma dépêche du 22 juin à Votre Excellence , traité le sujet des chemins de fer j je ne suis point revenu sur lui. Les questions que j'aborde aujourd'hui, ce sont la forme gouvernementale, Vamnistie et les concessions, questions sur lesquelles il est si facile de se méprendre, et qui dans tous les temps exercent une grande influence sur les positions. Combien la manière de vider ces questions ne doit-elle point en exercer à une époque telle que la nôtre, où tout devient difficultés pour les Gouvernements! Si je me permets d'aborder sans détour ni préambule des sujets d'une aussi incontestable valeur, je suis la voix de ma conscience et l'impulsion qui sert de mobile à mes actions, mon seul désir étant de servir la cause de Tordre partout et aussi souvent qu'une occasion se présente où je puis croire servir cette cause dans les voies d'une saine pratique. Tout dans la position du nouveau Pontife est difficile. Sa Sainteté devra dans cette conviction même trouver le motif qui me fait élever la voix, sans y être excité par aucun autre stimulant que le sentiment d'un devoir moral.
L Forme gouvernementale.
Quelles que puissent être les institutions dans un État, il lui faut un Gouvernement capable de remplir la haute tâche à laquelle il est appelé par la nature même des choses.
Entre le gouvernement et V administration de l'État, il y a une différence essentielle, à laquelle souvent on n'attache pas toute la considération qu'elle mérite. Le gouvernement doit être exercé dans le centre ; V administration doit être réservée aux parties.
Il peut y avoir deux organisations pour le centre du Gouvernement. Le gouvernement peut être concentré entre les
mains d'un titulaire, qui alors sera de fiait le seul ministre; il peut être réparti entre plusieurs ministres, dont chacun sera le chef du département qui lui est confié. Depuis le dernier règne, le gouvernement de TÉtat de TËglise est confié à deux secrétaires d'État, dont l'un pour les affaires étrangères, et l'autre pour celles de l'intérieur. Laquelle de ces organisations gouvernementales est , en saine pratique , la meilleure?
La concentration de toutes les affaires dans une seule main offre des avantages, mais que contre-balance la surcharge du tEavail pour une individualité. Réunir en un seul département toutes les branches dont se compose le Gouvernement, c'est engendrer de la confusion. Pour que le service soit réglé, il £aut nécessairement qu'il existe différents départements selon les diverses branches d'administration, et qu'ils soient gérés séparément; une centralisation dans la personne du premier ministre ne peut avoir lieu qu'autant que les travaux prépa^ ratoires de chacun de ces départements doivent dépendre de sa décision.
La forme gouvernementale au moyen de ministères distincts exige un conseil entre les chefs des départements, faute duquel l'unité dans la marche des affaires est impossible. Ce conseil peut être présidé par un premier ministre. Parmi les chefs de département, c'est, en règle commune, le ministre des affaires étrangères qui est naturellement le plus propre à la présidence du conseil des autres chefs de départe-* ment, et cela par la raison que ses fonctions le placent dans la position la plus impartiale à l'égard des parties diverses qui composent les affaires intérieures.
Les affaires étrangères, celles de la justice, de l'intérieur, des finances et de la guerre, sont les principales d'entre les branches qu'embrasse la tâche de tout Gouvernement. Les affaires de religion ne sauraient, dans l'État de l'Église, entrer dans la répartition des départements, et celles de la police seront toujours et paVtout mieux servies sous un chef qui en a la direction spéciale, qu'étant accolées à un département gouvernemental quelconque.
La séparation des affiaires en deux ministères doit inévitable»
ment conduire à du (roissement entre les ministères, et dès lors à des inconvénients pour le service public.
Parmi les rouages de la machine, qui dans son ensemble fonctionne comme Gouvernement, et au-dessus de laquelle doit se trouver place le Souverain, il en est un que, sans aucun doute, il est important de ne point omettre, et ce rouage, c'est le conseil d'État. Les fonctions de ce conseil, — pour que celui-ci puisse répondre au but utile de son existence, — doivent être les suivantes :
Il doit être le gardien des lois, le lien entre les départements, et le guide de la conscience du Souverain. Chargé de Texamen des propositions que les chefs des départements adressent au Souverain, et sur lesquelles celui-ci croit devoir le consulter, le conseil d'État n'est investi d'aucun pouvoir exécutif. Ses fonctions doivent être purement morales. Bien organisé, le conseil d'État ne trouble ni n'arrête la marche des affaires; il la hâte et l'empêche de dévier de la droite voie.
L'État de TËglise est-il placé dans les mêmes conditions gouvernementales que les États laïques? On ne peut répondre à cette question que par un oui et un non. Il est placé sous l'empire des conditions générales ^our le fond; il ne l'est pas et ne saurait l'être sous le point de vue des formes. Le Souverain de cet État étant à la fois le chef de l'Église, des conditions particulières sont inséparables de cette combinaison, lesquelles toutefois ne changent rien aux conditions d'un bon Gouvernement.