FERDINAND
{Naïf de VÊdkeur.) M.
• Or, pour cela il n'y a qu'une marche à suivre, et ce n*est pas celle des ménagements, qui sont pris pour de la (iaiblesse par les esprits montés, et qui tournent, entre les mains des fauteurs du mal, en autant de moyens de fisiire tomber sur l'autorité légale le blâme d'un manque de prévision. L'action à laquelle l'autorité se voit enfin forcée prête alors au reproche, quelque mensonger qu'il puisse être, de provocation. L'histoire des « fumeurs » offire un exemple frappant de celte vérité.
Comment, Monsieur le comte, le Gouvernement à Milan n'a-t-il point saisi la défense de fiimer des cigares comme une occasion donnée pour sévir contre ceux qui se sont permis un attentat aussi manifeste à la liberté des citoyens ?
La défense est émanée du club des Lions, ou de quelques membres de ce club. Si j'avais été chargé du service public à Milan, je n'aurais point hésité à fiaire comparaître immédiatement les auteurs de la défense, à quelque classe qu'ils eussent appartenu, pour leur faire déclarer au protocole de la police soit l'aveu, soit la dénégation de leur procédé. L'aveu aurait dû être suivi de la fermeture immédiate du club, en niénne temps que la responsabilité des suites de l'attentat contre la liberté individuelle aurait dû être mise à la charge des provocateurs d'une résistance inévitable et naturelle. L'aveu ou le désaveu aurait pu être rendu public. Le ridicule est aussi une arme, et qui souvent en impose plus que la force matérielle.
Le gouvernement central à Vienne s'efforcera de fournir tous les moyens d'action possibles aux Gouvernements de Milan et de Venise ; mais ce n'est pas tout que de fournir de< moyens, le succès dépend de leur emploi.
Vous avez rendu un grand service. Monsieur le comte, à l'Archiduc Vice-Roi lui-même et à la chose publique, en engageant Son Altesse Impériale à instituer une conférence journalière sous sa présidence personnelle. Ce n'est qu^en centralisant l'action des diverses branches de l'autorité qu'il e$t possible d'établir son unité et dès lors sa force. Le pouvoir éparpillé cesse d'être le pouvoir. Aussi l'Empereur a-t-il pris ici la même mesure Une commission qui se rassemble tous
les jours, sous la présidence de M. le comte de Hartig, prépare les décisions à prendre par la conférence et tient ainsi Taction gouvernementale au courant des événements dans les provinces italiennes, en mettant l'Empereur à même d'arrêter sans retard ses décisions
P. S. Deux choses sont d'une nécessité absolue. Il faut que les provinces italiennes soient gouvernées dans ces provinces mêmes, et représentées dans le centre du Gouvernement à Vienne. C'est ce que j'ai supplié feu l'Empereur de faire en 1815, et sur quoi je n'ai cessé d'insister dans les trente-trois années subséquentes, et ce qui va en6n se fiaire ! Ce qui serait dangereux, ce serait de transférer au delà des Alpes ce qui est connu ici sous le nom de Chancellerie, car la même chose serait immédiatement réclamée en laveur d'autres parties de l'Empire ; l'envie de se gouverner elles-mêmes est naturelle aux provinces qui ont le nom de Royaumes. Il faut à cet égard des soins qui n'existent pas pour d'autres grands corps politiqueSf mais qui sont strictement réclamés par le nôtre; Le principe sauvé, tout ce qui est utile est possible, et c'est de cela que l'on s'occupe. Ce qui offre le plus d'embarras, c'est le manque d'hommes propres aux emplois requis. Nous partageons, en dernière analyse, cet embarras avec tous les autres pays. Bien ne constate davantage la vérité du fiait que celui que, dans le cours des dernjers mois, trois Princes se sont adressés à moi pour leur envoyer des minisires, et Dieu sait que nous n'en avons point sufHsamment pour la propre consommation; il n'en reste ainsi point de disponible J90ur l'exportation.
MeUernich à l*£mpereur Ferdinand (Rapport). Vienne, le 29 janvier 1848.
1677. Sire, des nouvelles, qui nous arrivent par les voies les plus diverses, annoncent comme prochaine une invasion du parti radical, qui tient le gouvernail de l'État en Suisse, dans la Lombardie par le canton du Tessin. Quelque aventureuse que puisse paraître cette idée, il serait pourtant impos-
5K3 HECUEIL DE DOCUMENTS (183&-1848).
sibic d'affirmer qa elle n'existe pas. Un parti qui est rennemi juré de tous les principes, qui est grisé par la ▼icloire, se laisse souvent entraîner à des actes que réprouve le sens commun, mais qui pour cette raison même sont de son domaine. 11 est encore une autre considération qu'il fiiut porter en ligue de compte. L'Europe est débordée par une conjuration du parti subversif contre l'ordre de choses existant légalement, dont la puissance autrichienne est reconnue comme étant le vrai défenseur; aussi les agitateurs Tont-ils choisie pour but de leurs attaques. Or il est certain que la, Suisse est aujourd'hui un des foyers d'agitation les plus actifs.
Quoi qu'il en soit, en ce qui concerne la Suisse, je ne saurais rien ajouter de nouveau aux mesures prescrites par Votre Majesté pour assurer autant que possible la sécurité du Royaume lombard-vénitien. La Confédération ne peut pas nous déclarer la guerre politique; ni ses forces matérielles ni la tyrannie des autorités radicales, qui régit le pays, n'iront jusque-là. Si des attaques étaient dirigées contre le territoire de Votre Majesté, elles se produiraient sous ia forme ai expéditions de corps francs, et, comme telles, elles ne mériteraient pas moins d'être punies.
C'est le sentiment de ce que Vous devez. Sire, à Fluonneur de la couronne et à la sécurité de Vos sujets, qui doit Vous guider dans le châtiment de toute injure dont la Suisse pourrait se rendre coupable à l'égard, de la Monarchie. Si donc on corps franc débouchait par le Tessin, c'est-à-dire par le seul canton qui se prête à une invasion, je propose de combattre cette criminelle entreprise en poursuivant immédiatement Ten- ' nemi jusque dans ses foyers, de purger ce canton et de le faire occuper par des troupes autrichiennes.
Des considérations politiques ne s'opposent pas à cette manière de procéder, comme Votre Majesté a pu le voir par une lettre que j'ai adressée, à la suite des velléités d'inTasion manifestées par les Suisses et particulièrement par les radicaux du Tessin, aux Cours de France, de Prusse et de Russie, nos alliées. J'ai eu soin de montrer sous son vrai jour la conduite que la force des choses impose à Votre Majesté, et cette
communication a été accueillie par les trois Cours non<<euIement sans objection, mais encore avec reconnaissance.
Je prie Votre Majesté de m'autoriser, en vue de parer à une éventualité possible, bien qu'à peine probable d'après les calculs les plus sensés, à me concerter avec le président du conseil aulique de la guerre relativement aux ordres à donner au feld-maréchal comte Radetzky. Nous communiquerions incontinent à Votre Majesté le résultat de nos pourparlers. Pour occuper le Tessin, il ne faudrait qu'un petit nombre de troupes, et les frais de cette mesure seraient largement compensés par la sécurité d'une frontière d'où Ton aboutit en droite ligne à Milan. J'adresserais en même temps par la voie diplomatique les instructions nécessaires au comte de Ficquelmont, et je les soumettrais à la ratiBcation de Votre Majesté *.
Metternîcli à Ficqaelmont (Lettre confid.). Vieone, le 17 février 1848.
1678 Voici le jugement que je porte sur la situation.
C'est à vous qu'il appartiendra de me dire si je suis dans le vrai ou dans le faux.
Je feis une différence absolue entre la théorie et la pratique. La première conduit à la découverte de ce qui devrait être; l'autre s'arrête à ce qui est. Or, c'est la pratique que j'entends consulter. Comment sommes-nous placés dans nos provinces italiennes ? C'est là ce dont il faut se rendre compte.
* En vertu d'une résolution souveraine du 30 janvier, ces propositions forent approuvées. Par suite, le chancelier d'État adressa, le 2 février, au comte de Ficquelmont, une lettre contenant les prescriptions suivantes : 1<* la bande qui pénétrerait dans la Lombardie (car il ne peut être question que d'une invasion de corps francs) devra être repoussée et poursuivie jusqu'à l'occupation du canton du Tessin; f9 le canton du Tessin devra, dans ce cas, être placé sous une administration militaire; 3® le canton du Tessin devra être purgé du ramassis de radicaux de toute nationalité qui s'y trouve ; 4® les frais de l'opération seront payés par les propriétaires radicaux ; 5« l'occupation du canton durera jusqu'à ce que son évacuation ait été convenue avec les puissances; &* le feld-maréchal Radetzky, en sa qualité de général en cbef des troupes impériales et royales dans le Royaume lombard -vénitien, aura à adresser au canton du Tessin une proclamation dans laquelle sera nettement indiquée la nature de l'entreprise. (Note de l'Éditeur.)
 envisager la situation telle qu'elle se présente, il n^y a que deux causes admissibles pour ce qui, en dernière analyse, se trouverait réduit à la râleur d'effets. L'une des causes doit forcément être cherchée dans un mauvais gouvernement, et, à son défiaut, elle ne peut résider que dans un manque de gouvernement, car ce n'est malheureusement pas d'un bon gouvernement qu'il est question. Eh bien, quelque serrée et logique que soit la question à résoudre, telle que je viens de la poser, je déclare qu'elle est mal placée, vu qu'elle ne s'applique pas à la situation, ni à celle du Gouvernement, ni à celle du pays.
Ce qui démontre l'existence d'un mauvais gouvernement, c'est l'état dans lequel se trouvent les gouvernés. Quelles sont les souffrances auxquelles les Lombards et les Vénitiens auraient été soumis? Quel est l'état des pays? Sont-ils riches ou pauvres, tourmentés, vexés, par qui et comment? Il n'y a pas dix ans, les Légations pontiBcales ont voulu se placer sous le gouvernement aujourd'hui si abominé de rAutriche; que s'e&t-il donc passé depuis lors? Nos lois ont-elles changé? ha fortune publique a-t-elle baissé par une fiante quelconque de l'autorité? Milan est-il prospère ou en souffrance? Venise a-t-elle gagné en existence ou a-t-elle perdu depuis les trentequatre années qu'elle a fait retour à l'Autriche? Tout, dans les fiaits, est à l'avantage de notre puissance.
Il fout donc chercher dans d'autres raisons les points de départ du mal qui aujourd'hui couvre le terrain, et ces raisons sont à la portée de tout esprit non prévenu. La cause première, la cause prédominante, active et évidente, se trouve dans la situation que se sont faite les mauvais Gouvernements dans le reste de la Péninsule ; la marche stupide des uns, les folies et les faiblesses des autres ; le steeple-chase du Roi Charles-Albert pour atteindre une fausse popularité; les conquêtes rêvées par lui, et enfin les adeptes de la secte libérale qui ont fait leur profit des défauts de l'esprit, du cœur et du caractèt^ de ce malheureux Prince. Ajoutez à cela la conduite des Gouvernements français depuis 1815; l'intensité de leur travail pour discréditer, par tous les raffinements de la calomnie, la puis-
sauce autrichienne ; la force d'organisation qu^ont acquise les sectes sous la protection avouée de la France et de FÂngleterre ; la force de l'action du parti radical en Suisse ; ajoutez à ces influences une foule d'autres, grandes et petites, et vous arriverez aux causes véritables du mal tel qu'il existe. Serais-je» pour compléter le tableau, réduit à nier l'existence de fautes réagissant sur nos provinces italiennes et tombant à la charge de notre Gouvernement? Vous connaissez trop et ma pensée et ce que je sais à cet égard, pour être exposé à une pareille aberration de jugement sur mon compte. Un vieux praticien comme moi ne peut courir le risque de se tromper sur le résultat des défauts que comporte un régime qu'il cherche à améliorer depuis presque un demi-siècle. Voulez-vous un jugement de ma part que vous n'avez peut-être point encore entendu prononcer, et qui, à mon avis, renferme la vérité sur Tune des grandes fautes commises par notre Gouvernement dans ses relations avec ses administrés italiens? Vous le trouverez dans ce peu de mots : « Nous les avons ennuyés. » Le peuple qui veut le panem et circenses ne veut pas être ennuyé. Il veut être gouverné B^vec une main ferme, et amusé.
Mais ne nous occupons pas du passé, arrêtons-nous à la situation du jour. Le passé n'e&t plus à changer, et s'il est important à consulter, ce ne peut être que dans le but d'apporter aux fautes commises les remèdes qu'il est juste de leur administrer.
La faute la plus funeste dans ses conséquences, sans aucun doute, c'est que le Trône a été mal représenté, par une organisation défectueuse de la vice-royauté dans le Royaume lombard-vénitien, et que le pays a été privé d'une représentation nationale dans le centre du Gouvernement! Cette feute doit être réparée, et elle le sera. C'est à elle qu'ont été dues les lenteurs dont, ajuste titre, se sont plaintes les populations italiennes et dont elles ont été en droit de se plaindre. Telle affaire peut être importante, ou pour le moins évoquer un sentiment d'impatience dans un pays éloigné du centre de l'empire, qui ne porte pas le même caractère dans ce centre Bien des griefs peuvent être ajoutés à celui que je viens de
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signaler, entre autres, le trop de douceur de la législation criminelle autrichienne appliquée à des populations moins calmes. Plus cette plainte peut être fondée, moins elle prête à la clameur de la tyrannie autrichienne.
Est-ce dans ces fautes que se trouve la cause de la situation? Éyidemment non. Cette cause se trouve dans de tout autres influences, et ce sont celles que j'ai désignées ci-dessus. Il suffit toutefois de Texistence de fautes pour qu'il soit juste de leur porter remède, et j'arrive ici à une considération d'une valeur prépondérante.
Tout Gouvernement se rend coupable d'une grave erreur, s'il néglige d'avoir égard aux circonstances dans lesquelles le pays et lui se trouvent placés. Sous le poids d'une erreur pareille, le bien qu'il veut faire tournera en mal. Tout Gouvernement qui s'engage dans la voie des concessions est sur la pente de la perdition. Tout ce qui rend le Gouvernement meilleur ne compte pas au nombre des concessions; le bien n'est pas susceptible de concessions ; c'est le mal qui en réclame. Bien des choses justes de leur nature, utiles dans leur application, deviennent un danger si elles prêtent, ne fût-ce même que par suite d'une fausse interprétation, à la (orme d'une concession. L'Empereur ne peut faire et il ne fera pas de concessions ; il portera remède au mal existant, si le remède se trouve à sa portée, mais ce sera sous la forme de la spontanéité et du libre arbitre. Ce qui tient le premier rang dans les mesures à prendre, c'est le soin que le Gouuernemieni marche dans les provinces italiennes; or, c'est ce qu'il ne Eût pas. Entre le jour du départ de votre lettre du 11 février et celui où j'écris, bien des arrêtés ont été pris ici, qui tous sont conçus dans cette direction. Insistez pour qu'ils reçoivent leur application sur les lieux. Ce n'est pas à Vienne que l'on peut exécuter ce qui doit l'être à Milan et à Venise.
Au-dessus des faits et de ces vérités plane, d'un autre côté, l'évidence du fait que la situation où se trouTe notre existence au delà des Alpes est, dans la conjoncture actuelle, le produit de causes en face desquelles disparaissent toutes celles qui, dans une autre situation des choses, eussent, à juste titre.
compte comme suffisantes pour affaiblir les liens entre des pro- Tinces séparées , — par plusieurs des conditions du corps d'État dont elles font partie, — du gouTemement de ce grand tout. Le mal que nous avons à combattre, c'est la Révolution toute crue. Si les révolutions se rencontrent, — quel que soit le motif dont elles se couvrent, — la marche qu'elles suivent et le masque qu'elles empruntent ne diffèrent pas moins. Les soixante années de révolutions au terme desquelles nous touchons, ont appris aux factieux à se servir de formes plus douces; les étrangleurs se sont changés en empoisonneurs, les voleurs de grands chemins en filous. La lettre de M. d'Àzeglio, à laquelle, à fort juste titre, vous avez donné une attention particulière, constate d'une manière frappante la vérité de ce £ut. Ce qu'elle explique à la fois, c'est la situation dans laquelle nous sommes placés en ËEice d'un public victime d'une conspiration aussi raffinée dans ses moyens d^action. Comparez la lettre d'Azeglio avec celle que j'ai reçue du comte de Castelbarco, en réponse à celle que je lui avais adressée et à celles dont vous lui avez donné connaissance, et vous aurez la mesure des forces de la conspiration et de la foiblesse des causes qui servent de prétexte aux âmes honnêtes pour se plaindre du Gouvernement. Ces causes, eussent-elles été cent fois plus graves, ne justifieraient pas encore la moindre des trames que recommande le conspirateur piémontais. Aussi, eu réalité, n'est-il pas question, dans la lutte où nous sommes engagés, de nos iautes administratives, mais des attaques que la faction dirige contre Texistence de la puissance autrichienne au delà et en deçà des Alpes. Les attaques dirigées contre la puissance conservatrice eussent été les mêmes bi la Lombardie eût été gouvernée sans une seule iaute administrative. Les fautes commises peuvent avoir jEacilité l'action de la contagion révolutionnaire, mais elles ne jouent pas un rôle sérieux dans la maladie. Cette remarque, j'ai plus que personne le droit de la faire, car nul plus que moi n'a, depuis la paix générale, signalé au Trône les fiantes commises sous son nom. Je ne suis pas du nombre de ces hommes qui trouvent de la satisfiaction dans le fiait d'une prévision constatée ; le mal ne prend jamais à mes
yeux la couleur du bien ; je puis donc dire avec franchise ce que je pense, et j'exprime dès lors sans réserve ma conviction que ce nest pas avec les conséquences de nos fautes que nous avons à nous mesurer aujourd'hui, mais .avec de tout autres causes de trouble et de mort !
Si vous vous trouvez au milieu des clameurs de rinaction gouvernementale, dites-vous que la situation où se trouve Tautorité suprême ne diffère en rien de la vôtre. La voix publique est, en deçà des monts, dirigée contre le soulèvement de Tltalie avec une énergie qu une légère impulsion suffirait à feire tourner en excès. Le peuple voudrait des punitions exemplaires ; il se sent blessé dans son honneur national ; il veut que le Gouvernement frappe de grands coups; la mollesse des Gouvernements de Milan et de Venise Fexaspère. Le grand public ne demande pas sur qui doivent tomber les coups ; ce qu'il veut, c'est qu'ils tombent. Moi qui ne finis point partie de ce public, je me demande sur qui les coups doivent tomber, et comme je trouve une population tout .entière séduite, vivant, criant et chantant sous Tempire d'une fescination descendue de la région supérieure, les coups, tels que les entend le public, ne sont point compris par moi. Le public crie : « Mettez le Royaume lombard -vénitien en état de siège l » J'avoue ne rien comprendre à un pareil état appliqué à cinq millions d'hommes qui sont moralement soutenus par quinze millions d'autres hommes ! On crie : « Mais que l'on gouverne militairement! » Gouverner, c'est gouverner; que les gouverneurs soient en costume militaire ou civil, la couleur n'y fiait rien. En faisant disparaître le gouvernement civil, c'est la réserve qui sera placée à l'avant-garde ; où se trouvera alors la réserve î
Voici ce qu'il faut. Que l'on exécute au delà des Alpes ce qu'on ordonne de ce côté. Que l'on ne veuille pas y amoindrir les ordres, mais qu'on les applique dans la véritable direction. Que le gouvernement civil ait le courage de faire son devoir, et qu'il s'appuie sur la force armée, mais qu'il ne se cache pas derrière elle. Par contre, que l'armée se maintienne dans cette force que prête seule la discipline; qu'elle ne prenne
jamais Tinitiative, mais qu'elle frappe ferme le jour qu*il appartient à Fautorité civile de lui indiquer. On dira : a C'est bien comme ordre, mais difficile comme pratique. » Qui pourrait le mettre en doute? Là où il n'y a cependant pas d'autre conduite à tenir, il Seiut s'y conformer.
Le remède à l'insupportable position du jour viendra du dehors.
* L'Italie entrera indubitablement en révolution flagrante , les masques tomberont, et les puissances ne pourront pas ne point s'en mêler. Vous avez dit un mot qui renferme la vérité tout entière ; vous m'avez écrit : « Les événements dans le Royaume des Deux-Siciles rompent le téte-à-téte dans lequel l'Autriche s'est trouvée avec la révolution italienne. » Ce mot, je l'ai adopté, et je m'en suis emparé dans mes expéditions aux Cours. Je vous demande à cet égard un bill d'indemnité.
Je vous envoie ci-joint quelques pièces qui vous montreront ce que veut le Cabinet français et jusqu'où vont les inepties enragées de lord Palmerston. Si vous comprenez cet homme , vous êtes plus avancé que moi.
iVe tombons pas d'ici à deux mois y et bien des choses seront placées autrement qu'elles ne le sont le IT février!
Metternicb à Ficquelmont (Lettre confidentielle). Vienne, le !«' mars 1848.
1679. Je vous envoie M. de Hlibner avec de fort importantes dépêches pour le Vice-Roi. Vous recevrez en même temps votre nomination au poste de président du Conseil aulique de la guerre. Demandez à Mgr l'Archiduc qu'il vous donne connaissance du rescrit impérial
La république française * trouvera bien de la sympathie dans les États déjà en révolution flagrante de la Péninsule. Son aspect, comment réagira-t-il sur nos provinces? Je ne me permets pas de le préjuger, ni en bien ni en mal. Ce qui en tout état de cause est certain, c'est que le bien comme le
•Dans l'intervalle, la révolution de Février avait éclaté à Paris. Voir la lettre du même jour à Ficquelmont, n® 1671. (Note de F Éditeur.)
mal sont dig^nes de toute notre sollicitude. Je ne sais pas quels ordres il y aurait à donner à nos autorités civiles et militaires autres que ceux qui leur ont été donnés, ou ceux que reçoit aujourd'hui le Vice-Roi. Son déplacement de Milan, ville ouverte et mal peuplée, et son établissement dans un point intermédiaire entre les deux capitales du Royaume lombardvénitien , est une mesure strictement commandée par les circonstances. La présence de la personne et de la Gaimille du Vice-Roi à Milan est à la fois un danger et une gène pour la libre action du pouvoir. Insistez pour que Son Altesse Impériale ne mette pas de retard à son changement de domicile , et que la cause de la mesure soit clairement expliquée. Elle n'est autre que Tordre de F Empereur au Vice-Roî de se mettre à portée égale des villes de Milan et de Venise, afin de pouvoir ainsi former le point central des deux Gouvernements,
Je songe à envoyer comme agent diplomatique près Son Altesse Impériale le prince de Schwarzenberg, en faisant remplacer celui-ci ad intérim à Naples. Le prince Félix a du talent 9 une grande connaissance de la situation et du nerf. Son caractère militaire est également en fiaveur de son choix.
Quant à vous, mon cher comte, arrivez-nous le plus tôt possible.
P. 4$. Je viens de recevoir de Berlin des nouvelles qui me prouvent qu'on y est ahuri par les événements de France. Le Roi a immédiatement donné Tordre au général de Radowitz de se rendre ici pour s'entendre avec moi. Par une espèce d'inspiration , je venais d'écrire au baron de Ganitz pour qu^il demande l'envoi de ce même général. Je vais former ici, entre Vienne, Berlin et Saint-Pétersbourg, un centre de conception et d'action. Les attires sont assez sérieusement engagées pour cela!
OVATIONS A LA RÉVOLUTION DE SICILE (l848). 591
OVATIONS A ROME EN l'hONNEUR DE LA RÉVOLUTION DE SICILE*.
1680. Metternich à Latzow, à Borne (D.). Vienne, le 13 février 1848. — 1681. Metteroicb à Viale Prela, à Vienne (Lettre). Vienne, le 12 février 1848. ( Annexe du n» 1680 .)
1680. J'ai reçu le rapport de Votre Excellence, en date du 3 de ce mois. Mgr Viale Prela a, de son<côtë, reçu du cardinal Bofondi une dépêche qu'il m'a communiquée. J'ai adressé à Mgr le nonce , en réponse à son billet , la lettre ci« annexée (n"" 1681) , de laquelle je Tai invité, soit à en faire Tusage qu'il regardera comme utile , soit à ne pas donner connaissance de son contenu à son chef.
Veuillez dans tous les cas, Monsieur l'ambassadeur, vous expliquer vis-à-vis de Mgr le cardinal Bofondi selon l'esprit de ma réponse au nonce. Je ne doute pas que le cardinal désire connaître nos impressions à l'égard de l'ovation inqualifiable qui a fait le sujet de sa première démarche auprès de notre Cour depuis son arrivée à la secrétairerie d'État, et ma conscience me défend de lui exprimer, à Tégard de la nouvelle ovation romaine, un sentiment différent de celui que j'ai consigné dans ma lettre à Mgr Viale Prela.
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas ; il en sera de même de la satisfaction des progressistes à l'égard des événements accomplis dans le Royaume des Deux-Siciles; cette satisfaction devra faire place à des récriminations contre la marche des affaires dans ce Royaume. Elles se régulariseront ou elles tourneront en anarchie ouverte. Dans le premier cas, elles ne répondront pas à l'idée d'union et de ligue italienne, car le Royaume des Deux-Siciles ne pourra pas entrer dans cette voie ; dans l'autre cas, l'anarchie menacera sérieusement l'État de l'Église et le Tr6ne pontifical.
* Le Roi de Naples se vit forcé, par Tattitnde menaçante dn peuple, de promettre une constitution et la liberté de la presse, et de permettre la créa* tion de gardes nationales. Cela se passait le 29 janvier 1848. Le 11 février, la constitution était proclamée pour le Royaume. (Note de C Éditeur,)
L'appel fait par Sa Majesté Sicilienne aux Cours de France et de Grande-Bretagpie crée , en tout état de cause , une situation nouvelle. Il nous retire du téte-à-téte dans lequel nous nous sommes jusqu'à cette heure trouvés en face de la prétendue réforme italienne. Par Tappel que le Roi de Naples a feit à rintervention des deux puissances maritimes, F Europe se trouve engagée dans les affaires de la Péninsule ; elle s'y trouve engagée politiquement, et le roman cédera forcénaent la place à l'histoire !
Nous, en particulier. Monsieur l'ambassadeur, nous ne perdrons rien à ce revirement. Ce qui deviendra une gène pour les Gouvernements italiens nous donnera une plus grande liberté d'action. Les Princes d'Italie nous ont dégagés de tous les liens spéciaux qui les unissaient à nous; nous sommes ainsi en droit de ne nous occuper que de nos propres intérêts, qui, évidemment, se confondent avec l'intérêt général. Notre position à l'égard des Gouvernements de la Péninsule se trouve par conséquent assimilée à celle des autres grandes puissances.
Ces remarques. Monsieur l'ambassadeur, ne devront avoir à vos yeux d'autre valeur que l'expression d'un sentiment dont vous reconnattrez la justesse. Elles pourront vous servir à régler sur elles votre propre pensée et votre langage, dans les circonstances que vous regarderez comme opportunes.
MeUerDÎch à Viale Prela,à Vienne (Lettre). Vienne, le 12 février 1848. (Annexe du n» 1680.)
1681. J'ai rhonneur de vous renvoyer la lettre du cardinal Bofondi. L'annexe m'en était déjà parvenue par la dernière poste de Rome *.
* Cette annexe était un exemplaire de la notification da Sénat de Rome, par laquelle on prescrivait une illumination générale de la ville pour fèter la fin de la guerre civile en Sicile et la Constitution accordée par le Roi de Naples. Dans sa lettre à Viale Prela, Bofondi remarquait que le Gouvernement pontifical n*avait pas annulé cet acte de la magistrature romaine pour àe» raisons de prudence, et que la population de Rome n'avait pas encore manifesté tout haut , comme celle de Naples , le désir d'obtenir des concessions semblables.
{Note de CÉdUeur.)
LA RÉVOLUTION DE FÉVRIER A PARIS (l84S). 593
Il me serait difficile,' Monseigneur, de vous rendre compte en peu de mots de Fimpression que me feit la tolérance que le Gouvernement de Sa Sainteté a cru devoir accorder à Tovation (iaiteen Thonneur de la Révolution dans le Royaume des Deux- Siciles. Je n'bésite pas à vous avouer que je m'arrête de préférence à la supposition que l'impulsion en feveur d'une ovation pareille n'est point venue du côté du Gouvernement, mais qu'il a dû la subir, faute de pouvoir y mettre obstacle ! L'ordre d'idées qui a servi de prétexte à la solennité religieuse recevra plus d'un démenti par la marcbe des événements. Célébrer la fin d'un mouvement populaire est une œuvre sainte ;* mais si je ne me trompe, la paix n'existe pas dans le Royaume des Deux-Siciles.
J'ai reçu de Naples des rapports d'après lesquels le Roi a feit appel à l'intervention des Gouvernements français et anglais dans les dangereux démêlés survenus entre Naples et la Sicile, qui est en pleine insurrection. La tranquillité est-elle assurée dans le Royaume de terre ferme? J'ai bien de la peine à le croire.
L'action de grâces ordonnée par le Sénat au peuple romain me parait dès lors prématurée, d'autant plus que le mouvement qui s'est emparé du Royaume limitrophe pourra causer bien des embarras au Gouveruement de l'État de l'Église !
Veuillez, Monseigneur, recevoir Thommage, etc.
1682. Metternîch à Caniu, à Berlin (Lettre). Vienne, le 29 février 1848.
— 1683. Metternich à Lebzeltern, à Saint-Pétersboarg (D.). Vienne, le 7 mars 1848. — 1684. Metternich <^ Canilz, à Berlin (Lettre confidentielle). Vienne, le 7 mars 1648. — 1685. Metternich à toutes les Léga* tions L R. auprès des Cours étrangères (Circulaire). Vienne , le 10 mars 1 848.
— 1686. Manifeste impérial (Annexe du n» 1885). — 1687. Metternich à Thom, à Paris ( D.). Vienne, le 10 mars 1848.
1682. Les événements de Paris ont dû surprendre Votre excellence ainsi qu'ils m'ont surpris moi-même — en partie,
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du moins. — L'ordre des choses en France ne reposait que sur une base fragile , cela m'était prouvé ; le ministère s'abandonnait à bien des illusions sur sa force , cela était clair pour moi; le mouvement du jour est non pas superficiel, mais radical, cela ne pouvait faire Tobjet d'un doute pour moi. Toutefois, je ne pouvais ni savoir ni même soupçonner que les choses se passeraient comme elles se sont passées. Le dernier événement, c'est la crise de la révolution de Juillet , qui, malgré l'apparence de santé qu'elle tâchait de se donner, n'était qu'un produit anormal composé d'éléments sociaux malsains-; aussi une crise était- elle inévitable. Mais il n*est pas question de tout cela , et s'occuper de choses qui ne prêtent matière qu'à de vaines discussions, c'est perdre son temps. La question pratique est de savoir quelles seront les conséquences de l'événement; c'est la seule qui mérite d'être examinée.
Avant tout, il feut admettre comme positif que ce qui $*est passé n'a pas la valeur d'une fin. Les derniers événements ont pour origine la levée de boucliers générale du radicalisme; celuici a vaincu le ajuste milieu » dans sa nature propre et dans ses variétés. Un caractère constant du « juste milieu », c'est sa conBance dans une force étrangère à sa nature. Il est la véritable expression de la faiblesse et se considère comme le produit d'une force raffinée. Des produits de la révolution de Février pas un ne restera debout sans lutte; or, les champions du nouvel ordre de choses sont peu capables de lutter. Un Roi de dix ans, une Régente, qui est une princesse allemande; un ministère avec un homme comme Odiloa Barrot, le chef d'une faible minorité parlementaire : ce ne sont pas là des autorités dans un pays comme la France actuelle, qui possède une foule d'éléments réglés et d'éléments déréglés qu'il faut tenir en bride et qui sont dangereux au plus haut point. Les intérêts réels et imaginaires forment le bien matériel et le bien chimérique de la «grande nation» française, qui est foncièrement corrompue ; je dis grande, car la France ne se contente pas du simple titre de « nation » ! Qu*arrivera-t-il? Je n'en sais rien; mais ce que je sais, c*est que les choses, telles qu^elles se sont
produites, et qui ont été une surprise pour tous ceux qui ont pris part aux événements, n'en resteront pas à la phase actuelle. Depuis des années, et particulièrement dans les derniers temps, la mort physique de Louis-Philippe a été un épouvantail pour la population en France ; aujourd'hui, la mort est venue sous sa forme la plus terrible! L'événement, redouté ajuste titre, peut-il servir à rassurer les intérêts du pays? Quand il s'agit de la situation intérieure de la France, je ne sais jamais s'il faut dire oui ou non. Quoi qu'il arrive, la puissance de la France n'y gagnera pas; mais il suffit de ce qui est arrivé pour imposer de lourdes charges aux pays étrangers. J'ose dire que le changement sqrvenu en France démontrera (non pas à mes yeux seulement, mais aux yeux de beaucoup d'autres) le caractère de la maladie générale mieux que jusqu'à présent. Aujourd'hui comme il y a un demi-siècle, l'Europe se trouve en fece de la Révolution française, et elle se voit ramenée de force sur le terrain politique sur lequel elle n'osait s'aventurer que timidement. Il est impossible que les puissances ne se concertent pas et que les petits États ne leur demandent pas conseil. Tous les Gouvernements ont aflaire à un ennemi commun et sont exposés à voir cet ennemi remporter bien des victoires. Cet ennemi, c'est le radicalisme; il n'est pas dans ses habitudes de dormir.
Croyez- moi, mon cher général, tout ce qui se passe en Italie, tout ce qui s'est passé dans les derniers temps en Suisse, et Iesrécent5 événements accomplis en France, sont le produit de la conspiration du radicalisme contre l'ordre de choses «listant, conspiration dirigée avec habileté, avec intelligence. Si l'on voulait douter de la vérité de cette affirmation , il suffi* rait d'examiner comment on applique la même recette à tous les cas, quelque différentes que soient les constitutions. Elle ne manque jamais son effet, parce qu'elle s'enveloppe du manteau du libéralisme, parce qu'elle affiche des prétentions à la légalité et qu'elle annonce, d'un air plein de modération, qu'elle affermira la prospérité de l'État et qu'elle assurera la liberté personnelle à laquelle a droit tout corps social. Quel Souverain raisonnable ne voudrait pas remédier aux défectuo-
sites de la situation intérieure , remplacer ce qui est vicieux par ce qui est notoirement utile , mettre ce qui peut servir à la place de ce qui est usé? Voilà ce que semble vouloir la fiaction ; ce qu*elle veut en réalité, c'est le renversement de ce qui existe ; elle ne se préoccupe pas de le remplacer par autre chose ; elle a pour cela de bonnes raisons, dont les plus nettes sont qu'elle n'a pas le sentiment de pouvoir créer quelque chose de durable et que , par suite , elle ne s'intéresse qu^à ce qui est passager, car c'est là qu'elle cherche ses profits.
Les croisés avaient un mot d'ordre qui les enthousiasmait : a Dio lo vult. » Mon mot d'ordre à moi , c'est : « Résistons aux trompe^Vœilî V Cette résistance, ni Louis XVIII ni Louis- Philippe n'ont su l'opposer. Napoléon n'a pas couru le même danger que ses successeurs, car il était lui-même le grand dupeur. Mais lui-même, à la fin, n'a pas retiré de bons fruits de ce métier.*
Il fout, précisément parce que les entreprises radicales découlent toutes d'une même source et, par suite, s'enchaînent étroitement , il fout nous attendre à un violent contre-coup des derniers événements de Paris sur tous les pays italiens ; nous nous y attendons aussi , et ce n'est pas d'aujourd'hui seulement. Les Princes italiens étaient déjà dans une position très-difficile; elle peut devenir absolument intenable. Depuis quelques semaines, les derniers jours du carnaval sont désignés en Italie comme le moment du soulèvement général ; c'est aussi en vue de ce mouvement qu'avait été organisé le banquet de Paris. Les rapports de vos légations auprès des Cours d'Italie doivent vous apprendre quelle est la situation; je vous prie de mettre la couleur noire sur ce tableau partout où elle manquerait. Toutes les nouvelles de la Suisse et du Piémont prouvent qu'une union étroite entre les deux pays est le but poursuivi par leurs Gouvernements. Cette union existe déjà dans le parti radical, et elle s'étend à l'Allemagne du Sud. Je puis garantir que la Gazette allemande est l'organe de la secte.
Quelle impression les événements de Paris feront-ils en Angleterre? Je serais tenté de croire qu'ils iront jusqu'à eflrayer
LA RÉVOLUTION DE FÉVRIER A PARIS (l848). 591
ce pays. Palmerston voulait bien voir chasser Guizot; mais que le Roi Tait été aussi, cela pourrait lui sembler de trop!
Nous pouvons nous attendre à un contre-coup de Tbistoire du jour sur la Pologne. Elle laissera certainement des traces dans ce pays.
Pourriez- vous, mon cher général, décider le Roi à m*envoyer le général de Radowitz? Il est au courant de la situation de la France, de la Suisse et de TAllemagne; il voit clair, et je puis lui parler à coeur ouvert, avec la certitude d*étre compris par lui. 11 est difficile de s^entendre par correspondance; je n'ai, du reste , que trop d'encre à dépenser. II n'y a pas de considération politique qui s'oppose à cette mission, car il serait tout naturel que les deux Cours se concertassent relativement à la situation. Sur ce terrain, M. de Radoivitz est l'homme tout désigné pour cela ; il est mieux à même que tout autre de nous foire arriver au but.
P. S. ier mars 1848.
J'avais écrit cette lettre hier, à une heure avancée de la soirée ; je voulais l'expédier par le train d'aujourd'hui (six heures du soir), lorsque, dans le courant de la matinée, sont arrivées des dépêches télégraphiques de Strasbourg, les journaux de Bruxelles du 25 et le journal d'Aix-la-Chapelle du 26*. Ils contiennent plus de détails qu'il ne m'en £aut pour me croire ramené à cinquante-cinq ans en arrière. L'Europe se trouve aujourd'hui en présence d'un second 1793, et l'Europe d'alors était moins sujette à prendre la maladie qui désolait la France.
Nous allons au-devant d'horreurs du genre le plus raffiné. Je vous prie de fixer attentivement vos regards sur la Pologne.
Quelles leçons reçoit le monde !
* Ces journaux contenaient la nouvelle de la proclamation de la Bépobliqne en France. {Note de C Éditeur,)
Metternicli à Lebzeltern, à Saint-Pétersbourg (D.). Vienne, le 7 mars i8M*.
1683. Au nombre des graves questions dont la solution Ta élre imposée aux puissances par suite du bouleversement qui s'est opéré en France, une des premières qu'il s'agira de résoudre sera de savoir :
it Quelle est la réponse que feront les Cours à la demande qui leur sera sans doute incessamment adressée de la pari de la République française d'être reconnue par elles. »' Voici, à cet égard, Topinion du Cabinet autrichien : Nous pensons d'abord qu'aucune des grandes puissances de FEurope ne devrait prendre, — sur une question d'une aussi haute importance et si fertile en conséquences, — une détermination isolée ; mais que chacune d'elles devrait commencer par répondre à la demande de reconnaissance qui lui serait &ite de la part du nouveau Gouvernement français :
tt Que la question en instance embrassant des intérêts généraux et européens d'une gravité incontestable, la Cour requise ne saurait prendre à son égard un parti sans s'être au préalable concertée avec les Cours ses alliées ; que les communications nécessaires à cet effet allaient avoir lieu, et que le résultat ne tarderait pas à être transmis à Paris. »
C'est, en tout état de cause, la réponse que pour sa part le Cabinet de Vienne est résolu de donner à la demande qu'il s'attend à recevoir de la part du Gouvernement nouvellement installé en France.
La délibération entre les Cours étant ainsi engagée, voici le vote que nous croirons devoir émettre sur le fond de la question de reconnaissance qu'il faut résoudre.
Nous partons du principe que, si d'une part toutes les Cours auxquelles nous adressons la présente communication doivent être d'accord sur l'inadmissibilité d'une intervention quel-
* Cette dépêche fut envoyée en termes identiques à Berlin et à Londres.
(Note de tÉditeur.)
LA BÉVOLCTION DE FÉVRIER A PAIMS (l848). à99
conque dans le règlement des affaires intérieures de la France, aucune d'elles, par contre, n'est disposée à admettre que la France, en changeant la forme de son Gouvernement, puisse se croire libérée par ce fait des obligations que les traités lui imposent, ou en droit de se mêler de son côté des affaires intérieures d'autres États.
Cela posé, il nous semble qu'il n'y a, en définitive, qu'une réponse à faire, de la part des Cours, à une demande de reconnaissance du nouveau Gouvernement français ; et elle devrait, à notre avis, être la suivante :
« Les Cours ne se croient point appelées à se mêler des questions qui concernent le règlement des afihires intérieures de ce pays.
« Elles s'en tiennent au (ait, et elles voient, sous ce point de vue, un Gouvernement constitué qui vient au-devant d'elles pour engager les relations internationales d'usage. tt Les Cours sont prêtes à continuer d'entretenir avec la France ces relations sur la base du respect dû aux traités existants» que, pour leur part, les Cours sont résolues de maintenir. Elles regardent ainsi comme réservée à la France la déclaration requise à cet égard de la part de son Gouvernement.
u S'il en était autrement et que la France voulût, sous
son nouveau régime, rompre ces traités ou se laisser
aller à des actes d'agression contre Tun ou l'autre de ses
voisins, les puissances ne pourraient regarder le premier
fait de ce genre que comme équivalant à une déclaration
de guerre contre elles toutes. »
Je vous invite, Monsieur le baron, à aborder sans délai,
vis-à-vis de M. le comte de Nesselrode, l'objet dont traite la
présente dépêche, de laquelle vous aurez à laisser une copie
entre ses mains, et qui est adressée in simili à notre ambassade
à Londres et à la légation impériale à Berlin.
Nous serions infiniment obligés au Cabinet de Russie s'il voulait bien nous faire connattre au plus tôt son opinion sur la question que nous avons posée, et les résolutions qu'à Saint- Pétersbourg on croira devoir prendre à son égard.
600 RE'C13E1L de DOCUMENTS (18S5-1848).
Metternick à Ganitz, ^ Berlin (Lettre confid.)- Vienne, le T mars iSiS.
1684. Votre Excellence n'a sans doute pas lieu de se plaindre du peu d'activité qu'on déploie à Vienne. Le général de Radowitz ne quitte mon cabinet que pour descendre à l'entre-sol afin d'y écrire et pour remonter chez moi avec ce qu'il a écrit. Quels temps, mon cher général, avons-nous à traverser ! Bien que je me sois attendu à tout ce qui arrive journellement, mon attente se trouve dépassée tant sous le rapport des événements que sous celui du temps lui-même. Il en est aujourd'hui des États comme des maisons dont les fondements s'affaissent. Quand une fois des craquements se font entendre, tout s'écroule en un clin d'œii. Les États sont minés par les désordres d'une époque foncièrement perverse; entre la perversité morale et la perversité matérielle il y a cette diCFérence que la nature n'a pas fixé à la première les limites qu'elle a tracées à la seconde. En Allemagne, le principal trait, le trait inné du caractère national a disparu ; on ne connaît plus le prîncipiù obsia et le respice finem dans notre siècle de folie. Gela n'est pas le cas pour moi ; voilà pourquoi je comprends les choses, mais non la légèreté des hommes. Quoi qu^il en soit, j'ai fini par préférer le pire au maly parce qu'il est plus net. Au milieu du combat, j'ai l'âme plus calme qu'avant la lutte. Rien ne peut me dérouter.
J'ai bien peur que les deux grandes puissances allemandes, si elles restent debout elles-mêmes, ne soient plus maîtresses que de ramener chez eux bien des princes allemands, et non d'empêcher leur expulsion, La faction saura bien se charger de les faire partir. Dans tout ce que nous voyons en Allemagne, il n'y a rien d'allemand; tout est le produit de la manie allemande d'emprunter à la France ses articles de mode pour les adapter sottement à l'usage du pays.
Les trois journées de Février ne sont après tout, comme les trois journées de Juillet, qu'un jeu du hasard. D'autre part, des accidents n'ont des effets durables dans leurs conséquences que lorsqu'ils reposent sur des bases réelles, et c'est ce qui
est arrivé ici. La base des trois dernières journées, il feut la chercher dans le régime de Juillet, qui, pendant les dix-sept années qu'il a duré, a paralysé tous les pou voirs conservateurs et développé toutes les forces destructives. Sur le terrain poli* tique il a suffi pour cela du seul principe de non-intervention, cette négation absurde qui se donnait les airs d*une affirmation sérieuse.
Dépéc1:e circa!aire à toutes les légations !• R. auprès des Cours étrangères. Vienne, le 10 mars 1848.
1685. La Gazette officielle de Vienne de ce jour contient le manifeste ci-joint (n* 1686), par lequel TEmpereur notre auguste Maitre a voulu faire connattre à ses peuples et à TEurope entière les principes politiques qui guident et guideront sa marche dans les conjonctures du moment.
Vous êtes chargé, Monsieur , de porter ]a pièce citée. à
la connaissance du Gouvernement près duquel vous êtes accrédité.
Manifeste impérial (Article officie] de la Gazette de Vienne), (Annexe du n» 1685.)
1686. En considération des graves événements qui se sont passés en dernier lieu, Sa Majesté l'Empereur se trouve obligée de s'exprimer franchement sur la situation qui Lui est créée en présence des faits accomplis et de ceux que les conseils de la Providence réservent pour Tavenir. Sa Majesté espère que ses paroles redresseront des idées fausses et préviendront des interprétations fâcheuses qui pourraient faire nattre des appréhensions inutiles.
Sa Majesté considère le changement de Gouvernement qui a eu lieu en France comme une afibire intérieure de ce pays. L* Autriche est loin d'avoir l'intention d'exercer une influence directe ou indirecte sur la situation intérieure de cet État.
Sa Majesté TEmpereur reconnaît comme son devoir de protéger les institutions de l'État, d'y sauvegarder le droit, et d'as-
601 IIECUEIL DE DOCUMENTS (183ft-1848).
surer la prospérité des peuples confiés à sa garde. Elle saura remplir ce devoir dans toute son étendue, même dans la situation politique actuelle du monde.
Toutefois, si, contre toute attente, les traités qui règlent la situation de TEurope étaient TÎolés, ou si les Grontières des États autrichiens ou de la Confédération germanique étaient menacées d'une agression, Sa Majesté TEmpereur s^opposerait à cette infraction par tous les moyens que la Providence a mis à sa disposition.
La volonté formelle de Sa Majesté est de veiller de son mieux dans ces graves circonstances à ce que rAutriche se sente forte au dedans, sûre et considérée au dehors. Mais Sa Majesté veillera tout aussi sérieusement à ce qu'il ne se produise aucune tentative pour renverser Tordre légal, aucun désordre pouvant mettre son Empire béni du Ciel dans un état de désorganisation qui le livrerait comme une proie Sicile aux attaques de tout ennemi. Pour assurer le bien de ses sujets, qui est son but unique. Sa Majesté l'Empereur compte sur la confiance et sur l'énergique concours des fidèles assemblées d'états de son Empire, ainsi que de toutes les classes de ses sujets, qui ont à cœur de voir maintenir l'ordre légal et qui sont restés capables de calculer, en ce temps de trouble et d'agitation, les conséquences qu'entraînerait inévitablement une ligne de conduite opposée.
Metternicli à Thom, à Paris (D.). Vienne, le 10 mars iS48.
1687. La circulaire ci-jointe (n* 1 685) , en copie, a été transmise aujourd'hui à toutes les légations impériales à Tétran* ger.
Les fonctions officielles de l'ambassade impériale à Paris étant venues à cesser, et vous trouvant personnellement chargé, Monsieur, d'entretenir les relations internationales entre les deux États, je vous charge de foire passer sous les yeux du Gouvernement français le manifeste impérial cijoint que renferme la Gazette officielle de Vienne de ce jour. Vous voudrez bien remettre un de ces exemplaires de la nciain