LES CONFÉRENCES DE MEUFCHATEL
d^une faute pareille. Nous n'entendons pas intervenir dans les affaires intérieures ni de la Suisse ni d'aucun autre pays ; ce que nous vouions, c'est maintenir les droits de la raison. Nous regardons la garantie de la neutralité perpétuelle et l'inviolabilité du sol de la Confédération (cette condition voulue de la neutralité] comme liées à des conditions, et nous accordons à ces conditions la valeur d'un contrat synallagmatique, passé en 1815 entre la Suisse et les Cours qui, en faveur du pacte fédéral de cette même année, ont accordé à une Suisse constituée par ce pacte en un corps politique le bienfait de l'inviolabilité de son territoire. Retirer à la concession faite par les puissances la valeur d'un contrat synallagmatique, outre que ce serait mentir à l'autorité des faits, serait également réduire la concession à la monstruosité d'une garantie d'impunité accordée par les Cours au corps helvétique pour les attentats que, dans son intérêt, la Suisse pourrait commettre non-seulement envers ses voisins, mais envers ses bienfaiteurs eux-mêmes. Les puissances, en ne se rendant point coupables d'un procédé aussi contraire aux règles les plus simples du bon sens, interviennent-elles par cela même dans ce qui, dans les affaires intérieures de la Suisse, ne les regarde pas? Oui, les Gouvernements étrangers interviennent^ non dans les affaires de la Confédération, mais en préservant, contre les dangers dont le radicalisme suisse menace leurs domaines, le repos qu'elles regardent comme étant de leur devoir d'assurer aux peuples confiés à leur garde. Si c'est là intervenir en Suisse, et si le fait emporte de la culpabilité, nous nous déclai^ns décidés à commettre ce crime. . .*.
* Dans rintérèt de l'étroit enchaînement des matières, noas reproduisons ciaprès la dépèche de Metteraich aa comte de Golloredo, relatÎTe au résultai final des négociations. Cette dépèche est datée du iS janvier 184S et est ainsi conçue : ■ Nous venons de recevoir et d'examiner le projet d'une note identique à adresser au président de la Diète helvétique, tel qu'il a été arrêté d'un commun accord entre M. le président du Conseil et MM. les plénipotentiaires d'Autriche et de Prusse à Paris; et j'ai la satisfaction de pouvoir annoncer à Votre Excellence que nous adoptons ce projet sans restriction aucune, et cela par suite de la conviction que nous éprouvons, çu'î/ répond, VII. 34
dans son entier comme dans toutes ses parties, à ce que la position adntet et exige,
« Veuillez, Monsieur le comte, informer M. Guizot, — qu*un coarrîer porteur de l'ordre pour M. le baron de Raisersfeld d'adresser ce travail (en langue allemande), de concert avec ses collègues de France et de Praase, an président fédéral, — part ce soir de Vienne pour Neufchâtel.
K 'Nous enjoignons en même temps à notre ministre d'informer M. le baron de Rriidner du fait et de la date de la transmission de sa note à Berne, afin que, si ce ministre 8*y croit autorisé, il poisse de son côté et snr-le-diaBip effectuer la même communication.
« Ayant terminé honorablement et à la pleine satisfacuon de votre Cour la partie de votre mission à Paris qui a pu être remplie dans le moaient actuel, rîen n'empêche de notre part, Monsieur le comte, votre retour à Vienne. Vous l'effectuerez, soit tout de suite, soit après que la première nouvelle de la remise et de l'effet des notes en Suisse sera parvenue à Paris, selon le désir que vous exprimera à ce sujet M. Guizot, eu égard à sa position et à la marche des délibérations dans le Parlement français. Vous préviendrez en même temps M. le président du conseil que, pour le cas d'une reprise des né^ gociations sur les affaires de Suisse, l'Empereur destine Votre Excellence à y remplir de nouveau le rôle de son plénipotentiaire partout où cette reprise aura lieu. •
La note identique des Cours de Vienne, de Paris et de Berlin, auxquelles se joignit aussi plus tard celle de Saint-Pétersbourg, .note publiée en soa temps ^ contenait la déclaration : i9 Que la souveraineté cantonale ne peut pas être reconnue comme existante dans les cantons occupés militairement par des troupes appartenant à d'autres cantons; %^ que la Confédération helvétique ne sera pas considérée comme étant dans une situation régulière et conforme aux traités avant que lesdits cantons aient recouvré leur complète indépendance et qu'ils puissent de nouveau nommer en toute liberté lenn autorités gouvernementales; 3» que le retour au pied de paix milluire dau tous les cantons est la garantie nécessaire de leur liberté réciproque et de la liberté générale; 4^ qu'un changement dans l'acte fédéral ne peut devenir valable que par l'adhésion unanime de tous les Étau qui forment U Coofédéradon.
La remise de cette note, concertée à Paris, rendit inutile la réunion de la Conférence projetée à Neufchâtel. On réserva pour plus tard la décision à prendre, tant sur la réunion éventuelle d'une conférence que sur le lieu de la réunion. (Note de CÊdiUwrJ)
EXTRAITS DU JOURNAL DE LA PRINCESSE MÉLANIE. DÉTAILS BIOGRAPBIQUBS
1658. Vienne (du i*' janyier an 12 mars). ^~ 1659. Les journées de mars (du 12 au 16 mars).
J658. Émeute à propos de cigares à Milan. — Lola Montés. — Classement des papiers du prince. — Constitutions à Naples^ li Turin et li Florence. — Palmerston. — Mort de Hardegg. — Événements de Milan et de Presbouq^.
— La comédie le « Wirrwarr • . — Nouvelles inquiéuntes de la France. — Chute imminente de Guizot. — Proclamation de la République. — Comment on fait des révolutions. — Arrivée de Radowitz li Vienne. — Nomination de Ficquelmont comme président du Conseil «uliqne de guerre. «— Motion de Kossuth. — Syatème de terreur de Louis Batthyany. — Mauvaises nouvelles d'Allemagne et d'Italie. — Motions des élats de la Basse- AutricKe.
— Soulèvements à Francfort, à Carlsnihe et li Stuttgart. — Le comte Crivelli. — * Noble langage de l*Ëmpereur Nicolas. — Nouvelles d'Allemagne de plus en plus mauvaises. — Inquiétudes au sujet des diamants de la princesse. -« Lettres de menaces. — Confiance en Dieu. — Mission de GoUoredo li Dresde.
Vienne, du 1«' janvier au 12 mars 1848.
16tf8. Cette année ne commence pas d'une manière bien rassurante.
A Milan, grande agitation et émeute à propos de cigares ; malheureusement le Gouvernement civil est faible et a peur. On dirait presque qu'on a voulu reprocher à Radetzky d'avoir permis à ses soldats de fumer des cigares. On a lancé des proclamations timides, qui ne sont fiaites que pour donner du courage aux révolutionnaires.
— Félix Schwarzenberg est arrivé, le 8 janvier, de Milan. lia rapporté des détails. Toutes les nouvelles sont mauvaises. On n'a pas négligé d'enyoyer d'ici des ordres sévères ; mais Dieu sait si l'on aura le courage d'agir avec vigueur. L'audace de
la populace graodit en raison directe de la faiblesse des autorités, et ces dernières ont peur de leur propre responsabilité. Les bommes de caractère sont rares !
— Recbberg;, qui vient d'arriver du Brésil, a été effrayé, lors de son passage à Municb, des bits dont cette ville est le théâtre; la conduite scandaleuse de Lola Montés finira par réTolalionner le pays.
— Clément me charge de classer, ses papiers. C*est un travail d'Hercule.
— Les nouvelles de Parme et de Naples sont mauTaises. Félix Schwarzenberg croit que le Roi de Naples a tellement peur qu'il ne fera pas de résistance. Ce qui est certain, c^est que les troupes royales ont été rejetées dans Palerme, et qu'il n'existe plus d'armée proprement dite. Quelques jours après, la Constitution a été proclamée, ce qui n'a pas empêché la Sicile de se détacher du Royaume. Le Roi de Sardaigne suit l'exemple donné ; il a aussi octroyé sa constitution ; le grandduc de Toscane est en train d'en faire autant, et c'est ainâ que l'Italie se désagrège. Le Roi de Naples a inToqué le secours de la France et de l'Angleterre, d^où Ton pourrait conclure que le téte-à-tète des Gouvernements avec la Révolution serait près de cesser pour prendre les proportions d'une affaire européenne. Mais je compte peu sur la France* et l'Angleterre est aujourd'hui si radicale qu'on n*a rien à attendre d'elle.
— Clément est admirable; la crainte n'a pas de prise sur lui, mais il est parfois très-agité. Celui qui regarde au fond des choses, celui qui voit où est le mal, et combien il est profondément et solidement enraciné, celui-là perd courage et en vient à se dire que Dieu veut confondre tous les éléments de Tordre et de la paix. On connaît le mal, on a le danger sous les yeux, et l'on ne trouve pas de remède. La France ne peut pas soutenir ouvertement la cause de l'ordre, car le régime actuel n\ doit lui-mémeja prolongation de son existence qu'au désordre. L'Angleterre, par contre, est prête à intervenir partout où il y a du mal à faire. Ce qui est absolument incompréhensible, c'est l'engouement de toute une nation pour un homme tel que
Palmerston, pour un homme qui bit passer la 6rande-Breta^e aux yeux de tout le monde comme la grande puissance de la subtilité et de Tintrigue. On ne peut concevoir que la Toix des honnéles gens ne s'élève pas contre un pareil système. Toute la terre semble plongée dans le sommeil et frappée de cécité. Finalement, on désespère de tout; une seule chose est claire à mes yeux, c'est que la haine générale est déchaînée contre nous, et que la force de nos adversaires ainsi que Tincroyable faiblesse de nos amis finiront par nous perdre.
— On est aussi très-inquiet à la Cour. Aujourd'hui, on cherche son salut auprès du pauvre Clément, qu'on voudrait bien rendre responsable des fautes que d'autres ont commises depuis des années, tandis que tout ce qui se faisait à l'intérieur était accueilli avec une fiaiveur particulière et qu'on mettait en hice de lui des gens de l'opposition qui travaillaient uniquement à saper la Monarchie dans ses fondements par leurs principes funestes et antimonarchiques.
— Hardegg est mort (le 17 février). Je le regrette, car c'était un honnête homme ; mais sa mort est peut-être un bienfait de la Providence, car, malgré toutes ses excellentes qualités, il manquait d'énergie ;. or l'énergie est aujourd'hui plus indispensable que jamais. Clément a songé immédiatement à le remplacer par Alfred Windischgraetz; mais il s'est trouvé que son rang militaire ne lui permettait pas d'occuper cette position. On a donc nommé le comte de Ficquelmont, qui connaît très-bien l'armée, qui se trouve actuellement en Italie, et qui, par suite, est plus capable que tout autre de donner une meilleure tournure aux affaires de ce pays.
Des diplomates de rang subalterne, tant français qu'italiens, commencent aussi à attiser à Vienne le feu de la Révolution. Quand une fois Forage éclatera chez nous, ceux qui se seront laissé égarer en souffriront plus qu'ils ne le croient. Je ne puis m^empécher de plaindre ces insensés, qui, eu fin de compte, ne seront que des dupes !
Après de longues hésitations, on a fini par proclamer l'état de siège à Milan. Clément a reçu des nouvelles épouvantables au sujet des menées secrètes du parti subversif à Padoue et à Milan.
— Le 21, on a joué chez Louis Széchényi une pièce de théâtre dans laquelle rArchiduc François et Richard ont figuré comme acteurs. Je regrette qu'on ait choisi juste en ce moment la pièce intitulée le Wirrwarr (désordre) ; en somine, elle a été réellement bien rendue.
Le 18, la princesse Jean de Liechtenstein est tombée malade. J'ai contremandé le bal que je voulais donner le 20, en Phon* peur de la jeune Archiduchesse. Le 22, cette fidèle amie est morte ; elle a quitté notre vallée de larmes, cette âme d belle, si douce, si indulgente ! Que Dieu lui soit miséricordieux ! car elle a vraiment mérité de trouver grâce devant lui. Ilous perdons dans des jours difficiles une amie inestimable, une protectrice toujours également dévouée.
Hûbner, qui a passé quelques jours ici, a été envoyé à Milan pour y prendre la direction de la presse.
— Les événements se précipitent avec une épouvantable rapidité. Les nouvelles de Paris (27 février), qui jusqu'ici étaient favorables au ministère, commencent à être inquiétantes.
Le 28, la chute de Guizot semblait imminente. Comme nous n'avions pas reçu de nouvelles jusqu'au 29, nous croyions que tout s'était passé tranquillement ; mais le même jour, à cinq heures de l'après-midi, Rothschild nous a apporté une dépêche télégraphique, d'après laquelle non-seulement le ministère Guizot était renversé, mais qui annonçait encore TabdicatioD de Louis-Philippe en faveur de son petit-fils sous la r^ence de la duchesse d'Orléans.
Cette nouvelle a répandu une consternation générale dans Vienne ; on discute les nouvelles mesures prises par le Gouvernement, et au bal de la Cour (28) on a entendu des plaintes générales contre Tétat de siège, dont la proclamation à Milan, émanant des autorités civiles, était, disait-on, un empiétement sur les droits de l'autorité militaire. Chacun se croit autorisé à critiquer tout ce qui se fait.
— Le !•' mars, il n'y avait plus de Louis-Philippe ; toute la famille d'Orléans a disparu, et la République est proclamée.
La Révolution a été achevée en trois ours. Ainsi que Ta dit
un commis voyageur faisant route avec un de nos courriers de Cabinet, on fiait les révolutions de la manière suivante : Le premier jour» attroupements, barricades et cris; le second jour, on est battu, et le troisième, on est vainqueur. Et en effet, on procède vite aujourd'hui : Charles X a été détrôné à Tàge de soixante^quatorze ans ; il a abdiqué en faveur d'un enfieint de dix ans. La chute du ministère Polignac a été amenée par un coup de main appuyé par la majorité de la Chambre ; la même chose est arrivée aujourd'hui point par point ! Les calomnies accumulées contre la branche atnée des Bourbons sont surannées. Louis-Philippe était rusé, habile ; il était puissant, entouré d'un peuple qui l'avait élu ; il avait à ses côtés des fils héroïques, au dire de ceux qui les connaissaient; le trône était soutenu par eux, par la garde nationale et par des troupes que l'on considérait comme parfoitement fidèles, et au bout de trois heures on avait triomphé de tous les obstacles. C'est inconcevable; mais on est épouvanté de tout ce qui s'est écroulé et de tout ce qui s'écroulera encore ! Moi qui avais peu de sympathie pour la dynastie tombée, moi qui avais peur des innombrables descendants de cette race, je frémis aujourd'hui à la pensée de ce que doivent éprouver ceè malheureux, et du sentiment de confusion qui doit se joindre aujourd'hui à leur profond chagrin. La justice divine est terrible.
— Radowitz est arrivé ici le A mars. Le Roi de Prusse l'envoie demander conseil à Clément pour agir avec vigueur. Il s'agit d'une œuvre de salut commun, si toutefois on peut encore sauver quelque chose. La pauvre Allemagne est déjà tout embrasée. Jamais moment n'a été plus solennel et plus grave. Chaque heure amène un nouvel événement, et d'autres malheurs, hélas ! viennent sans cesse s'ajouter à ceux qui existaient déjà.
La nomination de Ficquelmont comme président du Conseil aulique de guerre vient d'être publiée; elle ne produit pas une bonne impression. Le public n'approuve rien de ce qui se fiait aujourd'hui. C'est un indice bien fâcheux!
Kossuth a fait une motion qui a été approuvée par la Chambre des députés ; ces messieurs ne demandent rien moins
qu'une constitution pour lesÉtats autrichiens. Enméme temps, la ville de Presbourg fait une démonstration opposée. Elle désire que TEmpereur fasse usage de ses troupes partout oà il le jugera nécessaire, et le prie de laisser à la bourgeoisie de Presbourg le soin de fiiire rentrer dans Tordre les homaies malintentionnés qui mettent en question les droits de la Coo* ronne et qui troublent le repos des peuples. Les Hongrois commettent autant de folies que possible. Les pauvres conservateurs sont si faibles, qu'ils ont peur de tout et n'osent pas s'exprimer franchement. Quelques-uns sont pour l'emploi de la plus grande douceur, tandis que les hommes du Gouvernement paraissent être décidés à dissoudre la Diète et à dispenser ainsi les malintentionnés de la peine de prononcer des discours qui ne sont bons qu'à échauffer les esprits. Malheureusement, il y a là des personnalités influentes qui manquent totalement d'énergie, et l'on prononce souvent des paroles inconsidérées et compromettantes que l'on répète ensuite partout. Louis Batthyany en profite et emploie les moyens dont il dispose et qui malheureusement sont très-énergiques. Le système de la terreur trouve son application ici comme partout ailleurs, et cette belle nation, qui ne manque pas de droiture et de dévouement à la dynastie, est entraînée, comme on l'a vu en France, par quelques écervelés qui veulent Tagitation sans en calculer les suites. Louis Batthyany et ses partisans ont voulu mettre le Gouvernement dans l'embarras; ils ont profité de la baisse des fonds publics pour faire croire à la populace de Presbourg que les billets de banque ne valaient plus rien et que l'Empereur ne pouvait plus les payer qu'à la moitié de leur valeur. Il en résulta une grande panique; chacun voulait se défaire de son papier, et l'on n'acceptait plus que de l'argent comptant. Le même fait s'est produit ici hier ; la Banque a été assiégée pendant deux jours. Heureusement le Gouvernement avait pris ses mesures, et l'on ne paya plus qu'en argent comptant. Mais on ne tarda pas à voir que l'or et l'argent étaient plus difficiles à garder que des billets de banque, et cette comédie cessa au bout de quelques jours. Le même mouvement a eu lieu simultanément en Hongrie et en Bohême ; par bonheur, nos
ennemis ne sont pas arrivés à leurs fins. L^agitation est générale, )a terreur est grande. Ceux qui ont peur, )a haute finance en tête, demandent des concessions et ne voient que là le salut général !
— Il y a de quoi perdre la tète quand on lit dans les journaux les détails qu'ils contiennent sur la République française, lies mots de citoyen, de peuple, de nation, se lisent en tête d'une masse de décrets; on pourrait se croire en 1793. Les terribles nouvelles d'Allemagne coïncidant avec celles d'Italie, tout cela produit une telle confusion que mon esprit en est tout troublé. Je suis prise d'un véritable désespoir, et je ne puis que prier Dieu pour qu'il conserve à mon pauvre Clément la force de l'esprit et celle du corps. On dirait que l'enfer est déchatné ; Dieu seul peut mettre une digue à ce torrent qui menace de tout engloutir. Chez nous, le public est déjà trèsporté à demander une Constitution, et nos états provinciaux sont déjà en train de feiire des motions regrettables. Que le Ciel daigne nous éclairer et nous donner la force de persévérer! C'est tout ce que je demande.
— Le 7 mars, nous avons appris que des émeutes ont eu lieu à Francfort, à Carlsruhe et à Stuttgart : on veut dissoudre la Confédération germanique, chasser les rois ; partout régnent Tagitation et la folie.
— Le comte Crivelli a dtné chez nous le 7. Il vient de Milan et ne trouve pas la situation aussi lugubre qu'on le dit. Il parait que la proclamation de la République en France inquiète un peu les gens; ils ne savent comment faire pour baisser pavillon et sont préoccupés de l'avenir. L'armée est revenue à des sentiments plus doux, et Crivelli prétend même que la haine entre les partis a un peu diminué. « Les Italiens, dit-il, ne veulent pas accepter la domination piémontaise; l'indépendance italienne est un rêve, mais ils cherchent toujours des griefs pour excuser leur conduite antérieure. » Du reste, on voit bien que Crivelli est Italien et qu'il essaye de justifier ses compatriotes de son mieux.
L'Empereur de Russie vient de tenir en Angleterre un langage noble et sévère ; c'est un véritable baume pour nos blés*
sares. Il demande catégoriquement que lord Palmerston se prononce et qu'il dise ce qu'il compte feire en Italie, où les organes du Gouvernement anglais tiennent le langage le plus dangereux, un langage qui, d'après l'Empereur, ne saurait être approuvé par le Gouvernement de la Grande-Bretagne. Lui, l'Empereur, soutiendra les droits des Monarchies existantes en Italie ; si TAngleterre prétait la main à une attaque contre TÂutriche, l'Empereur regarderait le (ait comme une déclaration de guerre et ne pourrait empêcher une pareille politique de provoquer une guerre européenne*.
— Le bal hongrois qui a eu lieu dans la grande salle du Sophienbad, sous le patronage de la princesse Paul Esterhazy, s'est heureusement passé sans qu'il y eût de démonstrations; toutefois il règne une grande agitation dans le public, et je m'attends à tout. Clément reste calme, bien que les cris soient surtout dirigés contre sa personne. Que Dieu le protège !
— Les nouvelles d'Allemagne deviennent de plus en plus mauvaises ; il n'y a plus d'Allemagne dans le véritable sens du mot, parce que les Souverains sont forcés de faire des conces-
* La dépèclie de Nesseirode à Brunnow, datée de Saint-Pétersbourg, le iS (24) février, dont il est question ici, dépèche dont le contenu avait «té communiqué officieusement en copie par le chargé d^aflaires de Ruaûe à Vienne, M. de Fonton, au chancelier d*£tat, renferme, relativement à l*attitude de l'Empereur de Russie vis-à-vis des tendances qui se manifestaient en Italie et qui étaient entretenues par l'Angleterre, le passage suivant : « L'Empereur est fermement résolu, en ce qui concerne l'état de posiessioo assigné aux divers États italiens par les actes dont il est garant, à ne transiger en rien sur la marche que lui prescrivent ses devoirs et ses intérêts politiques. En Sicile, il ne reconnaîtra aucun changement qui, sous quelque forme ou quelque prétexte que ce soit, équivaudrait à la rupture ou à l'affaiblissement des liens qui unissent les deux grandes parties du Royaume, dont l'indivisible souveraineté appartient à la dynastie actuelle. En Lombardie, son appui moral est d'avance acquis à l'Autriche dans les mesures qu'elle prendra pour s'en conserver la possession, et si les attaques qu'elle aurait essuyées d'un point quelconque de l'Italie étaient soutenues du dehors par quelque puissance étrangère, notre auguste Maitre n'hésiterait pas à re;garder une pareille ajjression comme un cas de guerre européenne, et à employer dès lors toutes ses forces disponibles à la défense du Gouvernement autrichien. ■
Le 3 mars, le chancelier d'État écrivit au baron de Lebzeltera, à Saint- Pétersbourg, ce qui suit : « La déclaration qu'en date du 24 (12) février M. l'envoyé de Russie à Londres a été chargé par son Cabinet de remettre à
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sions et ensuite chassés. Le moment actuel est réellement énervant, et il faut une force morale surhumaine pour résister à cette surexcitation.
— Le 10, dès le matin, le baron Sieber, de la chancellerie d'État, est venu chez moi pour m'engager à déposer mes diamants dans une maison particulière, parce quUls n'étaient plus en sûreté chez moi. Je lui répondis que je ne croyais pas que nous en fussions déjà là ; mais il me répéta qu'on ne pouvait plus répondre d*un moment, et que la chancellerie d'État était exposée en première lig^ne. Peu de temps après, notre directeur central m'avertit de me tenir sur mes gardes, car la haine contre le prince de Metternich était arrivée à son comble; c'était surtout à lui et à l'Archiduc Louis qu'on en voulait. Clément a reçu une série de lettres anonymes pleines de menaces, et Léontine a trouvé à la porte de sa maison qui donne sur le bastion un papier portant ces mots : « A bas Metternich ! Pas d'alliance avec la Russie, rien que des concessions ! v Naturellement, Léontine est aussi inquiète que le public. Tout le monde est dans la consternation et sous l'impression de la plus grande épouvante. Je ne puis £eiire autre chose que de
celui de la Grande-Bretagne, aa snjet des résolutions prises par TEmpereur son Maître relativement aux afFaires d'Italie, — cette déclaration, dis-je, sera dans rkistoire un monument éternel, tant de la sagesse que de la magnanimité du Monarque que la Providence a placé sur le trône de Russie dans ces temps dtfliciles.
« Fermeté de langage, précision des résolutions annoncées, la plus entière correction des principes enfin sur lesquels reposent ce langage et ces résolutions,— tout se réunit dans cet important document pour en imposer à l'Angleterre et pour retenir son Cabinet, s'il est possible, sur la pente, dangereuse pour lui et pernicieuse pour les autres, où il s'est placé à l'égard des affaires d'Iulie.
« L'arrivée de cette dépêche ^ Londres y aura évidemment suivi de près la nouvelle des désastres h Paris, et l'effet des paroles à la fois conciliantes et sévères de l'Empereur n'aara pu que s'y faire d'autant mieux sentir.
« Veuillez, Monsieur le baron, vous rendre auprès de M. le comte de Nesseirode l'organe des sentiments de satisfaction et de reconnaissance qui ont rempli le cœur de l'Empereur, notre auguste Maître, en apprenant la nouvelle preuve d'une amitié active et vigilante que l'Empereur Nicolas lui a donnée, en ne laissant aucun doute au Cabinet britannique sur la solidité des liens qui unissent les deux Empires, et sur la solidarité de*leurs intérêts respectifs. »
{Note de l'Éditeur.)
veiller sur Clément et de prier Dieu qu'il le protège, pour attendre ensuite avec courage et résignation les décrets de la divine Providence. Pilât a aussi reçu des lettres anonymes par la petite poste. Les gens les plus calmes sont ébranlés. Toutes les femmes de la famille, ma mère, Caroline Zichy, Sophie Zichy^ Félicie Hoyos, Emilie Széchényi, Hermiuie et moi, nous nous réunissons afin d^adresser ensemble à Dieu de ferventes prières pour qu^il nous console, nous assiste et nous sauve dans notre détresse.
— Clément a envoyé le comte de Golloredo à Dresde, où les autres princes allemands expédient des délégués pour sauver ce qu*on peut encore sauver de la malheureuse Allemagne. Je crois qu'il n'y a plus rien à faire aujourd'hui.