ROLE POLITIQUE DE L*ANGLETERRE (1846). S
C'est prëcisément aussi ce qu! arrive. Dans la question grecque, il se borne à réclamer pour sa part le payement de Tamortissement et des intérêts*; il accompagne sa réclamation de menaces, parce qu'il sait que le Royaume est faible et que le Roi est jeune. Or le Roi, qui a des devoirs à remplir non pas envers une seule des trois puissances, mais envers toutes les trois réunies, ne peut ni ne doit considérer le rejet par TAnglcterre d'une proposition présentée par la France à la conférence de Londres et approuvée par la Russie comme équivalant à la rupture du traité d'alliance défensive; du moment où le Roi répond à l'Angleterre, comme il le. doit, qu^il consultera d'abord les deux autres puissances sur la proposition émanant d'elle, et s'il les consulte en effet, la question cesse d'être une question gréco-anglaise pour devenir une question européenne, et elle le deviendrait bien plus encore dans le cas peu probable de l'exécution des menaces faites par TÂngleterre ; de plus, la faute du Cabinet anglais aurait pour conséquence nécessaire de rapprocher la Grèce de la France et de la Russie, et de l'éloigner ainsi de l'Angleterre. La démarche faite par l'Angleterre ne peut donc pas la conduire à son but, car la supposition que le Roi se laissera jamais intimider et qu'on le fera renoncer au jugement qu'il porte sur sa propre situation, est absolument inadmissible.
L'autre démarche, la conclusion du traité de commerce avec la Porte, doit être un secours prêté par TAngleterre à la Turquie contre Méhémet-Ali, dans le but de rendre le secours de la Russie inutile au Sultan. Ce but sera-t-il atteint? C'est l'avenir qui le dira. SMl est atteint, le succès lui-même restera toujours comme un aveu de la crainte que l'Angleterre a de la Russie ; s^il n'est pas atteint, on aura commis une grossière faute politique, qui fera descendre si bas l'influence de l'Angleterre actuelle, cette influence tant compromise déjà, qu'au-
* De l'emprunt de soixante millions fait pour la Grèce, lequel emprunt fut contracté en 1832, sous la garantie des trois puissances protectrices, dans le but de consolider le nouvel État. Trois vaisseaux de ligne anglais parurent (31 mars 1846) dans le port du Pirée, pour appuyer les réclamations de l'Angleterre. [Note de VÉditeur.)
cun ministère ne pourrait survivre à un tel échec dans un pays qui est encore si plein de vitalité.
Abandonnée de la France et battue sur tous les terrains diplomatiques^ TÀngleterre se trouve aujourd'hui seule et paralysée en face des puissances continentales. Tous ses moyens sont insuffisants entre les mains qui en disposent aujourd'hui,' car elle ne peut s'engag;er dans la ^erre pour aucun des buts qu'elle poursuit. Elle n'a pas osé la faire tant qu'elle avait encore la France à ses côtés et qu'elle comptait des alliés.dans tous les pays de l'Europe. Aujourd'hui, si elle jetait, le gant à quelqu'un, elle forcerait la France à prendre parti ; or le parti que prendrait la France ne saurait être douteux, si l'on suit toute la marche politique de Louis-Philippe et si l'on songe que la France ne trouverait, dans une alliance conclue avec l'Angleterre dans un pareil cas, ni protection suffisante ni avantages sérieux, tandis que dans l'alliance avec les puissances du Nord elle trouverait nécessairement une protection et des avantages qui dépasseraient de beaucoup ses pertes possibles.
COUP d'oeil rétrospectif sur la situation de l'italie
PENDANT l'année I8i6.
1568. Mémoire de Metternich, destiné à un usage officiel (sans date).
1568. Deux faits ont exercé une influence incontestable sur la marche des événements dans la Péninsule pendant l'année qui vient de s'écouler.
D'abord, l'agitation qui s'est manifestée en Piémont; en second lieu, l'élection de Pie IX et le début de son règne.
Il y a déjà plusieurs années que des écrivains piémontais, tels que Gioberti et Baibo, se mirent à donner une nouvelle impulsion aux esprits en Italie. En gémissant sur la dégradation de leur patrie — l'Italie — et en mettant en regard de ses misères actuelles le tableau brillant et fantastique de sa
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gloire antique, ils présentèrent à Timagination ardente de leurs compatriotes la régénération de Tltalie comme le but constant vers lequel devaient tendre leurs eCForts. Au commencement de Tannée 1846, Azeglio vient prendre place parmi les auteurs de cette école; il blâme les soulèvements partiels comme intempestifs, et dès lors privés de toute chance de succès ; il conseille l'agitation pacifique, la discussion publique des fautes des Gouvernements et des vices de leurs administralions; il prêche enfin une croisade de pamphlets, comme le moyen le plus sûr de conquérir la terre sainte de l'indépendance et de la liberté de Tltalie. À entendre tous ces écrivains, c'est rAutriche qui empêche la Péninsule de prendre son essor vers les glorieuses destinées qui Tattendent; aussi la nouvelle ère ne saurait-elle, selon eux, dater que du jour où croulera la domination de l'étranger. L'appel adressé par Azeglio à l'activité littéraire de ses compatriotes ne fut, comme on sait, que trop écouté. La première brochure fut suivie d'un véritable déluge de pamphlets, qui, dans tous les formats et sur tous les tons, s'appliquaient à propager des doctrines plus ou moins incendiaires. Bien que les utopies déroulées dans cette foule d'écrits diffèrent tout naturellement dans les détails, ces produits de la presse ne se rencontrent pas moins dans leur (endance indirecte. Ils ont la valeur de coups partant de différents points de la circonférence, mais dirigés vers le même but. On y retrouve sans peine les mêmes mots de ralliement. Telles sont l'égalité civile, que Gapponi appelle la grande loi du siècle; l'indépendance de Tltalie; enfin l'éducation virile et les institutions représentatives, proclamées comme moyens de préparer la nation à la lutte à mort et inévitable qu'elle devra un jour soutenir contre l'étranger.
Le cri contre tétranger, quelle valeur a-t-il? L'expulsion de l'étranger a-t-elle, dans la pensée même des factieux, la valeur d'un moyen ou celle d'un but? Elle n'a évidemment pas d'autre valeur que celle d'un moyen ; le but, c'est Yunité de l'Italie! Vouloir examiner les conditions sous lesquelles cette unité pourrait seule être atteinte, et vouloir rechercher quel serait le pouvoir destiné à assurer l'existence d'une Italie
une et indivisible, ce serait perdre son temps. Ce que je ne mets pas en doute, c'est que ce pouvoir ne se trouve pas parmi les Maisons régnantes dans la Péninsule.
La protection accordée par le Gouvememenf piémontais aux écrivains de cette école contribua, plus que toute autre chose, à accréditer Topinion que le Roi était disposé à quitter la ligne des principes conservateurs qui avaient présidé à son règne de quinze ans. Un différend d'une nature secondaire * survenu entre deux Cours voisines, parentes et amies, fiit avidement exploité par les libéraux, dans le but de compromettre le Roi et de le lier irrévocablement à la cause qu'ils qualifient de celle du progrès. Tous les efforts du parti tendaient en particulier à élever une question purement administrative dans son origine, aux proportions d'une lutte nationale contre l'oppression étrangère. Tandis qu'Azeglio dirigeait à Turin les préparatifs d'une ovation destinée au Roi, Petiti déclara que s'il était consulté, il n'hésiterait pas à donner le conseil de répondre à Y outrecuidance de l'Autriche fi^v la création d'états provinciaux qui prépareraient en Piémont les voies à l'établissement d'un système représentatif complet. Déjà antérieurement Baibo avait proclamé que si un prince italien avait le courage d'octroyer à son peuple une constitution, il suffirait de ce seul fait pour faire crouler la domination étrangère en moins de dix ans
Dans les États pontificaux, les ovations Caites à Pie IX, dirigées par des acteurs à peine cachés, ainsi que les assemblées populaires et tumultueuses, se succédèrent avec rapidité. Les autorités, indécises, désorientées, sentant le sol fuir sous leurs pas, laissèrent peu à peu échapper de leurs feibles mains les rênes du gouvernement, dont les tribuns improvisés du peuple se hâtèrent de s'emparer. A Pise et à Livoume, on vit les murs couverts de placards portant des inscriptions séditieuses, où l'indépendance de l'Italie et l'expulsion des barbares
* C'est la question de réiévation des droits sur le vin, qui est mentionna dans le chapitre intitulé : ■ Commencement de mésintelligence entre TAatriclie et la Sardaigne. • Voir n» 1552. (Note de F Éditeur,)
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figuraient régulièrement. La faction exhuma des annales du siècle dernier le souvenir de la défaite des troupes impériales à Gènes en 1746, devant un soulèvement populaire , — circonstance bien autrement facile à exploiter par les tribuns du jour que ne l'aurait été un événement de guerre ordinaire. L'insurrection de la populace génoise avait été amenée alors par r.enlèvement des bouches à feu qui garnissaient les remparts de la ville. C'est le Roi de Sardaigne, allié de Tlmpératrice Marie-Thérèse, qui avait demandé au général autrichien Botta, lui-môme Génois de naissance, les pièces de la République, ainsi que de forts détachements du corps id'armée impérial, pour aller faire le siège d'Antibes. En vain le général Botta protesta contre ces dispositions, qui amenèrent plus tard la déconfiture de ses troupes, trop affaiblies par les renforts envoyés à Gharles-Âmédée. Il n'est pas surprenant que ceux qui ont toulu tirer parti de Tévénement de 1746 pour l'utiliser dans leur sens, se soient abstenus de le placer sous le jour de la vérité historique. Ce qui Test, par contre, c'est que des Gouvernements italiens aient, sinon favorisé, du moins tacitement toléré l'appel fait, dans la forme d'une ovation séculaire, à un soulèvement du peuple.
Au mois de novembre 1846, survint un événement qui eut un immense retentissement en Europe. La suppression de rÉtat de Gracovie fournit au parti ennemi de l'ordre la preuve palpable que trois Monarques ne s'étaient pas encore résignés à mettre bas les armes devant la Révolution victorieuse. Celle-ci dut se sentir compromise par ce fait. Dans plus d'un pays, ses adeptes jugèrent convenable d'ajourner à de meilleurs temps l'exécution de leurs projets subversifs. C'est surtout en Suisse que les radicaux sentirent le besoin de ralentir leur marche. Grâce au découragement dont ils furent saisis, il fut permis aux cantons conservateurs de respirer. Il parait que l'acte de justice, de devoir et de vigueur dirigé par les trois puissances contre la Révolution, personnifiée aujourd'hui dans les émigrations de différents pays, ne produisit pas un moindre effet sur le parti libéral modéré en Italie. Pour s'en convaincre, il suffit de rapprocher le langage menaçant que tenaient, il y a
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peu de temps, les coryphées du parti, de la modération que beaucoup d'entre eux recommandent aujourd'hui à leurs aveugles complices. Désapprouvant hautement les démonstrations imprudentes qui avaient eu lieu, à Bavenne et en d*aatres endroits de la Romagne, en commémoration de Tanniversaire du 5 décembre 1746, ils en sont aujourd'hui à conjurer les Romagnols de ne pas provoquer gratuitement la colèce de pouvoirs qui pourraient un jour faire changer en larmes ces réjouissances, et auxquels il n'y aurait pas moyen de résister.
« Vous allez tout perdre » , prêchent» aux masses qu'ils ont eux-mêmes excitées, les meneurs de la Révolution ; « vous ne faites qu'affliger le grand cœur de Pie IX, et vous ferez avorter toutes ses généreuses intentions. Si vous aviez pris à tâche de seconder tout exprès les vues que l'Autriche nourrit d'ancienne date sur les Légations, qui n'ont été sauvées au Congrès de Vienne que par miracle, vous ne sauriez mieux faire. Voulezvous donc finir comme Cracovie ? Ne comptez pas surtout sur le concours des Gouvernements sages de la Péninsule ; ceux-ci n'aspirent qu'à être indépendants et maîtres chez eux ; mais, pour cela même, ils respectent les autres Gouvernements et ne tolèrent pas des démonstrations dont ceux-ci pourraient s'offenser. Ne comptez pas non plus sur l'appui du Gouvernement français, car, en dépit des excitations imprudentes qui vous arrivent de Paris, des renseignements puisés aux meilleures sources attestent que Louis-Philippe, pour se ménager le bon vouloir des puissances du Nord, ivres de leur union fortement cimentée, est décidé à ne s'opposer en aucune manière, pas même en protestant, à l'intervention autrichienne, v
T^l est à cette heure le langage des hommes qui, il y a quelques mois, voulaient faire ouvertement la guerre à FAutriche, à l'aide des institutions représentatives dont ils entendaient doter le Piémont, et qui à leurs yeux ne sont qu'une étape pour les conduire au bouleversement général de la Péninsule.
11 est cependant juste de dire que l'émigration italienne est loin de partager les hésitations méticuleuses d'un parti qui, parce qu'il est plus modéré que les véritables radicaux, n'est