‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 78 sur 96 · Les bases du travail de cette assemblée seraient · texte numérisé non relu

Les bases du travail de cette assemblée seraient

a) Retraite des Jésuites du territoire fédéral ;

b) Promesse de la Diète a qu'elle renoncerait à toute intention hostile contre les sept cantons ; qu'elle les garantirait contre les attaques des corps francs; qu'elle respecterait, enfin, le principe de la souveraineté cantonale » ;

c) Dissolution de la ligue des sept ;

d) Désarmement respectif.

Les points n*" 1 et 2 , — suspension des hostilités , — réanion d'une conférence (laissant à part pour le moment la question du lieu de cette réunion), — sont conformes au pro-» jet français, et n'offrent pas matière à réflexion.

Il n'en est point ainsi du n*" 3 , bases du travail de la Conférence telles qu'elles doivent dés à présent être présentées aux deux parties belligérantes; elles sont équivalentes à une sentence de condamnation complète portée contre les sept cantons, et il est évident que si ces derniers acceptent cette sentence, ainsi qu'on veut leur en feire la proposition, le procès est fini, et la réunion d'une Conférence n'aurait plus aucun objet.

On veut que les sept cantons éloignent les Jésuites et qu'ils dissolvent leur ligue; mais que leur offre-t-on, en retour de sacrifices entamant aussi profondément leurs droits de souveraineté cantonale? Une vague promesse de renoncer à des intentions hostiles; une garantie véritablement dérisoire contre les incursions de corps francs qui n^existent plus, puisque leur objet est atteint ; enfin une phrase banale sur le respect que l'on portera à la souveraineté cantonale, phrase ayant la valeur d'une ironie dans la bouche de gens tels qu'Ochsenbein et consorts, dont le programme a été mis sous les yeux de TEurope lors de l'ouverture de la Diète de l'été dernier, et dont les fiaiits et gestes parlent trop haut pour ne pas démentir d'avance de simples promesses générales qu'ils pourraient faire.

Pas un mot , par contre , sur la grande question de la révision du pacte, qui cependant, dans le programme ci-dessus cité , est placée en première ligne ; pas un mot sur les garanties auxquelles les cantons de la minorité ont le droit de prétendre, à l'effet d*empécher que cette révision ne puisse jamais leur être imposée par une majorité.

Tout cela n'est pas sérieux, et n'est qu'une simple injonction faite à la partie la plus faible matériellement de passer sous les fourches Caudines, sans compensation ni garantie aucune.

Nous rejetons donc, pour nous résumer, le projet anglais, parce que, sans compter la valeur générale de sa rédaction, il pose la question des Jésuites d*une manière tellement péremptoire, que ni les puissances ni les sept cantons ne pourraient Tadopter avec honneur; parce qu'il exclut, de la manière dont la question est posée , toute possibilité de compensation pour les intérêts religieux des catholiques, et parce qu'il n'accorde aux cantons, ni pour le présent ni pour Tavenir, aucune garantie sérieuse contre les empiétements sur leur souveraineté cantonale, de la part du parti qui à la Diète s'est emparé de la majorité.

^etternich à Apponyi, à Paris (D.). Vienne, le 29 novembre 1847.

1644. La ligne a croulé; elle n'a pas pu résister à la force numérique de ses adversaires. L'événement a non-seulement dû être prévu comme possible , mais il a dû prendre le caractère d'un événement probable après la chute de Fribouiç, qui, — le fait parait de plus en plus prouvé, — a été hàtéc par la trahison.

La position des puissances à l'égard de la Suisse a4-elle changé par suite de la chute du Sonderbund? Non-seulement nous ne le pensons pas, mais nous sommes convaincus dn contraire. Si un changement dans la position des choses a en heu , il n'altère ni la somme des droits ni celle des devoirs des puissances signataires de l'acte du congrès, — et la nouvelle situation des choses dans la Confédération helvétique feit même un appel à ces puissances d'exercer leurs droits et les devoirs qui en sont inséparables dans toute leur plénitude.

De quoi s'agit-il, Monsieur l'ambassadeur?

En nous plaçant en face de la vérité, il s'agit, pour les puissances signataires de l'acte du Congrès, de savoir quels sont Jes rapports qu'elles auront à entretenir avec un corps helvétique autrement constitué qu'il ne l'a été en 1815, et devant jouir des privilèges concédés à la Gonfédéiation , telle qu'elle a été constituée dans cette même année.

Il s agit, d'un autre côté, pour les puissances limitrophes

d'une Suisse livrée au pouvoir du radicalisme victorieux, de mettre à couvert la sûreté intérieure de leurs propres États, et de se rendre compte des conséquences qui ressortent de la nouvelle position des choses relativement à leur propre repos.

Nous ajoutons toutefois du prix , dès la première prise en considération de la situation, à tenir séparées les deux questions, et je ne m'attache ainsi, dans cette expédition, qu'à celle de l'action des cours garantes de la neutralité perpétuelle de la Confédération helvétique.

Deux faits se présentent à nous dans toute leur évidence : l'un, c'est la nécessité absolue que les cours qui sont en pourparlers sur l'attitude morale qu'elles auront à prendre envers le corps helvétique, dessinent, dans le plus bref délai possible, leur attitude envers ce corps; l'autre, c'est la nécessité que des amendements soient apportés à la rédaction de la première manifestation aujourd'hui en examen entre les cabinets. Il ne saurait plus être question, dans les notes simultanées, de la cessation des hostilités contre le Sonderbund, car la ligue n'existe plus de feit, mais tout au plus de celle des hostilités contre les cantons primitifs , si ces cantons devaient continuer leur résistance.

Il ne peut plus, dans aucun cas, être question ni de médiation entre les douze cantons et demi, d'une part, et le Sonderbund, de l'autre part, ni des Jésuites, ni dWtres détails. Ce sur quoi les Cours devront prendre position, c'est sur le terrain du Congrès.

Dire cela à M. Guizot est pleinement superflu; aussi n'estce pas pour cela que je vous écris, mais pour mettre M. Guizot au fait de notre pensée.

Metternîcli à Kaiserafeld, à Bregenz (D.). Vienne, le 2 décembre 1847.

1645. D'après une dépêche télégraphique arrivée à Berlin, on serait convenu à Paris d'expédier, même après la chute de Luceme, les notes à adresser à la Suisse, en laissant subsister le projet primitif de M. Guizot (n* 1641), que vous connaissez.

et en, y ajoutant les amendements proposés par moi, dont vous avez également reçu communication.

Si cette nouvelle est vraie, et si MM. vos collèges de France, de Russie et de Prusse, vous mandent qu'à la suite de la décision prise à Paris ils enverront leurs notes respectives, vous aurez à vous associer sans délai à la mesure en question , en vous conformant aux modalités d'exécution telles qu'elles auront été sans doute convenues à Paris et observées par vos collègues.

P. S. -^' Si, par suite du manque d'instructions, M. de Krudner hésitait, de son côté, à remettre la note simultanée, vous ne vous laisseriez pas arrêter par ce lait, et vous agiriez de concert avec vos collègues de Prusse et de France.

Metternich à Raiscrsfeld, à Bregenz (D.). Vienne, le 3 décembre 1847.

1646. Pour faire suite à ma dépêche d'hier, j'ai à vous faire observer que, même si le projet de la note à adresser aux partis belligérants de la Suisse, projet que vous avez peutêtre reçu de Paris, était différent de celui dont j'ai parlé hier, et qui a été rédigé primitivement par M. Guizot, vous devez néanmoins coopérer à la remise de la note, du moment où vous aurez acquis la certitude que la remise en a été faite par vos collègues de France et de Prusse.

Circulaire de Metternich aux missions I. R. en Allemagne. Vienne, le 5 décembre 1847.

1617. La triste situatioii dans laquelle se trouve la Suisse aura non-seulement affligé nos confédérés, nous en sommes convaincus, mais elle aura aussi appelé leur sérieuse attention sur le contre-coup que ces événements peuvent avoir sur les pays allemands qui touchent à la frontière suisse.

Tant qu'on pouvait espérer que des raisons de prudence et de sagesse politique détourneraient ceux qui détiennent le pouvoir en Suisse d'une entreprise aussi injuste que contraire

aux traites , d'une entreprise qui a pour but de porter le fer et le feu chez leurs confédérés moins puissants, et de détruire leur indépendance et leur souveraineté, bien qu'elles aient été solennellement garanties ; tant qu'on pouvait encore s'at« tendre à voir arrêter la guerre civile, grâce à Tintervention amicale qu'avaient fait entrevoir les puissances, on a pu considérer comme suffisantes les mesures prises par les différents États allemands dont les pays touchent à la Suisse, et les Cours de Vienne et de Berlin pouvaient renoncer à faire appel à la Confédération germanique en sa qualité de puissance collective, et à l'inviter à étudier les mesures commandées par les événements du jour.

Mais tout le monde connaît aujourd'hui ce fieiit affligeant, que la Confédération helvétique , bien qu'ayant été placée en 1815 sous la garantie des puissances, est anéantie dans sa base, c'est-à-dire dans la souveraineté des différents cantons; on a vu le droit et la justice succomber sous les efforts du parti radical et sous l'abus de la force; aussi les Cours de Vienne et de Berlin croiraient- elles manquer à leurs devoirs envers les . autres princes conféclérés et envers les villes libres, si elles n'invitaient pas la Diète à se préoccuper sérieusement de l'état des choses en Suisse et à examiner quelles sont les mesures que la Confédération germanique doit prendre en sa qualité de puissance collective, en présence d'événements qui, par leur influence matérielle et morale , compromettent non-seulement ses intérêts, mais encore les conditions mêmes de son existence politique.

Les Cours de Vienne et de Berlin adresseront immédiatement à la Diète une proposition tendant à ce que la Confédération agisse. De leur côté, ces deux Cours s'abstiendront de proposer à l'Assemblée fédérale les mesures commandées à cet égard par le temps et les circonstances. Elles attendront, au contraire, que ces mesures soient proposées par la Diète elle-même; elles s'engagent à l'avance à employer, en ce qui les concerne, tous les moyens qui sont en leur pouvoir, pour assurer, de concert avec leurs autres confédérés, la paix du monde, cette paix qui peut bien être troublée isolément par

des entreprises aussi folles quHnjustes, mais que, de Tairis unanime des puissances , on ne saurait jamais laisser interrompre d'une manière durable.

En attendant la communication qui doit être feite prochainement à la Diète, je n'ai pas d^instructions spéciales à vous donner à cet égard; néanmoins, j'ai cru devoir vous fiaiire part de la nature de cette communication , a6n que vous soyez en mesure de conformer, le cas échéant, votre langage à nos instructions.

Kaisersfeld k Metternicb. (Rappgrt.) Bregenz, le 3 décembre 1847.

1648. J'ai reçu cette nuit une estafette de l'envoyé de Prusse, M. de Sydow, avec sa lettre datée du 1*' de ce mois, qui est annexée au présent rapport. Gomme je vois par cette lettre que le comte de Bois-le-Gomte a donné à sa note à la Diète la date du 30 novembre, j'ai inscrit la même date sur la mienne, que je voulais envoyer ce matin à l'ambassadeur de France, et je l'ai expédiée directement par la poste à Berne. En même temps, j'ai informé M. de Sydow de ce que j^ai fait« Le 30 novembre, je ne pouvais pas encore connaître la capitulation du Valais, mais je m'attendais à en recevoir la nouvelle aujourd'hui.

J'ai l'honneur de vous soumettre ci-joint (n* 1649) une copie de la note que j*ai rédigée, et que je n'expédierai pas au Sonderbund avant d'avoir reçu les ordres de Votre Altesse...

Jusqu'ici, je n'ai pas encore reçu de réponse du baron de Krlidner, à qui j'ai écrit deux fois à Francfort-sur^le-Mein.

Le baron de Kaiserifeld au président de la Diète, à Berne. Bregenz, le 30 novembre 1847.

(Annexe du n» 1648.)

1649. Le soussigné, envoyé, etc., a reçu l'ordre de son Gouvernement de faire au directoire de la Diète suisse et au président du Conseil de guerre du Sonderbund la communication suivante :

LA GUERRE DU SONDBRBUND (l847). 50S

Le GouYerneinent Impérial et Royal , animé du plus vif désir de voir toutes les parties de TËurope continuer à jouir des bienfaits de la paix, inspiré par les sentiments les plus sincères 'd'amitié pour la nation suisse , et fidèle aux eng^agements que rAutriche, comme Tune des puissances signataires du traité de Vienne de 1815, a contractés envers la Confédération suisse , a vu avec le plus profond regret le commence- * ment de la guerre civile entre les cantons qui composent cette Confédération. Désirant faire ses eCForts et employer ses bons offices dans le but d'aplanir les différends qui ont été la source de ces hostilités, il s'est mis en communication à ce sujet avec les Gouvernements d'Angleterre , de France , de Prusse et de Russie; et, trouvant ces Gouvernements animés des mêmes sentiments et mus par les mêmes motifs, il a résolu, de concert avec ses alliés , de faire une ofFre collective de la médiation des cinq puissances , dans le but de rétablir la paix et la concorde entre les cantons dont se compose la Confédération suisse.

Le soussigné est, en Conséquence, chargé d'offrir la médiation de l'Autriche pour cet objet et conjointement avec celle des quatre autres puissances.

Si, comme l'espère le Gouvernement Impérial et Royal, cette offre est acceptée , une suspension immédiate des hostilités aura lieu entre les parties belligérantes, et continuera jusqu'à la conclusion définitive des négociations qui s'ensuivront. Dans ce cas, il sera en outre nécessaire d'établir immédiatement une conférence, composée d'un représentant de chacune des cinq puissances , d'un représentant de la Diète , et d'un représentant du Sonderbund.

La base sur laquelle on propose d'opérer, une réconciliation entre la Diète et le Sonderbuqd consiste à faire disparaître les griefs que met en avant chacune des parties. Ces griefs parais- . sent être, d'une part, l'établissement des Jésuites en Suisse et la formation de la ligue séparée du Sonderbund; de l'autre, la crainte des agressions des corps francs, et le dessein attribué à la Diète de détruire ou de violer la souveraineté séparée des différents cantons.

Yoici donc les conditions que le GouTernement d'Autriche proposerait pour le rétablissement de la paix en Suisse :

D*abord, les sept cantons du Sonderbund s^adresseraient aa Saint-Siège pour lui demander s'il ne lui convient pas, dans rintérét de la paix et de la religion , d^interdire à TOrdre des Jésuites tout établissement sur le territoire de la Confédération helvétique, sauf une juste et suffisante indemnité pour toutes les propriétés en terres ou maisons qu^ils auraient à abandonner.

En second lieu , la Diète , confirmant ses déclarations précédentes , prendrait rengagement de ne porter aucune atteinte à Findépendance ou à la souveraineté des cantons, telle qu elle est garantie par le pacte fédéral; d'accorder, à ravenir,UDe protection efficace aux cantons qui seraient menacés par une invasion des corps francs, et de n'admettre, s'il y a lieu, dans le pacte fédéral aucun article nouveau sans l'assentiment de tous les membres de la Confédération.

Troisièmement, les sept cantons du Sonderbund dissco* draient alors formellement et réellement leur ligue séparée.

Quatrièmement, enfin, dès que la question des Jésuites serait complètement résolue, ainsi qu'il est indiqué a^$I^ les deux partis licencieraient leurs forces respectives et reprendraient leur attitude ordinaire et pacifique.

Le soussigné est chargé d'exprimer le vif espoir du Gouvernement Impérial et Royal que cette équitable proposition sera accueillie avec empressement par les deux parties belligérantes ; il est chargé , en outre , de solliciter une prompte réponse de la Diète.

Le soussigné profite de cette occasion pour réitérer au baut directoire de la Diète helvétique l'assurance de sa considéra' tion la plus distinguée.

Signé : Le baron de Kaisbrsfeld*

Metternicb à Raisprsfeld , à Bregenz (E. D.). Vienne, 7 décembre iW-

1650. Je reçois à l'instant votre rapport du 3 décembre {n* 1648). Bien que la note concertée entre Paris et Londres n'ait pas notre approbation , ni sous le rapport de la foimew

SOUS celui du fond, et que malheureusement les observations que nous avions faites contre la rédaction de ce document soient arrivées trop tard à Paris, il ne pouvait plus nous venir à ridée de nous désintéresser des résolutions arrêtées dans cette ville, et de donner ainsi à Faction des puissances un démenti dont les suites auraient été incalculables. Nousaccep* tons donc, bien qu'à contre-cœur^ que la mesure suive son cours telle qu'elle a été décidée.

Il faut purement et simplement se borner à attendre le résultat final, dont il ni'est impossible de me faire à Tavance une idée tant soit peu nette.

Dans Tintervalle, nous avons décidé que vous devrez vous fixer à Neufchàtel jusqu'à nouvel ordre, en supposant que cette ville ne vienne pas à être occupée par des troupes fédérales.»

Vous y trouverez M. de Sydow, et vous y resterez aussi long* temps qu'il s'arrêtera lui-même à Neufchàtel ; vous y pourrez communiquer plus facilement qu'à Bregenz avec le comte de Bois-le-Comte

Quoi qu'il en soit, afin que vous puissiez emporter dans votre nouvelle résidence une impression parfaitement exacte sur les véritables sentiments de la Cour I. R. en ce qui concerne les faits accomplis , je vais encore vous édifier personnellement à cet égard en vous retraçant, avant votre départ de Bregenz, un tableau succinct, mais fidèle, de la situation et de la manière dont les choses se sont passées.

Vous connaissez le projet primitif d'une note de M. Guizot, et notre réponse approbative du 15 novembre (n" 1541). Lorsque cette dernière est arrivée à Paris, Lucerne n'était pas encore tombée, et si M. Guizot avait donné suite à l'idée première qu'il avait eue, s'il avait agi de concert avec nous et la Prusse, et en prévision de l'accession de la Russie, il pouvait peut-être éviter encore des maux sans nombre, et, dans tous les cas, assurer aux puissances, vu les conditions dans lesquelles se produisait alors une résistance armée à la Diète, le seul terrain rationnel possible pour une médiation.

Mais, pour entraîner aussi l'Angleterre dans cette mesure, il avait entamé avec cette Cour des négociations qui , du côté

de cette dernière , n'étaient pas sérieuses et qui ont fourni à lord Palmerston les moyens de détruire, à deux points de vue, Teffet de la mesure concertée : d'abord, en la différant, on nous ôtait toute base raisonnable pour arriver à une médiation ; en second lieu , par la manière tranchante dont les puissances intervenaient dans la question des Jésuites, elles semblaient se moquer elles-mêmes, dans leur note, des principes sur lesquels elles avaient appuyé jusqu'alors la politique qui voulait assurer la souveraineté cantonale.

Les raisons qui ont décidé notre ambassadeur, le comte Âpponyi, — sans qu'il y ait été autorisé par nous, — à mettre sa signature au bas d'une pièce aussi informe, ne sont, pas suffisamment claires pour nous, attendu que nous n'avons .pas encore reçu de rapports détaillés; il peut avoir été poussé à cette démarche par la crainte de troubler, par un refus de sa part, un concert à cinq qu'il avait été si difficile d'établir. Chez M. Guizot, c'est évidemment son ardent désir et celui de son Maître, de revoir à tout prix figurer son. nom à côlé de celui de l'Angleterre dans un acte diplomatique, qui a fait taire la voix de la prudence et même du simple bon sens.

Les événements accomplis sont irrévocables; aussi la tâche actuelle ne peut consister qu'à tirer parti, dans la mesure du possible, des fautes de la veille dans l'intérêt du lendemain.

Les notes sont remises, et, abstraction fsiite des justes sarcasmes dont une proposition des puissances , feite en prévision de la guei:re , sera l'objet de la part de la Diète après la reddition pacifique du dernier village du Valais, celle-ci répondra négativement dans le sens de la dernière note adressée par elle à M. de Sydow.

Les puissances se retrouveront libres et maîtresses de choisir pour leur action un nouveau terrain après cet essai infructueux.

Nous veillerons à ce que cette fois d'autres ne nous coupent pas l'herbe sous le pied comme on vient de le fiaire; aussi comptons-nous prendre l'initiative aussitôt que possible, et nous établir solidement sur ce terrain.

Je suis occupé, dans ce moment même, avec le général de

Radowitz, à discuter les principes d'une action commune des deux Cours de Vienne et de Berlin dans l'affaire dont il s'agit. Si ces deux Cours sont d'accord , ce qui arrivera très-prochainement, elles agiront de concert à Paris et tâcheront d'amener la Cour de France à conformer sa conduite à la nôtre y en nous maintenant sur notre base, dont nous ne nous écarterons plus. Que Votre Excellence se transporte, en attendant, h Neuf" chàtel, et qu'elle se mette d'accord avec M. de Sydow, de manière qu'on ne puisse douter de l'entente établie, sans, du reste , se laisser entraîner à des démarches officielles et positives. (Même dans le cas de votre départ de Neufchàtel, si cette ville devait être occupée par des troupes fédérales, vous auriez à observer le silence et la discrétion que je vous recommande.) Placez-vous résolument sur le terrain de la conciliation, et dites que vous avez l'ordre précis, après ce qui vient, à notre grand regret, de se passer à Paris, de ne vous permettre aucun acte politique que sur des insiruclions émanant directement de Vienne.

Metternicb à Âpponyi, à Paris (E. D.). VienDe, iS décembre 1847.

1651. J'ai l'honneur de vous accuser réception de vos rapports des 2 et 4 de ce mois.

Mon expédition du 26 novembre (n** 1642) a dû vous prouver mon extrême répugnance à autoriser l'envoyé de l'Empereur en Suisse à prendre part , au nom de notre Cour, à une œuvre aussi informe que l'est évidemment la Note simultanée conçue par lord Palmerston

Le sacrifice. Monsieur l'ambassadeur, est porté; ne nous en occupons donc plus que sous le point de vue de ses conséquences voulues et possibles.

La Note simultanée ne répondra pas au but que les Cours continentales ont attaché à son émission. Ce qui en ressortira, c'est à la fois la preuve de leur union, et que l'Angleterre ne compte pas dans leurs rangs. Sir Stratford-Canning n'adressera point de Note au Vorort, et l'apparition personnelle qu'il fera en Suisse fournira d'abondantes preuves que si le Gouveme-

ment britannique désire le retour de la paix intérieure de la Suisse, ce n'est pas une paix juste , mais TaffaisseiDent des défenseurs d'une cause matériellement perdue, et la liberté des mouvements du parti victorieux, que veut la politique anglaise. . • ..•

Les événements qui se sont passés et qui se passent journellement en Suisse prouvent que c'est te principe fondamental de la Confédération qui est violé, et c'est dès lors lui qoe les eCForts des puissances doivent avoir en vue de rétablir daos la plénitude de son droit. Il ne peut plus être question ni de Jésuites ni d'aucun des prétextes dont la faction radicale s'est servie pour arriver à violer le pacte de 1815 dans sa véritable base. M. Guizot a, dans une lettre particulière à M. de Fiabault, dont celui-ci m'a permis de prendre connaissance, exprimé la vérité de la situation dans les paroles suivantes: « Il faut dire aux Suisses : Vous n'êtes pas ce que vous déniez être ; nous ne vous devons ce que nous vous avons promis que lorsque vous êtes ce que vous avez promis d'être ; nous regarderons, et nous attendrons; comme vous ferez, nous ferons. *

Voilà ce qu'on aurait dû dire aux Suisses, dans le but d'empêcber la consommation du mal, et c'est ce qui reste encore à leur déclarer , après la victoire que le parti radical a remportée sur les cantons ligués pour la défense du principe fédéral, qui n'est autre que celui de la souveraineté cantonale.

Le plan que poursuivent les radicaux est clair : ils ruinent les sept cantons matériellement et moralement ; et quand ces cantons seront réduits à la condition d'États tributaires et inféodés, le pacte sera proclamé réformé. Les puissances accorderont-elles leur sanction à ce jeu? Nous saurons, pour notre part, nous en abstenir en tout état de cause !

Je m'occupe de la rédaction de l'instruction destinée au plénipotentiaire que l'Empereur désignera pour le représenter partout où aura lieu une réunion dans le but de régler lattitude des puissances vis-à-vis de la Confédération bouleversée. Je considérerai comme un devoir de porter cette instruction à la connaissance du Cabinet français , et je regarderai la pleine concordance des principes et des vues sur lesquels elle reposera

avec la pensée de ce Cabinet, comme devant renfermer un gage de succès d'une entreprise qui porte sur le premier des intérêts du jour

Mettemich à Apponyi, à Paris (E. D. rés.). Vienne, 12 décembre 1847.

1652. Lord Ponsonby a reçu Tordre de me donner con* naissance des instructions du principal secrétaire d'État à sir Stratford-Ganning

Je n'entreprendrai pas d'entrer avec M. Guizot dans l'analyse d'un écrit dont le contenu est un composé de contradictions logiques, de droites et de fausses vues politiques, mais dont la valeur réelle est celle d'une complète dénégation de toute communauté de marche de l'Angleterre avec les quatre puissances.

Sir Stratford-Ganning n'adressera pas au Yorort la Note dont le texte a été arrêté à Londres. Décidé à s'abstenir, il eût été plus conforme aux usages diplomatiques de laisser aux quatre Cours la liberté du choix de leurs expressions.

Lord Palmerston ne n'est pas contenté de confisquer la rédaction arrêtée entre ces Cours , il les a engagées à lui en substituer une nouvelle, en vue de pouvoir les accompagner dans leur marche; au lieu de remplir cet engagement, il les laisse s'avancer seules, et cela non dans la voie qu'elles s'étaient tracée, mais dans celle qu'il lui a substituée.

Abstraction faite de ce procédé, que porte l'instruction à sir Stratford-Canning? L'organe du principal secrétaire d'État serait sans doute embarrassé de s'acquitter d'une commission pleine de contradictions , s'il avait à les faire valoir. Le plan conçu par l'auteur de l'instruction en question n'a évidemment pu être que d'engager, par le leurre d'une attitude commune aux cinq Cours, les quatre Cours dans une voie qui n'était plus conforme aux circonstances. Lord Palmerston n'a pas mis en doute la chute du Sonderbund; il a dès lors imposé à la marche identique des conditions d'une application impossible, et s'est préparé par là le moyen de suivre une marche isolée, sous l'apparence d'une entente entre l'Angleterre et les quatre

autres Cours. Les conducteurs de la barque radicale déclareront la Suisse pacifiée y et le Cabinet britannique abondera dans ce sens. II n^y aura plus, en effet, un organe officiel en Suisse à la Diète qui énoncera une plainte. Le peuple sera donc censé pacifié , et les votes des cantons opprimés passeront pour des votes souverains.

Tel est le plan dont les instructions, et plus encore le voyage et la commission de Torgane anglais à Berne, indiquent la direction. Les puissances deviendront-elles les complices, et, par cela même, les dupes d'un jeu pareil? Nous mettrons, Monsieur l'ambassadeur, nos meilleurs soins à le dérouter; ce que nous devons admettre , c'est qu'il apportera de nombreuses entraves à la marche correcte des puissances continentales, et à ce fiait se joindra pour nous le sentiment qu'il est de notre devoir de vouer une attention toute particulière à sortir de ces embarras.

Veuillez, Monsieur le comte, donner connaissance delà présente dépêche à M. Guizot. Je tiens à ce qu'il connaisse l'impression sous laquelle je me trouve placé à l'égard des , instructions de sir Stratford-Canning *.

* Voir, sur la suite de Taffaîre, les « Conférences de Neufchàtel" (n«l653). Comme les Histoires contemporaines, de Schmidt, Berlin , 1959, sont fréquemment citées dans les ouvrages historiques comme une source authentique, surtout à cause des dépêches d*£ffinger dont l'auteur tire parti , il sert peut-ctre intéressant pour le lecteur de connaître les notes laconiques que le ckancelier d'État a écrites de sa main, quelques jours avant sa mort, sous forme de ootfi marginales relatives à certains passages. G*est ainsi que, sur ce que Scbnudt écrit, de la page 667 à. la page 670, à propos de la situation en SuisK) k prince de Metternich a écrit, au crayon , la remarque suivante : « La manière dont Tauteur a compris la guerre du Sonderbund est fausse et niaise; il ^ du point de vue erroné que cette gueiTe a été une question de Jésuites, uodis qu'elle a été bel et bien une conjuration des efforts révolutionnaires pour renverser Tordre légal. » Quant au passage qui se trouve page 669, où " ** question des démarches pressantes du parti ultra-clérical delà Coarabnde donner à Tordre des Jésuites une satisfaction éclatante pour la défaite q»" avait subie en Suisse, le prince de Metternich Tannote au moyen de cette simple citation : « Risum teneatis. » {^Note de l'Éditeur.)

Page 1