‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 85 sur 96 · HOROSCOPE POLITIQUE POUR L'ANNÉE · texte numérisé non relu

HOROSCOPE POLITIQUE POUR L'ANNÉE

Je viens ici, Monsieur Tambassadeur , de toucher à une question qui, aux yeux de tout observateur impartial des positions sociales et politiques, — et suffisamment éclairé pour porter sur elles un jugement, — doit avoir une grande et triste valeur.

Jetons un regard sur la situation où le pouvoir spirituel du Souverain Pontife se trouve placé aujourd'hui.

L'Évêque de Rome est à la fois le chef visible de notre Église et le Souverain de FÉtat de TÉglise. L'une de ces positions me semble commander Tautre. La confirmation de ce fait ne se trouve-t-elle pas dans la position du Chef de TÉglise comme Souverain temporel? La Révolution, dans les États romains, s'avance sous la bannière de la réforme, et ce serait se livrer à une illusion fertile en conséquences que d'admettre comme possible que la réforme dans l'État de TÉglise, circonscrite et maintenue dans les limites de règlements administratifs y ne dût pas s'étendre volontairement, dans la pensée des réformateurs, également à la réforme religieuse. En me servant du mot de réformateurs , il est évident que je ne saurais entendre que les hommes du parti libéral, car le nom de réformateurs ne convient pas aux radicaux, qui sont et ne peuvent être que franchement destructeurs.

Le Souverain Pontife cédera-t-il aux exigences du parti qui est le seul, — quelque dissimulée que puisse être encore son action , — qui puisse nourrir l'espoir d'un succès évaluable? Il me serait impossible de concevoir un doute à l'égard de la ferme décision du Souverain Pontife ; mais vous comprendrez également, dès lors, que ma confiance elle-même me place en face d'un avenir que mon esprit ne sait pas percer. Le point de départ saisissable du mouvement social qui aujourd'hui couvre le monde, se trouve dans la réformation du seizième siècle, dans cette immense catastrophe religieuse, politique et morale, qui a scindé l'Europe en Gouvernements et en pays cathonques et protestants. La conséquence en a été de condamner cette partie du monde à une situation qui, dans les périodes les plus calmes, ne dépasse pas les limites d'un état de trêve, d'une position qui restreint Yidée de la paix au

terrain politique, et tourne ainsi peu à peu au profit du protestantisme et de TindifiFtirentisme religieux ! De la rêformation dans le seizième siècle au bouleversement social , il n'y a eu qu'un pas, et il en est de même aujourd'hui de la réforme gouvernementale à la réforme de TÉglise catholique.

Qu'il me soit permis de jeter un coup d'œil sur ce qui se passe aujourd'hui à Rome, car c'est bien sur cette ville que les factions antireligieuses et antisociales entendent appuyer leur levier principal, — et à cet égard, il peut me suffire de m'arréter au parti que les factieux savent en toute occasion tirer, au profit du radicalisme, de ce qui, dans l'intention du Gouvernement pontifical, n'a certes jamais pu ni ne saurait jamais avoir d'autre valeur que celle de réformes , non-seulement salutaires, mais qui, par une urgente nécessité, ont été strictement réclamées pour la régularité du service public. A quoi tend la (action qui, à mes yeux, est la seule qui compte? Elle tend à la chute du trône pontifical , but de ses efiForts , et qu'elle masque encore sous le mot de sécularisation du Gouvernement, mot vide de sens dans son application à l'État de l'Église , et non moins privé d'application à tout autre État de la chrétienté. Cette situation des choses, à quoi devra-t-elle conduire? Le recours le plus simple à l'expérience démontre que le point de l'arrivée sera une lutte ouverte.

Tel est, Monsieur l'ambassadeur, plus ou moins, Tavenir qui attend l'Italie tout entière , et auquel l'année dans laquelle nous entrons servira d'introduction , ne fût-ce que parce que les situations deviendront plus claires, et cela non-seulement pour les Gouvernements , mais également pour les gouvernés.

Metternich au Roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse (Lettre), Vienne, le 11 janvier 1848.

1673. Votre Majesté a daigné m'adresser ses vœux de nouvelle année et me gratifier d'une médaille qu'Elle a fait frapper en l'honneur de l'auteur du Cosmos. Je prie Votre Majesté d'agréer l'expression de ma plus vive reconnaissance pour ses vœux comme pour l'envoi de cette médaille.

Page 1